La vie quotidienne à Roscoff - Histoire - Agriculture - La pomme de terre dans le léon

Histoire du Minihy de Léon
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Histoire du Léon


III - B 3 - a

La pomme de terre

Extrait d’un mémoire de Diplôme d’Études Supérieures de Géographie,
présenté par Mlle Noëlle HAMON  à la Faculté des Lettres de Rennes
en novembre 1941.

Arrachage des pommes de terre
Arrachage de pommes de terres


La pomme de terre fut l’un des premiers légumes cultivés avec succès dans le Minihy. De la famille des solanées ( solanum tuberosum ), originaire du Pérou, elle fut importée en Espagne vers 1534. D’abord cultivée comme une curiosité, elle se répandit et ne fut admise dans l’alimentation que vers 1770 sous l’influence de certains hommes comme Parmentier.

On raconte qu’avant cette date la pomme de terre était cultivée dans Léon et une vieille tradition en attribue I'introduction à Saint-Pol à un ancien évêque du Léon, Monseigneur de La Marche. Elles étaient, paraît-il, distribuée par l’évêque aux enfants pauvres. Une espèce du pays avait même conservé le nom de " patates an escop " ( pommes de terre de l’évêque ). Cette légende reçue, par La Borderie, doit être fausse car Monseigneur de La Marche ne fut nommé évêque du Léon qu'en 1772. Or, on connaissait et on cultivait la pomme de terre dans le Léon à cette date. On prétend même qu’elle était cultivée au 16ème siècle et qu'elle avait été introduite comme une curiosité par les marins venant d’Irlande et d’Angleterre et auxquels elle servait de provision de mer. On en doute un peu quand on connaît les préjugés qui dressèrent les hommes contre cette plante, soi-disant capable d’apporter des épidémies et dont les " 99/100ème de l’humanité n’en voudrait pas " - ( Arthur Young ). Ce n’est que dans les pays pauvres qu’on la cultivait comme un pis-aller. Or Arthur Young appelle la région du Minihy " le jardin de la Bretagne ". Les habitants avaient donc de quoi se suffire sans s’adonner à la culture d’un produit de consommation qui ne leur était pas nécessaire et qui n’était pas encore un article de vente. Néanmoins, on peut dire qu’avant la Révolution, la pomme de terre était un peu cultivée dans le Léon, et Monseigneur de la Marche qui s’occupait avec zèle de ses administrés à du en favoriser la culture comme Parmentier l’a fait dans d’autres régions de France.

On cultive dans le Minihy un nombre assez limité de variétés de pommes de terre. Il y a une dizaine ou une quinzaine d’année, on cultivait la " Hollande jaune " spéciale à Saint-Pol et que les paysans appelaient en breton la " camelen ", l’ " Early rose ", la " Marjolin ". Les variétés de pommes de terre dégénérant au bout de dix ans, il a fallu les changer. Actuellement, l’espèce la plus employée est la " Royale ", à tige noire ; c’est une variété précoce et qui donne de gros rendements ; on la sème après la saison des brocolis demi hâtifs ; elle fournit la première récolte de pomme de terre. On emploie également le " Duc d’Albany " qui a un rendement assez fort de 11.000 kilos à l’hectare ; l’ " Up to date " ( fin de siècle ) à chair blanche qui donne jusqu’à 15.000 kilos à l’hectare.. Ce sont deux variétés tardives qui fournissent la seconde récolte de pomme de terre de l’année. Aux environs de Saint-Pol, on sème une variété nouvelle l’ " Étoile du Léon ", née et sélectionnée dans le pays. Depuis deux ou trois ans, on emploie à Roscoff une spécialité tardive pour la deuxième récolte, l’ " Abondance de Metz ". C’est une pomme de terre blanche, à chair jaune, qui se conserve bien t qui donne de gros rendements. Elle se sème en mai – juin quand les pommes de terre primes ont été arrachées ; en fleurs en août, elle est mûre au début octobre.

Chaque ferme fait deux récoltes de pommes de terre par an, celle des primeurs à laquelle succède celle des tardives ; parfois ces deux récoltes se font sur le même champ parfois dans deux champs différents quand dans le terrain qui a porté les primes, on préfère planter le brocoli plutôt que les tardives.

Ces espèces et celles employées auparavant sont toutes à gros rendements. Elles ont naturellement une saveur moins appréciée que celle de la Hollande jaune par exemple. Toutes les années ne sont pas aussi rémunératrices ; néanmoins, le cours élevé dans les années de récolte moyenne permet aux paysans de retirer un bénéfice appréciable, comme le prouvent les comptes-rendus de la Chambre de commerce de Morlaix en 1890, 1894, 1908, etc…

Il y a quelques années les paysans se croyant assurés de bien vendre leurs produits ont dédaigné d'en améliorer la qualité. Ils s'aperçoivent alors, que les clients devenus plus difficiles vont se pourvoir ailleurs. On relève quelques plaintes nomme en 1889 ; année où Paris, ayant peu demandé de pommes de terres les prix étaient tombés rapidement. On comprend alors que la culture ne s'est pas perfectionnée dans le Minihy malgré les conseils pratiques qui ont été donnés aux cultivateurs. Ceux-ci ne voient qu'un but qui est le gain immédiat : mais ce gain disparaît parce que le produit devient de plus en plus inférieur an qualité à ce qu'on trouve dans d’autres contrées, notamment : à Jersey et à Guernesey. En 1890, les paysans ne vendent même plus leurs pommes de terre d'hiver, car l'espèce bien que bonne est devenue trop petite, est peu appréciée pour cette raison des principaux clients les Anglais. Dès cette époque, quelques cultivateurs songent à faire avec de nouvelles espèces des essais de semence. D’autres, vers 1900-1905, ont recours à des procédés de jardinage. Stimulés par l’exemple que leur donnent les Iles Anglo-Normandes, ils font germer leurs pommes de terre dans des boites remplies de terre végétale et qu'ils exposent dans leur cour et dans leurs allées. Il y aussi à Roscoff quelques essais pour pratiquer la culture sous serres. Vers 1930, on constatait que la clientèle habituelle d'Algérie allait s'approvisionner dans d'autres pays. Le coup avait été rude, il fallait de toute urgence remédier à la situation.

La vraie solution de ce problème n'était pas dans des travaux de jardinage ; il fallait améliorer la race et voilà, pourquoi depuis quelque temps des travaux de sélection généalogique de la pomme de terre se poursuivent. D'heureux résultats furent obtenus à Saint-Pol. Les pouvoirs publics s'en occupèrent et un syndicat de producteurs de semence de pomme de terre fut formé. Les amateurs ne pouvaient arriver à ce travail de longue haleine : 5 années de labeur et d’attente ont en effet été nécessaires pour obtenir un résultat. La 1ère année est consacrée au marquage des touffes – mères, au moyen de fortes baguettes de bois de 1,50 mètre, fichées en terre. A l’époque voulue, on arrache les tubercules – mères qui sont ainsi marquées ; puis on les numérote à l’encre ou au crayon à encre, et on les met en clayettes pour les conserver. La 2ème année comprend des travaux de plantation, de sélection, de récolte, et de conservation. Les 3ème et 4ème année, on applique avant la plantation, quelques traitements spécifiques aux tubercules sélectionnées. La 5ème année, on plante les meilleures tubercules et cette récolte donne une quantité de plants généralement suffisante pour, entreprendre la vente des semences généalogiquement sélectionnées

La sélection conduit un assainissement presque parfait de la variété ; ce qui donnera au cultivateur un plant sain. A Saint-Pol, un homme se dévoua pendant les cinq années proscrites. Ce fut un cultivateur de Kéronvel-Kérantraon qui suivit point à point les instructions du professeur Dubois de l'Ecole nationale d'agriculture de Rennes et des inspecteurs des services agricoles et du syndicat des semences. Vers 1934, ce cultivateur plantait sur ses terres 30 pommes de terre de la variété " Étoile du Léon ", devant donner naissance chacune à une famille. Dès la deuxième année de la plantation, 15 familles étaient éliminées par la commission de contrôle puisqu'elles ne présentaient pas tous les signes distinctifs de la variété. En 1939, en procédant par élimination successive, il ne restait que 8 familles formant 8 lots de qualité parfaite et couvrant une surface globale d'an 1,50 hectare, capable de donner d’excellente semence. Ces résultats n'ont pas été obtenus sans peine. Les paysans peuvent trouver chez, eux des variétés de pommes de terre de semence, toutes aussi saines que celles de Hollande et de Belgique qui leur font une rude concurrence.

En mai 1941, il est créé à Saint-Pol une coopérative agricole de producteurs de plante de pommes de terre de semence. Son but est d'effectuer ou de faciliter les opérations concernant la conservation, la préparation pour la vente et la vente en commun du plant de pomme de terre provenant exclusivement des exploitations des associés et des cultures acceptées au contrôle officiel. Les adhérents sont soumis à certaines obligations telles que le traitement contre le mildiou.

La plantation de la pomme de terre se fait suivant le temps de janvier à la fin de février pour les pommes de terre primes et jusqu'en mai - juin pour les pommes de terre de conserve. Une controverse s'est élevée pour savoir s'il convenait de planter la pomme de terre entière ou coupée en morceaux, en ayant soin naturellement de laisser un germe. Ayant fait des expériences Monsieur de Villeroy se prononce pour le découpage préalable, mais sa théorie est loin d'être admise. Les paysans préfèrent planter la pomme la terre en entier, sauf lorsqu'elle est trop forte et possède plusieurs germes. A Roscoff, on plante souvent ainsi les pommes de terre, au moyen d'un cordeau tendu transversalement sur les sillons, une partie des ouvriers range les tubercules sur le sol ; d’autres, agenouillés entre les rangs, les y plantent à la houe. Ils placent la semence debout, le germe en haut et ne la couvrent que d’une faible couche de terre soigneusement pulvérisée. Ce mode de plantation est expéditif et faciliter la germination. La plantation se fait par rangées séparées lorsque le terrain ne reçoit que des pommes de terre ; par rangées accolées par deux lorsqu'il doit recevoir en même temps des artichauts. La distance entre les rangs est de 30 centimètres dans le premier cas, et 67 ou 75 centimètres dans le second. La distance entre chaque plant dans un rang doit être de 20 centimètres au moins pour que les plantes ne se gênent pas mutuellement. A Roscoff et Saint-Pol, on plante en même temps que ces tubercules destinées à la récolte normale, ce qu’on appelle les pommes de terre précoces, ayant déjà subies un commencement de germination.

Pour obtenir ce résultat, on les dispose dans l’obscurité sur des clayettes de bois. Généralement le long du talus surmonté de landes et de genêts et bordant le champ au nord et nord-ouest, on ménage une plate-bande de 1 à 2 mètres destinée à recevoir ces tubercules spécialement triées. Parfois, on leur réserve des champs entiers exposés à l’Est. Ainsi préparés ces plants qui sont en outre protégés des vents par le talus des champs, mûrissent 15 ou 20 jours avant les autres. Les pentes bien exposées et platées à la mi-janvier commencent à produire à la mi-avril, mais ne donnent leur récolte avec abondance qu’au 15 mai. Certains paysans, par des années favorables, comptent 50 jours après l’ensemencement. L’arrachage se poursuit pendant 5 mois jusqu’à la fin octobre, quant aux pommes de terres tardives, elles sont mûres vers le premier septembre ou début octobre suivant la variété.

La pomme de terre demande assez de soins. Il faut en effet la biner plusieurs fois pour ameublir la terre, il faut la sarcler et quand les pousses sont suffisamment sorties, on les butte, c’est à dire qu’on accumule de la terre à leurs pieds pour que la tige ne soit pas trop haute, et pour que les tubercules soient bien recouvertes, car la pomme de terre exposée à l’air verdit.

Autrefois les variétés et les maladies des pommes de terre étaient moins nombreuses. On employait une fumure abondante qui faisait une sélection à la mode spartiate. Actuellement la maladie la plus grave qui affecte la pomme de terre c’est le mildiou. C’est un champignon qui pousse sur les feuilles et arrête par suite la croissance des tubercules. Le mildiou se développe par temps orageux et chaud, vers le 15 mai assez souvent. A Roscoff, il apparaît un mois avant Plouénan. Une autre maladie appelée dans le pays " la jambe noire " apparaît sur les plantes par période de grand froid en avril surtout ; c’est un champignon qui se développe sur la tête de la tige ; la plante décapitée meurt au bout d’une quinzaine de jours. On lutte contre ces maladies par l’emploi de produits anticryptogamiques.

Cette année un nouvel ennemi a fait son apparition : c’est le doryphore. Ce parasite venu d'Amérique s’est propagé assez rapidement dans toute la France. Débarqué à Bordeaux en 1921, il atteignait la région de Rennes en 1932. Son apparition dans cette région avait servi de prétexte au Gouvernement anglais pour arrêter les exportations des légumes français. Ce n’est qu'en 1941 qu'il a fait son apparition dans le Léon. Cet insecte de la famille des coléoptères ronge toutes les feuilles de la plante et empêche par suite la formation des tubercules ; comme il se reproduit assez rapidement la lutte est difficile, surtout lorsque les cultures s’étendent sur des grandes surfaces. Jusqu’ici Saint-Pol et Roscoff ont été protégés et les dégâts de cette année sont insignifiants car sur les " hâtives ", les doryphores ne prennent pas, la pomme de terre étant arrachée avant que les larves ne sortent de terre. Il est à craindre qu’ils se développent sur les spécialités tardives, en particulier sur l’ " abondance de Metz ". L’année prochaine enregistrera peut-être des ravages importants.

Depuis deux ou trois ans, l’Ile de Batz s’est spécialisée dans la production de pomme de terre précoce qui arrivent sur le marché parfois un mois avant celles Roscoff. Quand le climat a été plus frais, elles arrivent à peu près à la même époque ; ce qui crée alors une concurrence gênante dans le Minihy.

La pomme de terre tend à se développer de plus en plus à Roscoff. En 1910, on en cultivait sur 177 hectares, en 1918 sur 213 hectares et en 1940 sur 280 hectares, sans compter la section de Santec devenue indépendante. En 1940, 25% de la surface de la commune sont occupés par ce légume, les 3/11ème de cette étendue étant en pommes de terre précoce. Part rapport aux terres cultivées, la proportion est de 49,60%. A Saint-Pol, on cultive surtout de la pomme de terre de conserve ; la pomme de terre précoce n’occupe que 18,45% de la surface de la commune ou les 19% des terres cultivées. A Santec, la proportion est encore bien plus faible, à peine 4%. Les terres incultes sont beaucoup plus étendues que sur les autres communes ; par rapport aux surfaces labourables, la pomme de terre n’occupe que 10% environ La terre est ici beaucoup trop sablonneuse pour convenir parfaitement à cette plante. La pomme de terre est donc surtout cultivée à Roscoff et à Saint-Pol où elle trouve les conditions naturelles optimales.


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