Histoire du Minihy de Léon |
III - C Supérieures de Géographie, présenté par Mlle Noëlle HAMON à la Faculté des Lettres de Rennes en novembre 1941. |
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L'élevage est actuellement peu important dans le Minihy de Léon et ceci depuis le développement des cultures maraîchères. Les légumes absorbent toute l'activité du cultivateur et la terre est trop précieuse pour quon la mette en herbage.
Déjà sous la Révolution Roscoff- Santec avait abandonné lélevage tandis que Saint-Pol lavait maintenu. Dans une lettre du 13 nivôse An 3, à propos des réquisitions, nous relevons le passage suivant : " Les habitants de Roscoff sont obligés davoir recours aux cordonniers de Saint-Pol de Léon pour se procurer des souliers, lélevage étant insignifiant, la presque totalité du terrain étant pour les légumes et les pommes de terre ". Pour la réquisition des chevaux, le Minihy se récuse également " notre canton ne fournit que de chétifs chevaux qui servent à nos cultivateurs pour transporter les légumes au marché avoisinant ". Le bétail a diminué progressivement depuis le 19ème siècle comme nous montrent les statistiques anciennes. Ainsi en 1841, le Minihy élevait 1.330 chevaux, 2.420 bovins, 1.700 porcs et 300 chèvres. En 1940, il nélève plus que 1.070 chevaux, 1.318 bovins, 409 porcs et 8 chèvres.
La diminution sest surtout fait sentir pour les bovins, les porcs et les chèvres. Le cultivateur ne les élève plus maintenant que pour ses besoins personnels ; chaque ferme à son porc et sa vache qui vit toute lannée en étable. Depuis la guerre de 1939, on a même tendance à élever moins de vaches car il est très difficile de sapprovisionner en fourrage, tourteaux, etc , que le paysan doit faire venir, sa terre ne lui donnant pas assez de nourriture pour les animaux. A Roscoff, il y avait 600 vaches en 1938 et 278 en 1940.. Le paysan est dans limpossibilité dentretenir un bétail plus nombreux. Les surfaces réservées uniquement à la nourriture des bêtes occupent une faible partie de lexploitation. Comme on devait le prévoir, ces surfaces utilisées en panais, luzerne, trèfle, prés herbages, etc nont fait que diminuer depuis le milieu du 19ème siècle par suite de lextension des légumes. En 1841, Saint-Pol disposait de 679 hectares et Roscoff Santec de 325 hectares pour le bétail. En 1940, Saint-Pol na plus que 321 hectares. La réduction est de moitié. Cette surface réservée au bétail ne comprend que 13% de la surface totale du Minihy.
Lélevage du cheval a seul survécu sur la commune de Saint-Pol. On élève bien le cheval à Roscoff et Santec pour servi aux labours et aux charrois. Mais toutes les fermes nen ont pas. A la fin du 19ème siècle, il existait un usage particulier au canton de Saint-Pol. Quelques cultivateurs achetaient des chevaux jeunes et maigres quils plaçaient chez des fermiers. Ces derniers sen servaient pour les travaux ruraux, ils les nourrissaient et les soignaient comme sils étaient leur propriété. Lorsquils étaient vendus à trois ou quatre ans, le profit était partagé moitié entre bailleur et preneur. Cet usage semble avoir disparu du canton. Il existe actuellement une coutume assez curieuse. La culture de légumes ne nécessite pas la présence dun cheval toute lannée dans une ferme, dautre part le petit exploitant passe souvent lautomne en Angleterre pour vendre ses oignons. Dans ces conditions, il est inutile de nourrir un cheval qui ne travaille que quelques mois. Les Santecois et quelques Roscovites louent pour quelques mois des chevaux aux gros maquignons de Landivisiau. Dans le pays, on les appelle " les chevaux de la Loi Loucheur ". la période des labours terminée ou avant le départ pour lAngleterre, le paysan se défait de son cheval.
A Saint-Pol au contraire, lélevage du cheval est en progrès depuis la Révolution. Le paysan ne lélève pas toujours dans un but intéressé. Il est effet curieux de noter cet amour du cheval, cette passion même qui se trouve uniquement chez les cultivateurs de cette commune. Il faut voir leur enthousiasme lors dune épreuve dobstacle à Saint-Pol ou dune épreuve montée sur les dunes de Santec.
Avant la Révolution, lÉvêché du Léon était réputé pour ses chevaux quil vendait facilement en Normandie. La race était celle du Bidet breton qui vers le 18ème siècle avait subit un croisement avec le cheval arabe. Cette race se dégénérait peu à peu par manque détalon de choix. En 1790, on fait venir une douzaine du Holstein. A la fin du 18ème siècle, on créait trois dépôts détalons dans le Léon : un à Lannilis, lautre au Conquet, le troisième à Saint-Pol de Léon. Au 19ème siècle on voulut transformer la race en envoyant des étalons royaux dans ces haras dÉtat. Ces étalons étaient de race percheronne ou ardennaise et leurs produits ne sadaptèrent pas au pays qui ne possédaient pas des herbages assez gras.
Vers 1850, on tenta alors lélevage de sang. Lexpérience ne fût pas heureuse et on revint à la race du pays. On laméliora par lintroduction détalons anglais, le Norfolk ; le résultat fût satisfaisant et donna des animaux musculeux près de terre. Le Postier breton sortit de cet alliage du Bidet breton avec le Norfolk. Puis on fit vers 1888 des croisements inconsidérés, on sadressa un peu à toutes les races. On tenta un croisement avec le pur-sang arabe ; les premiers produits étaient petits, ce ne fût quau bout de deux ou trois ans quils saméliorèrent. On tenta également un croisement avec le Normand qui donna un produit lourd. Vers 1890, tous les éleveurs ne voulaient que létalon normand ; certains le considèrent bientôt comme un élément " détériorateur " de la race. On revint alors au Postier breton qui domine actuellement dans tout le Léon.
Ce Postier breton est le cheval aux multiples aptitudes, à la carriole, sous la selle et au besoin sur lobstacle, partout il se distingue. Cest un cheval de 1,45 à 1,63 mètre de haut, à forte encolure, large, musclé, aux pattes courtes. Il possède les qualités dénergie, dendurance, de docilité, de sobriété et de facilité dacclimatement sous toutes les latitudes.
Léleveur de Saint-Pol ne produit pas uniquement des chevaux. Cest un cultivateur qui soccupe de cultures maraîchères comme le paysan de Roscoff. Son exploitation étant plus étendue que celle du Roscovite, il peut élever facilement plusieurs animaux. Ce nest pas un éleveur qui, parmi son bétail, entretient exclusivement sa jument en vue de la reproduction et son produit en vue de la vente. Le Saint-Politain est un cultivateur qui fait travailler sa poulinière et attelle son jeune cheval à la charrue. Le cheval de qualité comme le plus humble bidet, la poulinière de grande classe comme la plus vulgaire jument de service, tous les chevaux contribuent par leur travail à la prospérité de lexploitation.
Saint-Pol élève 192 chevaux au-dessous de trois ans et 560 au-dessus de trois ans ; alors que la population chevaline du Finistère est de 135.000 têtes. Lapport de Saint-Pol est assez faible ; il est assez important si lon regarde la place que tient lélevage dans les autres communes productrices de légumes. Le haras de Saint-Pol possèdent actuellement une douzaine détalons de choix ; en 1932-1935, il possédait 17 ou 18 étalons. Il existe trois sociétés hippiques dans le Finistère dont une à Saint-Pol qui organise tous les ans des concours où les meilleurs chevaux de la région sont primés.
Les chevaux du Léon étaient très recherchés par les dépôts détalons nationaux et par larmée ( le Postier breton est un excellent cheval dartillerie ) ; les maquignons de Landivisiau venaient également se fournir dans la région. Certains de ces chevaux étaient expédiés sur létranger : Espagne, Italie, Brésil, Argentin, Suisse, etc
Le centre de Saint-Pol est moins important que celui de Landivisiau, Saint Thégonnec, mais au cur dune région légumière, il prend tout de suite une certaine valeur.