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L’histoire du Minihy du Léon

Saint-Pol - Roscoff - Santec

Carte de la côte du Minihy
Carte du Minihy

Roscoff - Quelques dates

Mémoire de Diplôme d’Études Supérieures de Géographie,
présenté par Mlle Noëlle HAMON à la Faculté des Lettres de Rennes en novembre 1941.


Introduction

Le Minihy du Léon qui comprend les communes actuelles de Saint-Pol de Léon, Roscoff, Santec, forme une petite région nettement individualisée, ayant son cachet spécial et sa vie propre. Depuis la Révolution ses habitants se sont livrés à la culture des primeurs, et ce mode d’activité les a différenciés de leurs voisins : A l’Ouest, ce sont les paysans-goémonniers de Kerlouan, Plouguerneau ; au Sud ce sont les grands éleveurs de chevaux de Landivisiau, Saint Thégonnec ; à l’Est, ce sont les cultivateurs du Trégorrois qui, depuis quelques années, ont essayé de les imités.

Le Minihy est un pays riche qui appartient à la Ceinture dorée de Bretagne et dont la réputation a passé au-delà des mers. L’unité administrative, avant l’unité économique, avait rendu solidaires ces trois communes du Léon.

L’histoire ancienne

Cette région fût habitée dès l’époque préhistorique comme l’attestent les nombreuses stations découvertes autour de Roscoff et de Saint-Pol. En particulier, on retrouve les traces de passage de peuples primitifs dans les tombeaux maçonnés en pierres sèches recouvertes de dalles dolméniques à Kérestat. Ces sépultures semblent dater du néolithique. Plus tard la région fût habitée par une tribu gauloise:  les " Osismii " qui détenait les côtes depuis Bréhat jusqu’à la rivière de Landerneau et s’étendait en profondeur jusqu’aux Monts d’Arrée.

Puis les Romains campèrent dans la région. On a découvert récemment à Keravel, sur le territoire de Roscoff quelques bronzes de Gallien, Claude II, Dioclétien ; des fragments de briques romaines sur la grève entre Bloscon et le port de Roscoff. Il semble que Bloscon ait été un oppidum ( fortification romaine ).

Une légion séjourna dans le pays auquel elle laissa son nom. De l’expression " Pagus Légionensi ", on tirerait Leonensis, puis Léon. Les habitants se seraient appelés les legionenses, puis les Leonenses. Cette étymologie serait aussi celle du Léon en Espagne où résida la 7ème légion double. Certains auteurs doutent de cette étymologie et disent que César appelait indifféremment les habitants des Léonices ou des Osismii. Près de l’emplacement de la ville de Saint-Pol aurait été bâti le castellum romain.

Le Haut Moyen Age est entouré de ténèbres assez épaisses. Comme tout le littoral armoricain, le Minihy a du être la proie des pirates saxons. Puis ce fût, au Vème siècle, l’émigration bretonne vers l’Armorique. Au vieux fond gallo-romain préexistant se superposa l’élément breton. Vers 518, arrivèrent au Minihy le moine Cambrien ( Cambria, ancien nom du pays de Galles ), Pol Aurélien et ses compagnons venus de Grande-Bretagne. Ils fondèrent un monastère à l’Ile de Batz. La légende raconte qu’à l’arrivée de Saint-Pol à l’Ile, la plage était infestée par un énorme dragon que Saint-Pol lia avec son étole et précipita dans un gouffre, encore appelé " Toul ar Sarpant " ( le trou du serpent). Saint-Pol fût le fondateur de l’Évêché du Léon et après sa mort, au monastère de l’Ile de Batz, les habitants donnèrent son nom à la capitale auquel on associa le nom de Léon.

Les agglomérations se créent autour de la mer ; toutes dépendantes de paroisses rurales qui étaient sous la domination de l’Évêque de Saint-Pol. Puis vinrent les invasions des Normands. Ceux-ci retranchés dans l’Ile de Batz, de 810 à 893, pillaient et tuaient. Chassés en 939, ils revenaient encore en 960, et détruisaient le petit village de pêcheurs installés près de Roc’h Kroum.

Ce fût ensuite les guerres du 12 ème siècle et les batailles incessantes avec les Anglais, la guerre de succession de Bretagne. Les débarquements ennemis affligeaient à chaque instant la population. L’Ile de Batz et Tisaoson étaient occupés par les Anglais.

Du Guesclin s’emparât de Roscoff en 1363 pour le Comte de Charles de Blois et il mit garnison à Bloscon. Malheureusement en 1375, le Comte d’Arundel, gouverneur anglais de Brest incendia le Vieux Roscoff ou Rosko Goz établi sur le bord Est de l’anse de l’Aber.

Beaucoup de ses habitants furent passés au fil de l’épée. Un riche bourgeois, affolé, cacha son trésor et cinq siècles plus tard on découvrit, en creusant le sol, des pièces d’or françaises et anglaises au nom de Charles VI, et à l’effigie d’Édouard III. Rosko Goz était mort, mais Roscoff allait renaître près du lieu-dit du Théven ( place actuelle du phare au fond du port ). Cet exode vers l’Est permit aux Roscovites de construire un meilleur port, l’Aber s’ensablant sans cesse.

Le pouvoir religieux

Le Minihy formait alors une unité administrative et religieuse. A côté de l’Évêque qui exerçait la juridiction spirituelle, il y eut pendant longtemps, le seigneur du pays, le Comte du Léon qui en avait la juridiction temporelle. Ce Comte du Léon avait un droit féodal assez singulier, celui de motte. Ses vassaux, appelés serfs de motte, ne pouvaient quitter la terre du seigneur ; s’ils le faisaient celui-ci ou ses officiers pouvaient les saisir, leur mettre la corde au cou, les ramener à leur motte ou leur infliger une peine corporelle ou pécuniaire.

Mais au 12 éme Siècle, le Comte de Léon avait du à la suite de ses folles dépenses céder ses magnifiques domaines au Duc de Bretagne ; son titre passa aux évêques qui, à partir de cette époque, reçurent le titre d’ " Évêque - Comte ". Le Minihy devint donc une sorte de principauté ecclésiastique gouvernée par son évêque. Cette organisation devait durer jusqu’à la révolution. A Saint-Pol, se trouvait l’église paroissiale : la Cathédrale, et à Roscoff et Santec il n’y avait qu’une église tréviale ( La trêve en Bretagne est une subdivision ecclésiastique du lieu ).

Roscoff à la fin du Moyen Age, était un trou de flibustiers, un vrai nid à corsaires, et ses maisons de granit à lucarnes saillantes et à cave sur rue ont abrité bien souvent des marchandises de contrebande. Saint-Pol au contraire, protégée peut-être par son caractère religieux, fût préservée des pillages et des luttes qui dévastèrent le Léon.

Au 13 siècle, elle était le centre de la vie de toute la contrée. La fête annuelle de Saint-Pol Aurélien était le rendez-vous de tout le clergé et de toute la noblesse. Au début de la Renaissance, elle devint la capitale intellectuelle du Léon, un centre de corporations florissantes, une pépinière d’artistes, de maître des œuvres. Elle rayonna dans la province et attirait " clercs et escholiers ".

Tandis que Santec allait demeurer un " plou " sans grande importance ( 90 feux vers 1774 ). Roscoff ne cessait de prospérer. Si bien que le groupement roscovite au cours de plusieurs siècles de luttes intestines essaya de se détacher de Saint-Pol. Ces deux villes, en effet, tendaient de plus en plus à avoir des intérêts opposés. Tandis que Saint-Pol après le déclin de son port, Pempoul, se tournait plutôt vers la culture, Roscoff se lançait vers le commerce. L’une devenait de plus en plus terrienne ; l’autre de plus en plus maritime.

L’éclatement du Minihy en trois communes distinctes

Aussi lorsque l’Assemblée Nationale par le Décret du 14 décembre 1789 décréta que toute ville, bourg, paroisse avait le droit d’avoir une municipalité, Roscoff qui avait fait déjà plusieurs tentatives infructueuses ( notamment en 1785 ) pour secouer le joug de Saint-Pol profita de ce décret pour conquérir son autonomie.. Au lieu d’attendre le 8 février date des élections à Saint-Pol, les électeurs de Roscoff déclarèrent, le 31 janvier se constituer en municipalité et ils élirent Maire et Conseillers. Ce fût un grand émoi à Saint-Pol qui protesta énergiquement ne voulant pas voir se créer si près d’elle une communauté jeune et ambitieuse qui porterait ombrage à son prestige ancestral. Par égoïsme, Saint-Pol voulait être seule à dominer le Minihy.

Roscoff chercha un appui en haut lieu et le 8 février écrivait au Président de l’Assemblée Nationale pour montrer l’importance du port et de la ville de Roscoff et la mauvaise administration de Saint-Pol qui la charge de droits fiscaux et d’octrois ruineux.

Rapidement l’Assemblée Nationale donna une réponse favorable à Roscoff. En vertu du Décret du 14 décembre 1789, Roscoff qui est dit-on, une ville de 1.500 habitants a le droit de former une municipalité particulière. Saint-Pol n’insista pas plus longtemps sur sa prétention.

Roscoff devenait donc une ville administrée par une municipalité et pourvue d’un budget. Son territoire à l’Ouest englobait une partie de Santec et s’étendait au Sud à mi-route de Saint-Pol.

De même que Roscoff avait mené une lutte acharnée pour se détacher de Saint-Pol, de même Santec essaya de se séparer de Roscoff. Sous la révolution, les habitants de Santec s’appuyant sur le Décret du 14 décembre 1789 se réunissaient eux aussi, en assemblée pour former une municipalité. Comme pour Roscoff, Saint-Pol s’opposa vigoureusement, mais en vain. Cette première commune de Santec devait être très éphémère et une partie de son territoire fût attribuée à Roscoff, l’autre à Saint-Pol.

Mais Santecois et Roscovites avaient des intérêts trop distincts pour former une communauté unie. Le 31 mai 1835, les habitants de Santec redemandèrent l’érection de leur section en commune. Ils prétextaient l’éloignement du Chef-lieu, les pertes de temps que cela entraînait, les difficultés des communications, les préjudices portés à leurs intérêts par les deux communes qui se partageaient leur territoire.

Saint-Pol fût favorable, mais Roscoff préféra maintenir l’union qui était avantageuse pour elle. En effet comme nous le verrons plus loin, la question primordiale dans cette région est celle du goémon qui à cette époque servait d’engrais et de combustible. Or Santec avait un grand développement de côtes et le goémon y était abondant… Le 14 mai 1910, Santec demandait à nouveau son indépendance. Après bien des pourparlers sur le principe de la séparation puis sur la fixation des limites, Roscoff se résigna à accepter

la Loi du 4 août 1920, qui érigeait Santec en commune.

Il est intéressant d’étudier les limites de Roscoff et Santec. A cause de la question du goémon, il a fallu partager équitablement la côte. C’est pourquoi, la presqu’île de Perarhidy qui ne présente du point de vue économique aucun intérêt ( elle ne possède que l’hôpital - sanatorium ) fût coupée en deux ; la partie Est fût conservée par Roscoff, l’Ouest fût donnée à Santec. Le sanatorium se trouve même à cheval sur la frontière. Cette limite, en certains points longe la côte Ouest et n’accorde à la nouvelle commune qu’une mince bande de terrain. L’unité administrative du Minihy était détruite. Il comprend désormais trois communes distinctes.

La communauté des intérêts allait créer entre elles un lien plus fort, parce que plus naturel, plus logique. Sous l’influence de Roscoff, la région s’est spécialisée dans la culture des primeurs. Les deux villes du Minihy ont pourtant gardé leur cachet spécial.

Roscoff, depuis son affranchissement, est devenue la capitale maritime de la région, le port exportateur de l’arrière pays producteur de légumes.

Saint-Pol, au contraire est resté la métropole religieuse, la ville sainte, " Kastel Santel ". La Cathédrale et surtout le Kreisker du 14 ème, la perle du Léon que Vauban venant en Bretagne en 1671, déclarait être " l’ouvrage le plus hardi qu’il eût jamais vu ", l’ont fait appeler la ville des clochers. Tandis que l’une représente l’ancienne cité épiscopale qui vivrait facilement sur ses souvenirs, l’autre représente un groupe de commerçant et entreprenant. Sur ses armes Roscoff n’a-t-elle pas en effet un vaisseau ? Et n’a-t-elle pris comme devis "  Ha rei, ha skei atao " ? "  Elle donne et frappe toujours "

Si l’unité administrative a fait quelques fois de ces villes deux rivales, l’unité économique en fait deux associées. Roscoff se spécialisant dans les exportations de légumes, et Saint-Pol dans les expéditions.


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