La vie quotidienne à Roscoff - Ethnologie - 1861
Les jardins de Roscoff

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Document disponible sur le site internet de la Bibliothèque Nationale de France http://gallica.bnf.fr/

Deux extraits
du " Bulletin de la Société d'Anthropologie "
Année - 1861. - Lagneau

Ethnologie de la France

1

" Les habitants de certaines localités de nos côtes de l'Ouest et du Nord se font remarquer au milieu de la population qui les entoure, par des mours, des professions ou des caractères ethniques particuliers. Tels sont ddans le département de la Charente, certains individus étiolés et très roux, la plupart potiers de terre ou d'étain; dans celui de la Loire-Inférieure, les grands et vigoureux paludiers des marais salants de Guérande, de Batz et de Saillé; et dans le Finistère, les marins-jardiniers de Roscoff, les paysans à la haute stature, à la figure longue, au teint basané, aux cheveux d'un blond brûlé, aux yeux d'un bleu foncé, qui habitent la presqu'île de Pontusval et de Plounéour-Trez  ( ar paganis - terre des païens ), enfin les insulaires de Batz et d'Ouessant, qui faisant partie d'un département où le nombre des conscrits exemptés pour défaut de taille est très considérable présentent néanmoins le minimum d'exemption. Doit-on les considérer comme les colons kambriens, saxons, normands ou autres ? "

2

" J'en ai vu aussi un assez bon nombre au sud de la rade de Brest, dans la péninsule de Crozon où pourtant la majorité m'a paru plus rapprochée du types des Celtes que de celui des Kimris. Il est naturel que les hommes qui arrivent par la mer, en réfugiés plus qu'en conquérants, s'établissent de préférence sur le littoral; voilà pourquoi sans doute le type de ces hommes grands et blonds se retrouve surtout dans le voisinage de la mer; ce type n'est devenu prédominant que dans les localités qui furent comme les foyers de l'émigration; la côte de Léon fut probablement celle qui reçut le plus grand nombre d'émigrants.

Je l'ai visitée l'année dernière avec notre collègue M. Follin. Nous y avons trouvé une grande majorité des individus revêtus des caractères assignés par W.Edwards à la race kimrique ; mais parmi eux, il y a encore un assez bon nombre d'hommes petits et bruns, et nous avons vu par exemple à Plouescat et à Lesneven, plusieurs individus petits, trapus, bruns à la tête ronde, que W.Edwards aurait pu prendre pour types de sa description de la race gaélique ( ou celtique). Ainsi, quoique la race blonde soit fort prédominante, on peut encore reconnaître dans la population du Léonois l'empreinte de l'ancienne race. Mais il y a non loin du Finistère deux îles où l'ancienne population armoricaine paraît avoir été plus complètement effacée par la race des nouveau venus. Ce sont l'île de Batz, vis à vis la pointe de Roscoff et l'île plus importante d'Ouessant. Je signale tout particulièrement les habitants de ces deux îles à l'attention des observateurs.

Ceux de l'île de Batz, hommes et femmes, sont renommés pour leur grande taille. J'en ai vu sur la plage de Roscoff une dizaine, qui attendait le bateau de passage; tous étaient très grands et très élancés. Les listes de recrutement ne donnent aucun renseignement sur leur taille, parce que les relevés se font par canton, et que la petite île de Batz fait partie du canton de St Pol de Léon.

Mais, l'île d'Ouessant forme à elle seule un canton. Or, en dix ans de 1850 à 1859, le canton d'Ouessant, sur soixante quinze conscrits examinés, n'a donné qu'une seule exemption par défaut de taille. C'est peut-être de tous les cantons de France  celui qui est sous ce rapport le plus heureusement partagé.

Dernière modification : 24 nov. 2004