La vie quotidienne à Roscoff - Géographie physique du Léon - St Pol-Roscoff-Santec

Histoire du Minihy de Léon
Saint Pol - Roscoff - Santec

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Histoire du Léon


I - A1 - c

Géographie physique - L'intérieur

Extrait d’un mémoire de Diplôme d’Études Supérieures de Géographie, présenté par Mlle Noëlle HAMON
à la Faculté des Lettres de Rennes en novembre 1941.

Carte de la côte du Minihy


L’ancien Minihy du Léon se compose d’une presqu’île largement attachée au continent au Sud, et limitée à l’Est par la rivière de la Penzé, au Sud-ouest par la rivière de l’Odern, au Nord par la Manche. A peu de distance vers le large, le bouclier formé par les îles de Batz et de Tisaozon, flanquée chacune d’une satellite ; île Verte et Pighet, semble protéger cette région.

Allons par la route de Morlaix à Roscoff, et de Roscoff à Santec. Ce rapide voyage nous donnera une idée d’ensemble du relief. Lors de notre premier parcours, nous observons que la côte Est de la péninsule est très tourmentée et tombe en abrupt sur la mer. Nous traversons un plateau légèrement accidenté. Ce n’est qu’à mi-chemin entre Saint-Pol et Roscoff que se dresse une petite butte qui domine tout le paysage ; c’est Créac’h ar Vilin, le point culminant de Santec – Roscoff. En approchant de Roscoff vers le village de Kerguennec, le relief s’abaisse assez brusquement et, du haut de la côte, se découvre tout à coup Roscoff et son clocher pittoresque, le port et la chapelle Sainte Barbe à l’Est, la presqu’île de Perharidy à l’Ouest, et l’île de Batz qui semble barrer l’horizon. En allant de Roscoff à Santec, nous constatons au contraire que la côte occidentale est basse. Vers l’intérieur des terres se dresse une falaise qui domine une région plus plate descendant en pente douce vers la mer. L’altitude est si faible que les sables chassés par le terrible vent d’Ouest qui sévit dans ces parages menace d’envahir progressivement la côte. L’impression d’ensemble est celle d’un plateau aux horizons doucement mamelonnés et incliné vers le Nord-ouest.

L’altitude moyenne de la presqu’île est de 50 à 60 mètres. Les altitudes qui atteignent 70 mètres au Sud de Saint-Pol ( à Plouénan ) s’abaissent progressivement vers le Nord où Roscoff est à 10 à 20 mètres, et vers l’Ouest où Santec et ses dunes ne sont plus qu’à 10 à 15 mètres. Tandis qu’elles s’abaissent assez brusquement vers l’Est qui a été profondément buriné par la Penzé. Vers le village Tréguintin ( à 3 ou 4 km de Saint-Pol ), on descend de 55 mètres sur une distance de 500 mètres environ. Tandis qu’à l’Ouest, vers le village de Kéraugon ( au Sud-est de Santec ), nous descendons de 24 mètres sur une distance de 2 km. A l’Ouest de Saint-Pol, nous remarquons une dépression aux pentes insensibles, vers Lagallach, nous avons une altitude de 41 mètres, 1 km plus à Saint Michel à 58 mètres, et 1 km au Sud, vers Kervent 34 mètres.

Cette dépression qui se marque à peine dans le paysage est orientée S.E / N.O et est parallèle au chenal qui sépare la côte de l’île de Batz. Les vallées se marquent assez nettement dans le paysage, en particulier celle de Léoden aux flancs assez abrupts mais peu étendu du village de Sainte Anne à celui de Kergréguin. De même la petite rivière de Saint Jean serpente au fond d’un vallon. Ce plateau, fragment du plateau du Léon, se prolonge en pente douce sous la mer, si bien que l’estran ( portion du littoral entre les plus hautes et les plus basses mers ) est assez développé autour de la presqu’île. L’Aber, Pempoul et la baie de Morlaix assèchent presque complètement à marée basse. L’isobathe ( une isobathe, reliant sur une carte les points d'égale profondeur ) de 10 mètres rattache à la terre ferme les rochers épars sur l’estran et même l’île de Batz. La profondeur des eaux est faible.

L’histoire géologique de cette région se rattache à celle du Finistère. Ici, nous retrouvons le vieux socle primitif. Ces roches primitives et cambriennes ( première période de l'ère primaire ) injectées verticalement de roches éruptives et recouvertes de sédiments ont été plissés, soulevées, disloquées. Ces roches sont des gneiss ( roche métamorphique à grain grossier, où alternent les plages claires (quartz, feldspath) et foncées (mica, amphibole)), des granites ( roche magmatique dure, formée de cristaux de feldspath, de quartz et de mica ou d'amphibole ), des schistes ( roche ayant acquis une structure feuilletée sous l'influence de contraintes tectoniques ), micacés ( de la nature du mica ; qui contient du mica ) et grenatifères et des amphibolites ( groupe de silicates à deux clivages faciles et parfaits ). Le sous-sol du Finistère se compose essentiellement de bandes successives orientées E.O qui paraissent dans leur ensemble converger vers l’Ouest. Ces directions correspondent aux axes d’une série de synclinaux ( plis concaves ) et d’anticlinaux ( plis convexes ) parallèles. Les principaux anticlinaux sont celui des Montagnes Noires au Sud, celui des Montagnes d’Arrée au Nord, celui du Léon dont le prolongement présumé est vers les Roches Douvres au Nord-est. A l’époque primitive et carbonifère ( époque géologique de la fin de l'ère primaire, précédant le permien ), il y eut deux périodes de paroxysme pendant lesquels se formèrent les plis. Plusieurs mouvements assez complexes qui se sont terminés vers l’époque houillère ont contribué à donner le vrai visage de cette partie de la Bretagne.

D’abord, il y a eut un premier mouvement de ridement à la fin de l’époque primitive. Un second après le cambrien fait du Léon et de la Cornouaille deux massifs de terre entourés par les eaux. Par un troisième mouvement, à l’époque silurienne ( se dit des terrains représentatifs d'une période de l'ère primaire et de ce qui s'y rapporte ) et un quatrième plus important au début du carbonifère, cette région est envahie par la mer. La disposition du pays en rides s’accentue tandis que le bord Nord du bassin se relève progressivement. Un cinquième mouvement fait émerger définitivement le Finistère. Aussitôt cette région subit l’érosion subaérienne ( qui est au contact de la couche inférieure de l'atmosphère ) qui transforme l’axe anticlinal du Léon en pénéplaine ( surface faiblement onduleuse portant des sols résiduels ) vers la fin du tertiaire ( ère géologique, environ 70 millions d'années qui a succédé à l'ère secondaire ). Les formations secondaires et tertiaires manquent totalement. Le travail d’usure ne s’est pas accomplit d’une façon uniforme. Plusieurs cycles d’érosion se retrouvent dans cette pénéplaine, ce qui prouvent que le niveau des océans à subit des fluctuations et que les rivières ont vu leur niveau de base se modifier.

Au début du quaternaire ( ère géologique la plus récente comprenant l'époque actuelle, d'une durée approximative de deux à quatre millions d'années ) le rivage de la région était situé plus au large qu’actuellement comme l’indique les vallées actuellement sous-marines qui sont sculptées dans la plate-forme littorale. A la fin du Pliocène ( se dit de l'étage supérieur (partie la plus récente) du tertiaire, qui succède au miocène ) le continent était bordé d’une falaise à pic vers les courbes bathymétriques de – 40 et de – 50 mètres. De cette époque à nos jours, l’histoire de cette région se résume en une suite de mouvements épeirogéniques ( ensemble des mouvements lents de descente - transgression ou de montée - régression des continents ), les uns positifs, les autres négatifs qui ont apportés des modifications au littoral.

Au pliocène supérieur par un mouvement positif, la mer a envahi la contrée abrasant la côte jusque vers sa limite actuelle. Elle a même dépassé cette limite car actuellement en arrière de la côte on reconnaît distinctement la falaise fossile qui dans le Léon va de Kerlouan à Roscoff laissant devant elle une plate-forme littorale. C’est probablement à cette époque que l’île de Batz à été détachée de la côte. Pour la Minihy, cette falaise fossile passe vers les villages de Kergréguin, celui de Santec, du Poulduff, de l’Aber, du Pratérou pour aboutir au fond du port de Roscoff. On en retrouve quelques traces à l’Est vers Kersaliou, Kerarbronnec et Saint Jean.

Ce mouvement positif a permis l’inondation des vallées d’érosion qui depuis l’ère primaire s’étaient creusées dans la pénéplaine et leur transformation en rias ( vallée fluviale étroite et allongée noyée par la mer ). La Penzé en particulier est devenue une large vallée ennoyée qui subit l’influence des flots qui se fait sentir encore actuellement de la pointe de Saint Jean jusqu’au village de Penzé à 6 km en amont. Aux fortes marées, le flux remonterait plus haut dans la vallée verdoyante et boisée si le barrage du moulin situé à ce point ne rendait nette la limite. Après un autre mouvement positif de faible ampleur eut lieu un mouvement négatif qui fit émerger la plate-forme littorale et qui permit la formation de plages soulevées. Ces plages soulevées forment un cordon régulier depuis Saint-Pol jusqu’à Ouessant. La mer a gagné un peu partout autour de la Bretagne. L’aspect actuel de la côte est de ce fragment du plateau Léon résulte de cette série d’oscillations du niveau de base et de l’action de la mer.

Les granites et les gneiss affleurent rarement sur le plateau. Ils ne se dégagent que le long des rivières de l’Odern à l’Est et de Saint Jean à l’Est. Les micachistes ( roche composée de mica et de quartz ) apparaissent le long de l’embouchure de la Penzé. Un grand dyke ( roche éruptive qui fait saillie à la surface du sol et qui affecte la forme d'une épaisse muraille ou d'une colonne ) de granulite ( roche métamorphique granitoïde, à grain fin, contenant, à côté de quartz et feldspaths dominants, des grenats, spinelles...) de l’île Grande traverse le plateau du S.O – N.E. jusqu’à la grève de Saint-Pol. Partout ailleurs ces terrains cristallins sont recouverts d’un manteau de limons ( roche mixte argilo-siliceuse contenant du quartz détritique, formée d'éléments plus gros que ceux des vases ) quaternaires.

Ce limon qui recouvre entièrement le Trégorrois ne s’étend dans le Léon que sur une bande côtière de la baie de Morlaix jusqu’à l’embouchure de l’Aber Benoît et ne pénètre pas très en avant dans l’intérieur. Il disparaît à 15 ou 20 km du littoral. Le Minihy est donc entièrement compris dans cette zone du limon.

C’est une roche d’un brun jaunâtre très fin, très tendre, ayant une forte ressemblance avec le lœss ( dépôt pulvérulent d'origine éolienne, formé de quartz, d'argile et de calcaire, appelé aussi limon des plateaux ). ; elle est argile sableuse, calcareuse, composée de petits grains de quartz très anguleux et de petites paillettes blanches micacées et colorées par le fer à l’état de peroxyde ( combinaison renfermant le plus grand nombre d'atomes d'oxygène ). Quelle est l’origine de ce limon qui plus que la douceur du climat, fait la richesse de tout le pays ? Les savants n’ont pas toujours été d’accord sur ce point. Il y a quelques années, ces formations quaternaires étaient reconnues dans d’autres régions de Bretagne. Elles étaient signalées aux environ de Paimpol par Monsieur Raynaud qui en faisait un dépôt d’eau douce et à Bréhat par Monsieur Tribolet, vers 1878 qui avait reconnu leur origine glaciaire. D’autres savants lui attribuaient une origine éolienne ou fluviatile ( qui vit ou pousse dans les eaux douces courantes ou au bord des fleuves, des rivières ). Monsieur Barrois invoquait un régime de pluies diluviennes amenant un transport de matériaux du centre de la Bretagne vers son littoral. Monsieur Baulig posait ensuite l’hypothèse d’une reprise par les vents des boues et des vases calcaires que le retrait de la Manche avait pu laisser à sec au moment des grandes extensions glaciaires. Ce qui aurait pu expliquer la répartition de ces dépôts plus épais et plus continus sur le littoral septentrional de la Bretagne que sur le littoral méridional, à cause des vents du Nord.

En 1913, Monsieur Collin pensait à une origine marine et le livre de Beauchamp sur les grèves en 1914 venait appuyer sa théorie. Les études de Monsieur Milon et Dangeard ont apporté une thèse plus neuve et plus plausible. Pour la première fois en 1928, ils ont attiré l’attention de l’importance des phénomènes de solifluxion ( glissement de terrain consistant en un lent écoulement de boue ) en Bretagne. Ils attribuent aux phénomènes périglaciaires une part importante dans la formation des ces limons quaternaires qui procèdent ainsi du " head ".

Au quaternaire, la Bretagne a été soumise à des conditions de climats périglaciaires ( climat froid et humide ) comme dans les régions de Bear Island qui ont donné naissance au head, sorte de coulées boueuses et pierreuses qui ont glissé sur les terres glacées. Ce head présente généralement des pentes douces qui diffèrent des pentes d’éboulis et des pentes d’avalanches. Ce head est formé de petits cailloux anguleux ou légèrement usés, de taille variable, enrobées dans une boue jaune. Souvent à l’intérieur de cette boue, on rencontre des blocaux craquelés, fendus par le gel. Ces cassures sont antérieures à la formation du head que l’on retrouve à l’intérieur de ces fentes. A une période relativement sèche, sous l’influence des vents, il s’est produit un vannage : des éléments fins ont été emportés et déposés à une distance plus ou moins grande. Voilà, ce qui donne au limon, accumulation de ces éléments fins, une si grande ressemblance avec le lœss. Monsieur Milon dans une étude aux environs de Brignogan a montré que ce head pouvait être d’origine locale. Les limons du littoral sont formés de minéraux provenant de l’arrière pays. Cela est confirmé par le fait que les éléments lourds sont de moins en moins nombreux du Sud vers le Nord. L’étude pétrographique ( science qui décrit les roches et étudie leur structure et leur composition ) de ces limons conclut à leur origine locale.

Ces limons d’origines glaciaires sont parfois très épais comme dans la région de Roscoff où ils atteignent 5 à 6 mètres d’épaisseur. Ils enrobent l’ossature de granite, de gneiss et de granulite de la presqu’île en laissant simplement à nu quelques pitons qui semblent émerger de ces dépôts. Ces coulées ont une influence capitale sur la morphologie de la région. Ce sont elles qui donnent aux paysages des contours adoucis car la solifluxion est un agent de pénéplanation. Elles tendent à réaliser un nivellement ; les dépressions sont colmatées, les collines sont en parties noyées. Actuellement elles ont été remaniées par le travail des eaux courantes, mais elles sont toujours facilement reconnaissables. Les limons jouent un rôle important dans la vie économique de la région. Leur richesse qui peut se comparer à celle des limons picards a contribué à créer la légende de la ceinture Dorée de Bretagne. L’étude du littoral offre plus de variété et d’intérêt que celui de l’intérieur. Sur la côte l’érosion actuelle dégage les traits du relief préglaciaire en dépouillant le vieux socle cristallin de ces limons plus meubles. L’aspect du littoral du Léon résulte en grande partie de ces phénomènes glaciaires.


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