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Histoire du Minihy de Léon
Saint Pol - Roscoff - Santec

Quelques dates

Histoire du Léon

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III - D - La pêche à Saint Pol, Roscoff, Santec, Sieck

Extrait d’un mémoire de Diplôme d’Études Supérieures de Géographie,
présenté par Mlle Noëlle HAMON à la Faculté des Lettres de Rennes en novembre 1941.


La pêche ne fournit au Minihy qu’un appoint secondaire ? La terre a ici plus de valeur que la mer, contrairement à ce qui se produit sur d’autres ports de la côte bretonne. On ne peut cependant négliger ce mode d’activité qui fait vivre quelques centaines de pêcheurs, qui donne naissance à un certain trafic. La flore et partant la faune marine sont d’une telle variété sur cette côte qu’elles ont amené la création d’une Station Biologique importante fondée au lendemain de la guerre de 1870 par Monsieur Henri de Lacaze-Duthiers. Monsieur Pruvost, sans tenir compte des vertébrés, cite 845 espèces animales reconnues sur cette zone littorale dont :

La pêche fut certainement pratiquée de bonne heure dans cette région. Les études de Camille Jullien ont montré que la tribu gauloise des Ossianismes qui s’étendait sur cette contrée était purement maritime or les gaulois étaient déjà friands de poissons. La pêche a traversé des siècles sans jamais disparaître complètement de la vie économique du pays. Les richesses de la mer firent la prospérité relative de la côte avant la révolution et aux environ de 1845-1890. A Sieck avant 1789, on faisait des pêches miraculeuses de sardines en tendant des filets non loin de la côte. Ce qui avait déterminé la construction d’une usine de conserve à Sieck. En 1765, Roscoff employait aussi beaucoup de barques à la pêche de la sardine et du maquereau et le transport du sel pour la conservation occupait quelques bâtiments. Quant à Pempoul, le port de Saint-Pol, il s’ensablait sans cesse. A la veille de la révolution, il n’y avait plus que quelques rares bateaux ancrés près de la digue, s’occupant davantage du transport du goémon que de la pêche.

Cette activité de Sieck - Roscoff était en grande partie abandonnée en 1790, comme le signale Cambry. L’usine de Sieck était fermée. Ce ne fut que vers 1845, qu’elle reprit avec une certaine intensité, selon un compte-rendu de la Chambre de Commerce de Morlaix. En 1865, le capitaine au long cours Chevalier faisait un vivier au pied de la Chapelle Sainte Barbe. En 1864 la pêche se développait au point que Sieck qui avait obtenu depuis quelques années auparavant la construction d’une digue brise-lames pour procurer un abri provisoire à quelques bateaux, réclamait une extension de cet ouvrage.

La même année, le maire de Roscoff se préoccupant de faire parvenir rapidement le produit de la pêche à Morlaix, demandait à Monsieur le Préfet la création d’une cale - débarcadère à la pointe de Pen ar Vil. Au début de 1864, des démarches étaient entreprises pour obtenir l’autorisation d’établir un atelier de salaison à l’Ile de Sieck. De longue date, on avait constaté que la sardine abondait par bancs sur les plages couvertes de méduses. Monsieur de Penanros qui demandait la création de cette usine faisait remarquer que de temps immémorial cette pêche de la sardine s’était pratiquée par trois ou quatre pauvres pêcheurs privés de rogue ( La rogue est employée comme appât dans la pêche à la sardine est préparée avec des œufs de morue. La meilleure rogue vient de Norvège.). Avec des vieux filets, ils faisaient néanmoins des pêches miraculeuses mais manquant de sel ils ne pouvaient pas conserver le poisson et le rejetaient à la mer.

Les courants violents empêchaient les pêcheurs de Batz d’aborder l’île de Sieck, il y avait donc intérêt à favoriser une usine de salaison à Sieck et à Batz. Cette industrie était destinée à réussir étant donné la présence de nombreux marchés : Morlaix, Guingamp, etc .. Ces démarches aboutirent, les ateliers de Sieck se remirent à fonctionner apportant un nouvel élément de richesse à cette région déjà si prospère. Cette usine allait embaucher les ouvrières parmi les femmes de Douarnenez, connaissant le métier, et auxquelles furent adjointes des paysannes du pays et même des paysans. Les bateaux de Douarnenez, Tréboul, Morgat et ceux du pays travaillaient pour cette usine. La pêche se pratiquait à la senne ( filets disposés en nappe et formant un demi-cercle ).

Cette usine fabriquait également des conserves de petits pois et d’asperges dans les bâtiments situés sur l’emplacement actuel de la clinique du Laber. L’île de Sieck était devenue prospère ; elle avait à cette époque 80 habitants.

La pêche continua à se développer : vers 1875-1876, 40 bateaux apportaient à Roscoff 127.126 kgs de poissons par an dont 105.126 kgs étaient expédiés sur Paris et 22.000 kgs sur l’étranger. En 1876, Roscoff demandait encore la construction d’un débarcadère à la pointe de Pen Ar Vil qui permettrait aux pêcheurs de livrer leurs poissons 3 heures plus tôt. La Chambre de Commerce de Morlaix déclarait que si ce quai n’était pas construit, Roscoff risquait de perdre une industrie florissante qui occupait 200 à 250 marins. Les pêcheries de Roscoff et de Sieck occupèrent constamment 20 bateaux pendant toute l’année 1977. L’île de Sieck prenait surtout une importance croissante. En 1878, elle demandait la création d’un abri car l’ouvrage actuel était insuffisant en raison du nombre croissant des bateaux armés ; le conseil municipal de Roscoff insistait auprès de la Chambre de Commerce de Morlaix pour créer un abri sérieux car " ces pêcheries de Sieck seront pleines d’avenir lorsque Roscoff sera relié au chemin de fer existant ".

On pratiquait la pêche côtière ( sardines, maquereaux, raies, etc .. ) et même la pêche plus lointaine. Des bateaux langoustiers allaient vers les côtes d’Espagne, au Portugal pour alimenter le vivier en crustacés d’Espagne et surtout de jeunes homards car les langoustes de France diminuaient en qualité et en grosseur à la suite d’une épidémie qui avait ravagé tous les viviers du littoral. L’écoulement de ces crustacés devenus adultes se faisait facilement vers Ostende en Belgique. La pêche était bonne, le commerce florissant. La sardine ayant disparue un moment des parages et la concurrence victorieuse de l’Espagne, de l’Angleterre, des États-Unis et surtout du Portugal, dans la conserve des sardines, amenèrent une nouvelle fermeture de l’usine de Sieck vers 1882. Vers 1887, la sardine revenait en abondance ; les bateaux faisaient bonne pêche et les bateaux étrangers venaient même se joindre à eux. On peut évaluer à 5.000.000 le nombre de sardines prises pendant cette saison dans les baies de Sieck et de Moguériec. Une partie de ces sardines fut expédiée sur les usines de conserve du Finistère, tandis que l’autre était expédiée en " vracs ". L’usine de Sieck resta néanmoins fermée.

Par contre la pêche du gros poisson tendait à donner déjà des résultats déplorables. A partir de 1887, les comptes-rendus de la Chambre de Commerce de Morlaix font l’écho des doléances des pêcheurs de la région. C’était la fin de l’âge d’or pour la pêche. Désormais celle-ci allait occuper un nombre de plus en plus réduit de bateaux. La décadence ne se fit pas sentir tout de suite. Le 3 mai 1888, le Conseil Municipal de Roscoff demandant la création d’une voie ferrée Morlaix - Roscoff, invoquait les motifs suivants : " le transport de quantité considérable de légumes et de poissons … actuellement de 150.000 kgs de poissons sont transportés à la gare de Morlaix. Ce volume pourrait doubler facilement. Le poisson frais expédié par charrettes chaque jour de Roscoff et des environs est évalué à 50.000 francs ".

La construction de cet embranchement de Morlaix à Roscoff ne devait pas arrêter la décadence. L’activité du pays se tournait de plus en plus vers la production de primeurs. La pêche du poisson commun et du poisson fin ne rendait pas, la surveillance pour la conservation du poisson et la reproduction n’était pas suffisante. Les crustacés se faisaient de plus en plus rares sur nos côtes, et la vente à l’étranger était plus difficile pendant l’hiver 1887-1888 , elle fut 30% moins productrice que l’hiver précédent. En 1893, les journaux ne lançaient-ils pas des bruits d’empoisonnement qui occasionnaient la mévente. Quant à la vente du poisson, elle était de plus en plus mauvaise par suite de son état défectueux à son arrivée sur le marché. La Compagnie de l’Ouest ( chemin de fer ) ne voulait pas affecter sur cette ligne des wagons spéciaux à persiennes et à double fond. Les paniers étaient empilés pèle-mêle dans les fourgons, ceux du dessous arrivaient complètement écrasés avec des marchandises invendables. Les frais de transport et de commissions aux halles de Paris étaient trop élevés par rapport à la valeur de la marchandise. Les expéditeurs anglais et allemands envoyaient du poisson sur le marché de Paris à des conditions telles que le plus souvent nos nationaux ne pouvaient soutenir la lutte. Les tarifs de chemin de fer étaient trop élevés pour les denrées notamment pour la marée. Il arrivait que le port était plus cher que le prix du poisson lui-même. Ainsi vers 1890, la raie et le congre se payait 0,10 franc le kilo, alors que le port pour Paris était de 0,12 franc par kilo. Pour toutes ces raisons la pêche perdit de plus en plus d’importance. Actuellement, elle se maintient un peu à Santec et à Roscoff où les pêcheurs forment une petite caste que n’envient pas avec raison les maraîchers ni les marchands de la ville.

Il y a 63 pêcheurs, à Roscoff, 65 à Sieck - Santec ou la population totale est plus faible d’un tiers environ et 15. à Saint-Pol où la population est deux fois plus forte. Ce sont donc, 143 individus qui vivent uniquement du produit de leur pêche comme on le voit, la proportion est faible en face de celle des cultivateurs et des journaliers. Santec possède 43 bateaux de pêche répartis dans les petits ports de Sieck, du Dossen, du Poulduff, du Théven. Roscoff en 41 et Saint-Pol 9. Sieck et Roscoff sont de même importance. Le quart seulement des bateaux possède un moteur (24%). Leur production totale par an est de 47.750 kilos de poissons et 13.500 kilos de crustacés.

On pêche dans les environs immédiats de la côte les crabes, les merlans, les merlus, les raies, les plies, les congres, les maquereaux, les sardines, quelques homards et langoustes. La pêche en mer se fait au filet, à la senne, à la ligne sur place ou traînante. On pose des casiers à homards et des palangres. La pêche à pied sur la grève lorsque la mer se retire des étendues ensablées de l’Aber et de Pempoul procure aussi aux pêcheurs ou aux enfants de paysans qui habitent tout près de la côte. On récolte des coquillages, des crabes, parfois des congres ou des plies qui se réfugient sous les roches dans les anfractuosités remplies d’eau. On pêche également la crevette le long du rivage à mesure que la mer monte et descend près des rochers et dans les bandes des zostères ( Plante –potamogétonacées- qui forme des prairies sous-marines.) et le mulet à marée descendante en tendant des filets de barrages.

Sieck est le seul port du Minihy qui pêche la sardine. En 1930, Roscoff avait encore des bateaux sardiniers, mais la difficulté de s’approvisionner de rogue qui venait surtout de Norvège et qui était fort chère fit qu’elle abandonna cette pêche. Malgré ce maintient de la pêche à la sardine Sieck a fermé définitivement son usine qui s’était réouverte quelque temps avant la guerre de 1914.

Comment peut-on expliquer cet échec ? La sardine aurait t’elle tendance à disparaître de cette région ? Non, mais les bancs de sardines sont extrêmement capricieux. A la suite de multiples et patientes observations, l’Office Scientifique des Pêches est parvenu à déterminer dans ses grandes lignes le mouvement des bancs sardiniers au cours de l’année.

En Atlantique la sardine apparaît au fond du golfe de Gascogne vers Saint Jean de Luz dès le mois d’octobre et sa pêche se poursuit jusqu’en avril. En mai, le poisson apparaît près d’Arcachon. A la même époque, on le signale dans les parages des Sables d’Olonnes et de Saint Gilles. Puis, il gagne progressivement vers le nord : l’île d’Yeu, Saint Nazaire, le Croizic, la Turballe. Au début juin, la sardine apparaît dans les eaux de Quiberon et de Belle-Ile. Puis vers le Guilvinec et Penmarc’h. Enfin de juin, elle monte sur la côte Ouest du Finistère : Audierne, Douarnenez ; puis en juillet plus au Nord, vers Camaret et Brest. Et ce n’est qu’en août qu’elle arrive sue la côte Nord, vers Roscoff et en Baie de Lannion. C’est la sardine de rogue. Les bancs venus avec constance et abondance vers la 2ème moitié du 19ème siècle et qui avait déterminé la création de la conserverie de Sieck, se firent plus capricieux. Ce fut la misère après des années d’abondance. L’usine se ferma.

Extrait d'un journal du 1er avril 1939 !

Certaines années la sardine abonde encore dans cette région. En particulier, le 13 février 1939 ( la sardine se voit rarement sur les côtes à cette période ) les riverains de l’estuaire de la Penzé avaient une heureuse surprise : des sardines par milliers poursuivies sans doute par leurs voraces ennemis, fuyaient la mer pour se réfugier dans la rivière. C’était un grouillement inimaginable. Ce fut plus impressionnant encore lorsque les premières arrivant aux abords du Pont de la Corde tentèrent de fuir l'eau douce pour retourner vers la mer. Le banc était si long et si dense qu'elles se heurtèrent à celles qui les avaient suivies. Et ce fut un " embouteillage " à la surface de l’eau toute miroitante de reflets argentés, c’était un bouillonnement sans fin. L’affolement était tel que de quantités de poissons vinrent s’échouer sur la grève de Pors Doun en Saint-Pol. La nouvelle se répandit et de Carantec, Pempoul, Henvic, les pêcheurs s’empressèrent d’arriver. mais ils devaient à chaque coup limiter leurs prises à la résistance de leurs filets.

Cependant les barques se remplissaient à tel point que l'une d'elle coula sous sa charge. Sur la rive, pour tirer parti de l’aubaine on accourut avec des sacs, des brouettes, des charrettes et même des camions. Malgré cet empressement le banc ne semblait pas s'épuiser ; les jours suivants les pêcheurs de Santec, Sieck, Moguériec et d’ailleurs arrivèrent et emportèrent eux aussi de grandes quantités de sardines. Pour écouler cette pêche miraculeuse les mareyeurs avaient du s’organiser en hâte et après avoir dirigé le poisson sur les divers marchés de la région, ils en expédiaient à certaines usines du Sud Finistère. Jusqu’à la fin d'avril, on pêcha de la sardine sur cette côte ; les captures n'étaient pas moins abondantes que les premières. Une demi-douzaine de pinasses de Douarnenez s'installèrent dans le pays. Ce fait est assez rare mais montre bien combien la pêche à la sardine est soumise à de brusques variations. Les pêcheurs et les usiniers de Douarnenez connaissent ces moments d’abondance et de disette. Néanmoins ces usines continuent à fonctionner. Mais, Sieck est une trop petite usine, d’importance toute locale ne pouvait supporter ces changements de fortune.

Pourtant cette raison n'eut pas été suffisante pour provoquer la fermeture de l’usine. En effet sont les transformations des conditions économiques qui devaient l’amener. Ces conditions ne pouvaient plus assurer comme autrefois la marche d’un établissement industriel si petit. Tout d’abord, la grave question de la rogue arrêta la pêche ; la meilleure rogue venant de Norvège se trouvait très difficilement. Puis lorsque la pêche reprit, l’usine dont l’activité était limitée à la conserve des sardines ne pouvait plus subsister. Il y avait bien eu l’essai de Laber pour installer une usine de conserves de légumes. Cet, essai avait échoué ; les bénéfices réalisés durant la trop courte campagne de pêche était loin d’être suffisants pour couvrir les frais d’une année entière. L’éloignement de l'île des centres d’expédition et le renchérissement toujours croissant des prix de transport ne permettaient plus d'entreprendre la fabrication d’autres conserves. Ce fut la fin d'une industrie qui avait longtemps animé le pays.

Le poisson pêché dans le Minihy dépasse de beaucoup, les besoins locaux ; une assez forte quantité est expédiée soit sur les Halles Centrales de Paris, où les ventes se font généralement à la commission soit sur les marchés de Bretagne. Avant la guerre de l939, les envois étaient individuels ; chaque pêcheur expédiant ou livrant à un revendeur attitré. Depuis 1939,le principal mareyeur propriétaire des viviers de Roscoff, concentre toutes les expéditions.

Les crustacés donnent lieu à une pêche et à un trafic de semblable importance. Ce fut en 1863, que Monsieur Chevalier, capitaine au long cours obtint de l’état la permission de construire un " Vivier " dans une petite baie située au-dessous des rochers que domine la chapelle Ste Barbe et adossée à la pointe rocheuse sur laquelle est bâti le fort Bloscon. Monsieur Chevalier fit l’acquisition du terrain puis après arrangement avec la commune, il fit pratiquer un chemin qui lui permit d'accéder plus facilement à son vivier. Le vivier est isolé de la mer par une digue en demi-cercle appuyée à la base par de gros blocs rocheux. Cette digue haute de 10 mètres et large d’environ 3 mètres est percée de portes - vannes qui permettent de laisser entrer et sortir à volonté les eaux de la mer dans ce bassin ainsi formé. Le bassin a une superficie d’un hectare et il contient plusieurs milliers de mètres cube d’eau de mer renouvelée deux fois par jour par le jeu des marées. Le vivier peut contenir, jusqu'à 80.000 crustacés. Le fond est rocheux sans vase avec de gros blocs de pierre constituant pour les animaux un abri naturel. Tout autour de la digue circulaire est suspendu un plancher à claire-voie large d’environ 4 mètres et soutenu par des piliers en pierre qui permet aux crustacés de se réfugier à l'ombre, lorsque la lumière solaire est trop vive. Les homards et les langoustes peuvent y séjourner plusieurs années en toute prospérité. Ils sont nourris en hiver seulement de poissons frais et de coquillages fournis tous les jours.

Certains de ces crustacés proviennent de la pêche locale. Mais l’épidémie qui s’abattit sur eux vers 1878 détruisit la race presque complètement pendant plusieurs années. La langouste surtout devait disparaître de nos côtes ; le homard se trouve encore en abondance, malgré que les fonds soient dévastés par les pieuvres. D’ailleurs les bêtes pêchées près des côtes ne sont pas aussi vigoureuses que celle que l’on va chercher au large dans les grands fonds de l’Atlantique.

Pour faire face à la déficience de la pêche locale les pêcheurs de Roscoff, Santec, Moguériec vont chercher leurs crustacés aux îles Sorlingues, sur les côtes du Portugal, de l’Espagne et jusqu’en Mauritanie. Les bêtes jeunes qu'ils apportent sont gardées et élevées au vivier qui ne les vend que lorsqu’elles ont atteint une certaine taille. Les bateaux viviers qui se livrent à cette pêche sont originaires de Roscoff, Moguériec, Porsall, Camaret, Brest, Audierne et des ports du Sud-Finistère. Ils apportent par campagne de 5 à 6.000 langoustes pesant jusqu'à 5 kilos pièce. Cette petite flotte de navires homardiers part à une époque déterminée et revient porter le produit de sa campagne à Roscoff. Depuis 1935 environ, les bateaux du Sud Finistère ne viennent pas à Roscoff livrer leurs marchandises : les camions du vivier vont les chercher dans leur port d’attache.

Le vivier était aménagé aussi pour conserver les poissons qui pouvaient vivre dans une captivité relative à l'intérieur d’un bassin séparé. C’étaient surtout des bars, des mulets, des turbots. Jusqu’en 1939, il ne s'est occupé uniquement que des crustacés ; depuis I940, il se charge de ramasser par camion tout le poisson pêché sur la côte. Le commerce des homards et des langoustes a subi depuis 1863 quelques fluctuations, moins graves néanmoins que celles du commerce des poissons. Vers 1871, c’était la pleine prospérité. Annuellement, les expéditions se montaient par chemin de fer de 45 à 50.000 kgs de crustacés vivants. Mais en 1887, une épidémie qui sévit sur tout le littoral occasionna de graves pertes.

Il fallait reconstituer la réserve. Heureusement que les langoustes d’Espagne donnaient avec abondance et permettaient un approvisionnement facile. Les homards se vendaient en Belgique, à Ostende en particulier. En 1876, le port de Roscoff expédiait 186 kgs, 50 de homards à destination d’Ostende, chargés sur 9 navires belges, entrés sur lest. Mais les prix étaient peu rémunérateurs et dans les autres contrées les crustacés étaient très peu demandés. Depuis 1892-1893, les ventes sont meilleures et les prix plus élevés. Le commerce n’a donc fait que s’étendre depuis cette date. Le vivier expédie aux particuliers ses bêtes vivantes dans toute la France, vers Cannes, Toulon, l’Hérault, le sud de la France et surtout aux environs de Paris, en Suisse et même quelquefois en Italie.

On a essayé d’expédier en Algérie, ce fut un échec, les bêtes n’arrivant pas vivantes. Les expéditions se font par chemin de fer. On emballe les bêtes vivantes dans des caisses en bois contenant de la sciure de bois, en hiver, et de la sciure et de la glace en été. Ces caisses arrivent en pièces détachées des Landes de la Girondes et sont montées sur place. Les expéditions qui se font très souvent contre remboursement, sont plus nombreuses en été qu’en hiver. L’hiver c’est la morte saison sauf à l’époque des Grandes Fêtes. Les bêtes arrivent très vivantes chez le destinataire. Aux Halles de Paris, le vivier de Roscoff a des mandataires auxquels il envoie ses langoustes fatiguées, car il se fait scrupule de n’expédier que des bêtes très vigoureuses. Le vivier occupe 5 à 8 personnes. La famille Oulhen, propriétaire du vivier de Sainte Barbe possède également en Bretagne d’autres établissements similaires, en particulier à L’Aber Wra’ch, à Camaret, au val André. Elle s’est entendue ( avant la guerre 1939 ) avec les chemins de fer pour bénéficier de, trains de marées. Le transport reste toujours cher, alors que le kilo de langouste valait 32 francs en 1938, le transport pour Paris était de 15 francs par kilo. Actuellement les expéditions aux particuliers se sont grandement ralenties.

La pêche n’est donc pas une ressource essentielle pour le Minihy. Le vivier seul possède une certaine importance ; il faut noter qu’il fait vivre plus de pêcheurs étrangers au Léon que de pêcheurs roscovîtes. D’autre part, la pêche attire moins en moins les jeunes, les fils de pêcheurs, lorsqu’ils le peuvent ils préfèrent s’engager dans la Marine Nationale ou devenir journaliers. Ils voient le contraste frappant entre leur classe et celle des cultivateurs : la leur végète, tandis que l’autre vit très largement. Dans ces conditions, ils ont abandonnent ce métier dont le profit n’est pas en rapport avec les peines et les fatigues endurées.


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