La vie quotidienne à Roscoff - Corbière Edouard

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Edouard Corbière
1793 - 1875

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Textes intégraux par le projet Gutenberg

Les pilotes de l'Iroise

Contes de bord

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Demeure d'Edouard Corbière
Roc'h ar Brini
entre le port du Dourduff

et Morlaix
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Edouard Corbière

Edouard Corbière est né à Morlaix le 1er avril 1793, marié en 1844, alors qu’il avait 51 ans, avec une jeune fille de 17 ans et est mort en 1875, à l’âge de 82 ans, quelques mois après son fils Tristan.
Destin curieux que celui d’Edouard Corbière, père de la littérature maritime, dont l’oeuvre sombra sans bruit et que la célébrité de son fils Tristan Corbière éclipsa totalement tel le retour du balancier de la fortune.
La fin de l’Empire fait de lui un ex-officier de marine amer. Repris par le démon de la mer, il est second sur un brick à destination de l’Afrique. Après 20 ans de marine, en 1828, il pose son sac à terre. Provocateur, dédaigneux, il reproche à certains auteurs à succès tel Eugène Sue, leur manque d’authenticité. On lui renvoie à la face sa participation, réelle ou supposée, à la traite des noirs. En moins de 6 ans, il publie avec un grand succès plus de dix romans qui le sacre " maître du genre ".

Créateur du roman maritime de langue française

La gloire du fils a notamment éclipsé le personnage assez extraordinaire de l'auteur de ses jours, marin, journaliste, pamphlétaire, poète et surtout romancier — l'un des plus lus de son temps.

Ce bourgeois libéral typique de la Monarchie de Juillet et du Second Empire avait, dans sa jeunesse aventureuse, navigué vingt ans à la guerre comme au commerce.

Il devait publier au début des années 30 un roman en quatre volumes, Le Négrier, qui fera de lui, sans aucun doute, le véritable créateur de ce qui va devenir un genre littéraire à part entière : le roman maritime.
Doué d'une fertile imagination romantique, il écrira une dizaine de récits truffés de termes techniques et enrichis de savoureux dialogues en "parler matelot".
Son Négrier connaîtra une fortune qui va durer jusqu'à nos jours, même si les jugements portés sur les Africains d'alors sont devenus aujourd'hui politiquement fort incorrects…

Né sous la Terreur d'un père brestois et d'une mère morlaisienne, l'enfance du jeune Edouard Corbière se déroule sous le double signe de l'ancre et du canon : son père, qu'il perdra très jeune, était capitaine d'artillerie de marine.

Elevé au vent de l'écume et du boulet, voici l'enfant orphelin. Un seul destin l'attend : le service à la mer. Il sera donc mousse, dès l'âge de 11 ans. Il rêve de naviguer vers les Iles, d'où est venue, dit-on, sa famille maternelle…

C'est à la dure qu'il apprend le métier, envoyé à la moindre occasion par le maître d'équipage jusqu'à la pomme du mât de misaine, bon pour toutes les corvées et toutes les misères. Mais il est courageux, intelligent, travailleur.

A 14 ans, le voici aspirant de la 2e classe sur L'Aquilon. Il embarque ensuite, en 1808, sur le lougre Granville, puis sur une canonnière, où il reçoit un galon supplémentaire à 17 ans.

Il escorte des convois qui tentent de forcer le blocus continental, mais l'Anglais veille au large des côtes bretonnes. Le 8 mai 1811, le bâtiment sur lequel il sert est attaqué et coulé au large de l'île de Batz. Blessé, le jeune officier de marine sera prisonnier quatorze mois à Plymouth.
De cette expérience concentrationnaire, il gardera un horrible souvenir qui le poursuivra toute sa vie.

Libéré en juillet 1812, il retrouve Brest et ses navires.

Il a trop crié, au cours des combats et des parades, « Vive l'Empereur ! » ; il n'aime ni la noblesse, ni le clergé, ni le régime de a Restauration de 1815.
Aussi, il est révoqué purement et simplement. Sans même la moitié de sa solde, après plus de douze ans de service dans la marine impériale.
Il fonde, à Brest, un journal qui n'aura que quinze numéros : La Guêpe. Les poursuites judiciaires ne tardent pas, car il n'est pas homme à taire des opinions extrémistes (pour l'époque) : c'est un libéral et même un libertaire, un "voltairien" !

Il choisit alors de retourner à la mer. Mais au commerce, cette fois. Il embarque sur un brick qui taille sa route dans l'Atlantique entre la France, l'Afrique et le Brésil.

Le démon de l'écriture le tenaille tout autant que celui de la politique. Il publie en 1819 un dithyrambe : A la liberté publique, suivi d'une satire : Le Dix-neuvième siècle et d'un pamphlet, La lanterne magique. Il se croit aussi poète et travaille à deux recueils : Les Philippiques françaises et Les élégies brésiliennes en 1823. Dans un demi-siècle, très exactement, son fils Tristan fera beaucoup mieux avec ses Amours jaunes

En 1822, Edouard Corbière quitte la Bretagne pour la Normandie et vient s'installer à Rouen pour y publier un nouveau journal, La Nacelle, où il s'obstine dans ses opinions.

Poursuivi, condamné à une amende et même à une peine de prison, il parvient à s'enfuir. La mer sera son refuge. Il commande un trois-mâts puis un navire de 1 000 tonneaux qui assure le service des Antilles.

En 1829, à 36 ans, il cesse définitivement de naviguer et prend la rédaction du Journal du Havre, tout en créant une compagnie de bateaux à vapeur assurant le service du Havre à Morlaix.

En mars 1832, il publie, en quatre volumes, le roman qui fera son succès : Le Négrier.

Après vingt ans de navigation, à la guerre comme au commerce, il sait de quoi il parle et, dans une préface incendiaire, se moque des "marins de salon".

Certes, Eugène Sue, qui fut un temps chirurgien de marine, a publié deux ans auparavant Kernok le pirate, mais son expérience ne peut se comparer à celle de Corbière qui va être considéré comme le véritable créateur du roman maritime en langue française (Fenimore Cooper les a précédés en langue anglaise).

Le Négrier est une sorte de "Journal de bord" d'un corsaire devenu sur le tard trafiquant sur les côtes d'Afrique et qui répond au nom assez symbolique de Léonard.

Ce gamin rêve d'une «carrière qui commence par le grade de mousse et qui finit par celui d'amiral». Refusé à l'examen d'aspirant, il s'enfuit de chez lui pour s'embarquer sur un brick corsaire. Il recevra le sobriquet de "Fil-à-Voile" et découvrira vite la mer, les combats et surtout les marins.
Commencent alors des années d'aventures, souvent rocambolesques, dans le goût de l'époque : sous le nom de Petit-Jacques et sous l'habit de matelot, se dissimule à bord une jeune fille, Rosalie, qui deviendra sa compagne jusqu'aux dernières pages du livre.

Elle mourra aux Iles, comme y mourra le protecteur de Léonard, le matelot Yvon, inlassable mentor du jeune navigateur.

A 15 ans, le petit mousse qui a réussi à faire sauter un bâtiment anglais est décoré de la Légion d'Honneur. Ce pourrait être la fin de ses aventures. Ce n'est que le début, selon les lois d'un genre qui exige de perpétuels rebondissements.

Certes, l'ouvrage date, par son orthographe qui remonte au début du XIXe siècle, par ses termes techniques qui demandent l'emploi d'un dictionnaire de marine, par la langue très imagée des matelots (dans ce domaine, les récits de quatre capitaines corsaires rassemblés dans une auberge de Roscoff sont un beau morceau de bravoure guerrière et d'audace… linguistique).

Ce n'est qu'aux deux tiers du livre que Léonard et Yvon feront trois voyages de la Martinique aux rivages africains, où les roitelets noirs vendent leurs compatriotes, malgré une abolition qui n'impressionne guère les "marchands de nègres" : «Au plaisir d'entreprendre un commerce périlleux, je joindrai le bonheur d'enfreindre la loi signée par toutes les Puissances !»

D'ailleurs, ces esclaves ne sont-ils pas anthropophages ? Ce qui ne les empêchera pas d'être baptisés en série avant d'être revendus aux planteurs des Antilles !

Le succès du Négrier sera tel qu'Edouard Corbière écrira, entre 1832 et 1846, une dizaine d'autres romans maritimes, tels :

Jean MABIRE


Son fils Tristan Corbière