La vie quotidienne à Roscoff - Piotr Slonimski

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Piotr Slonimski

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Piotr Slonimski est né à Varsovie en 1922.

Issu d'une lignée de scientifiques et d'artistes il a fait ses études à la faculté clandestine de Varsovie pendant la guerre tout en faisant de la résistance et il a obtenu son doctorat de médecine à Cracovie en 1946.

Venu en France l'année suivante, il est recruté par le CNRS au laboratoire de génétique physiologique de Boris Ephrussi (Institut de Biologie physico chimique) où il participe à la découverte de la génétique mitochondriale ce qui est le sujet de sa deuxième thèse ès sciences (1952).

En 1967, il crée le Centre de génétique moléculaire du CNRS à Gif sur Yvette où il est l'un des principaux artisans d'une discipline en plein essor, la génomique.

Professeur de génétique à l'Université de Paris 6, il a été élu à l'Académie des sciences en 1985.

Piotr Slonimski

Et vous fûtes recruté par Boris Ephrussi

Quand j'ai rencontré Ephrussi, je lui ai dit que je désirais travailler dans son laboratoire et je me souviens avoir mentionné que j'avais lu le livre de Bertallanfy. Il m'a répondu qu'il ne travaillait plus sur la drosophile et qu'il ne voyait pas bien ce qu'il pouvait faire pour moi. Il a tout de même ajouté : "si vous apprenez le français, je pourrais peut être vous prendre. Revenez me voir dans un mois..." J'ai donc appris le 'vaudois' avec une dame Suisse de Lausanne et Ephrussi a pu m'accueillir dans son laboratoire.  Plus tard lorsqu'on lui demandait pourquoi il m'avait pris au labo, il répondait que c'était à cause de mon insistance intempestive, mais aussi de mes souliers qui avaient une forme inhabituelle dans le Paris de 1947 (des chaussures en croco, vestiges de mes trafics du marché noir dans le Varsovie de l'occupation). En fait, je crois que son accueil s'explique surtout par sa passion pour la recherche, l'un des traits dominants de sa personnalité hors du commun, une caractéristique qu'il s'avait apprécier chez ceux chez lesquels il en décelait les symptômes.
Quand je suis arrivé chez lui, il ne m'a pas collé de suite sur la levure, mais sur l'oeuf d'oursin. L'une de ses préoccupations restait le mécanisme de la différenciation cellulaire, la relation entre l'embryogenèse et la génétique et les interactions entre le noyau et le cytoplasme.
Dans sa jeunesse à Roscoff, Ephrussi avait tenté des expériences de transplantation de noyaux cellulaires dans des ovocytes afin de voir si la différenciation progressive dans la morphogenèse résultait, ou non, d'une division du matériau nucléaire. On supputait que la cellule d'un oeuf devait contenir toutes les possibilités, qu'elle était totipotente, c'est à dire dotée de la potentialité de fabriquer les différents tissus, de rein, de foie, etc. Ce qui s'est révélé être le cas (cf. plus tard l'expérience de Briggs et King), mais pas grâce à mes manips de Roscoff qui furent complètement ratées...

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