| Georges Teissier est né le 19 février 1900, année remarquable
pour l'histoire des sciences mais sans incidence concrète sur le nouveau-né. Teissier ne
s'attarde d'ailleurs pas sur cette "coïncidence" : bachelier en Philosophie et
Mathématique en 1917, il entre deux ans plus tard à l'Ecole Normale Supérieure dans la
section Mathématiques, bien qu'il soit, d'après Jean Dorst, "déjà résolu à se
vouer à la zoologie, et plus précisément à l'étude des insectes" (Dorst, 1975,
p. 1). Licencié ès Sciences en 1922 (année de ses premières publications), puis
agrégé des Sciences Naturelles en 1923, il devient docteur ès Sciences à l'âge de
trente et un ans.
A
partir de 1928, Teissier est chef de travaux à la station biologique de Roscoff, dont il
prend la direction quelques années plus tard (en 1945). On peut dire que sa carrière
scientifique est "liée" à cette station maritime autant par les choix de ses
différents matériels d'étude ou les recherches qu'il y entreprend, que par les
responsabilités qu'il y occupe.
En 1938, Teissier devient directeur du
laboratoire de Biométrie Animale de l'Ecole pratique des Hautes Etudes, et en 1945, il
est nommé professeur titulaire de la chaire de Zoologie de la Sorbonne.
Après guerre, il prend également des responsabilités plus tournées vers la politique
scientifique. Il est notamment directeur du CNRS de 1946 à 1950.
En 1951, Teissier prend la direction d'un des trois laboratoires de génétique créés à
Gif-sur-Yvette : celui de Génétique Evolutive (qu'il dirige officiellement jusqu'en
1965) ; les deux autres laboratoires sont celui de Génétique Physiologique ( La
génétique physiologique de Boris Ephrussi (article de R. Burian & J. Gayon) )
et celui de Génétique Formelle ( La génétique formelle (puis génétique des virus) de
Philippe L'Héritier ).
Dans les années 50, Teissier occupe également la présidence des sociétés françaises
de Génétique, de Biométrie (en 1952) et de Zoologie (en 1953). Il participe enfin au
comité de rédaction de nombreuses revues scientifiques : Growth (1937), Evolution
(1948), Cahiers de Biologie Marine (1960)...
Ce "curriculum vitae" relativement conséquent, et dont seulement quelques
éléments ont été rapportés ici, n'a été évoqué que pour montrer la place
importante et reconnue que Teissier occupe rapidement dans le paysage scientifique
français (on notera également que cette reconnaissance s'exprime aussi bien pour ses
travaux en génétique qu'en biométrie ou en zoologie).
Cette carrière scientifique conséquente n'empêche pas l'engagement de Teissier dans des
"actions citoyennes". Durant la seconde guerre mondiale, il est l'un des
fondateurs du Front National Universitaire ; il entre ensuite, à la demande de Marcel
Prenant, aux Francs-Tireurs et Partisans Français (en 1943). Teissier y prend alors la
responsabilité des relations avec les autres organes de résistance armée et avec les
délégués militaires du général de Gaulle. En 1944, en tant que chef du 2è bureau des
FFI, il signe l'ordre d'insurrection nationale.
C'est dans la continuité de son activité dans la Résistance qu'il adhère au Parti
Communiste (Prenant, 1950, p. 4 et Wolff, 1972, p. 2) ; on peut noter ici qu'il sera
également, après guerre, membre du comité de direction de la revue communiste, La
Pensée. L'ensemble de cet aspect plus social de la personnalité de Teissier doit être
relevé pour l'interprétation de sa carrière scientifique, tant au niveau de la place
qu'il occupe dans la politique scientifique française, qu'au niveau de sa conception de
la pratique scientifique. Il s'exprime lui-même sur ce dernier point dans
"Matérialisme Dialectique et Biologie" (1946), "petit texte" qui
expose les grandes lignes du matérialisme dialectique dans son application scientifique.
Il écrit à cette occasion : "la biologie ne peut constituer une science cohérente
que si elle est intégralement matérialiste. Mais cette condition nécessaire n'est pas
suffisante, comme ne le montre que trop l'histoire scientifique des cinquante dernières
années [...] Les mécanicistes ont trop souvent simplifié l'être vivant au point de
n'en faire qu'une caricature et une mauvaise caricature. Ce qu'il convient d'étudier ce
n'est pourtant pas un schéma théorique, plus ou moins bien fait, de l'être vivant, mais
l'être vivant lui-même dans sa complexité et dans ses liaisons avec le reste du
monde" (1946, p. 7-8). Pour Teissier, "s'il faut que la biologie soit
matérialiste, il faut aussi, pour assurer de réels progrès à la science, que ce
matérialisme cesse d'être étroitement mécaniste et devienne dialectique" (1946,
p. 10). On ne s'étendra pas plus sur cet aspect philosophique et on ne lui accordera pas
plus d'importance qu'il n'en a réellement dans les recherches de Teissier. Il a été
signalé ici parce qu'il existe et, parce qu'il peut être utilisé pour illustrer deux
attitudes qui se révèlent dans tous ses travaux : la priorité donnée à la démarche
expérimentale et la vision unitaire du vivant. On peut remarquer également dans ces
quelques propos, la référence à une "histoire scientifique", qui est loin
d'être anecdotique chez Teissier. Il a, en effet, dans la plupart de ses publications,
fait preuve de ce que J. Dorst appelle "une culture bibliographique étonnante"
(Dorst, 1975, p. 2), et il s'est appuyé sur celle-ci pour mener sa propre réflexion sur
la pratique scientifique.
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