Histoire du Minihy de Léon
Saint Pol - Roscoff - Santec

Menu

Quelques dates

Histoire du Léon

Coupe d'artichauts

III - B 2

La production
agricole

Extrait d’un mémoire de Diplôme d’Études
Supérieures de Géographie,
présenté par Mlle Noëlle HAMON
à la Faculté des Lettres de Rennes
en novembre 1941.

Un champ de choux-fleurs à Roscoff


La terre du Léon s’est révélée d'une telle richesse que les landes et les bruyères ont reculé de bonne heure pour faire place aux cultures. En 1841, il y avait 199 hectares de landes et bruyères sur le territoire de Saint-Pol et 68 sur celui de Roscoff - Santec. En 1940, ces surfaces sont réduites respectivement à 53 et 25 hectares. Presque toutes les bonnes terres sont défrichées et Il ne reste plus que quelques " menez " ou collines pierreuses sans terre végétale. Les landes demeurent alors sur ces croupes battues par les vents d'où la terre limoneuse a glissé ne laissant que la roche sous-jacente quelque fois à nu, comme à la pointe Saint Jean au sud de Saint-Pol. Les bois sont rares dans la région. Le 26 Floréal An 4, Saint-Pol constatait que " les cultivateurs sont épuisés par les charrois de bois tout l’hiver ". Ce bois demandé par les militaires étaient pris à deux ou trois lieues du Minihy. Le curé Trémeur de Santec mentionnait en 1774 " La cherté du bois dans ce pays est excessive ". En 1841, il y avait à Saint-Pol - 65,42 hectares de 2 de bois et à Roscoff 15 hectares. Actuellement les bois qui s’étendent à Saint-Pol et à Roscoff font parties des grands domaines privés ; ils sont respectivement de 16 hectares et 1,22 hectares. A Santec, pour retenir les sables, on a planté depuis le début du siècle 143 hectares de pins.

Santec est la seule commune où la proportion de terres incultes soit restée très forte à cause des dunes, qui ne peuvent être gagées aux cultures. Il y a actuellement 300 hectares de terrains vagues et de dunes sur une totale de 780 hectares. On a essayé bien souvent de transformer ces terrains comme, par exemple, du côté du Pouduff. Les résultats ont été infructueux. Pour l’ensemble du Minihy l’étendue des terres cultivées est allée augmentant. En 1841, elle était de 2.853 hectares ; actuellement, elle est de 3.054 hectares.

Depuis une époque fort reculée, les terres en bordure de mer ne chômaient jamais. Tous les textes du 19ème siècle nous signalent cet état de choses. Limon en 1852 précise que partout dans l’arrondissement de Morlaix, le 1/5ème des terres est en jachère, excepté dans les vingt communes de littoral. Actuellement la jachère est encore inconnue. On pratique un assolement qui n’a aucun caractère obligatoire ; le cultivateur fait succéder les cultures comme bon lui semble. L’assolement dans la zone est combiné pour obtenir un maximum de rendement. Les légumes appauvrissant la terre, il faudrait des quantités énormes d’engrais si on voulait maintenir avec succès la même culture dans un même champ. Il faut, aussi laisser le moins possible en repos une terre aussi riche et aussi grasse où les mauvaises herbes se développent facilement. En outre chaque ferme possédant un peu de bétail, il faut fournir une certaine quantité de fourrages.

Voici un genre d’assolement qui se pratique dans la zone mixte et dans les environs de Saint-Pol ; il est combiné sur 5 ans, alors que l’assolement le plus répandu dans le Finistère est basé sur 3 ans. La 1ère année, on sème du trèfle incarnat qui sert à la nourriture des bêtes. La 2ème année, les choux-fleurs et les pommes de terre tardives se succèdent sur toute l'étendue de la sole ; les pommes de terre servant de culture intercalaire. La 3ème année, la sole est divisée en deux parties ; l’une contient les artichauts, l’autre des oignons. La 4ème année la division persiste ; artichauts et pommes de terre hâtives. La 5ème année, la division cesse et deux récoltes l’une de navets – fourrages, l’autre d’oignons occupent successivement toute la sole. En 5 ans on obtient donc 7 récoltes dont 4 peuvent servir comme fourrage : trèfle, navets, feuilles de choux-fleurs, et artichauts. Le blé se fait quelquefois en 1ère année.

Dans la région légumière pure, l’assolement est un peu différent ; on donne moins d’importance au trèfle, les terres étant plus riches et le bétail moins nombreux. Comme la terre donne au moins deux récoltes par an, il faut compter ici par demi-année. L’assolement est basé également dur 5 ans. Voici un genre de rotation assez répandu à Roscoff : la 1ère année on plante les pommes de terre et les brocolis hâtifs, se succédant sur toute l’étendue de la sole. La 2ème année des pommes de terre et des brocolis demi hâtifs. La 3ème année des oignons d'été et des brocolis demi hâtifs. Pendant que poussent les brocolis, les oignons finissent de mûrir et de sécher. La 4ème année, des oignons sur toute la sole, avec des drageons d’artichauts comme culture intercalaire. La 5ème année, des artichauts occupent seuls toute la sole. On réserve tous les ans un coin pour les betteraves, les carottes, le trèfle ; ces plantes n’occupent jamais un champ, sauf parfois les carottes qui à Santec surtout s’étendent sur des parcelles assez vastes. Cet assolement se trouve modifié dans chaque ferme mais le principe reste le même. On laisse parfois les artichauts 3 et 4 ans et même 6 ans sur un même terrain.

La culture maraîchère demande des soins constants et minutieux. Ce travail ne peut se faire qu’à la main. L’emploi des machines est impossible étant donné la petitesse des champs et le travail minutieux de binage ou de sarclage que réclame chaque légume. Cambry en 1790 notait que dans les communes dépendant de Saint-Pol on ne travaillait pas la terre avec les bœufs. Les charrues étaient traînées par trois chevaux, deux de front et un en arbalète. C’est encore le mode actuellement employé. Les travaux ne manquent donc pas à la ferme pendant toute l’année ; il n’est pas une période de repos complet. Outre le soin des champs, le paysan s’occuper à transporter ses produits au marché, à la gare ou au port. Il s’occupe du charroi des engrais, de la récolte du goémon.

Voici un plan de l’année dressé par la Coopérative " La Bretonne " indiquant pour chaque mois les produits que les maraîchers de Saint-Pol sont en état de fournir :

Toute l’année des oignons, des aulx, des échalotes, des choux pommes.

D’après les dates de production, par exemple avril pour les pommes de terre, on se rend compte de l’effort fait par le cultivateur pour produire de bonne heure. Le fait inverse se produit pour les bricolis, qu’il s’efforce de donner plus tard, après la récolte de Saint-Malo et Paimpol. Actuellement, nous avons vu que cette tendance disparaît un peu à cause de la taxation des prix.


Quelques dates >>> Retour au sommaire de l'Histoire du Minihy du Léon - Suite

Menu