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Roscoff, perle du Léon - 1938 - Description de toutes les chapelles et de l'église

Chapelle Sainte Brigitte et l’Ossuaire - Cimetière de l’enclos

Chapelle Ste Brigitte, dans l'enclos de l'Eglise Croas Batz

Chapelle Sainte Brigitte

Ossuaire, dans l'enclos de l'Eglise Croas Batz

Ossuaire

Dès le début du 17ème siècle, le terrain qui entoure l'église est lieu de sépulture.

En juin 1612, une violente querelle opposant Saint-Paulistes et Roscovites éclate dans l'église et se poursuit dans le cimetière. Le sang des blessés souille ces deux lieux qui sont interdits de cérémonies religieuses et d'inhumation pendant cinq mois. L'évêché modère la sentence et donne l'autorisation de célébrer le culte et d'enterrer les morts dans l'église, dans l'attente d'une cérémonie de " réconciliation " destinée à effacer la profanation du champ de sépulture. En novembre, le cimetière est de nouveau habilité à recevoir les défunts.

Les années passent, le cimetière devient exigu. La mort contraignant les pères d'y céder la place à leurs enfants, il faut se résoudre à des exhumations et à construire un ossuaire pour y déposer les ossements déterrés.

Les ossuaires se remplissent peu à peu. Qu'adviendra-t-il des ossements lorsqu'il faudra les vider de leur contenu ? En 1726, " l'enterrement des reliques de Roscoff pour la première fois "   est peut-être la réponse à cette question. " Ce jour, deuxième du mois de novembre 1726, après un office solennel pour le repos des âmes abandonnées, avec sermon à la fin de la messe, avons inhumé avec larmes, les ossements de nos ancêtres, accompagnés d'un grand nombre d'habitants et autres les avons placés en notre cimetière de Roscoff au nord du grand clocher de Croas-Baz, proche du reliquaire, y avons mis une croix et un bénitier ".

Primitivement, sorte d'appentis ou de réduit adossé au mur d'enceinte du cimetière ou à l'un des côtés de l'église, avec un ou deux bénitiers incrustés dans le soubassement, l'ossuaire devient, en Bretagne, un véritable monument ( Chapelle Ste Brigitte et l’Ossuaire ).

Le 23 prairial de l'an XII paraît un décret impérial dont l'application conduirait à la fermeture du cimetière : " Aucune inhumation n'aura lieu dans l'enceinte des villes et des bourgs ".

Pendant vingt-quatre ans, Roscoff ignore le décret et continue d'inhumer dans l'enclos, dans l'enceinte de la ville. En mars 1828, un monsieur La Halle demande à la municipalité d'établir un lieu de sépulture hors ville. Le Conseil Municipal examine sa requête, étudie la situation du cimetière, évalue les dépenses à engager pour créer un nouveau lieu d'inhumation, fait le compte du peu de ressources disponibles et décide que l'on continuera l'usage du cimetière actuel et qu'il sera agrandi du côté Nord si son insuffisance est reconnue.

A cette époque, la moyenne annuelle des inhumations est de quatre-vingts, réparties sur trois cimetières : enclos, hôpital et celui du bourg de Santec rattaché à Roscoff depuis 1791.

Quoi qu'en pensent les conseillers municipaux, l'état du cimetière est déplorable et le conseil de fabrique s'en émeut en mars 1831. " ... pierres informes, tellement massives que le fossoyeur rebuté à la suite de vains efforts pour les déplacer, renonce à inhumer dans les emplacements qu'elles occupent... cimetière trop petit en égard à la population, obligation d'inhumer dans celui de l'hospice au grand mécontentement des parents des décédés... défaut de place, inhumations dans les allées qui conduisent à L'église au point que l'accès à celle-ci pourrait être interdite aux personnes âgées à la vue faible et à la marche chancelante... ".

Les membres du conseil de fabrique demandent l'enlèvement des grosses pierres non gravées d'inscription, le dégagement des allées conduisant à l'église et décident des dimensions maxima des pierres tombales qui devront pouvoir être déplacées par deux hommes. En septembre les travaux sont terminés. L’augmentation du prix de location des bancs permettra de faire face aux frais d'entretien.

L’administration municipale doit reconnaître l'insuffisance de l'enclos lors qu'une épidémie de choléra atteint Roscoff en novembre 1832. Ce mois-là, le nombre des décès décuple.

II s'avère urgent d'établir un autre cimetière loin des habitations en se conformant au décret impérial toujours en vigueur. " ... il y aura hors de chacune des ailles ou bourgs, à la distance de 35 à 40 mètres au moins de leur enceinte, des terrains spécialement consacrés à l'inhumation des morts ".

A dater du 10 avril 1833, le cimetière de l'enclos est désaffecté. Des ormes y sont plantés en 1840. Atteints de maladie, ils disparaissent dans la tempête du 9 octobre 1964.

Quelques bénitiers et monuments funéraires - dont celui de Dorothée Silburne, une dame anglaise qui secourut le clergé français pendant la Révolution, décédée à Roscoff en 1820. Quelques anciennes pierres tombales usées par l'âge et les intempéries recouvrant le mur qui surplombe la grève du Vil, les deux ossuaires de l'enclos, sont les derniers témoins de ce lieu d'inhumation.


Extrait de la revue "  MAGASIN PITTORESQUE " DE 1887

Les Ossuaires - Ossuaire de Roscoff

Aujourd'hui, sans que le respect des morts ait diminué, les lois sur l'hygiène obligent à séparer les cimetières des églises, à les placer aux extrémités et même à une certaine distance des villes et des villages. Il n'en était pas ainsi autrefois; le cimetière entourait toujours l'église, il en faisait en quelque sorte partie; on voulait que les morts dormissent à l'ombre de l'édifice sacré.

Lorsque le sol du cimetière était occupé tout entier par les sépultures, il fallait bien creuser de nouvelles fosses sur l'emplacement des anciennes et se résoudre à exhumer les ossements des ancêtres; mais on ne les exilait pas pour cela de l'enceinte bénie. Quelquefois on les déposait dans des enfoncements du mur extérieur de l'église, soit sur la facade, de chaque côté de la porte principale, soit sur le côté, entre les contre-forts de la nef; une galerie saillante abritait ces réduits, fermés en avant par une grille de fer aux barreaux épais et serrés.

Le plus souvent on construisait dans le cimetière un bâtiment spécial destiné à recevoir les restes des générations passées, forcées de céder la place aux nouveaux venus. Ces bâtiments en forme de chapelle, étaient percés tout autour d'une quantité de petites baies qui permettaient d'apercevoir du dehors les ossements entassés dans l'intérieur. Quand les os rendus au jour par la pioche du fossoyeur étaient ceux d'une personne dont le nom s'était conservé et dont la famille existaite encore, il n'était pas rare que celle-ci mît à part le crâne, l'enfermât dans une boîte surmontée d'une croix et exposat cette boîte sur l'appui d'une des ouverture de l'ossuaire.

L'ossuaire de Roscoff donne une idée complète de ces petits édifice funèbres, dont la Bretagne possède encore un assez grand nombre. Il est situé près du mur qui sépare le cimetière ( aujourd'hui - enclos de l'église ) de la place; des arbres l'ombragent; dans ses murs de granit s'ouvrent deux étages de petites fenêtres; celles du bas sont presque carrées, celles du haut sont plus hautes que larges et cintrées; tout autour sont disséminées en tous sens, parmi de hautes herbes, les pierres tombales.

Dans la semaine, ce lieu est désert; les habitants sont à la récolte du varech ou bien dans les champs sablonneux, dont ils ont fait des jardins potagers d'une fertilité incomparable. Mais le dimanche, après la messe, ou les jours d'enterrement, les fidèles ne sortent pas de l'église sans s'arrêter dans le cimetière: les hommes debout, tenant à la main leurs chapeaux de feutre à large bords, les femmes agenouillées, comme ensevelies sous leurs coiffes blanches et dans les plis de leurs mantes noires, les uns et les autres graves, recueillis, se livrant aux pensées tristes, propre à la race bretonne. On croirait assister à une scène d'un autre âge.


Chapelle Sainte Anne

10 septembre 1640, " ... ce jour, ont comparu devant maître Symon et maître Talarmin notaires de la cour royale de Lesneven, au bourg de Roscoff, noble gentz Louis Ronyant et Françoise Marzin sa compagne, sieur et dame de Kérugant, désirant édifier devant chez lui une chapelle à l'honneur de Dieu soulz l'invocation de Madame Sainte Anne ...

... Monseigneur l'Illustrissime Evesque de Léon, après enquête confiée à noble et vénérable messire Rolland Poupilquet seigneur de Feunteunpeur, a déclaré l'endroit choisi tout à fait propice et convenable... "

Des clauses financières sont insérées dans l'acte de fondation en vue d'assurer l'entretien et les réparations de la chapelle.

Chapelle Ste Anne, auprès de l'Office du Tourisme

Notice d'inventaire patrimonial du Ministère de la Culture

Quoique chapelle privée, 12 cérémonies de fiançailles et 52 mariages y sont célébrés entre 1617 et 1669.

En octobre 1793, conformément à la loi, sa cloche est descendue pour être " fondue en canon ".

En 1800, lorsque l'église est rendue au culte, la chapelle est requise par les officiers municipaux comme lieu des assemblées décadaires et temple de la Déesse Raison, " ...la commune dut porter les séances du décadi dans la cy-devant chapelle Sainte-Anne étant le local le plus central et vis à vis du port... "

Devenue salle municipale, elle est épargnée, en novembre 1796, des déprédations commises dans d'autres lieux par des soldats en quête de bois pour faire du feu.

Désaffectée, elle accueille un reposoir lors de la procession qui emmène les fidèles à Sainte Barbe, le jour du pardon.

Sa destruction prévue par un plan d'urbanisme en vue de créer un parking n'eut pas lieu et elle abrita pendant de nombreuses années le Syndicat d'Initiative, avant de devenir lieu de culture en tant que salle d'exposition.


Chapelle
Notre Dame de Bonne Nouvelle

Elle aurait été construite au début du 17ème, sur le domaine de Kérestat, par la famille de Kergoët dont les armes ornaient jadis un de ses murs.

Les registres de l'église font mention de la célébration de quelques mariages dès 1619.

En novembre 1796, des soldats tenant garnison à Roscoff enlevèrent toutes ses boiseries pour se chauffer.

Dans son " Roscoff, un petit coin de Bretagne ", paru en 1888, Louis Pagnerre écrit : " A mi-chemin de Roscoff et de Saint-Pol s'élève sur la route, une modeste et petite chapelle, la chapelle Bonne-Nouvelle, où les pèlerinages sont très suivis. Les marins bretons en partance ou au retour de leur traversée, viennent y accomplir leurs vœux ".

Chapelle Bonne Nouvelle, à l'entrée de Roscoff

Notice inventaire patrimonial du Ministère de la Culture


Chapelle
Saint Ninien

Saint Ninien, du nom de Ninianus, apôtre de la Calédonie ( ancien nom de l’Ecosse ), Saint Arignon, Saint Strignon, San Dreignon, quatre patronymes pour une petite chapelle aujourd'hui disparue.

Elle aurait été érigée par Philippe de Traonélorn, chanoine de Léon, seigneur de Kerautret en Plougoulm, en 1510. Quelques actes confirmeraient son existence avant 1548 :

rosko-ninien-doc2.jpg (41548 octets)
testament de Jahanette Bacoum qui, en décembre 1523, lègue 10 sous à ladite chapelle, assemblée du châpitre de Saint-Pol tenue en janvier 1538 dans la chapelle de Saint Arignon au bourg de " Rosgoff ".
Ces documents contredisent la version d'Albert Le Grand, dominicain à Morlaix qui, dans un ouvrage paru en1636, écrivait: " ... l'an 1548, très haute et très illustre princesse Marie Stuart, reine d'Ecosse, fonda la chapelle de Saint-Ninien à l'endroit même

Chapelle St Ninien, couverte de publicité

Notice d'inventaire patrimonial du Ministère de la Culture

où elle descendit du navire au havre de Roscow, lorsqu'elle Elsa; de restitution vint espouser le roy très chrétien François II... ". Au début du 16ème siècle, c'est le seul édifice existant en bordure de mer sur tout le territoire roscovite.

Lieu de culte : Messes, fiançailles, mariages y sont célébrés.

Lieu d'assemblée : Corps politique, bourgeois traitant de leurs affaires et du négoce, s'y réunissent. Lieu de concertation : les marchands y règlent leurs différents en les soumettant à l'arbitrage de trois membres de la confrérie de la Sainte-Union fondée dans cette chapelle en 1612 pour maintenir la paix et la probité dans la classe des négociants. Cette procédure tombe en désuétude en 1754.

Lieu de superstition : Après la messe, les femmes qui balayent le sol de la chapelle soufflent la poussière ramassée du côté par lequel leurs amants et leurs maris doivent revenir de leurs expéditions maritimes pour obtenir un vent favorable à leurs amours. ( d'après les Annales roscovites de Monsieur Pascal sieur Kérenveyer ) Après la Révolution, elle n'est pas rendue au culte et change plusieurs fois de propriétaire.

D'après M. de Courcy - 1877 -  8 mai : Cet édifice forme un rectangle d'environ 16 mètres de longueur à l'extérieur sur 8 mètres de largeur. Le pignon ouest est percé d'une porte ogivale à voussures et le pignon ouest est percé d'une fenêtre à meneaux flamboyants dont le tympan offre quatre feuilles lancéolées Deux autres fenêtres et une porte plus petite sont ouvertes dans les murs latéraux ; enfin l'autel en pierre flanqué de crédences trilobées en forme de niche.

1856 - Nouvelle mise en vente. Achat par M. de Courcy, membre des Comités historiques des Arts et Monuments, après de vaines tentatives pour la faire acquérir par l'Etat en vue d'assurer sa sauvegarde.

1857 - L'État cède la chapelle, qui ne lui appartient pas, au Conseil Général du Finistère qui devra la rendre su culte.

Protestation de M. de Courcy, légitime propriétaire selon un acte signé en octobre 1856 chez maître Salaun notaire à Roscoff.

1858 - Intervention du Préfet auprès de M. de Courcy pour qu'il vende " sa chapelle " à la commune de Roscoff qui en assurera la conservation.

1865 - La commune de Roscoff acquiert Saint Ninien, paye les droits de mutation et l'impôt foncier.

1873 - Projet de construction d'une salle d'asile (similaire à une école maternelle, la salle d'asile doit recevoir les enfants de 2 à 7 ans dont les parents travaillent ), la municipalité recherche un emplacement pour son implantation.

1874 - En avril, le département offre les ruines de la chapelle à la commune de Roscoff , propriétaire des dites ruines, pour les raser et élever sur leur emplacement une salle d'asile dont le fronton portera une inscription rappelant le souvenir de la chapelle et le débarquement de Marie Stuart. Dilemme pour la municipalité. Fera-t-elle disparaître de son sol un souvenir qui lui est cher ? Des devoirs plus impérieux d'humanité devront-ils prévaloir ? La misère est grande en ces années et la municipalité prend la décision de raser les ruines. Raser la chapelle ! L’opinion s'émeut et ne ménage pas les critiques. Des visiteurs étrangers font entendre de vives plaintes.

1876 - Octobre,   1877 - Avril - L'Avenir et l'Océan, journaux brestois, s'élèvent contre la destruction de Saint Ninien et proposent de réunir par souscription une somme nécessaire à l'achat d'un terrain sur lequel serait bâtie la salle d'asile. Un descendant des Stuart, le marquis de Butte, offre 4.000 francs à la municipalité, un lord anglais et des notables écossais collectent des fonds.

1877 - Novembre - La municipalité achète un terrain au Raz et les ruines de la chapelle sont préservées.

1907 - Doléances de plusieurs associations culturelles sur l'état regrettable des ruines, murs bariolés d'affiches, abords souillés d'immondices, dépôt de bois à l'intérieur. Frappées d'alignement, les ruines sont vouées à la démolition.

1909 - Une association écossaise demande l'annulation de l'arrêté d'alignement, propose de prendre à sa charge la restauration de la chapelle pour en faire un musée " Marie Stuart ".

1927 - Avril - Le deuxième bassin du port est en voie d'achèvement, un terre-plein est prévu derrière les ruines. Celles-ci seront une gêne pour la circulation des véhicules. La municipalité considère " ...que le commerce des légumes constituant la principale richesse de Roscoff ne peut être entravé par un édifice en ruines et envisage la démolition des murs ... pour conserver le souvenir du débarquement de Marie Stuart, il serait possible en se servant de quelques pierres de la vieille chapelle de construire une petite imitation dudit édifice contre l'une des maisons situé est à cet endroit... "

1930 - Août - Difficultés pour terminer le terre-plein du nouveau port et son accès par la rue Amiral Réveillère. Le classement des ruines comme Monument historique ayant été vainement demandé, l'édifice ne présentant aux yeux de l'administration aucun intérêt au point de vue de l'art, la décision de les abattre est prise. L’autorisation de reconstituer quelques ouvertures, porte et fenêtres de l'ancienne chapelle, contre le mur d'un immeuble voisin sera demandée à son propriétaire

1932 - Mars - L’architecte des Monuments historiques propose que " la porte de la chapelle, vestige le plus intéressant, soit encastrée dans le mur de la maison dite Marie Stuart ( propriété Cueff ). Une plaque de granit placée dans le fond de l'arcade fixerait le souvenir de l'ancienne chapelle par une inscription ".

1932 - Décembre - Suite au consentement de M. Cueff pour l'exécution du projet d'encastrement, le Ministère des Beaux-Arts autorise la démolition des ruines. Le maire écrit au Préfet " rien ne paraissant plus s'opposer à l'exécution des travaux de démolition de la chapelle et pour permettre d'occuper un certain nombre de chômeurs chargés de famille, je me propose de faire entreprendre ces travaux dans quelques jours ".

Roscoff, perle du Léon - Chapelle St Ninien
Eglise de Croaz Batz - Chapelle Ste Barbe - Saint Nicolas

Dernière modification : 01 oct. 2009