La vie quotidienne à Roscoff - Louis Guyader

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Louis Guyader
dit "Petit Louis"

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1876 - 1915

"Petit-Louis" Guyader
Louis Guyader meurt en 1915
à l'hôpital maritime de Saint-Mandrier,
des suites d'une mauvaise fièvre
contractée aux Dardanelles.

Louis Guyader : une figure d'exception

Bon pêcheur, régatier acharné, Louis Guyader est une personnalité hors du commun. Son esprit d'entreprise semble remarquable pour l'époque. S'il n'est pas rare, sur la côte, de voir un armateur posséder trois bateaux, moins nombreux sont ceux qui, arrivés à ce stade, naviguent encore eux-mêmes.

Homme d'initiative, « Petit-Louis » n'hésite pas à se démarquer en commandant dès 1897 un bateau à Jean Pauvy, le jeune constructeur de Carantec, alors que le chantier local, Kerenfors, est au sommet de sa réputation.

Malgré les succès remarquables de ce premier Reder-Mor ; il en fait faire un second, nettement plus fort, dès 1904. Le Reder-Mor II est-il le premier cordier de Roscoff à adopter l'arrière à voûte ? 

La chose n'est pas prouvée dans l'état actuel de nos recherches, mais serait bien dans la note de Louis Guyader.

Quoi qu'il en soit, les performances de ce voilier ne doivent pas lui suffire, puisqu'il ne faudra pas trois ans pour qu'il commande une nouvelle unité à Pauvy.

Lancé en 1907, ce sera le Reder Mor III, le «grand Reder»; qui connaîtra la carrière que l'on sait. Intelligent, dynamique, amoureux de son métier, « Petit-Louis » est un homme capable de donner un coup de fouet à la pêche locale, et d'entraîner toute une partie de la communauté avec lui : grâce à des hommes comme Esprit Le Mat et Louis Guyader, à la veille de la Première Guerre mondiale, le port de Roscoff compte huit grands cordiers qui vont pêcher plus loin et apportent une certaine prospérité aux marins.

Dans ce milieu traditionnel des pêcheurs de Roscoff, « Petit-Louis » fait figure d'anti-conformiste. Célibataire, vivant avec ses deux soeurs, on lui connaît des conquêtes féminines : « il avait, disait-on, une « Nini» à l'Aber-Wrac'h; souvent il restait avec elle là-bas et laissait les autres ramener le bateau avec la pêche. Il avait comme cela un côté grand seigneur qui lui donnait beaucoup de prestige auprès de son équipage. J'ai entendu des vieilles dames en parler, fascinées, dans mon enfance ». Libre d'allures, mais généreux et responsable, Louis Guvader est estimé de tous.

Son indépendance d'esprit ne semble pas lui avoir attiré la moindre critique. Elle le rapproche au contraire des personnalités les plus intéressantes qui fréquentent le port. « Petit-Louis » se lie ainsi d'amitié avec Mathurin Méheut, lors de son séjour décisif à Roscoff en 1910 et 1911. II en ramènera une extraordinaire moisson de dessins, aquarelles et croquis qui constituera le véritable point de départ de son oeuvre. En 1913, ces travaux formeront la matière de la première exposition Méheut au Musée des Arts décoratifs, qui connaitra un très vif succès, Les deux fameux volumes de l' « L’étude de la mer, flore et faune de la Manche et de l’océan »- paraîtront l’année suivante. Basé au laboratoire maritime de la Station biologique, Méheut découvre avec passion l'univers de la Bretagne littorale, fouille l'estran, sort en mer avec les pêcheurs; il naviguera ainsi à bord du Reder-Mor, et offrira un dessin à plusieurs membres de l'équipage. Serge Le Floch en conserve deux, dont l'un, représentant un pêcheur faisant des casiers à l’île de Sieck, est dédicacé à Hyacinthe Roignant, « l'un des meilleurs marins du Reder Mor ». « Petit-Louis » et ses matelots n'hésitent pas, à l'occasion, à rendre service, comme en témoigne ce petit écho de La Dépêche en décembre 1907

Extrait du "Chasse-marée" de mai 1991

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