| Menu | mise à jour le : 21 avril 2009 |

ROSCOFF Ses cultures maraîchères - 1851
La ville de Roscoff arrondissement de Morlaix Finistère de 3,500 à 3,600 habitants nétait autrefois connue que par son commerce interlope de salaisons bois du Nord eaux de vie genièvre tabac céréales etc Son port avantageusement situé servait dentrepôt spécial pour les relations et les échanges de la contrée avec lAngleterre la Suède la Russie le Danemark etc, etc
Aujourdhui la grande industrie des habitants de Roscoff est dans la culture maraîchère qui y est pratiquée avec un admirable succès. Primitivement il y a deux siècles les Roscovites ne cultivaient que des oignons mais des oignons qui jouissaient dune telle réputation quils s exportaient en Hollande, en Allemagne, en Suède et en Russie. Aujourdhui les Roscovites embrassent toutes les cultures maraîchères avec le même succès Les terres à céréales sont peu abondantes, les terres maraîchères sont généralement des terres artificielles ou comme on dit à Roscoff des terres faites de pierre au moyen de goémon varech de sable de râlais de mer et de fumier Le goémon y est employé avec le plus grand succès comme amendement et stimulant il maintient dans les terres une humidité avantageuse à raison des matières salines que renferment les débris de mollusques et de vers marins qui sy trouvent mêlés
Le sable de mer sert dagent mécanique de division pour les terres devenues trop compactes, trop denses et trop dures Les fumiers sont très recherchés mais peu abondants et suffisants ce qui oblige les Roscovites à employer une plus grande quantité de goémon et de sable de mer dont leurs terres se trouvent très bien mais qu ils ne se procurent souvent quau péril de leur vie Les terres de Roscoff sont labourées à la bêche et sarclées avec le plus grand soin Elles sont très divisées les plus forts maraîchers cultivent de 3 à 4 hectares mais la plupart nont que 30 ares
En général dans les petites et moyennes cultures la famille travaille seule mais dans les grandes cultures maraîchères, celles de 4 à 5 hectares, la famille suivant les saisons et les travaux prend un deux trois quatre journaliers et plus sil est nécessaire
On cultive et récolte sur le même terrain trois à quatre espèces de légumes dans la même année ainsi :
On les distingue des choux fleurs proprement dits qui viennent fin mai et durent jusquen juillet et ceux dautomne qui commencent en septembre et durent jusqu à Noël. Pour obtenir ces quatre récoltes, on sème en février des oignons quon repique en avril pour les récolter à la fin daoût dans lintervalle, on sème les panais quon arrache en octobre et quon remplace par du plan de brocolis qui a été semé en mars, ce sont ces brocolis qui fleurissent en janvier et quon récolte les premiers en février.
Outre ces légumes les jardiniers de Roscoff cultivent encore avec le même succès les échalotes, les poireaux, les asperges, les aulx, les carottes, les choux de toute espèce, les artichauts, les pommes de terre etc
Les artichauts y réussissent à merveille et lon voit souvent des pieds donner 23 et 30 artichauts de la plus grande beauté La culture des choux a pris le plus grand développement depuis quelques années. Il sen exporte plus de 3,000 voitures par an dans le département des Côtes du Nord, du Finistère, du Morbihan et lon cite même à ce sujet une culture de 25 ares de choux pommes faite par M. Craignou en 1836, qu il vendit 1,400 francs au marché de Saint Renan. Il y a vingt ans les jardiniers de Roscoff allaient eux mêmes à Morlaix et quelquefois à Brest avec une charge et quelquefois mais rarement deux charges de cheval maintenant chacun à une ou plusieurs voitures aussi les Roscovites ne se bornent plus à Morlaix ou à Brest, ils vont, ils envoient au loin, ils expédient ou portent eux mêmes leurs légumes, à Nantes, à Angers, à Rennes, à Saint Malo, à Paris etc etc, même en Angleterre et jusquen Russie
Le cosmopolitisme des Roscovites est tel aujourdhui quon voit des enfants de jardiniers de douze à quatorze ans partir seuls avec leur voiture de légumes de première saison pour Rennes ou pour Angers où ils réalisent de très beaux bénéfices malgré les frais quentraînent la longueur tandis que dautres vont à Paris soutenir avec avantage la concurrence avec nos premiers maraîchers et que quelques uns plus hardis plus entreprenants encore ne craignent pas de noliser et de charger des barques de pêcheurs sur lesquels ils se hasardent par les plus sombres nuits de lhiver à traverser la Manche pour porter à Plymouth, à Douvres, à Londres et jusquen Hollande les produits trop abondants chez eux qui leur sont achetés à leur arrivée avec une rapidité et un succès tout à fait encourageants une culture aussi habile aussi bien dirigée et aussi productive que celle des marais de Roscoff a dû nécessairement faire élever la valeur des terres en effet ces terres qui il y a vingt ans ne pouvaient se vendre plus de 1,200 à 1,500 francs lhectare de première qualité valent aujourdhui de 3.000 à 3.500 francs.
Quant à la valeur locative elle est de 200 à 250 francs lhectare tandis quelle est à peine de moitié pour les terres à céréales qui ne pourraient jamais supporter et payer une rente aussi élevée Cette valeur quon élève à raison des produits que rendent les terres est beaucoup trop forte pour la plupart des jardiniers qui sont généralement peu aisés se donnent beaucoup de mal et ont bien de la peine à élever leur famille. Il est cependant remarquable que les maraîchers Roscovites tiennent tous à leur pays malgré la vie pénible qu ils y mènent et malgré le succès de ceux qui ont porté leur industrie ailleurs.
On compte à Roscoff de 900 à 1,000 maraîchers dont environ 50 maîtres maraîchers. Dans toute bonne culture on estime qu il faut un homme par hectare pour que la terre à légumes soit bien travaillée car cest lhomme qui fait la terre dit avec raison le Roscovite et tel na que 4 hectares de terre auxquels il fait annuellement plus que ne produiraient 10 hectares quil ne pourrait travailler seul dune manière convenable et avantageuse.
Les principaux jardiniers de Roscoff ceux qui cultivent le mieux et qui sont considérés comme les plus habiles sont :
Quelques uns de ces jardiniers tout en cultivant leurs terres par eux et leur famille font le commerce des légumes quils achètent de leurs confrères et quils portent au Havre, à Rouen et à Paris.
Cest ainsi que nous avons vu Henri Olivier lui même maraîcher auquel la Société royale dhorticulture a décerné une médaille apporter sur le carreau des halles en février mars et avril des choux fleurs et des artichauts nouveaux quand nos maraîchers les plus habiles nen pouvaient fournir que de larrière saison
Lhorticulture ainsi que je lai dit en commençant est pratiquée à Roscoff depuis longtemps de père en fils Aujourdhui les jeunes Roscovites rentrés dans leur famille après avoir fait leur temps de service militaire se remettent avec empressement au travail de la culture maraîchère et souvent ils y apportent des améliorations fruit de leurs observations dans les pays qu ils ont parcourus
Bibliothèque bretonne,
collection de pièces concernant l'ancienne province de Bretagne,
recueillies et publiées. par C. Le Maout