La vie quotidienne à Roscoff - Georges Tessier

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Patrick Geddes

2 octobre 1854, Ballater, Ecosse   -  7 avril 1932, Montpellier

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Patrick Geddes entreprit des recherches botaniques et travailla à l'aménagement du territoire à Roscoff en Bretagne, aux Indes, au Mexique et en Irlande. Il collabora avec les frères Elie et Elisée Reclus ainsi qu'avec Pierre Kropotkine à un développement des communautés à Edinburgh, puis établit à Montpellier le Collège des Ecossais. Son effort essentiel porte sur la restructuration des conditions d'habitat des communautés les plus pauvres, en collaboration avec celles-ci

Il travailla au printemps 1877, à Roscoff, en Bretagne, où le professeur Lacaze-Duthiers de la Sorbonne avait fondé une station de biologie marine. Geddes y retourna l’été 1878, afin d’approfondir ses recherches sur un certain ver primitif que l’on trouve sur les plages bretonnes. Il suivit alors le professeur Lacaze-Duthiers à Paris, où il publia, en français, son mémoire: «Sur la chlorophylle animale et la physiologie des planaires verts», tout en suivant les cours de Lacaze-Duthiers à la Sorbonne, ainsi que celles de Wurtz et de Gautier à l’École de médecine.

Voir un article d'Avril 1910 sur " Outlook Tower, la Tour observatoire" avec un interview de Patrick Geddes


       Extrait du «Les études régionales dans une perspective globale» (Tom Steele)

 

Patrick Geddes (1854-1932) est un biologiste, sociologue et urbaniste, vivement intéressé par les théories de l’éducation et de la connaissance, les arts et les lettres, l’histoire et bien d’autres domaines. «Cette variété d’intérêts ne résulte pas d’une quête du savoir pour le savoir, mais d’une tentative de clarifier et de mettre en lumière, dans un monde de plus en plus spécialisé, les relations réciproques entre les diverses branches du savoir au bénéfice de la vie humaine» (McGrath, 1996).

Patrick Geddes grandit et suit l’école en Écosse, il étudie la biologie à Londres. Bien qu’il commence sa carrière de biologiste à Londres et en France, il s’établit à Édimbourg dès la fin des années 1880. Là, son centre d’intérêt bascule et il s’occupe des travaux de réhabilitation de la vieille ville, avec en particulier le quartier des Jardins Ramsay transformé en appartements, en résidences universitaires et en studios d’artistes, ainsi que l’Outlook Tower, la Tour observatoire, qu’il reconstruit en lui donnant une forme totalement nouvelle de musée éducatif, de laboratoire d’étude sociologique et régionale.

À l’instar de Reclus, Geddes commence à s’intéresser à l’organisation des sociétés humaines, mais il se concentre surtout sur les relations spatiales qui se manifestent dans la ville et la campagne. « Dans les décennies suivantes, Geddes propage sa théorie très personnelle sur la ville et la société, qui s’inspire de théories régionales en biologie et en géographie, d’idées philosophiques (en particulier celles de Platon) et de la pensée politique anarchiste » (McGrath, 1996).

 En 1903, Geddes publie le Développement urbain : étude des parcs, des jardins et des instituts culturels, qui est un rapport pour la fondation Carnegie de Dunfermline. C’est son premier travail important en urbanisme, qui contribue à le faire connaître dans le monde des architectes et des urbanistes.

 Après 1900, Geddes travaille à Londres où il est le co-fondateur de la Société de sociologie et, en 1911, il montre pour la première fois son exposition intitulée « Villes et urbanisme ». De 1914 à 1924, il vit surtout en Inde où il participe à un travail d’urbanisme. À la fin de l’année 1910, il est chargé par l’Organisation sioniste de dessiner et de concevoir les plans de l’université hébraïque de Jérusalem, des jardins périphériques des villes de Jérusalem et de Haïfa ainsi que d’un certain nombre de colonies dans différents endroits de Palestine.

 En 1924, Geddes s’installe à Montpellier où il crée le Collège des Écossais, université internationale consacrée à la poursuite de sa philosophie du renouveau de la vie. En 1925, il retourne en Palestine où il dessine un plan d’ensemble pour la ville de Tel-Aviv, son œuvre la plus importante sans doute. En 1932, Geddes reçoit et accepte un titre de chevalier. Il meurt la même année à Montpellier.

 Comme beaucoup d’autres acteurs du mouvement pour la formation des adultes, Michael Sadler notamment, Geddes est influencé lors de ses études à Oxford par les cours et les écrits de John Ruskin. Les doctrines de celui-ci sur la noblesse du travail manuel et sur l’idéal de citoyenneté ont en effet entraîné une génération tout entière de jeunes idéalistes à se lancer dans la réforme sociale par la formation.

 Geddes devient membre de l’Association britannique pour la promotion de la science et il assiste aux congrès qui ont lieu dans les années qui vont de 1880 à 1890 ; c’est là qu’il acquiert la conviction que arts, lettres et science sont indissociables et ne doivent pas être étudiés séparément.

 On ne dira jamais assez le rôle primordial que l’Association britannique joue à cette époque dans la popularisation des nouvelles avancées des sciences sociales. Par exemple, l’un des groupes qui s’est consacré aux études de géographie a été le creuset de ce qui est devenu la «Nouvelle Géographie» Cantor, 1960-61). Halford Mackinder qui, avec Sadler, devait plus tard jouer un rôle important dans l’Oxford Delegacy, était membre de ce groupe, et il considérait l’enseignement de cette matière en dehors de la salle de cours comme le plus approprié à la «Nouvelle Géographie» et comme le plus agréable (Brouet, 1975 ; Unstead, 1947)

Geddes fait partie du groupe qui dans l’Association britannique réunit des sociologues et des économistes et discute férocement à cette époque des limites relatives de leurs disciplines respectives. On sait par exemple que, lors du congrès de 1876, certains savants, au nombre desquels figure Francis Galton, leur ont reproché leur absence d’approche vraiment scientifique. Ce qui a ensuite entraîné une importante reformulation du sujet par le chef du groupe J.-K. Ingram, de Dublin, un adepte d’Auguste Comte. Il qualifie les sciences économiques modernes de «stériles et discordantes» et souhaite une nouvelle sociologie qui se baserait sur une synthèse de toutes les connaissances et dans laquelle les problèmes spécifiques seraient considérés comme faisant partie d’un tout plus large (Meller, 1990 : 58).

 Au congrès de 1881, Geddes essaie de mettre en avant l’approche globale préconisée par Ingram, et il s’oppose alors à Francis Galton, l’inventeur de l’eugénisme.

 Entraînant ce qui est devenu une rupture emblématique dans l’approche des sciences sociales, Galton demande ensuite que l’étude de la génétique soit la base de la compréhension de la société et il crée la Société d’eugénisme en 1904, cependant que, la même année, Geddes s’oriente dans une direction toute différente et crée le Mouvement d’éducation civique (Abrams, 1968 : 177-98).

 C’est ainsi que l’opposition entre nature et culture se manifeste sous une forme institutionnelle et se concrétise dans des formations sociales opposées. L’ombre du grand philosophe allemand Friedrich Nietzsche plane sur le débat, car son Ainsi parlait Zarathoustra vient d’être traduit en anglais, et suscite la réponse facétieuse : « Ni nature ni culture, mais Nietzsche. »

 Le jeune Geddes, avec ses études scientifiques, est séduit par l’approche globale d’Ingram et il voit par ailleurs dans la formation des adultes l’environnement le plus propice pour développer son sujet de façon interdisciplinaire.

 À l’invitation d’Ingram en 1881, il commence son premier enseignement au University College de Dublin, où se trouve en fait le premier programme d’extension de l’université, qui avait été lancé par le cardinal Newman en 1854.

 Très vite, Geddes développe ses propres théories biologiques sur les sciences sociales et la biologie sociale, et il émet l’idée qu’en sciences économiques le principe «biologique» montre que le principe clé de l’économie n’est pas «un toit et de quoi se nourrir» mais bien «la culture et l’éducation». Il est aussi persuadé que les sciences économiques s’atrophieraient à l’université et devraient atteindre un objectif éducatif plus large qui impliquerait les deux catégories sociales les plus exclues de l’université, les femmes et la classe ouvrière.

 Meller fait la remarque suivante : «Les théories sur l’importance des sciences économiques en tant que discipline et sur l’éducation des adultes deviennent étroitement liées. Au cœur du sujet se trouvaient les universités et les nouveaux centres de formation universitaire qui se développaient en province.» (Meller, 1990 : 62 ; voir Armytage, 1995)

 En Irlande, Geddes est impressionné par la vitalité culturelle du nationalisme irlandais et la possibilité de construire une identité panceltique pour tous les peuples subalternes de Grande-Bretagne en réaction à l’hégémonie de la culture anglaise. Par la suite, sa tentative de lancer un mouvement celtique à Édimbourg n’a jamais vraiment réussi. L’une des raisons en est la prédominance des Saxons des Basses Terres, dont les relations aux Écossais des Highlands et à la frange celtique se bornent aux histoires sentimentales et aux motifs décoratifs de l’artisanat d’art anglais. Pourtant la renaissance culturelle qu’il enclenche, grâce à des journaux comme son éphémère Evergreen, a contribué à radicaliser à la fois des artistes et des écrivains écossais, et l’avant-garde au sud de la frontière.

 On retrouve cette influence dans le principal journal de l’avant-garde, le New Age d’Alfred Orage (Steele, 1990). Sa conviction de l’interdépendance entre la science, les arts et les lettres s’est renforcée à cette époque par la rencontre avec le philosophe français Henri Bergson, dont les idées sur l’évolution créatrice sont alors popularisées par T. E. Hulme dans le New Age (Martin, 1967 ; Steele, 1990). Et, comme Ruskin, il pense que l’esprit nouveau dans l’art provient de l’émerveillement que la science moderne fait naître chez l’artiste. Il est particulièrement sensible à l’idée qu’on mesure le degré de modernité à la capacité de l’artiste à se réjouir des nouvelles découvertes de la recherche scientifique (Meller, 65).

 On peut donc dire que Geddes fait partie de ce large mouvement de gens qui, avec Ruskin, publient des journaux d’avant-garde, créent des petits cercles de province partout dans le pays et s’engagent dans l’ouverture des universités au grand public par une approche interdisciplinaire des matières enseignées (Armytage, 1961).

 Il appartient donc en général à la tendance des socialistes éthiques, qui embrassent une vision plus large du socialisme, tendance qui inclut les socialistes chrétiens, les végétariens et les spiritualistes théosophiques.

 Geddes est également associé à la Fellowship of the New Life (Fraternité de la nouvelle vie), créée en 1882 par le philosophe écossais Thomas Davidson, mais il n’en a jamais été membre.

 C’est là qu’il rencontre Havelock Ellis et Edward Carpenter dont la théorie sur la sexualité l’intéresse beaucoup, ainsi que J.-A. Thompson avec lequel il écrit l’évolution sexuelle (1889). Il n’est pas d’accord avec la société des Fabiens 1 qui se sont séparés de la Fraternité en 1884 avec à leur tête G.-B. Shaw, Hubert Bland, et les Webb, parce que, pour lui, ils subordonnent les préoccupations morales au matérialisme mécanique. Il ne souscrit pas non plus à la prédilection des Fabiens pour un État centralisé et une politique d’assistance, parce qu’il estime que le concept de «masses» inclus dans cette conception est incompatible avec sa vision du caractère central de l’individu et de la volonté créatrice.

 Grâce à l’intérêt qu’il porte aux théories biologiques sur la société et la sexualité, Geddes a une conception des femmes relativement avancée pour l’époque.

 De façon générale il adopte la ligne de l’école de sociologie de Le Play sur l’évolution organique, qui estime que la société évolue depuis les formes les plus simples vers les plus complexes, et que l’histoire et la culture jouent des rôles importants dans ce processus.

 Pour Geddes, les femmes ont un rôle primordial dans la transmission des idéaux culturels, et des traditions dont elles sont en quelque sorte les gardiennes. Cette conception est radicale en ce sens qu’elle reconnaît enfin la femme comme l’égale de l’homme, mais conservatrice parce qu’elle accepte le rôle traditionnel de la femme dans la famille.

 De plus, Geddes s’oppose aux suffragettes parce que selon lui l’action de masse ne doit pas se substituer aux volontés individuelles, et il tient ces propos curieux : «Ce qui s’est décidé à l’époque des protozoaires de la préhistoire ne peut être modifié par un décret du parlement» (Meller : 83). Démonstration éloquente de quelques-unes des limites de l’approche biologiste des questions politiques, qui témoigne néanmoins d’un scepticisme salutaire quant à la voie parlementaire vers le socialisme.

 Selon Geddes, l’éducation et la civilisation offrent plus que jamais à la femme moderne la possibilité de réussir des relations amoureuses romantiques, base d’un bonheur personnel plein de richesses


Biologiste, sociologue et urbaniste écossais, pionnier des études sur le développement des communautés humaines contemporaines. Elève de Huxley, la controverse de celui-ci avec Congreve l'incite à s'intéresser au positivisme, et il entre en contact en 1874 avec Congreve, Harrison, Beesly, et surtout Bridges. En rapports avec Darwin et Wallace de 1877 à 1878. En 1878 suit le groupe de Harrison mais garde d'excellentes relations avec Congreve. Travaux biologiques pionnier sur l'importance du sexe dans l'évolution. Ensuite développe une approche originale en sociologie, basée sur l'étude des interactions entre les personnes, leur environnement et leurs activité. Crée à Outlook Tower, Castlehill, Edimbourg "le premier laboratoire sociologique du monde", voué aux enquêtes sociologiques locales, étudiant les relations entre ville, campagne et région industrielle. Professeur de sociologie à Bombay (1919), il y continue ses enquêtes sociologiques. Fonde avec Harrison La Sociological Society de Londres (1903). Ami d'Elysée Reclus et de Kropotkine, il a été le maître de Lewis Munford. Créateur d'une technique de représentation des interactions multiples au moyen de diagrammes.

Oeuvres. John Ruskin: Economist, Edimbourg, 1884, City Development, 1904, "Civics: As Applied Sociology", Sociological Papers, I, Londres, 1905, Cities and Evolution, 1913, The Life and Work of Sir Jagadis Chandra Bose, 1920, "A Current Evaluation of the Positivist School", Positivist Review, XXIX, 1921, The Charting of Life: Place, Work and Folk, Avec J. Arthur Thomson : The Evolution of Sex, 1900, reprint Ams Pr, 1972, Evolution, New-York et Londres, 1911, Life : Outlines of General Biology, 2 vol., 1931

Correspondance. Lewis Mumford & Patrick Geddes, the Correspondence, edited by Frank G. Novak Jr., Routledge, 1995

Etudes. Philip Boardman, The Worlds of Patrick Geddes: Biologist, Town Planner, Re-educator, Peace, Warrior, Routledge & Kagan Paul; Helen Meller, Patrick Geddes: Social Evolutionist and City Planner, Routledge, 1994

Ouvrages disponibles/books in print


Liens :

http://www.strath.ac.uk/Departments/Archives/Geddespapers.html

http://www.st-columbas.pkc.sch.uk/geography/patrick-geddes.html

http://www.slider.com/enc/21000/Geddes_Sir_Patrick.htm

http://www.royal-deeside.org.uk/geddes.htm

http://refractions.plusloin.org/Refractions4/steele.htm

http://www.rampantscotland.com/famous/blfamgeddes.htm

http://melior.univ-montp3.fr/ra_forum/en/steele_t/steele.html

http://www.hodgers.com/mike/patrickgeddes/books.html

http://www.geopoetique.net/archipel_fr/iig_cahiers/cah5_kw.html

http://www.efr.hw.ac.uk/EDC/edinburghers/patrick-geddes.html

http://www.dundee.ac.uk/archives/geddesph.htm

http://www.chez.com/vap/forum/141.html

http://www.bartleby.com/65/ge/Geddes-S.html

 

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