Histoire du Minihy de Léon
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Histoire du Léon


I - A1 - c

Géographie physique - La zone sous-marine

Extrait d’un mémoire de Diplôme d’Études Supérieures de Géographie, présenté par Mlle Noëlle HAMON
à la Faculté des Lettres de Rennes en novembre 1941.

Carte de la côte du Minihy


Les isobathes qui contournent la presqu’île sont très sinueuses et irrégulières. Elles sont en rapport avec la nature du fond ; elles sont plus ou moins concentriques et circonscrivent les plateaux rocheux. L’isobathe de 10 mètres rattache à la terre ferme tous les rochers émergeant de la région occidentale, l’île de Batz avec tous les écueils qui en dépendent, les rochers de Menk, les Bisayers. Les lignes entre –40 et – 50 mètres sont très rapprochées ; nous avons à cette profondeur un talus en pente rapide au-delà duquel les lignes sont plus régulières et plus espacées. Nous avons vu, d’après Monsieur Collin, que cette ligne de – 50 mètres marquait l’ancien rivage antépléistocéne ( antérieur au début de l'ère quaternaire, période correspondant au paléolithique ). La plate-forme littorale qui s’étend jusqu’à la profondeur d’environ 50 mètres est assez vaste ; la ligne des – 50 mètres passe bien au-delà de l’île de Batz. A 18 kms de cette île la profondeur n’est que de 100 mètres.

Entre Roscoff et Batz, un chenal étroit de 400 mètres de large et de 1,50 à 2 mètres de profondeur subsiste et continue à séparer Batz et le continent. Ce chenal qui se rétrécit à l’île Verte pour d’élargir ensuite vers l’Est et vers l’Ouest, peut être quelquefois franchi à pied aux cours des très grandes marées. Il est une trace d’une ancienne vallée qui avait creusé son cours dans la pénéplaine avant l’époque pléistocène. Les rivières de cette région avaient alors pour niveau de vase la courbe de – 50 mètres. La Penzé dont on suit nettement le cours sous-marin jusqu’aux Foirons, devait recevoir comme affluent de gauche, à la hauteur de Pighet, cette rivière de Batz et sans doute comme affluent de droite la rivière de Morlaix. A la suite d’un mouvement positif ces rivières ont été noyées dans leur partie inférieure et Batz est devenue une île. On suit nettement sur la carte le tracé de ces vallées sous-marines. Cette hypothèse d’une rivière de Batz se jetant dans la Penzé se trouve en partie confirmée par le réseau hydrographique de la région. La direction est fréquemment Ouest-Est ; cours supérieur et inférieur de l’Odern, cours moyen de la rivière de Plougoulm. Ce tracé est sans doute du aux influences tectoniques.

Si le niveau de la mer s’abaissait de 35 mètres environ, la dépression que nous avons signalée plus haut à l’Ouest de Saint-Pol donnerait une situation semblable à celle qui s’est produit au pliocène supérieur ; le Nord-Est du Minihy serait une île, que séparerait du continent, un chenal orienté Nord-Ouest vers le Sud-Est. D’après l’étude de cartes de différentes époques, on voit que ce chenal tend à se rétrécir par l’apport des sables. Si les conditions ne changeaient pas, l’île pourrait un jour être rattachée au continent. L’île de Tisaozon est rattachée à Batz, à marée basse, par une plage en dos d’âne.

La mer est peu profonde autour de la presqu’île de Roscoff. Ceci a un certain intérêt pour la pêche et aussi pour le climat ; car la mer plus facile à échauffer sous une faible épaisseur est en outre séparée du large par de grandes îles qui la transforme ainsi en une sorte de mer fermée.

Les courants marins qui atteignent 12 kilomètres / heures lors des fortes marées d’équinoxe mettent en mouvement la masse des eaux et empêche la vase de se former au Nord de la presqu’île. Les sondages effectués à différentes profondeurs ne ramènent que du sable, des graviers et des débris de coquillages, parfois des blocs de granites assez volumineux comme dans le Trou aux Raies ( 18 km au Nord-Est de l’île de Batz ). Ce sable renferme du quartz et du mica, un peu de feldspath ( silicate double d'aluminium et d'un métal alcalin ou alcalinoterreux, à faible coloration ), de l’amphibole ( groupe de silicates à deux clivages faciles et parfaits ), souvent des fragments de silex, et une grande proportion de coquillages. En certains endroits, les coquilles accumulées forment presque la totalité du fond. Ces amas bien délimités se trouvent de préférence contre les plateaux rocheux, surtout contre le Rocher d’Astan, contre les Roches Duon, et les Bisayers.

Certains fonds sont couverts de maerl. C’est un sable grossier formé de deux espèces de lithothamnium ( algue marine incrustée de calcaire ) qui se développent sans support, sous des formes de petites masses rameuses, fragiles, ne dépassant guère 2 centimètres de diamètre. Ce maerl qui depuis le début du siècle est employé comme amendement ne se rencontre qu’à l’Est de la presqu’île. Il forme deux bandes étroites allongées du Nord au Sud ; l’une longeant le rivage du côté de Saint-Pol, depuis Penpoul jusqu’au Rocher d’Astan ; l’autre, un peu moins étendu mais plus dense, s’étendant du Château du Taureau jusqu’aux Bisayers ; c’est à dire le long du chenal de la rivière de Penzé et de la rivière de Morlaix, parce que ces algues ne peuvent vivre que dans les endroits où se présentent des apports d’eau douce. Ce maerl ne croit généralement qu’en eau peu profonde, jamais au-dessous de 25 mètres et il ne remonte jamais jusqu’à la zone qui assèche à marée basse. Il est souvent mélangé de débris de coquillages, de fragments de roches. Il est très riche en calcaire, c’est ce qui fait sa valeur comme amendement.

Dans la Penzé, il y a quelques vases fines résultant de la décomposition de schistes, descendant le lit de la rivière jusqu’à la mer où toute apparence vaseuse disparaît à la hauteur de Roc’h Heviec et de la Pointe de Callot. Sur les parties sablonneuses et vaseuses se développent des herbiers de Zostères ( plante (potamogétonacées) qui forme des prairies sous-marines ) assez touffus : les Zostéra Marina. Entre les feuilles et les rhizomes ( tige souterraine des plantes vivaces qui porte des racines adventives et des tiges feuillées aériennes ) du zostère se fixent des particules de sable. On trouve ces herbiers surtout dans la rivière de Penzé de chaque côté du cordon de maerl et aussi dans le chenal de l’île de Batz.

Sous cette vase, on trouve une sorte de tangue analogue aux tangues ( sable vaseux, calcaire, très fin, grisâtre, du littoral de la Manche, qu'on utilise comme engrais ) des marais de Dol. C’est un mélange d’alluvions argileuses, de coquilles brisées, de sable. La plate-forme littorale du Minihy est recouverte vers le Nord et vers l’Ouest de galets roulés, parfois de gros blocs, de graviers et de sable. Vers l’Est de maerl et d’un sable légèrement vaseux ( 15% de vase ) sur lequel poussent les zostères.


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