La vie quotidienne à Roscoff - Géographie physique du Léon - St Pol-Roscoff-Santec

Histoire du Minihy de Léon
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Histoire du Léon


I - A2 - c

Géographie physique - La côte

Extrait d’un mémoire de Diplôme d’Études Supérieures de Géographie, présenté par Mlle Noëlle HAMON
à la Faculté des Lettres de Rennes en novembre 1941.

Carte de la côte du Minihy

Le tracé de la côte de toute la région résulte à la fois du travail de l’érosion continentale sur la pénéplaine, de l’action de la mer et de l’action des coulées de head qui ont comme fossilisé ce tracé.

On a longtemps exagéré l’influence de la mer sur les granites en expliquant la succession des baies, anses, pointes par l’attaque de celle-ci sur les roches granitiques d’inégale dureté. Monsieur Pruvost en 1897 explique ainsi les modifications du rivage. Il constate que la côte actuelle est partout en retrait sur le rivage primitif ainsi qu’en témoigne la bordure d’innombrables îles. Les vagues et les courants de marée ajoutant leurs actions transforment le rivage. Le courant de marée d’une vitesse égale à 12 km / heure a une plus grande force érosive deux heures avant et deux après la pleine mer. La zone qui est soumise aux frottements les plus intenses est de 6 ou 6,50 mètres au-dessus du zéro des cartes marines. Les algues, les fucus ( algue brune (phéophycées) de la famille des fucacées, constituant la plus grande partie de ce qu'on nomme communément goémon et improprement varech ) sont moins nombreux à ce niveau. Le choc des vagues et les alternances d’humidité et de dessèchement et l’érosion aérienne finissent par débiter la roche qui n’est nulle part homogène. Les falaises s’éboulent et à leurs pieds s’entassent des blocs qui sont repris par la mer qui se charge de les user et de les transformer en galets de plus en plus fin pour aboutir au sable. Le courant dépose ce sable au fond des anses où sa vitesse diminue. Les masses granitiques cassées en tous sens se débitent en boules séparées par des cavités que la mer ne cesse d’agrandir. Monsieur Prouvost comme Monsieur Cayeux constate néanmoins que le taux séculaire de désagrégation des granites est faible. Il essaye d’expliquer que ces roches sont protégées de l’usure par des himanthalia ( ??? ), des laminaires et des petites balanes ( Animal crustacé (cirripèdes), qui vit enfermé dans une loge cylindrique calcaire et accroché aux rochers sous-marins, aux mollusques, aux coques des navires ).

Cette théorie ne peut plus s’appliquer exactement à la région du Minihy. Sans doute la mer est toujours le principal agent d’érosion, et le travail de désagrégation est facilité par le manque d’homogénéité des roches. Ce la mer attaque journellement ce ne sont pas tellement les masses granitiques que ces formations quaternaires dont nous avons parlé plus haut. Le travail de la mer se borne à exhumer le relief préglaciaire de la région qui a été fossilisé sous ces coulées quaternaires et tandis que le relief reste empâté dans les zones intérieures, il se trouve mis à nu le long du littoral et presque totalement découvert dans les zones de battement des marées. Les anses s’arrondissent et se creusent dans le head plus tendre tandis que resteront en saillie les contreforts rocheux entre les quels le head avait coulé. Les galets qui recouvrent le haut des plages proviennent presque totalement des cailloux roulés dans le head. On retrouve des blocs de granits et de gneiss enfouis dans la falaise qui sont parfois importants. L’estran n’est plus alors que le reflet de la falaise ; plus le head sera riche en éléments grossiers, plus la plage sera recouverte de galets. La disposition de ces galets dépend naturellement du régime général des courants.

Sur la plage à marée basse, on observe très bien ce remaniement. La falaise montre encore de gros blocs engagés dans le head. La base est creusée de quelques grottes qui montrent le travail de sapement de la mer. A ses pieds des blocs rocheux, souvent anguleux, s’accumulent. A mesure que l’on se dirige vers la mer, les blocs deviennent plus petits, plus arrondis et on aboutit aux galets, aux graviers et aux sables fins ; la mer affouille ( action de creusement des eaux, due à la butée des courants sur une rive, aux remous et tourbillons sur les piles de pont, les jetées, etc ) les falaises, les fait reculer. Elle met en relief des îlots, les presqu’îles qui se trouvaient ensevelis sous le head et qui servaient d’appui aux falaises. Des îlots rocheux continuent d’être reliés entre eux par des coulées de blocaux de solifluxion. Ils seront un jour séparés complètement du continent et deviendront des écueils aux formes fantastiques. La mer attaque sur la côte les formations quaternaires et n’a pas encore atteint, sauf en quelques endroits exposés, le vrai rivage préglaciaire ou monastirien. Les dépressions se creusent dans les dépressions préexistantes et non dans le granite ; nous assistons actuellement qu’à l’exhumation d’un relief fossile pour comprendre le tracé de cette côte.

Parcourons à pied la côte du Pont de la Corde, situé à l’embouchure de la Penzé, jusqu’aux dunes de Sieck. Le long de ce rivage vers le Pont de la Corde, Kériven jusqu’à la digue de Saint-Pol, les schistes micacés affleurent, redressés à la verticale. Ces schistes abrités du choc de la haute mer ont leurs fentes bourrées de parties décomposées qui se laissent détacher en plaquettes. Ils forment des murailles étroites, des crêtes dentelées, véritable paysage alpestre en miniature. Parfois les micaschistes en raison de leur obliquité par rapport au rivage forment des grottes longues, étroites dont les parois sont tapissées d’une faune spéciale. Des fragments de head recouvrent parmi ces schistes.

Après avoir passé la digue qui protège la route en corniche du Champ de la Rive, nous arrivons à la plage Sainte Anne, qui est reliée à la ville de Saint-Pol par la route du Calvaire. Sainte Anne est un tombolo ( cordon littoral constitué par une levée de galets ou de sable, reliant une île au continent ) simple qui s’appuie sur l’île du même nom. Cette île est formée de deux rochers granitiques réunis par une plate-forme de head qui se rétrécit jusqu’à disparaître complètement au Nord-Est de l’île où la roche plonge à pic dans la mer. Sur le côté Sud-Est et Nord de cette île, on observe une plage soulevée jusqu’à 1,50 mètre au-dessus des plus hautes mers et posée à même sur la plage actuelle. On retrouve des fragments de plage soulevée qui sont toujours à la même hauteur et qui sont séparés par des fragments de head. Cette île est rattachée à la côte par une levée de galets en arc de cercle, orientée vers le Nord-Est et qui est assez élevé pour qu’on ait pu établir toute une rangée de cabines.

Comment peut-on expliquer l’existence de cette levée de cailloux ? Est-ce un tombolo normal édifié sous l’action des courants marins ? Sans doute que non, les galets sont usés et polis par la mer ; mais sous ce placage plus ou moins épais, on retrouve des blocs enrobés de head. Ainsi l’origine de ce tombolo est plus ancienne ; elle est en rapport avec les phénomènes de solifluxion. Au monastirien, entre le bastion rocheux et la côte une chaussée naturelle de head s’est installée. La mer a remanié depuis sur place la couche superficielle de cette coulée. Elle a libéré les cailloux anguleux et les a arrondis, les laissant aux pieds et au-dessus de la coulée pour former une digue naturelle. La mer n’a pas édifié cette chaussée, elle n’a fait que la sculpter. A la pointe Sud-Ouest de l’île Sainte Anne, des flèches de galets reposent sur du sable et de forme assez compliquée tendent à fermer le port de Pempoul qui est très envasé et complètement à sec à mi-marée. Entre la base du tombolo et le rocher du fer à Cheval, la côte présente les mêmes particularités qu’autour de l’île Sainte Anne. Le Fer à Cheval est fait de deux pointements rocheux unis à la côte par une plate-forme de head.

Poursuivons notre excursion vers le Nord ; nous arrivons à une grève assez étendue en forme d’arc de cercle. C’est la grève du Mans ou Troméal. Elle est entourée d’une ceinture de head très attaquée par l’érosion. On essaye de la protéger en construisant des muretins que le flot a complètement défoncés par endroits. Cette falaise a environ 3 mètres de haut, sauf aux deux extrémités de la grève où débouchent deux petits ruisseaux qui ont entamé le head. La falaise correspond à la section d’une plate-forme de head en pente douce qui s’étend en avant de la falaise fossile de Kersaliou.

Du Mans, nous arrivons à la plage de Créac’h André. La côte est ici formée de head de 8 à 10 mètres. Çà et là, on retrouve des fragments de plage soulevée formée de galets cimentés par du sable, à une hauteur de 1 à 1,50 mètre environ. La puissance de ces plages est en moyenne est en moyenne de 0,50 mètre, la falaise est en de nombreux endroits, surtout au fond de l’anse, recouverte d’un épais manteau végétal qui montre que la mer l’atteint rarement. Aux environs de Créac’h André des filons d’aplite ( ??? ) et de pegmatite ( roche magmatique dont les cristaux granitoïdes de grande taille peuvent contenir des éléments rares (lithium, uranium) dans les granites roses de Saint-Pol sont parallèles à la côte ; ce qui donne en avant de la falaise de head des éboulis de grosses boules. Des boules qui se dégagent dans la falaise soit de la roche en place qui apparaît en bas soit dans le head. Dans la falaise, on observe des lignes de grains de quartz ( forme cristalline commune de la silice (SiO2), appelée à l'état pur cristal de roche ; élément constitutif fréquent des roches cristallines (granites, rhyolithes, etc.), de certaines roches sédimentaires (grès) et de la plupart des sables ) plus ou moins gros. Lorsque le head repose sur la plage ces lignes sont parallèles. Lorsqu’il repose sur la roche non nivelée, elles convergent vers le sommet de la roche.

On voit nettement que le head venant de l’intérieur s’est moulé sur la roche préexistante. On retrouve la même disposition, lorsqu’un gros bloc rocheux est enclavé dans la falaise de head. Dans cette partie de la côte, on observe souvent des couches noirâtres. Ces couches se trouvent généralement à la base, reposent sur la roche en place. A Créac’h André, elles enserrent des fragments de plage soulevée. Cette terre noirâtre aurait-elle une origine marine ? Parfois elle se trouve à une certaine hauteur entre les couches plus épaisses de head jaunâtre. Monsieur Dreyfus pense que cette terre doit sa coloration à des restes de végétation. La superposition type de ces couches peut se résumer ainsi : de bas en haut, plage soulevée = couche peu épaisse de terre noirâtre – head jaunâtre.

La Pointe Béron au Nord de Créac’h André contient un gisement préhistorique de la fin de l’âge de Bronze, décrit par Monsieur Fischer et consistant surtout en coquillages. Aux pointes, le head disparaît complètement rongé par la mer ; il réapparaît au fond de l’anse de Penprat. L’extrémité de dette anse recèle une plage soulevée d’un mètre d’épaisseur parfois. On y trouve également quelques gisements coquillers entre la terre végétale et le head qui résulte de la forte consommation de coquillages de peuples préhistoriques. Ces gisements sont désignés sous le non de " kjoekkenmoedings ". La mer pendant l’hiver de 1931 a tellement attaqué la falaise qu’il a fallu construire une défense afin de rétablir un chemin complètement détruit.

Entre le piton de Roc’h Heviec et Roscoff on retrouve par place des couches de head. Les falaises n’atteignent pas ici la même importance qu’à Troméal et Créac’h André. C’est que la mer est plus violente et a déblayé vigoureusement les roches en emportant presque que partout le head. Ici les gros blocs rocheux s’entassent : granulite de l’île Grande, granite rose de Saint-Pol. C’est un véritable chaos difficile à escalader. La côte se fait plus sauvage, puis nous atteignons la Chapelle Sainte Barbe, juché sur un petit tertre ( petite éminence isolée à sommet aplati ) à l’Est de Roscoff t d’où se découvre un panorama splendide. Cette butte formée de granite est recouverte de head, les blocs de granite s’entassent autour d’elle. La mer a retrouvé ici le vrai visage monastirien.

Descendons de Sainte Barbe et poursuivons notre excursion vers l’Ouest ; nous arrivons au port qui n’offre aucun intérêt pour l’instant, puisque les formations naturelles ont été complètement remaniées par les hommes. Pour retrouver la côte, il nous faut rejoindre Roc’h Kroum, plage de Roscoff située près du Vieux Roscoff ou Rosko Goz. C’est une plage de sable fin, sable que nous allons retrouver jusqu’au fond de l’anse de l’Aber, jusqu’à la digue. Ces sables assez importants pour former de courtes dunes ont été menaçants pour Roscoff et même Saint-Pol. Les vents d’Ouest qui sont prédominants les ont poussés vers l’intérieur. En 1741, les habitants de Roscoff se plaignaient de voir leurs rues envahies. En 1794, l’avance était à ce point menaçante que l’on décida de planter des sapins grâce à quoi le mouvement fut enrayé.

La falaise fossile se dessine maintenant ; nous la retrouverons jusqu’au Sud de Santec. En avant s’étend l’ancienne plate-forme littorale fortement abrasée et qui se continue sous le marais jusqu’à l’île de Batz. Le sol où se sont bâties, au début du 16ème siècle, l’église actuelle de Roscoff et les maisons de Rosko Goz n’est qu’une ancienne plage. A part quelques roches qui dépassent le niveau des terres, la côte est plate et pour rencontrer une crête, il faut aller à près d’un kilomètre vers l’intérieur. Longeons la côte par le chemin vicinal ordinaire qui a été souvent mis en péril par la mer ; nous arrivons au fond d’une échancrure profonde ; l’anse de l’Aber, qui autrefois s’étendait jusqu’au village du Poulduff. Cette ancienne baie du Poulduff, asséchée par la construction d’une digue de 600 mètres de long en 1832, est transformée en polder d’une centaine d’hectares. Au fond de l’anse de l’Aber, une sorte de tourbe se dégage sous les sables.

Passant par le château de la digue, nous arrivons à la presqu’île de Perharidy où s’élève le sanatorium. Cette presqu’île est une chaussée de sable reliant toute une série de roches de granite, de petits îlots épars qui se dégagent surtout à la pointe vers la Roche au Loup, en face du petit fort Jacopin. A cette pointe, la mer est hérissée de rochers apocalyptiques. Pouvons-nous expliquer la formation de cette langue sableuse de la même façon que le tombolo de Sainte-Anne à Saint-Pol ? Il est à présumer que oui, car nous avons relevé quelques placages de head sur certains rochers arasés. Nous aurions ici une coulée de head sur la plate-forme littorale qui aurait relié l’îlot Jacopin au continent. La mer étant plus violente ici qu’à sainte Anne à attaquée plus sérieusement la coulée, ce qui a libéré de gros blocs de roches qu’elle a ensuite sculptée avec fantaisie. En outre, les vents d’Ouest qui ont amoncelé des sables le long de la côte Est de l’Aber ont pu recouvrir cette coulée de head, déjà attaquée, de sables qui ont noyé les roches à l’intérieur de la presqu’île. Ce sable est fixé par des plantations récentes de sapins, de tamaris. Ainsi pourrait peut-être s’expliquer la formation de Perharidy, plutôt que par des courants marins.

Nous avons suivi au Registre de délibérations de Roscoff du 13 avril 1919, les inquiétudes du Conseil Municipal, à la suite du raz de marée d’équinoxe du 22 septembre 1918 qui occasionna des dégâts importants et dégrada la dune sur les bords Nord et Est de la presqu’île. Le côté Nord surtout, exposé au vent et à la mer du large, menaçait de s’ébouler. On demanda d’exécuter le plus tôt possible des travaux de défense et de protection de la dune car l’existence d’une presqu’île était en péril. Un mur de maçonnerie a été construit depuis. Le 10 avril 1927, le Conseil Municipal interdisait l’enlèvement du sable des dunes de Perharidy, car il y aurait à craindre la disparition des dunes et l’immersion des terres du voisinage. Cette presqu’île est donc fortement menacée par la mer. Sur la côte Ouest, Monsieur Dreyfus a découvert un gisement préhistorique de coquillage analogue à celui de la Pointe de Béron.

Nous gagnons ensuite le hameau du Poulduff. L’anse du Poulduff possède un estran ( portion du littoral entre les plus hautes et les plus basses mers ) très développé parsemé de rochers plus ou moins couverts d’algues. Elle est entourée de dunes, dont l’épaisseur du sable est faible. En certains endroits, apparaît au bas des dunes, le head surmonté d’une corniche de sable. L’épaisseur du sable est presque nulle parfois, notamment au village de La Palud. Le head apparaît sous le sable surtout vers l’Ouest. Monsieur Dreyfus croit se trouver en présence de " plages sableuses soulevées " reposant sur l’argile rouge. Nous devons avoir plutôt le même processus qu’à Perharidy ; installation de sables au-dessus d’une région couverte de head. La pointe du Guerzit battue par les vents s’est dégagée de sa gangue de head et de sable et ne présente qu’un amoncellement de gros blocs de granite, de granulite avec des filons importants de mica. Les extrémités de ces roches émergent seulement à marée basse. Sur les deux flancs de la Pointe du Guerzit, on a retrouvé des niveaux de coquillages préhistoriques et quelques poterie datant de l’âge de Bronze ou du début de l’âge du Fer.

Contournons la pointe du Guerzit ; nous atteignons l’anse de Santec et son joli village perdu au milieu des dunes. Cette anse s’appuie sur les pointes rocheuses du Guerzit et d’Ar Biou ; elle est entourée de dunes de sable reposant souvent, surtout vers le centre, sur une épaisseur de head. La grève à marée basse est formée de pierres amoncelées, elle est couverte de graviers, de sable. A mi-marée, des plaques de terres compactes d’un brun jaunâtre, striées de veines noires sont mises à nu. Parfois on extrait des racines enchevêtrées, partiellement décomposées, des fragments de troncs d’arbres couchés et noircis. Nous sommes sans doute en présence d’une tourbière dont l’épaisseur serait épaisse de 20 centimètres. Cette tourbière s’explique par une avancée de la mer au moment d’un mouvement positif. Elle s’étend sous les sables en face de l’hôte " Gulf Stream " ; on la retrouve en creusant un peu le sable jusqu’au pied de la falaise de head ou jusqu’au pied des dunes. La pointe d’Ar Biou dégagée du sable et du head ressemble à celle du Guerzit. Elle possède également un gisement préhistorique étendu, mais pauvre.

En contournant l’Ar Biou, nous arrivons aux dunes de Santec : le Dossen, qui s’étale face à l’île de Sieck. C’est une magnifique plage de sable blanc, longue de trois kilomètres et sur laquelle ont lieu chaque année, les courses hippiques de Santec. C’est une côte rectiligne jusqu’à l’embouchure de l’Odern, de direction Nord-Sud, perpendiculaire à la direction des vents dominants. La falaise fossile s’écarte de la côte actuelle ; elle est taillée en pente douce vers la mer ; il n’y a pas d’abrupt ; on passe insensiblement de la falaise fossile à la plate-forme littorale.

Les sables se sont emparés de cette région, provoquant des ravages au 17ème et 18éme siècle, jusqu’à Saint-Pol de Léon. Ils ont provoqué à cette époque l’abandon d’une centaine d’hectares cultivés. En 1699, un vent de Nord-Ouest souleva le sable de la grève et engloutit en peu de jours près de 500 journaux de terres cultivées ainsi que les métairies et leurs habitants et le manoir de Brigné. Il ne resta aux habitants d’autres ressources que la mendicité. La force du vent était telle que les sables menaçaient aussi de couvrir la ville de Saint-Pol. Les États de Bretagne essayèrent de remédier rapidement à cette situation : on construisit sur le rivage que la mer ne recouvrait que lors des fortes marées une digue de genêts repliés en demi-cercles et cet expédient réussit. A mesure que le sable venait à couvrir cette digue, on en formait une autre au-dessus de la précédente et l’opération était renouvelée avec succès tous les ans. Il fallut sévir contre les habitants pour les empêcher de contrarier ces efforts. Un Arrêt du Parlement de Batz du 12 juin 1758 défendait aux riverains de laisser vaquer leurs bestiaux dans les terres ensablées, et d’arracher les herbes qui y croissaient sous peine d’amende de 500 livres, de vingt-quatre de prison et en cas de récidive du carcan (Collier de fer fixé à un poteau pour y attacher par le cou un criminel condamné à l'exposition publique ). Les riverains devaient entretenir les talus de terre qui bordaient les sables et les ensemencer de landes. Ces sables devaient encore plus tard provoquer une grande misère dans le Minihy, comme en témoigne une lettre du curé de Santec à l’Évêque du Léon datée du 1er décembre 1774.

Une lutte énergique entreprise sous Louis XVI, puis sous la Restauration, aboutit à la fixation de ces dunes au moyen de barrières de fascines ( fagot serré de branchages, employé dans les travaux de terrassement, de fortification, d'hydraulique ) et de piquetage d’ajoncs. Plus récemment le gouvernement à fait des plantations de pins vers le Sud, sur 143 hectares environ. La végétation naturelle contribue surtout à cette fixation ; le " Carex Arénaria ", l’ " Eryngium Campestre ", le " Juncus Maritimus ", les ajoncs et les bruyères.

Ces sables forment une falaise continue de 4 mètres de hauteur, en arrière de laquelle se creuse une dépression. Les sables chassés par les vents d’Ouest ont formé une première barkhane ( dune en forme de croissant ) Nord-Sud, perpendiculaire au vent. La mer attaque si violemment cette falaise qu’on en a protégé la base par une série de piquets épais, plantés dans le sable d la plage. Vers le Sud, vers l’embouchure de l’Odern on peut reconnaître la formation de petites barkhanes de même direction, mais de faible longueur et hauteur en raison de la grosseur des grains de sables dont le diamètre moyen est de 0,5 mm. Vers Sieck, les barkhanes n’existent plus ou n’ont jamais existées. En arrière de cette dépression, les dunes sont découpées en parcelles rectangulaires ou carrées séparées les unes des autres par de petits muretins de pierre sèches. Ce sont sans doute d’anciens champs que les cultivateurs ont du abandonner à cause de l’avancée des sables. Dans certaines parcelles, on distingue encore la trace de sillons. Ces dunes pénètrent assez profondément dans l’intérieur des terres, à 800 mètres environ, formant une bande inculte et dénudée tout autour de la commune de Santec. Actuellement elles servent à sécher le goémon. Le sable qui les constitue est extrêmement riche en calcaire, jusqu’à 70%. Ce calcaire provient de débris facilement visible de coquillages et d’algues encroûtées.

A l’embouchure de l’Odern, limite de cette région étudiée, quelques alluvions fluviales, des vases argileuses se superposent aux sables.

Face au Dossen, se dresse la petite île de Sieck, toujours accessible à pied sec à marée basse. Son sous-sol est constitué uniquement par la granulite de l’île Grande, avec quelques filons d’aplite et de pegmatite exploités justement dans l’île. La granulite a mieux résisté à l’érosion que le granite. Sieck est entourée au Nord de gros blocs de granulite sur lesquels la mer vient se briser en écumant et qui forme un saisissant contraste avec le petit port calme et quasi-provençal, situé sur l’autre versant. A l’Est, la côte est formée d’une falaise de head au pied de laquelle s’entassent les cailloux roulés. A l’Ouest, près du port, on distingue nettement des fragments de head. Au monastérien, cette île a du être reliée au continent par des coulées de solifluxion. Ce head s’est bien conservé dans les endroits abrités Est et Sud-Ouest, tandis qu’il a presque disparu des endroits exposés " vers le large " en libérant de gros blocs granitiques.

Dans cette étude de la côte du Minihy, nous avons fait souvent appel au phénomène de solifluxion pour expliquer les déchirures actuelles du rivage, nous avons constaté que la mer ne fait généralement qu’exhumer le relief préexistant. La topographie sous-marine ne peut aussi se comprendre qu’en faisant intervenir des faits géologiques anciens.


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