La vie quotidienne à Roscoff - Géographie physique du Léon - St Pol-Roscoff-Santec

Histoire du Minihy de Léon
Saint Pol - Roscoff - Santec

Menu

Quelques dates

Histoire du Léon


I - A1 - c

Géographie physique - Le climat

Extrait d’un mémoire de Diplôme d’Études Supérieures de Géographie, présenté par Mlle Noëlle HAMON
à la Faculté des Lettres de Rennes en novembre 1941.


Le Minihy par sa situation géographique providentielle à l’extrémité d’une pointe entourée par la mer subit au maximum l’influence marine. Ce qui caractérise son climat, c’est la modération.

Nous savons que la mer est un élément régulateur. Pendant l’hiver elle refroidit beaucoup moins que la terre et joue, par rapport à celle-ci, le rôle d’un réservoir de chaleur. Les expériences de Monsieur le Docteur Renard au Havre en 1888 ont prouvé que lorsque la température variait en hiver de +7°C à –7°C ; celle de la mer était presque constamment aux environ de +8°C. Pendant la saison chaude, au contraire, elle s’échauffe moins vite que le continent qu’elle vient alors rafraîchir. En août 1888, alors que la terre enregistrait des extrêmes de 30à 35 °C, la mer se tenait à 15°C. Le Minihy, entouré d’eau de trois côtés, a le privilège d’avoir une mer peu profonde, plus facile à chauffer et une mer abritée des grandes vagues du large par la présence des nombreuses îles qui la bordent au Nord.

C’est dans cette région de Bretagne que les températures les moins basses l’hiver sont enregistrées. L’hiver est très doux. Rarement le thermomètre descend au-dessous de 0°C. le minimum absolu moyen est un peu plus élevé à Roscoff qu’à Nice, -1,1°C, en février. L’action de l’océan amène un retard des moyennes mensuelles extrêmes : dans nos régions, février est généralement le mois le plus froid de l’année. Les températures moyennes de 1851 à 1900, réduites au niveau de la mer, donnent pour les mois les plus froids, les températures suivantes : 7,6°C en décembre, 7,2°C en janvier, 7,1°C en février, 7,8°C en mars. Ces chiffres sont comparables et même légèrement supérieurs avec ceux obtenus pour Perpignan, Marseille et Nice pendant cette même période. Les extrêmes absolus enregistrés sont faibles : le 2 décembre 1889 - -2°C, et exceptionnellement par une année de très grands froids qui sévissent en France pendant l’hiver 1890-1891 où la température s’était abaissée souvent jusqu’à –15 ou – 20°C, Roscoff enregistrait –7°C, le 18 janvier 1891. C’était une douceur relative. Les neiges sont presque inconnues à Roscoff et ne tiennent au sol qu’en s’éloignant de la côte ; la neige bien souvent arrive à demi - fondue et elle disparaît rapidement. Il gèle très rarement, 12 jours en moyenne par an à Roscoff, pour 12 à 13 jours à Nice. C’est cet hiver exceptionnel qui permet, pendant cette saison, la culture en pleine terre des légumes, la floraison des camélias et la croissance de plantes subtropicales dont s’ornent les petits jardins de RoscofF.

On a souvent mentionné comme une curiosité un figuier géant dans le couvent des capucins à Roscoff et qui fut dit-on planté lors de la fondation de ce couvent en 1621. Il couvre avec ses branches soutenues par de nombreux piliers une superficie de plus de 600 m².

L’été est également très doux. Les fortes chaleurs sont ici inconnues, elles seraient d’ailleurs tempérées par la brise qui souffle constamment. La température maxima à l’ombre atteint rarement 24°C ; exceptionnellement, le 16 août 1892, elle fut de 29°C, mais ce même jour on enregistrait en France des températures de 37 à 38°C. Suite à l’influence de la mer qui introduit un retard dans la moyenne mensuelle, le mois le plus chaud est ici en août et non pas en juillet. A Roscoff, les températures moyennes de 1851 à1900, réduites au niveau de la mer sont pour les mois chauds : juillet – 16,4°C, août – 16,7°C, septembre – 15,1°C. La comparaison avec les températures de Dunkerque ou de Lille montre que la température est plus faible en été que dans ces villes bien plus au Nord.

Dans ce climat qui ne connaît pas d’extrême, on passe insensiblement de la moiteur de l’hiver à la tiédeur de l’été. les amplitudes annuelles sont faibles. A Roscoff, l’amplitude entre les températures vraies extrême est de 9,5°C, tandis qu’à Nice elle est de 14°C. Les variations d’amplitude de température inférieures à 10°C caractérisent les climats tempérés maritimes. Les amplitudes journalières sont également modérées, 1 à 2°C, parfois et exceptionnellement 3°C par des nuits claires. La température moyenne annuelle est de11,4°C, pour 10,3°C à Paris et 11,5°C à Nantes. Le Minihy du Léon connaît des températures stables, des oscillations lentes, des extrêmes modérés.

Pour expliquer la douceur de ce climat, il n’est pas besoin de recourir à la " légende du Gulf Stream ", comme on le fait souvent. Monsieur Le Danois pense que le Gulf Stream en tant que courant chaud ne va du Golf du Mexique qu’aux parages des Bermudes, où arrivé à bout de souffle, il s’infléchit vers le Sud. Ce qui se produit à la fin de l’hiver, c’est une transgression d’eau chaude de la zone tropicale. Ces couches superficielles d’eau plus chaudes et plus salées s’étendent progressivement vers le Nord. En août, elles atteignent Penmarc’h. En septembre et octobre, elles s’avancent comme une poche dans la Manche, mais elles ne dépassent généralement pas la longitude d’Ouessant. Ce n’est que dans les étés exceptionnellement chauds que cette poche s’étend jusqu’à la longitude de Batz et de Roscoff. Dès le mois de novembre ces eaux refluent vers le Sud. Ces transgressions semblent détruite nos anciennes conceptions des courants marins. Dans ce cas l’attiédissement des côtes bretonnes ne pourrait être attribué au Gulf Stream. Il viendrait que l’absence sur toutes les côtes d’Europe d’une dérive glaciaire capable de bloquer la marche des transgressions estivales ( dérive qui se produit sur la côte orientale de l’Amérique du Nord ). Les avis sont encore partagés sur cette question. Nous nous expliquons, en partie, la douceur habituelle du climat par le régime des vents dominants d’Ouest qui apportent sur la côte la température " du large " qui à nos latitudes descend rarement au-dessous de 8°C.

Comme toute la région bretonne, le Minihy connaît les vents d’Ouest : vents tièdes apportant la pluie fine, vents furieux soufflant en tempête. Il est relativement protégé des vents du Nord-Ouest par l’île de Batz, tandis que les vents d’Ouest balayent le Dossen. En hiver, soufflent surtout les vents d’Ouest et de Sud-Ouest ( suroît ) qui ayant passés sur l’océan, sont plus chaud et humides. Avec eux la température la température s’adoucit et une pluie fine et pénétrante commence. Parfois les vents du Nord-Ouest ( noroît ) souffle en tempête. Les arbres sur la côte Ouest du Minihy sont presque dépourvus de branches ou de feuilles sur la partie exposée à ces vents. Ces vents sont préjudiciables aux plantes fragiles ; à Roscoff, par exemple, les arbres fruitiers peuvent pousser à l’abri des murs. Pour protéger les cultures, on sème de l’ajonc ou l’on plante des tamaris sur les talus. Plus rarement, soufflent les vents du Sud-Est, de l’Est et du Nord-Est. Ils viennent du continent glacé et apportent avec eux un froid sec mais ensoleillé. On a alors, une belle journée d’hiver. A Roscoff, pour 1.000 heures de vent, le vent souffle du Sud-Ouest pendant 464 heures et du Nord-Ouest pendant 186 heures. Les trois directions principales des vents sont : Nord, Nord-Ouest, Sud-Ouest et Sud-Est. En été la brise marine ou vent de l’Ouest, souffle constamment mais généralement sans violence. Le vent se calme assez souvent dans l’après-midi. Les directions dominantes des vents sont au printemps – Nord-Est, Sud-Ouest, Nord-Ouest puis en été Sud-Ouest, Ouest et Nord-Ouest.

L’absence dans cette région du Minihy de brusques changements de température réside aussi, en partie dans l’humidité de l’air qui vient atténuer les contrastes. L’air n’est pourtant jamais saturé d’eau. Pendant la belle saison, on voit souvent à l’aube se former un brouillard qui empêche le refroidissement qui suit le lever du soleil. On s’étonne de la tiédeur de ce brouillard qui se lève vers les 8 ou 9 heures. Les gens de la côte disent que c’est un signe de beau temps. Pendant l’été, 3 ou 4 fois par mois, il se forme un brouillard qui se dissipe dans la matinée contre 1 ou 2 par mois qui persiste toute la journée. Les vents d’Ouest apportent une ample provision de pluie. Roscoff est cependant moins pluvieux que Brest ; en moyenne 760 mm contre 803 mm à Brest. Aucun mois n’est sec, mais les pluies tombent surtout au début de l’automne et en hiver, d’octobre à mars. C’est toujours l’automne qui est le plus pluvieux et l’on peut écrire ainsi la formule de répartition des pluies : Automne, Hiver, Printemps, Été.

Observons les chiffres de pluviosité. Nous remarquons que pour Roscoff, les pluies sont relativement constantes de janvier à septembre, puis qu’elles montent brusquement en octobre pour redescendre doucement vers janvier. Brest offre un régime plus capricieux avec néanmoins la montée brusque en octobre. Ce qui importe pour analyser ce climat, ce n’est pas tellement le chiffre brut des pluies tombées que de la façon dont elles se produisent. Le chiffre des eaux recueillies pendant les mois d’été peut-être plus élevé parfois que dans certains mois d’hiver. Comme en août 1917 où il tombait à Batz 89 mm de pluie contre 86 mm en octobre ( 2ème mois pluvieux ), et 68 mm en janvier (3ème mois pluvieux ). Parfois en hiver, après une pluie fine et pénétrante qui a duré toute la journée, le pluviomètre ne marque presque rien, tandis qu’en été une grosse averse d’orage qui dure une demi-heure ou une heure, le fait monter de plusieurs millimètres. En été les pluies sont plus abondantes dans un temps donné, mais leur durée est plus courte. Pendant la belle saison il n’y a guère à Roscoff que trois jours par mois complètement pluvieux contre 20 à 25 belles journées. Il y a en moyenne par an 162 jours de pluie.

Le ciel est moins souvent couvert que dans d’autres régions de Bretagne. A Roscoff, l’air marin est le plus pur qui soit ; il est dépourvu de bactéries et contient encore moins de gaz carbonique que l’air des montagnes et des forêts. Il est imprégné d’iode que diffusent les goémons. La luminosité est la conséquence de la pureté de l’atmosphère. Les qualités thérapeutiques d’un tel climat devaient nécessairement y provoquer l’éclosion d’établissements médicaux.

Nous y trouvons, l’Institut Marin du Docteur Bagot, l’Établissement d’hydrothérapie marine et la Villa Saint Luc – Clinique Bagot, voisins tous deux de la principale plage de Roc’h Kroum ; la clinique Kerlenna du Docteur Lefranc qui traite les maladies osseuses, l’Aérium de Ker Isa. Le Sanatorium marin de Perharidy, situé à 4 kilomètres de la ville, dans la presqu’île du même nom et son annexe, le Château de la Digue sont assez importants. Construit en 1901, grâce à la Marquise de Kergariou, le sanatorium était reconnu d’utilité publique en 1902. Depuis cet établissement n’a fait que s’agrandir : en 1904, on quadruplait les 10 lits du début et on créait une cure d’air à la grève. En 1932, on édifiait une école de 5 classes et on créait 2 jardins d’enfants. Actuellement ( 1941 ) le sanatorium et ses annexes comptent 600 lits et ont vu passer 40.000 malades.


voir la page de ce site concernant le climat en Bretagne ( document de 1986 )
avec des cartes


Quelques dates - Retour au sommaire de l'Histoire du Minihy du Léon - Suite

Menu