Histoire du Minihy de Léon
Saint Pol - Roscoff - Santec

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Quelques dates

Histoire du Léon


Coupe d'artichauts

III - B 2 - b

Le brocoli
et
l'artichaut

Extrait d’un mémoire de Diplôme d’Études
Supérieures de Géographie,
présenté par Mlle Noëlle HAMON
à la Faculté des Lettres de Rennes
en novembre 1941.

Un champ de choux-fleurs à Roscoff


LE BROCOLI

Le chou-fleur et l’artichaut sont les deux légumes typiques de la région du Minihy de Léon ; ils ont fait en grande partie sa réputation et sa fortune. Le chou-fleur de la famille des crucifères est une variété dont les pédoncules et les fleurs naissantes forme une masse charnue et grenue qui est comestible. Ce n’est pas un produit spontané. Il fut introduit dans la région de Roscoff avant la Révolution. Il existe deux espèces de choux-fleurs. Le chou-fleur proprement dit, appelé autrefois le " Prime Coal-Fleur ", se cultive encore dans la région Saint-Politaine. Il est presque entièrement abandonné à Roscoff et Santec. C’est une plante qui commence à donner ses fruits vers le 15 juillet, mais elle, donne son plein rendement en octobre et novembre.

Les variétés les plus tardives de cette espèce finissent de produire pour le 15 décembre. Il y a quelques années la région de Saint-Malo et de Paimpol se mirent à cultiver ce chou-fleur. La fertilité du sol et la plus grande douceur du climat firent que leurs produits devancèrent ceux de Roscoff et de Saint-Pol. Cette concurrence nouvelle fut impossible à soutenir. Les marchands - expéditeurs allaient à Saint-Malo s'approvisionner ; Roscoff ne pouvait plus envoyer que des chargements incomplets.

Cette mévente ne découragea pas le cultivateur. Il choisit la meilleure qui était de s’adapter aux conditions nouvelles : il supprima le chou-fleur et le remplaça par le brocoli. Le brocoli est une espèce tardive de chou-fleur qui se distingue de la précédente par un fruit plus blanc, des feuilles plus longues. Il donne à Roscoff une pomme très serrée et très dure qui supporte bien le transport et peut rester 8 à 10 jours sans se faner. C’est une plante rustique qui résiste bien aux gelées printanières et qui s’est rapidement adaptée au climat marin. Il y a quatre sous-variétés de brocoli suivant l’époque de leur maturité : les hâtifs commencent à produire en décembre, et les tardifs se récoltent encore en mars – avril. Actuellement les surfaces sous choux-fleurs sont presque insignifiantes par rapport à celles qui portent des brocolis. En 1924, Roscoff avait encore 55 hectares de choux-fleurs pour 306 de brocolis. En 1928, elle n’avait plus que 2 hectares de choux-fleurs pour 355 de brocolis.

La culture se fait en pleine terre et sur de vastes étendues. Le terrain ne doit pas être trop fumé car alors la plante elle-même se développe exagérément au dépens de la " fleur " ; on met quelquefois un peu de fumier de ferme, du goémon ou des engrais chimiques. Le chou-fleur demande surtout une terre compacte et fraîche. Il y a trois phases principales dans cette culture qui exige un travail assidu et minutieux, nécessitant une main d’œuvre considérable, car il faut débarrasser la terre soigneusement des mauvaises herbes. On commence en février - mars par faire des semis dans un jardin ou dans un coin de champ particulièrement riche en terreau ou en humus, exposé au midi et abrité des vents d’ouest. Parfois on recouvre le semis d’un filet pour empêcher les oiseaux de manger la graine et les jeunes pousses. Un mois ou six semaines après, généralement dans la 2ème quinzaine de mars ou au début avril, on met ces semis en pépinière.

Cette opération, qui d’après le vieux dicton doit se faire avant le dernier quartier de la lune, se fait par temps frais, le soir de préférence. On met le plant au plantoir à 25 ou 30 centimètres d’intervalle, dans une terre fraîche, quand les plants ont atteint un certain développement. On les repique en ligne au cordeau dans un sol préalablement ameubli à la charrue la bêche, et travaillé jusqu'à 20 centimètres de profondeur. Ce repiquage se fait dans la première quinzaine de juillet pour les brocolis hâtifs, et en fin août et septembre pour les tardifs. La plantation ne se fait plus en quinconce, mais en lignes perpendiculaires distantes d’un mètre les une des autres. Ce procédé permet de biner la terre à la charrue. Avant la plantation, il faut débarrasser les choux des vers qui se logent dans la tige et au-dessus de la racine. On trie aussi les sauvageons qui se trouvent dans les semis et qui ne produisent que des feuilles. Le mois de juillet est celui de la sécheresse et les arrosages sont alors nécessaires pour faciliter la reprise des choux. Plusieurs binages sont aussi utiles au cours de la végétation pour aérer la terre et faciliter l'infiltration des eaux. A la fin d'avril et au début de septembre un profond sarclage s'impose car les choux ne se développent bien qu'après cette opération. La maturité a lieu d’octobre à décembre pour le chou-fleur et le brocoli hâtif et demi hâtif et de janvier à mars pour le brocoli demi tardif et tardif. Le chou-fleur doit être coupé aussitôt que la pomme a atteint son développement, sans quoi, il perd rapidement son apparence de fraîcheur, tandis que coupé, il peut se conserver quelques jours. Il faut veiller à la glace qui noircit la pomme et à la gelée qui lui fait perdre sa couleur de lait crémeux. En mars - avril, on arrache les brocolis qui sont alors remplacés par des pommes de terre tardives ou du blé.

Le brocoli apparaît en grande quantité sur le marché en décembre - janvier, à une époque où tous les autres légumes de choix ont disparus. C’est ce qui fait son succès, cette arrivée du brocoli roscovite devance de beaucoup celle du brocoli des environs d’Angers par exemple. Le brocoli angevin ne fait son apparition qu’en mars au moment où le roscovite disparaît ; ce qui a permis au deux centres d’Angers et de Roscoff de coopérer pour mettre en commun leur clientèle. Le brocoli roscovite apparaît après le chou-fleur de Saint-Malo et de Paimpol. Comme il vient en plein hiver, il n’y a presque pas de concurrence, il a des chances de se vendre à un assez bon prix et assez facilement. Voilà pourquoi, on continue à le cultiver, bien que sa culture réclame des soins constants.

Le brocoli et le chou-fleur peuvent être atteints d’une maladie que l’on appelle la " hernie du chou-fleur ". C’est un renflement anormal du pied qui est provoqué par un champignon. Cette excroissance sur les racines et près du collet est parfois volumineuse. Elle est provoquée par l’emploi d’engrais chimiques non appropriés, en particulier le sulfate d’ammoniaque. Le chou est toujours comestible, mais la plante dépérit car ses racines sont remplacées par des tubercules. On lutte contre cette maladie qui est assez courante en détruisant par le feu les plantes malades ; en variant l’assolement pour modifier un peu la constitution du terrain en employant d’autres engrais. Il existe un parasite la petite chenille blanche ou la piéride du chou qui fait quelques ravages.

Le rendement à l’hectare varie de 9 à 10.000 têtes de choux d’un poids moyen de 1,500 kilo ; soit un rendement de 13 à 15.000 kilos à l’hectare. La récolte est généralement abondante, sauf lorsque l’hiver a été trop rude comme en 1940.

Les surfaces en choux-fleurs et en brocolis n’ont fait qu’augmenter à Roscoff depuis le début du siècle. En 1910, il y avait 197 hectares ; en 1940, 340 hectares qui représentent les 58,5% de la commune ou les 60% de la surface cultivée. Pour Roscoff, il ne faut pas s’étonner que les surfaces cultivées soient supérieures à la surface de la commune, car certaines cultures étant intercalaires la même surface est comptée deux fois. Plus de la moitié de la commune est donc cultivée en brocolis. Comme pour les pommes de terre, Saint-Pol a une proportion plus faible, 22,5% de la surface totale ou 23,8% de la surface cultivée. A Santec étant donnée l’étendue des terrains incultes, la proportion tombe à 5% environ ou à 12% des surfaces cultivées. Roscoff fait donc environ trois fois plus de brocolis que Saint-Pol et cinq fois plus que Santec.

L’ARTICHAUT

Un autre légume fait encore la fortune du Minihy de Léon. C’est l’artichaut. Ce légume est une conquête de savants horticulteurs et jardiniers qui doit remonter très loin, puisque paraît-il les Grecs mangeaient de l’artichaut sous le nom de " Kinara ". On raconte que vers 1466, il fut rapporté en Italie ; ce qui est certain c’est qu’il était en vogue en France dès la 1ère moitié du 16ème siècle. Pendant longtemps, il fut un légume rare et cher comme le dit Bruyrin-Champier ( 16ème siècle ) " il ne va pas sur la table des pauvres ". La médecine lui a attribué de bonne heure des propriétés " réchauffantes " dit Brantôme et La Framboisière, médecin de Louis XII, écrivait " Les artichauts eschauffent le sang et incitent nature… ils sont bons à l’estomach et donnent appétit ".

Ce légume fut introduit dans le Minihy du Léon avant la Révolution, mais on ignore dans quelles circonstances. Il devait trouver là des conditions de climat très doux, des hivers peu rigoureux. En 1890, le thermomètre étant tombé jusqu’à -5°c à Roscoff, la récolte des artichauts fut ruinée. Il ne faut pas non plus à cette plante une trop grande chaleur : une perpétuelle fraîcheur lui convient. Or dans le Minihy, les étés ne sont jamais très chauds à cause des brises marines. Il lui faut aussi beaucoup d’humidité, d’autre part les terres de consistances moyennes comme le limon lui conviennent parfaitement. L’artichaut est une plante vivace de 1 mètre de hauteur aux feuilles découpées et verdâtres et dont la fleur

Avant de s’ouvrir forme une tête composée d’écailles charnues à leur base et comestible. Il existe plusieurs variétés, mais la plus cultivée dans le Minihy est l'espèce dite " camus breton " dont la tête est ronde et très serrée. L'artichaut de Roscoff a une forme plus ovoïde. Cette plante ne revient dans les mêmes terres que tous les 5 ou 6 ans. Elle peut jusqu'à. 8 ans en terre ; généralement, on ne la laisse que 2 ou 3 ans sauf dans les grandes exploitations qui disposent de terrains très étendus. C'est une plante épuisante qui pour donner un bon rendement exige une grande dépense d’engrais, de goémon généralement. Ce légume prélève en effet dans le sol une quantité imposante de sels de potasse.

A l'inverse du brocoli sa culture est simple et ne demande pas beaucoup de travail. L’artichaut de reproduit par semis mais dans la région du Minihy on procède par éclatage. On enlève des éclats de pieds ou œilletons que l'on appelle encore drageons et qui se forment autour de la souche quand la tige a donné sa fleur. On les repique comme une simple bouture. La culture de l’artichaut se fait assez souvent avec cultures intermédiaires de pommes de terre ou d'oignons Dans ce cas, on plante les drageons en lignes croisées à angle droit les unes suivant la longueur des sillons, les autres disposées entre les rangs de pommes de pommes de terre. Parfois on remplace la pomme de terre par le panais ou la betterave. Même sans culture intercalaire la plantation ne se fait plus en quinconce mais en lignes droites pour permettre le sarclage à la charrue. On met entre les plants une longueur de 1 mètre. La plantation des drageons se fait en mars, avril et mai à raison de 10.000 pieds à l’hectare. Généralement on le plante le long des talus et entre les pieds de pommes de terre primes. En mai - juin, les pommes de terre étant arrachées le champ reste libre pour les artichauts. On butte les drageons à la charrue à 0,15 mètre de hauteur. Vers septembre ou octobre, ces drageons fournissent une première récolte avec des fruits assez petits.

A la fin d'octobre ou répand une couche assez épaisse de goémon entre les plans : 110 à 120 mètres cubes à l’hectare. Le transport doit se faire à bras et avec les précautions voulues, pour ne pas endommager les plants. Ceux-ci sont relevés en faisceaux et liés ; ainsi protégés, ils résistent bien à l’hiver. A la fin février, le goémon est entièrement consommé, il forme plus qu’une matière brune, pâteuse facilement absorbable. C’est le moment de bêcher légèrement la terre pour faire pénétrer davantage l’engrais jusqu’au racines. De ce moment jusqu’à la récolte, il n’y a simplement qu’à se défendre contre les taupes et les mulots qui rongent les pieds d’artichauts. Ces plants donnent une seconde récolte plus abondante en juin juillet et août. Certains cultivateurs les arrachent après cette seconde récolte, ils refont la terre et plantent des brocolis hâtifs. D’autres laissent produire encore deux ou trois ans. Le rendement est de 1,5 kilo environ par pied à raison d'une capitule axiale et de trois ou quatre latérales de poids inférieurs. Certains pieds peuvent donner jusqu’à trois kilos. Un hectare donne donc de 15 à 20.000 kilos. Cette culture tend à s'étendre toujours, surtout à Saint-Pol, au détriment des choux-fleurs et oignons pour lesquels l'exportation était devenue difficile quelques années avant la guerre de 1939. L’artichaut ne s'exporte presque pas. Il faut chercher la raison de ce développement dans la facilité relative de la culture qui n'exige pas beaucoup de travail et par suite de main d'œuvre. Ce légume prend depuis quelques années une place honorable auprès des toniques du foie. Des feuilles on extrait des préparations vendues sous le nom d'extrait d'artichaut.

En juillet 1939, cette culture faillit subir un péril : ce fut une invasion de chenilles dans les champs d'artichauts du Nord-Finistère. Les dégâts furent considérables dans la région de Tréflez, Plouescat, Sibiril, Cléder, et Santec. L’Est du Minihy fut relativement protégé. Une nuée de papillons s'était abattue sur toute la contrée, ils durent laisser des œufs qui ne tardèrent pas à éclorent 5 ou 6 semaines pros sous forme de myriades de petites chenilles noires qui passèrent d’un plant à l’autre avec une rapidité déconcertante. Des larges feuilles bien grasses, il ne restait plus que les fibres dont l'assemblage formait une sorte de dentelle couleur de rouille. Désormais le plant était perdu. Le fléau s’étendait rapidement en 4 ou 5 jours ; on réussit à l'endiguer non sans peine en faisant usage d’une solution nicotine. Santec seul fut gravement touchée. A Roscoff et Saint-Pol les dégâts furent localisés à quelques champs. Contrairement à certaines croyances ces papillons vivent d'une façon constante dans la région. Mais leurs œufs ne se développent que par temps favorables. Les dégâts sont alors considérables, comme en 1905 - 1906,et en 1939. Généralement au moment de la ponte, les pluies sont assez fréquentes ; elles entraînent alors les œufs. L’artichaut est relativement plus cultivé à Roscoff où il occupe 14,50% de la superficie de la commune ou 15% des terres cultivées. A Saint-Pol, la proportion est légèrement plus faible : 11,70% de la surface totale ou 12,40% des terres cultivées. De même à Santec, où ce légume occupe 5,50% de la surface de la commune ou 13% des terres cultivées. Par rapport aux terres cultivées les proportions sont donc à peu près semblables dans les trois communes.


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