La vie quotidienne à Roscoff - Histoire - L'habitation rurale dans le Léon

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Histoire du Minihy de Léon
Saint Pol - Roscoff - Santec

Quelques dates

Histoire du Léon


IV - A - L'habitation rurale

Extrait d’un mémoire de Diplôme d’Études Supérieures de Géographie,
présenté par Mlle Noëlle HAMON à la Faculté des Lettres de Rennes en novembre 1941.


Les fermes de Minihy de Léon ont toujours été mieux conçues et plus propres que celles d’autres régions bretonnes. Avant la Révolution les maisons étaient encore de torchis recouvert de deux doigts de mortier, sauf quelques riches gentilhommières faites en pierres. Actuellement les fermes sont toutes construites en pierre, en granite généralement, puisque cette pierre se trouve partout dans la région ; on exploite même quelques carrières comme à Créac’h Vilin sur le territoire de Roscoff.

La ferme est allongée et basse, un rez-de-chaussée le plus souvent. Pourtant les maisons d’un étage deviennent de moins en moins rares ; ce sont les maisons récemment construites par le cultivateur enrichi par la vente de ses primeurs et qui a voulu embellir sa ferme et la rendre plus confortable. L’étage est donc un signe de bien-être croissant dans la région. En 1905, Vallaux remarque qu’il est occupé par les maîtres, tandis que le rez-de-chaussée est laissé aux domestiques. La construction d’un étage est, avec l’agrandissement des ouvertures, le fait le plus caractéristique du début de ce siècle. Le toit est à double pente symétrique, comme dans tous pays de climat pluvieux. Le chaume a du être utilisé autrefois, comme le montre quelques vieilles masures inhabitées servant de remises ; mais ce devait être un mode de recouvrement assez rare. Actuellement le toit est fait d’ardoises qui viennent de Locquirec ou de Châteaulin. Les pièces étaient autrefois éclairées par des fenêtres minuscules garnies de barreau de fer. Dans les maisons construites depuis 50 ans environ, les ouvertures sont plus larges, sans rien d’excessif toutefois et elles sont protégées par des volets de bois plein. Généralement, la façade offre deux fenêtres symétriques par rapport à la porte d’entrée. Dans les vieilles fermes, la porte est rejetée de côté et la maison n’a qu’une seule fenêtre.

La ferme s’orne assez souvent d’un petit parterre de fleurs, des soucis, des pâquerettes, des violettes ; à la porte, un rosier grimpant. Les couleurs et les décorations sont inconnues et choqueraient d’ailleurs sous ce climat. Parfois une porte plus ancienne s’ouvre en plein cintre ou en arc brisé. La maison est souvent orientée vers le Sud ou le Sud-est, tournant le dos aux terribles vents du Nord et du Noroît. Elle regarde rarement du côté de la route ou du chemin ; elle préfère lui tourner le dos et regarder vers l’intérieur d’une cour autour de laquelle se répartissent les divers bâtiments. Le type appelé par Monsieur Demangeon " maison-bloc à terre ", où à la ferme basse s’appuie l’étable, ne se retrouve plus que dans de très vieilles constructions et surtout sur les communes de Saint-Pol et Santec. Autrefois, même dans le Minihy, bêtes et gens vivaient sous le même toit, un simple mur séparait l’étable de l’habitation. C’est le type de la " maison-cour ". Les bâtiments qui consistent en une ferme pour le cultivateur, une écurie, une étable, une grange, une soue à porcs sont disposés en un carré dont la maison forme un côté ; le quatrième est fermé par un petit mur ou un talus en terre. L’intérieur du carré servait d’aire à battre ; il est parfois occupé en son milieu par l’inévitable tas de fumier, qui est de plus en plus relégué dans un coin de la ferme, dans une espèce d’auge en maçonnerie.

Le type le plus parfait de cette " maison-cour " est réalisé par la ferme Cabioch au Pontigou en Roscoff.

( voir plan )

La maison d’habitation qui est récente ( 47 ans ) a néanmoins été conçue en s’inspirant du vieux modèle de la ferme du Minihy, c’est à dire que le principal corps de bâtiment est flanqué à droite d’une aile débordante appelée " appotis-daol " ou " cache-table ", servant de salle à manger. Cette aile n’existe que dans la région de Morlaix.

La maison de 17 mètres sur 6 mètres ( largeur qui ne comprend pas l’aile ), orientée vers le sud, a un étage avec quatre fenêtres. Sur le pignon de l’aile débordante, on a construit un clapier et un poulailler. Un tas de fagots de bois leur fait suite. A l’Ouest, le long de la route nationale de Saint-Pol à Roscoff, on a bâti un hangar couvert et une remise qui servent d’abri à la charrette et aux outils. Tout au fond de la cour qui est assez vaste et le long du mur de clôture au sud, s’appuient une remise, une écurie, une étable et une soue à porcs.

De l’étable à la maison d’habitation, il y a une haie de fusains qui cache la fosse à fumier qui fait suite à la soue à porcs. Le long de cette haie se trouve le tas de charbon et la provision de bois.

A l’Est, s’étend le premier champ de cette ferme, dans le coin sud-est de la propriété, un mulon de paille ( petit tas de foin) lié à la manière du pays pour empêcher qu’il ne soit soulevé par les vents. Tout cet ensemble, bâtiments et champs, est enclos d’un mur de pierre de 2 mètres de haut environ. La porte d’entrée est percée dans ce mur. La " maison-cour " est ici parfaitement réalisée.

Sur la base de ce type de ferme, il existe d’autres variantes. Les bâtiments ne se touchent pas aussi nettement, ils forment néanmoins une cour à laquelle on accède souvent par un petit sentier serré entre deux talus. La porte est ici constituée par une barrière de bois. Ce qui oppose encore ces fermes à la ferme " Cabioch ", c’est qu’elles sont souvent closes d’une manière imparfaite et qu’au lieu d’un mur de clôture, il y a ici un talus de terre surmonté de genêts, fusain ou autres arbustes.

Généralement les étables, les écuries ont un toit de tuiles rouges, tandis que le hangar plus moderne à un toit de tôle soutenu par des piliers en ciment armé.

Le Léon est un pays qui s’est enrichi ces dernières années ; aussi le cultivateur - propriétaire a-t-il voulu transformer sa ferme ; au lieu de surélever la vieille ferme d’un étage comme on le faisait vers 1900, il bâtit une maison d’un étage mansardé et il abandonne la vieille ferme qui sert alors de remise. On y met les oignons à sécher, la provision de carottes et de pommes de terre pour l’hiver. Là aussi on a laissé quelques vieux meubles ou quelques vieux bibelots que l’on a trouvé trop démodés pour figurer dans la nouvelle habitation. Elle a généralement 4 ou 5 pièces ; au rez de chaussée, il y a une grande cuisine pourvue des conforts modernes que pourrait envier plus d’un citadin et une petite salle à manger où manquent trop souvent les meubles anciens. Au premier étage, ce sont les chambres.

Les habitations des pêcheurs et des cultivateurs que nous rencontrons sur les dunes de Santec ou à l’Ile de Sieck sont différentes de celles décrites plus haut qui présentent déjà un progrès assez net sur le type classique de la ferme bretonne. Cambry disait que la demeure de ces gens de Santec était un trou formé par le rocher que des goémons recouvrent à peine. Il y a là sans doute une forte exagération ; pourtant les fermes ici sont généralement plus pauvres. Sur les dunes de Santec, nous avons remarqué plusieurs " fermes-bloc à terre ", une maison basse au toit à double pente, deux minuscules fenêtres et une porte, deux appentis ; devant un petit champ ; le tout entouré d’un mur de pierres sèches. C’est un type que l’on rencontre à Santec.

A Sieck, les maisons qui entourent le port sont très particulières. Elles ressemblent aux " maisons-blocs " en hauteur. La façade est étroite et peinte à la chaux ; au rez de chaussée, c’est une remise ; au premier étage les pièces d’habitation; une ou deux seulement. On accède au premier par un escalier de bois extérieur. Devant la maison une minuscule cour où se trouve un poulailler peu banal, la coque renversé d’un bateau. Un mur de pierre délimite chaque habitation. La maison est donc réduite au strict minimum.

D’une façon générale, les fermes du Minihy du Léon sont plus modernes et plus propres que celles du Centre Finistère, par exemple Cambry en 1790 le remarquait déjà : " Les maisons dans les campagnes sont moins sales, mieux entretenues, mieux meublées que dans le reste du district ". Les raisons sont simples : c’est la richesse et l’aisance relative chez les cultivateurs ; c’est la présence d’un élément migrateur, les habitudes du pays se trouvent bousculées par les habitudes nouvelles venues d’Angleterre ou d’autres régions françaises.

On note également un progrès sur la distribution intérieure des pièces. La maison ancienne n’avait au rez de chaussée qu’une seule et immense pièce qui servait à tous les usages. Le sol était ni planché, ni pavé ; simplement de la terre battue qui en hiver tenait quelques flaques d’eau. Les murs étaient nus. Les meubles disposés tout autour de la pièce ; près de l’entrée une grande armoire ou un lit-clos divisait cette immense pièce en deux parties ; les long des murs se succédaient les armoires massives, les lits-clos, les vaisseliers, les bancs ; à côté de l’unique fenêtre, la longue table ; une colossale cheminée qui apportait plus de froid que de chaleur avait été presque entièrement fermée dans sa partie supérieure pour protéger les gens de la pluie. La fumée qui se répandait dans la pièce étouffait et aveuglait.

Maintenant presque toutes les fermes ont plusieurs pièces. Voyons le cas de la ferme Cabioch. Un corridor avec une cloison de planches divise le rez de chaussée en deux parties. D’un côté, c’est la pièce dite moderne, celle où l’on reçoit le visiteur ; le sol est couvert de carrelage rouge, les meubles sont modernes. De l’autre côté, c’est la pièce où vit toute la famille et qui a conservé son cachet ancien avec l’appotis-daol qu’un lit-clos prolonge encore vers l’intérieur de la pièce ; le sol est de terre battue recouvert de sable, suivant la mode du pays ; l’appotis-daol près de la grande cheminée a sa longue table et ses bancs. Il est éclairée par une fenêtre normale et une toute petite fenêtre en hauteur, ouverte dans la masse de la maçonnerie ; cette petite fenêtre qui possède un long rebord servait autrefois à placer la cruche d’eau pour qu’elle reste fraîche et le livre des Évangiles ou le livre des Saints qu’on lisait à chaque repas.

Le long du mur, face à la fenêtre, sont le buffet et les lits-clos. Les lits-clos ne sont plus maintenant utilisés comme lits mais comme armoire. Au premier étage, ce sont les chambres, les pièces sont assez larges et hautes.

On retrouve à peu près les mêmes dispositions dans les fermes moyennes. Les murs sont toujours blanchis à la chaux, les poutres sont apparentes ; l’électricité se trouve presque partout, sauf à Saint-Pol qui n’a pas encore réalisé l’électrification dans les campagnes. Les vieux meubles ont disparus, achetés bien souvent à vil prix, par des touristes ou des antiquaires.

Toute cette région s’est dépouillée peu à peu de son caractère ancien et s’est adaptée heureusement aux progrès modernes. Sans tapages, elle s’est transformée, ses fermes pouvant s’opposer aux fermes bretonnes trop souvent décrites et qui représentent le stade le plus primitif de l’habitation.


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