La vie quotidienne à Roscoff - Le couvent des Capucins à Roscoff

Le couvent des Capucins

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LES CAPUCINS A ROSCOFF - 1621

Extrait des « Capucins bretons » par P.Fulgence de Goudelin – 1937

Dès 1615, il est question d'établir une maison religieuse à Roscoff; le projet n'aboutit qu'en 1621. L'histoire de cette fondation est relatée dans une lettre du Père Bonaventure de Morlaix au Père Ambroise de Brest alors gardien de Roscoff. Le récit des délibérations ayant trait à l'affaire est extrêmement suggestif; on y trouve les noms de plusieurs personnalités de l'époque, entre autres celui du grand chantre de Léon, René du Louet; qui devint plus tard évêque.

Comme les constitutions des Capucins leur interdisaient en ce temps-là d'entendre les confessions des séculiers dans leur chapelle, les Roscovites n'hésitèrent pas à s'adresser au Général de l'Ordre pour le prier de permettre aux Pères de déroger à ce point de leurs Constitutions. Quelques années après, l'article en question était supprimé à la grande satisfaction des habitants de Roscoff.

Ce couvent qui eut l'honneur d'être, en Bretagne, le dernier asile des Capucins à la Révolution, sera aussi le premier à retrouver ses anciens religieux. Devenu vacant par suite de circonstances providentielles, il vient de leur ouvrir ses portes, grâce à la haute bienveillance de S. E. Mgr Duparc évêque de Quimper et de Léon et à l'aimable concours du Clergé de Roscoff et de Saint-Pol.

Galerie de 27 photos
prises au monastère de Capucins
de Roscoff, vers les années 1945/1950

Le figuier planté, il y a trois cents ans, par le Frère Pacifique de Morlaix, est toujours aussi vigoureux et ne cherche qu'à étendre ses ramures, les 700 mètres carrés de terrain qu'il couvre ne lui suffisent plus; un jour ou l'autre, s'il plaît à Dieu, les colonnes du cloître qui, d'après la tradition, servent d'appui aux vieux figuier reprendront leur place normale, et la chapelle, relevée de ses ruines, entendra derechef la psalmodie interrompue.

Jardin du couvent des Capucins à Roscoff

Notice d'inventaire patrimonial du Ministère de la Culture


Le couvent des Capucins à Roscoff

 

Carte d'implantation des Capucins

Détail de la carte d'implantation des Capucins

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A la Révolution, inventaire du couvent de Roscoff.

Cet inventaire fut fait, conformément à la loi, par les soins de la municipalité elle-même.

Le maire, Gérard Mège, Pierre Diot, René Toulgoat, Alexandre Péron et Jean Chapalain, officiers municipaux et le secrétaire-greffier, Yves Prat, vinrent faire l'inventaire du couvent le 8 mai 1790. Ils ne trouvèrent à la maison que les Pères Athanase de Lannion, Vicaire, Alain de Pont-l'Abbé et François de Quimper. Le P. Ignace de Quimperlé, Gardien, était absent, il prêchait la mission de la Roche-Bernard, et le Frère Séraphin de Brest était également absent « pour la recommandation de la quête ». Les religieux présents, « de ce interpellés, ayant déclaré n'avoir aucun moyen empêchant la descente et la réquisition des officiers municipaux », ceux-ci se mettent en devoir d'exécuter leur mandat.

Ils énumèrent les ustensiles de la cuisine, comptent les draps et les serviettes de la lingerie, les tables du réfectoire, les barriques de la cave, les arbres du jardin, « tant en plein vent qu'en espaliers », les 23 cellules du dortoir et les 5 chambres de l'infirmerie; les 1.200 volumes de la bibliothèque. Ils trouvent à la sacristie 4 calices, 1 ostensoir et 1 ciboire d'argent, 12 ornements en soie et en laine et le linge nécessaire pour le service du culte, au maître-autel des chandeliers en cuivre et en bois doré.

En fait d'argent monnayé, il n'y a au couvent que 18 livres; il n'existe pas d'argenterie de table; ils n'ont ni dettes, ni rentes, ni registres de comptes. Il leur reste 104 messes à dire, pour lesquelles ils ont reçu 78 livres; au clocher il y a une cloche et une horloge.

Interrogés sur leur intention de rester ou de sortir des maisons de leur Ordre, les Pères Athanase et François et le Frère Séraphin déclarent formellement que leur intention est de rester au couvent; le P. Alain de Pont-l'Abbé déclare vouloir rentrer dans le monde.

La maison de Roscoff ne peut commodément contenir que quinze religieux. Les officiers municipaux et les religieux signent le procès-verbal ( Arch.Nat., f 19603

Voilà donc ce qu'était « une descente» des Officiers municipaux dans les couvents : inventaire détaillé de tout ce qui s'y trouve et enquête sur l'intention future des religieux.

Le lecteur serait peut-être tenté de savoir ce que sont devenus ces cinq religieux de Roscoff.

  • Le P. Gardien, Ignace de Quimperlé (François-Joseph Augustin Furic, fils du Seigneur du Leignou en Scaër) mena la vie commune au Croisic, fut emprisonné à la citadelle de Port-Louis, passa ensuite au couvent breton de Lisbonne, enfin revint en France avec les Pères Paul de Tréguier et Symphorien de Lannion et se retira à Paimpol.
  • Le P. Athanase de Lannion, né à Brélévénez, fut Supérieur de la maison de réunion de Roscoff, se déporta à Jersey, puis probablement à Lisbonne.
  • Le P. François de Quimper fut emprisonné aux Capucins de Landerneau avec P. Antoine-Marie de Douarnenez et vingt-deux autres prêtres. Là, ils sont, disent--ils, « plongés dans la misère, manquant presque de pain, réduits à un seul repas », Il fut plus tard détenu au ci-devant collège de Quimper.
  • Le P. Alain de Pont-l'Abbé (Barthélemy Pelliet), qui avait demandé à sortir des maisons de son Ordre, mit sans doute son projet à exécution. Le P. Augustin de Quimper, gardien de Landerneau, annonce dès le 11 mars 1791, la mort du P. Alain.
  • Le Fr. Séraphin de Brest, se rendit au Croisic pour y mener la vie commune. Au bout de quelques mois, on le retrouve au couvent d'Orvieto (Italie) afin d'y avoir la vie conventuelle qui lui était interdite en France.

Religieux et prêtres fidèles restés sur le territoire français étaient traqués, poursuivis, et une fois pris, étaient condamnés à la prison et à la mort.


Les Victimes. - Le P. Joseph de Roscoff, guillotiné à Brest.

Le 19 messidor an II (7 juillet 1793), Maurice Jézéquel, Juge de paix de la commune de Morlaix, était prévenu que l'on venait de découvrir un Capucin caché en ville. « Nous étant transporté, dit-il dans son procès-verbal, dans une maison située quartier du Dosenn, où demeure la Veuve Ruvilly

Le Saux, et étant monté dans une petite mansarde, â côté d'un autel y étant, nous avons trouvé cet ex-religieux lequel nous avons interrogé comme suit de ses prénoms, noms, âge, lieu de naissance et grade de son ci-devant Ordre.

A répondu s'appeler Yves Mével, âgé de soixante-cinq ans, natif de Roscoff, ayant pour nom de religion, joseph de Roscoff, Gardien de Morlaix.

Interrogé depuis quel temps il est dans la maison où nous le trouvons, a répondu que sa mémoire, non plus que son esprit, ne lui permettent de se le rappeler.

Sur quoi, ayant fait venir devant nous la Comtesse veuve Ruvilly et la ci-devant Comtesse Démarée Le Coant, ses receleuses, nous les avons interpellées l'une après l'autre de nous déclarer depuis quel temps cet ex-religieux était chez elles.

Ladite veuve Ruvilly a répondu qu'il y était depuis trois mois et demi. Et le reste de l'interrogatoire.

« Ayant aperçu dans le même domicile un individu femelle, nous l'avons interrogée de ses prénoms, nom, âge et qualité.

A répondu s'appeler Modeste - Émilie de Forsanz, âgée de vingt-sept ans, native de Montauban (de Bretagne), à peu près errante depuis la suppression des communautés. »

Le juge de paix décerna un mandat d'arrêt contre l'ex-religieux, la veuve Ruvilly, les Demoiselles Coant et de Forsanz.

La veille de cette arrestation, les autorités de Morlaix avaient fait une visite domiciliaire chez Marie-Yvonne Jago. On découvrit chez elle des ornements d'église et des effets appartenant à des émigrés, plusieurs lettres et « tout un lot de chansons et de brochures incendiaires. » Elle fut également arrêtée avec plusieurs autres personnes impliquées dans cette affaire.

Sans délai, cette fournée de prisonniers prit le chemin de Brest, accompagnée des pièces â conviction trouvées dans la mansarde : calice, ornements, bréviaire, missel, burettes, cierge, robe de Capucin et autres habillements.

Le P. Joseph de Roscoff (Yves Mével) était né dans cette petite ville en 1729. Il avait pris l'habit au couvent de Quimper en 1751 et fait profession l'année suivante.

En 1790, le couvent de Morlaix dont le P. Joseph était Gardien, se composait de neuf religieux qui tous optèrent pour la vie commune. Il signe avec tous ses religieux une requête dans laquelle ils déclarent leur ferme résolution de terminer leurs jours dans le cloître et dans l'étroite observance de la règle de saint François.

On les oblige à se retirer au couvent de Roscoff, désigné comme maison de retraite aux Capucins qui avaient opté pour la vie commune.

Les perquisitions et visites domiciliaires faites de nuit et de jour y rendaient le séjour intenable. Aussi plusieurs prirent-ils des passeports pour l'Angleterre; ceux qui restaient au couvent en furent expulsés le 23 novembre 1792, le P. Joseph était du nombre.

Le voici devant ses juges au tribunal de Brest

- « Quels sont vos nom et prénom? - Yves Mével.

- Votre nom de religion? - Joseph de Roscoff.

- Votre âge? – Soixante-cinq ans.

- Le lieu de votre naissance? - De la commune de Roscoff.

- Votre profession? - Capucin.

- Votre demeure avant votre arrestation? - A Morlaix.

- Vos moyens d'existence avant la Révolution, et depuis, et maintenant? - De la quête et d'aumônes.

- Connaissez-vous les motifs de votre arrestation? - Non.

- Avez-vous prêté le serment constitutionnel? - Non.

- Dans quelle maison avez-vous été arrêté à Morlaix?  - Chez la Comtesse Ruvilly.

- Par qui avez-vous été conduit chez la Comtesse Ruvilly? - Je ne les connais point, il était nuit; c'est par quatre femmes à moi inconnues.

- Combien de temps avez-vous demeuré chez elle? - Près de quatre mois.

- Avez-vous dit la messe chez cette citoyenne? - Quelquefois.

- Avez-vous confessé dans cette maison? - Oui, j'ai confessé la Comtesse Ruvilly et sa soeur.

- Allait-il plusieurs personnes à votre messe? - Un peu.

- Dans quel endroit de la maison disiez-vous la messe? - Dans la mansarde.

- Depuis quand erriez-vous? - Depuis quatre ans seulement dans la ci-devant Bretagne.

- D'où veniez-vous quand vous êtes venu à Morlaix? - De Roscoff.

- Chez quelles personnes avez-vous logé depuis que vous n'êtes plus au couvent? - Je ne me le rappelle pas, parce que je ne les connais pas.

-- D'où viennent les ornements qu'on a trouvés chez la Comtesse de Ruvilly? - Je les avais emportés du couvent de Roscoff, et les portais avec moi partout où j'allais.

- A qui appartient le calice, les boîtes à hosties, les pierres sacrées et le reliquaire? - A répondu que c'était à lui à l'exception de la grande pierre. »

 Plus n'a été interrogé et a signé : Yves Mével dit Joseph de Roscoff. Palis, Cabon. »

Après le Père joseph, on interroge les autres inculpées. J. Desmaretz, veuve Ruvilly Le Saux et P. E. Desmaretz Le Coant sont convaincues d'avoir recélé le P. Mével. Émilie de Forsanz est accusée de propos antirévolutionnaires et Barbe Jago d'avoir conservé des écrits tendant à la dissolution du gouvernement républicain, et au rétablissement de la tyrannie.

En conséquence, le tribunal condamne

« Yves Mével, convaincu d'être prêtre réfractaire, non assermenté et comme tel sujet à la déportation, à être livré dans les vingt-quatre heures à l'exécuteur des jugements criminels pour être mis à mort; J. Desmaretz veuve Ruvilly, Le Saux et E. Desmaretz Le Coant à la peine de mort; Modeste Émilie de Forsanz et Barbe Jago ci-devant religieuse à la peine de mort.

Les autres inculpées furent condamnées à la réclusion et à l'exposition sur la place du marché de Brest. »

« Ordonne que le présent jugement sera mis à exécution dans les vingt-quatre heures, publié dans toute l'étendue de la République Française, et en breton dans les départements maritimes. L'exécution eut lieu le jour même 12 messidor an II (30 juillet 1794) à trois heures de relevée « sur la place du ci-devant Château. »

Nous avons tenu à citer tout au long l'arrestation et le jugement du Père Joseph; sa conduite et ses réponses dénotent en lui un vrai religieux, fidèle à sa Règle et à la foi catholique jusqu'à la mort.

Le Père Joseph de Roscoff est compris dans le nombre des prêtres du diocèse de Quimper morts pour la religion pendant la Révolution et dont la cause est introduite en cours de Rome.

Mlle de Forsanz aurait pu sauver sa vie au prix de son honneur, elle s'y refusa énergiquement et mourut sur l'échafaud. Aussi, après l'exécution son corps subit-il les pires outrages. Ce fait a été attesté par les révolutionnaires eux-mêmes.

1. Archives Nationales, série W, n° 542.


LES CAPUCINS

Extrait de « Roscoff, perle du Léon » par H.Perennès - 1938

 

Autorisés le 23 février 1621, par Mgr de Rieux, évêque de Léon, à s'installer à Roscoff, les Capucins y établirent peu après leur couvent.

Un placard de vente du 3 novembre 1793 en donne une brève description. La maison principale avec rez de chaussée, étage et greniers mesurait 264 pieds de pourtour. L'église, qui comptait deux chapelles latérales, était longue de 96 pieds, et large de 30. Le cloître encadrait un parterre de 5 cordes carrées (4 ares). Dans un jardin muré, de deux journaux se trouvait un puits. Un petit verger lui faisait suite au delà d'une haie d'épines. Un autre verger, entouré d'un mur, était planté de pommiers. Deux petits bois agrémentaient la propriété : l'un, avoisinant l'église était fait d'un massif d'ormes, l'autre, touchant la maison, comprenait des chênes, des ormes, des peupliers et des sapins (1). -

On remarque dans la propriété un figuier séculaire qui ne couvre pas moins de 600 mètres carrés de superficie. Les branches supportées par de nombreux piliers monolithes, forment des voûtes de verdure et plongent dans le sol où elles prennent racine.

Au couvent des Capucins habita, de juillet 1791 au 22 novembre 179, Yves Mével, né à Roscoff en 179, en religion Père Joseph de Roscoff. Expulsé le 22 novembre il fut arrêté à Morlaix le 7 Juillet 1794 et guillotiné à Brest le 30 Juillet de la mémo année. Il est du nombre des prêtres martyrs du diocèse de Quimper et de Léon proposés pour la béatification. (2)

(1) Archives du Finistère. Série Q.

(2) R. P. Armel, Les Études Franciscaines 1909, pp. 25-46. Père François de Paule, Les Capucins â Roscoff (162/-l792J.

 

Dernière modification : 04 févr. 2011