Histoire du Minihy de Léon
Saint Pol - Roscoff - Santec

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Quelques dates

Histoire du Léon


Coupe d'artichauts

III - B 1

L'extension de la zone légumière
et
la question des engrais

Extrait d’un mémoire de Diplôme d’Études
Supérieures de Géographie,
présenté par Mlle Noëlle HAMON
à la Faculté des Lettres de Rennes
en novembre 1941.

Un champs de choux-fleurs à Roscoff


On parle toujours de la Ceinture Dorée de la Bretagne pour bien montrer l’opposition qui existe entre l’intérieur au sol pauvre et aux maigres cultures, et la côte au sol limoneux et riche et aux cultures variées. Le Minihy de Léon fait à juste titre partie de la Ceinture Dorée. Il doit cette richesse un peu au climat mais beaucoup au sol ; la terre labourable a une épaisseur de 30 à 60 centimètres. Elle est constituée par ce limon loessique résultant de la solifluxion glaciaire ; ce sol est riche aussi depuis un temps assez lointain, la région s'est spécialisée dans la culture des légumes. Jusqu’en 1720, la culture était restée de type moyenâgeux, c’est à dire qu'on y faisait un peu de tout, que chaque ferme vivait presque en économie fermée. Autour des villages quelques jardins potagers ont du exister et approvisionner tout au plus les habitants et les équipages des navires en escales. De 1720 à 1789, on observe l’extension de la culture du lin. On importait les graines de la Baltique ; ce lin était travaillé sur place, on en faisait des toiles grossières qui servaient à construire de solides voiles des bateaux de corsaires. On exportait vers l’Espagne ces toiles appelées " roscone ". Artur Young, en I787, note que les principales cultures consistaient en blé et lin.

Et pourtant Cambry chargé en 1790 par la Constituante de faire un voyage d’étude dans le Finistère, remarquait que les champs " n’offrent à l’œil que des légumes, du grain, des rochers et des landes. Les légumes sont si beaux et si nombreux qu’ils nourrissent le Finistère ... L’artichaut vient toute l’année en pleine terre ". Un peu plus loin, il précisait " La terre est riche et féconde surtout à Roscoff. On y cultive des légumes, des choux-fleurs, des asperges et des artichauts ". Nous pouvons donner créance aux dires de Cambry et affirmé que le Léon s’était, déjà à cette époque, orienté vers la production légumière. Avant la révolution, on introduisait la pomme de terre, qui s’appelait alors " patate ". Dans le Registre de Correspondance de Roscoff, on trouve en particulier, des lettres du 14 août 1790 et du 5 Thermidor an 3, où les habitants se plaignent de vol de " patates " dans les champs et un arrêté du 6 Thermidor An 3 où l’on décide d’organiser des patrouilles de nuit pour empêcher ces déprédations.

On réquisitionnait de quantités de pommes de terre qui étaient envoyées à Brest et à Morlaix pour les soldats. Le 10 Thermidor An 3, Roscoff a fourni 2.000 futailles de " patates ", pour la flotte et la garnison de Brest. En 1794, les paysans, durant la saison chargeaient chaque jour 10 à 12 charrettes de légumes qu’ils allaient vendre à Morlaix, Brest, Landivisiau, Landerneau, voire même Quimperlé et Lorient. Désormais le blé et le lin étaient délaissés au profit des légumes. Une lettre du 3 Floréal An 3, aux citoyens administrateurs du district de Morlaix, déclarait à propos des réquisitions de grains, que " Roscoff ne peut fournir ce qui lui est demandé par Pol de Léon ". Roscoff est un pays maraîcher qui ne cultive pas de blé et n’a pas assez de grains pour sa subsistance. De même dans une autre lettre du 18 Prairial An 4, " Roscoff ne peut fournir en grains, fourrages, bêtes de boucherie ce que l'administration lui demande ". Le territoire de Roscoff avait donc commencé la première la culture des légumes ; Saint-Pol, sous la Révolution produisait encore principalement du blé sauf sur le territoire de Santec où les sables gagnaient sur les terres labourées. A Santec on récoltait de large et du seigle.

La culture des légumes se répandit petit à petit sous l’influence des Pères Capucins qui les premiers firent la grande culture de légumes. Les Roscovites leur avait donné en 1662, une belle propriété qu’ils aménagèrent en terrasses. Choux-fleurs, artichauts, oignons, pommes de terre et asperges se cultivaient en grande quantité. Vers 1845, on fait mention de choux à piquer qui faisaient l’objet d’un commerce très important pour Roscoff et Saint-Pol. Ils étaient transportés sur le marché de Morlaix, Guingamp et Lannion ; pendant les trois mois que dure la saison, plus de 3.000 voitures défilaient sur la route de Morlaix. La culture légumière était donc prospère et s’étendait maintenant à Saint-Pol.

Ce développement était entravé par les difficultés de créer des débouchés et par la médiocrité des voies de transport. Les habitants du Léon s'en plaignaient fort. Il fallait envoyer les légumes à Morlaix d'où ils partaient par la route ou en bateau ; ce qui introduisait de nombreux déchargements, et une perte de temps qui pouvaient être préjudiciables la fraîcheur des légumes. Vers 1860, Saint-Pol demandait la création d’un embranchement de chemin de fer Morlaix - Roscoff. Après de nombreuses discussions cet embranchement était réalisé en 1883. L’amélioration des moyens de transport permit une culture intensive. La route fit, concurrence au rail, les marchés extérieurs s’ouvrirent. On négligea le blé même à Saint-Pol. Le centre maraîcher du Léon était créé et jouissait d'une réputation assez solide.

Pour satisfaire la clientèle, on produit surtout des choux-fleurs, des pommes de terre, des artichauts et abandonne complètement les asperges. Les touristes qui visitent Roscoff l’été, peuvent assister à la besogne de repiquage des choux-fleurs, aux derniers arrachages de pommes de terre et sur la port à l’embarquement des oignons pour l’Angleterre leur donne une pittoresque note locale ; ils peuvent contempler les champs, entiers d’artichauts en pleine floraison à cette époque. S’ils visitent la région l’hiver, ils voient avec étonnement ces charrettes de choux-fleurs qui arrivent par toutes les routes sur le marché de Saint-Pol. C’est un va-et-vient qui donne l'impression d'un pays débordant de vie. Jusque, vers 1939, le Minihy et en particulier Roscoff se sont orientés vers la production des " primeurs ". Le cultivateur tentait sa chance semait plus tôt pour avoir une récolte hâtive qui se vendait assez cher sur les marchés de France et de l’étranger. Le jeu de l'offre et de la demande faisait monter rapidement le prix du peu de légumes qui arrivait sur la place ; la spéculation jouait donc un grand rôle : à quinze jours près les bénéfices ou les pertes étaient énormes. Pour profiter de l’avantage offert aux primeurs le paysan arrachait ses pommes de terre avant maturité pour qu’elles puissent devancer celles des autres régions. Il abandonnait les espèces tardives.

Par son travail incessant, il obtenait dans un même champ deux récoltes par an ; quelquefois trois par les années favorables. Mais depuis 1940, par suite de la taxation des prix le paysan a tendance à négliger le " primeur " pour le " légume ". Il tente moins le temps, il plante plus tard et laisse mûrir ses produits car cette mesure lui assure une certaine sécurité. Il est certain de vendre ses produits tel prix à telle date. Cela augmente, par suite le rapport de la terre, car il laisse ses produits se développer davantage. Les paysans des environs de Roscoff - Saint-Pol voulurent de bonne heure profiter de ce nouveau mode de culture très rémunérateur. C’est ainsi que la zone légumière pure, limitée à Roscoff au 19ème siècle, s’est progressivement étendue en longueur sur le littoral et en profondeur vers l'intérieur, à mesure que les chemins convergeant vers la mer s’amélioraient et à mesure que les chemins de fer et les transports routiers ce développaient.

On distingue deux zones : la zone légumière pure et la zone mixte où à la culture des légumes s’adjoint celle du blé et des racines pivotantes. Cette seconde zone se livre également un peu plus à l'élevage. La zone légumière pure s'est moins étendue que la mixte. En 1905, elle englobait déjà les communes de Roscoff, Santec et les 2/3 de St. Pol. En 1940, elle s’étendait un peu plus au Sud, en comprenant en outre les communes de Sibiril, Plougoulm, entièrement celle de Saint-Pol, Cléder, Plouescat, Carantec, Henvic, Taulé. Ce qui fait un développement de côte de 40 à 50 km sur une largeur maxima de 5 à 6 km . Saint-Pol et Roscoff sont restées les deux centres principaux ; un phénomène assez curieux fait que Roscoff jouit presque seule à l'étranger de cette réputation ; à tel point que les exportateurs qui voulaient en particulier traiter avec les Anglais devaient installer des bureaux et des succursales à Roscoff.

La zone mixte enserre cette première zone. En 1905, la limite passait par Plougoulm et le Sud de la commune de Saint-Pol. En 1912, elle avait reculé jusqu’à Plouescat, Plouénan. En 1940, elle avait pénétré encore plus en avant vers l’intérieur, outre la zone pure, les communes de Tréflaouénan, Mespaul, Plouénan, Plouzévédé, Plounevez-Lochrist, Tréflez, Goulven Plounéour-Trez, Brignogan. La limite passe approximativement par Brignogan, Plouider, le Nord de Lanhouarneau, à deux kilomètres au sud de Sainte Catherine pour rejoindre presque directement Morlaix ou Saint Martin des Champs où ont fait encore des cultures de choux-fleurs et d’artichauts. C'est une bande de terrain qui s'étend donc de Brignogan à la Rivière de Morlaix sur une longueur approximative de 50 km et sur une largeur maximum de 15 à 18 km. La région du Minihy du Léon qui nous occupe seule, a une superficie totale de 3.664 hectares dont 2.183 sont sous légumes. La superficie cultivée étant de 3.054 hectares. La surface sous légumes occupe donc 56,70% de la surface totale du Minihy ou 71,4% de la surface cultivée. La zone maraîchère pure à l’inverse de la zone mixte ne semble plus devoir s’étendre. La question de la culture des primeurs est en effet liée assez intimement à celle des engrais marins.

Le sol assez fertile par lui-même voit sa valeur augmenter par une fumure assez abondant. Les amendements et les engrais les plus employés et les moins chers, ce sont les amendements et les engrais marins : goémons, varechs, maerl, cendre de goémons, coquillages brisées, sables calcaires.

A une époque assez éloignée, les cultivateurs du pays se servaient déjà du goémon pour améliorer leurs terres ; car on retrouve déjà dans les archives de Saint-Pol pour le 21 avril 1577, l’interdiction de couper et d’emporter des goémons. On distingue 3 sortes de goémons. ;

celui de rive ou noir, celui de coupe, celui d’épaves.

Ce fut une source de conflits dont nous retrouvons les traces dans les Archives ou dans des lettres de particuliers. Au début, la récolte fut libre, puis réglementée de plus en plus strictement dès le 16ème siècle ou 17ème siècle. Les paroisses avaient leur autonomie pour décider avec les riverains sur les mesures à prendre pour s’emparer et jouir sans gaspillages " mais en bon père de famille " de cette fenaison océanique. Les riverains tiraient même une partie de leurs ressources de la vente de cet engrais aux paroisses avoisinantes. Les mesures restrictives et draconiennes de l’Amirauté du Léon, avant la Révolution, soulevèrent des protestations indignées et des cris de douleurs. Nous en retrouvons les échos dans une lettre du curé Trémeur de Santec à l’Évêque de Léon en date du 1er décembre 1774. Il est dit, en effet que " la permission d’acheter le goémon est une nécessité absolue pour les habitants des terres adjacentes parce qu'ils trouvent en les achetant des engrais qu’ils ne peuvent se procurer dans leurs paroisses ". Cette vente est nécessaire aux Santecois parce que sans cela il leur est impossible de payer le prix des terres qu’ils tiennent en ferme. On mentionne le nouveau règlement qui fixe et limite le temps de la coupe, et interdit la vente du goémon. A la même époque le curé Moysan de Plouescat se plaignait des mesures à Monseigneur de La Marche. La vente fut rétablie, mais la coupe resta strictement limitée aux habitants de la paroisse, les autres paroisses ne pouvant y venir comme le signale un mémoire rédigé par les notables de Santec le 31 mars 1790, quelques jours après l’érection de leur commune éphémère.

La question du goémon étant vitale pour les cultivateurs, on comprend pourquoi Saint-Pol s'acharna à empêcher Roscoff de séparer d’elle, de même que, Roscoff fit tout son possible pour conserver une notable partie de la côte lorsque elle dut donner à Santec son indépendance. De ce goémon viennent de nombreuses disputes pour la délimitation du territoire. En particulier le 15 mai 1825, on dut établir une ligne. De démarcation dans la grève de Kerfissiec pour éviter que les habitants de Saint-Pol viennent troubler ceux de Roscoff dans leur coupe de varech.

On ne s'accorda pas toujours sur le nombre de coupes à faire dans l’année. Roscoff en particulier vers 1819 fut divisé en deux quartiers. Le quartier de Roscoff ou paroisse de Toussaint n’avait que deux coupes par an, l’une en février pour l’engrais, l’autre en septembre pour le chauffage. Roscoff manquant de bois, se servait de goémon comme combustible et pour avoir une provision assez importante pour l’hiver, elle avait supprimé la coupe de mai. Cette coupe de septembre pour le chauffage était autorisée depuis l’édit du roi de juin I687. L’autre quartier ce Santec ou paroisse de Saint Pierre disposant d’une forte quantité de goémon à cause de la longue presqu’île de Perharidy dont le littoral abonde en herbes marine, pouvait faire trois coupes par an. Celle de février pour l’engrais ; celle de mai, vendue aux cultivateurs de l’intérieur était la plus importante et la plus nécessaire pour cette paroisse, car le produit de cette coupe servait à payer les fermes des pauvres. Et le percepteur attendait avec impatience pour recouvrer les impôts. Enfin celle de septembre pour le chauffage. La durée, de ces coupes variait légèrement ; en février 2 à 4 jours pour tout le monde et les pauvres pouvaient qui ne disposaient que de paniers pouvaient venir trois jours avant ou 1 jour avant et un jour après s’ils avaient réussi à se procurer un cheval. En mai, la coupe à Santec durait de 6 à 10 jours avec les mêmes dispositions pour les pauvres. En septembre dans les deux quartiers, elle durait de 2 à 3 jours. D'autre part la coupe était interdite de nuit. On ne devait pas arracher la plante ce qui empêchait sa reproduction, mais la couper. On interdisait d’employer des ouvriers étrangers à la commune pour couper et transporter le goémon. La veuve, chef de ménage, et le père de famille empêché pouvaient seuls se faire représenter.

Les décrets de février 1868 et janvier 1890 autorisent actuellement deux coupes par an dans les trois communes, les époques et les jours étant fixés par chaque autorité municipale ; généralement l’une se fait en février pendant trois ou quatre jours et l’autre en mai pendant tout le mois. Depuis 1939 le lichen ou goémon blanc est autorisé à être arraché toute l’année, bien que propriété communale, pour remédier au manque d’engrais chimique. Cette coupe a donné lieu à des descriptions très pittoresques. Le jour de la coupe, tous les gens de la ferme, hommes, femmes, enfants, descendent sur la plage. On procède au partage de la grève et bientôt chacun se met à l’ouvrage ; généralement le goémon coupé est mis en tas et il est emporter au fur et à mesure sur des charrettes spéciales. Parfois, il faut s’avancer dans l’eau jusqu’à mi-corps, ce qui est très pénible l’hiver.

Le goémon de coupe se récolte en barque de mai à octobre. Seuls les Inscrits Maritimes ont droit d’aller en mer couper ce corret qui est propriété de tous et non de la commune. Le goémon est pour ces gens de mer une ressource supérieure à la petite pêche. Il est destiné aux champs ; on le vend par charrettes jusqu’à 20 à 25 km à l’intérieur ou encore par bateaux spéciaux appelés " gobars ". Les communes sont à défendre ce bien aussi précieux et à empêcher les coupes illégales en mer. En août 1904, le Conseil Municipal de Roscoff fut saisi d’une plainte des pilotes, des marins et des marins pêcheurs de Roscoff qui protestaient contre des coupes illégales du corret faites par les goémoniers de Plouguerneau et de Callot qui se servant de faucilles emmanchées sur de longues gaules de 5 à 6 mètres coupaient les goémons au-dessous de l’eau à une assez grande profondeur. Ces goémons, ils les emportaient chez eux pour être brûlés et vendus aux fabricants de soude. Le Maire appuyé par l’autorité supérieure arrêta qu’il était " défendu de récolter ces goémons en dehors des jours fixés ". Il donna comme raison que le corret coupé avant maturité ne peut ne reproduire. Les parties restant au fond de l'eau sont perdues et par suite les racines meurent et ne repoussent plus ? Voilà pourquoi on interdisait aux goémoniers de Plouguerneau qui ont dévasté. les rivages de Plouguerneau au Conquet de venir ravager les grèves de Roscoff en arrachant les goémons qui sont la richesse des riverains et le pain assuré pour les malheureux qui les vendent ou s’en servent comme combustible. D’autre part les poissons ne trouvent plus d'herbiers favorables à la reproduction.

Mais les goémoniers de Plouguerneau revinrent un peu plus tard. Le 24 avril 1927, on retrouvait encore des réclamations contre eux ; ils venaient par bandes de 25 à 30 bateaux se livrer à la coupe du corret. Les communes leur donnèrent la chasse pour sauvegarder les intérêts des habitants. La commune de Roscoff ne pouvait se fonder sur aucun droit pour interdire ces coupes, puisque le goémon au-delà de la zone atteinte à pied lors des périodes d’équinoxe, appartient à tout le monde. L’affaire n'eut pas de suite puisque les goémoniers ne revinrent que rarement dans ces parages, sauf ceux de Batz qui au début de la guerre 1939-1940 profitèrent de la nouvelle législation sur le goémon blanc ou lichen.

Actuellement le goémon récolté dans le Minihy est insuffisant pour ses besoins et il faut en importer de fortes quantités des environs. Roscoff en achète aux marins de l'île de Batz parce que le goémon de l'île est meilleur et plus développé, cause de l'unique coupe par an.

Le goémon n’est pourtant pas un engrais très riche. A l’état frais, il renferme 70 à 80% d’eau.

Ce qui fait la valeur de ces goémons pour les paysans du Minihy, c’est qu’ils disposent de quantités énormes, ils peuvent en répandre beaucoup sur leur terre et obtenir ainsi des résultats excellents. Ils suppléent à la qualité par la quantité. Ces goémons, sont répandus humides sur les champs. Assez souvent on les fait sécher, on les brûle et ce sont les cendres qui sont étalées sur le terrain.

Les paysans emploient également les sables coquillers, plus riches en calcaire, dits " trez " ou " heaz " dans le pays ; ils emploient des sables madréporiques plus riches en calcaire (75%) dit " maerl ". Les trez sont pris à proximité des plages aux environs de Plougoulm près de Saint-Pol et de Sieck. Le maerl s’extrait surtout de la baie de Morlaix, près de l’embouchure de la Penzé. Ce vaste dépôt est exploité par les dragueurs de Locquénolé et de Roscoff. Ils ont recueilli en 1902,en bateau .16.049 mètres cubes et à pied 9.120 mètres cubes. Actuellement, on en extrait de 30 à 40.000 mètres cubes par an. Ce maerl d’excellente qualité est un des plus riches de Bretagne. Les riverains emploient aussi le sable des grèves des environs de Roscoff, notamment de Laber. Ces sables des grèves sert plutôt comme diviseur. Le sable de la grève de Sieck , assez riche en calcaire est utilisé dans la région de Saint-Pol et expédié vers l’intérieur. En 1868, la Chambre de Commerce de Morlaix note que sur les routes à certaines époque, il passe plus 1.500 charrettes transportant du sable à 20 et 30 kilomètres pour chauler les terrains de l'intérieur. Tous ces engrais peu concentrés doivent être employés en abondance.

Le fumier de ferme est également dilué ; on le mélange parfois aux goémons et aux sables. Le fumier est en quantité insuffisante car le Minihy n’est pas un pays d’élevage. Depuis ces dernières années on se sert de plus en plus des engrais chimiques car en s’est rendu compte du meilleur rendement obtenu grâce à eux. Le docteur Stéphan de Roscoff citait le cas d'un cultivateur possesseur de 2 hectares de terre et qui employait 2.000 kilos d’engrais chimiques et 30.000 kilos de goémon et fumier qui lui coûtaient la moitié de son bénéfice d’exploitation, en général la proportion est bien moins forte. On emploie surtout la sulfate d’ammoniaque et l'engrais complet qui est un savant dosage comprenant de l'azote et de la potasse et des phosphates. Certains cultivateurs préfèrent l'engrais complet pour les légumes car il est judicieusement équilibré. D’autres préfèrent le sulfate d’ammoniaque auquel ils ajoutent les superphosphates et les chlorures de potassium mais pour réaliser ce dosage il faut une certaine pratique et connaissance chimique car l'engrais azoté employé en trop grande quantité décalcifie le sol ce qui occasionne plusieurs maladies sur les plantes, en particulier la hernie du chou-fleur. Ceux qui emploient l'engrais complet ne connaissent pas ces inconvénients,,

La fertilité du sol dans le Minihy du Léon est grandement augmentée par l'emploi des engrais naturels et chimiques. La proximité et l’abondance de ces engrais marins lui créent une situation exceptionnelle.


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