Joséphine Cabioch,
Roscovite, a commencé à écrire des poèmes après ses soixante ans.
Depuis 1998, ses
poèmes ont été primés plusieurs fois :
Bibliothèque
Internationale de poésie - 1998 - A une épouse ( Hommage posthume )
Arts et Lettres de
France - 1999 - Montagne
La Plume Angevine -
1999
Peintres et poètes
d'aujourd'hui - 1999
Elle nous a confié
quelques poèmes que vous lirez ci-dessous.
Ces poèmes sont
utilisables à titre personnel, mais ne peuvent être utilisés ou publiés sans l'accord
écrit de son auteur |
| Montagne Lente promenade silencieuse,
Morne, pesante dans cette gorge
Entre un univers de pierre
Soudain...
Un bruit léger,
Presqu' imperceptible
Dévalant une paroi
De l'eau
Mince filet gazouillant
Venant d'on ne sait où ?
Et le paysage s'émeut.
De cette présence insolite,
Comme surpris en son inertie première
Insensiblement, le bruit s'amplifie,
Devient vacarme..,
Quelques pas encore,
Ah !
Tel un joyau, entre des roches écrasantes,
Un Lac
Où le torrent vient s'assagir,
Vision paradisiaque,
Tant de Beauté !
Moment ou l'âme communie
Instant d'Eternité. |
A une épouse
( Hommage posthume )Dans ton regard
Dans ton regard, Aimée, je lisais tant de choses,
S'il est vrai que les yeux sont le regard de l'âme,
Dans les tiens résidaient, et la sève et la rose,
Je m'y abandonnais, comme on s'offre à la flamme
Aux grands froids de l'hiver, le soir au coin du
feu.
De tes yeux, chère Absente, noblesse et courage,
Violence aussi parfois, se partageaient l'azur.
S'il arrivait qu'une ombre en ternisse limage,
Mon pauvre cur anxieux redoutait la fêlure.
De ce trouble soudain, quel en était
lobjet ?
Doute vite estompé, je savais par antennes
Le meilleur de toi-même à moi seul tout acquis.
De concert cheminaient nos ferveurs et nos peines,
Point n'était de chagrin que nous n'eussions
compris.
Nos heures s'écoulaient, paisibles et sereines.
Happée par l'au-delà, tu as repris ton vol,
En mon être meurtri, la vie a basculé.
Et s'il m'arrive encore d'y jouer quelque rôle,
C'est qu'au fond de mon âme, à jamais s'est ancré
Ton merveilleux regard, aux reflets dhorizon.
A Toulon, le ler Mars
1989. |
| Octogénaire Octogénaire déjà,
Que le temps passe vite
Quand on sait l'accueillir;
Savoir qu'au fond de soi
On est restée la même.
Octogénaire pourtant
Et Malgré tous ces ans
S'en aller de l'avant
Foin, des lamentations!
Par ses propres ennuis,
Ne pas lasser les autres,
Oublier ses misères et la "raison
d'État" ?
Penser un peu à soi,
Sans cesser d'être Mère,
Meubler sa solitude
De richesses intérieures,
Tout au long de sa route
Dispenser la Tendresse,
Vivre allégrement;
De la Grâce du Ciel,
Faire une panacée
Et dans la plénitude
Sans crainte, attendre l'Heure. |
Ballade de la 3ème vague Des vagues de la
mer déferlant sur la plage,
La première entre toutes est la plus agressive,
La seconde la suit, faisant moins de tapage,
La troisième, la douce est la moins excessive
IMAGE DE LA VIE
L'enfance - adolescence, vague impétueuse
Franchissant les obstacles, sans que rien ne
l'arrête
Mais, la houle déjà, l'absorbe, insidieuse
Et survient l'âge mûr qui s'épuise en conquêtes
LE TEMPS D'UN SABLIER
Quand se sont estompés les rêves et les orages
Que le temps a mêlé le sable des rivages
Elle arrive, elle est là, cette troisième vague
Qui s'étonne, elle-même, d'avoir tourné la page,
D'UN LABORIEUX PASSÉ
Silencieuse vague, trop souvent oubliée,
N'est-elle pas la plus tendre et aussi la plus sage,
Elle, dont la douceur, s'étale sans ambages
Qui, discrète, s'efface et qui sait écouter,
LES CHOSES NON EXPRIMÉES
En cette vague là, que d'amour engrangé
Que d'espoirs et de peines ont jonché ses passages,
Ces milliers de galets, polis par vos aînés
Acceptez-les, Enfants de la nouvelle vague,
QUI ÊTES TANT AIMÉS
Qui donc, dira, jamais, les trésors de notre âge
SI LONGTEMPS IGNORÉS
A l'enfant déchiré, avide de caresses,
A la jeunesse errante, que guette le naufrage
A tous ceux, dont le cur a besoin de tendresse
A ceux dont les écueils ont. brisé le courage.
VENEZ
Venez vous retremper dans la troisième vague
Dont l'âme généreuse, recèle tant de richesses
Et qui, tout simplement, ne demande que d'aimer. |
| Campagne du Léon Campagne du Léon, toi la si mal connue,
Toi la tant décriée, que te reproche-t-on ?
D'être trop peu boisée, de n'avoir pas bon ton ?
D'être plus âpre au gain, qu'au charme des
ombrages,
D'être un peu trop sage, de n'être pas poète ?
Campagne du Léon, terre qui m'a vu naître,
Paysans chaleureux, et qui n'ont pas de maître
En dehors de leur Dieu !
Champs d'artichauts bleutés,
De choux-fleurs en bouquets,
Sillons tout craquelés, où lorsque vient l'été,
Les beaux oignons dorés mûrissent au soleil
Ces symboles de vie ne sont-ils pas eux-mêmes
Le plus grand des poèmes,
à la gloire de Celui
Qui fait naître les fleurs et abonder les fruits.
Campagne du Léon,
Si chère à tes fils,
Demeure telle que tu es.
Belle, sans artifice,
C'est ainsi que nous t'aimons |
Saint Pol de Léon Quand une vie errante, nous rend à
nos racines,
Qu'un beau jour nous ramène, vers Parents et Amis,
Lorsque, après Morlaix, lentement se dessinent,
Tes chers clochers Saint Pol, la Paix nous envahit.
Car Saint Pol de Léon, tu es notre chez-nous,
Celui, qui même au loin occupe nos Pensées,
Que l'exile évoque parfois presque à genoux,
Nôtre âme est pétrie, de ta belle clarté.
Au pied du Kreisker, dans tes rues animées,
L'atmosphère nous saisit, de chaleur retrouvée
Dans tes bruits familiers, tel un bouquet de Joie.
La Joie d'être quelqu'un et d'avoir un Chez-Soi.
Ton Histoire Saint-Pol, est pour nous un emblème,
Emblème, de la Foi profonde de nos Aïeux,
En ces jours ou elle est accablée de Blasphèmes,
Tu nous invites à la fidélité à Dieu. |
| Main tendue Est-il, au monde, de plus beau geste
Que celui de la main tendue.
Qu'on le croit divin ou terrestre,
Serait-ce assez définir sa vertu ?
Être la main tendue, pour l'enfant de couleur,
De ces pays lointains, avides et affamés,
Dont le triste regard est abîme de douleur,
Et l'espoir de survie, notre seule charité.
Être la main tendue, pour l'adolescent blême,
Qui, au petit matin, frissonne dans les rues,
Et pour qui le soleil lui-même est un blasphème
Constamment en recherche d'un paradis perdu.
Être la main tendue, pour le vieillard secret,
Que sa vie solitaire éteint tout doucement,
Qui d'un effort suprême entrouvre ses volets
Afin que la lumière éclaire son néant.
Savons-nous quelque fois, être la main tendue.
Et d'un geste discret, devenir secourable ?
Ne sommes-nous pas plutôt ce lâche individu,
Qui passe indifférent, agacé et coupable ?.. |
Les mots Les mots en
eux-mêmes ne sont rien.
Si de leurs méandres,
Ne s'échappe un bout dâme,
Les phrases les plus habiles restent creuses
A l'écoute, si le cur ne s'y insère
Leur donnant insensiblement
Leurs lettres de noblesse.
Le Poète le sait bien
Quand sa plume perdue dans son rêve,
S'égare dans un flux de sentiments
Qu'elle n'attendait pas
N'est-ce pas cela la Poésie ?
Avril 1982
Joséphine CABIOCH |
|