La vie quotidienne à Roscoff - Le figuier des Capucins à Roscoff
Le figuier des Capucins

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ROSCOFF

SON FIGUIER GÉANT

ET

LA VÉGÉTATION

DE CETTE PARTIE

DE LA BASSE-BRETAGNE


par Félix SAHUT

Chevalier des ordres d'Isabelle la Catholique d’Italie, etc.,
Correspondant de la Société Nationale d’Agriculture de France

Président de la Société d'Horticulture et d'Histoire naturelle de l'Hérault;
Membre honoraire de la Société d'Horticulture et de Viticulture des Basses-pyrénées. etc, etc. ;
Membre du Comité international du Jardin botanique Alpin « la Linnæa »
Membre correspondant de l'Académie, Royale des Géorgophiles de Florence,
et des Sociétés Royale d'horticulture de la Toscane, Nationale des sciences
naturelles et mathématiques de Cherbourg, des sciences physiques,
naturelles et climatologiques de l'Algérie, d'Études scientifiques
de l'Aude, d'Etude des sciences naturelles de Béziers, etc., etc.;
et de nombreuses Sociétés d'agriculture , d'horticulture,
de viticulture et d'histoire naturelle de France et des autres pays.


MONTPELLIER IMPRIMERIE CENTRALE DU MIDI

HAMELIN FRÉRES

1891

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figuier-rosko-04.jpg (105245 octets)

Depuis fort longtemps, nous désirions visiter la Bretagne et ses curieux monuments mégalithiques. Nous voulions parcourir les diverses parties de cette vieille Armorique si bien chantée par Brizeux, avec les accents sublimes que lui inspirait son vaillant cour de chrétien et de Breton. Nous tenions à suivre pas à pas notre poète, en parcourant cette contrée qu'il a si bien décrite, avec ses blocs de granit et ses chênes séculaires, ses dolmens ;et ses menhirs, ses antiques manoirs et la fierté légendaire de leurs robustes habitants.

Nous voulions aussi étudier de près la végétation surprenante qui caractérise cette belle mais si dure nature, influencée qu'elle est par un climat qui diffère à tant d'égards de celui de nos régions méridionales.

Aussi, après avoir salué au passage Sainte-Anne d'Auray et visité les célèbres alignements de Carnac ; après avoir contemplé du haut du tumulus ou galgal du mont Saint-Michel, la baie et la presqu'île de Quiberon, et admiré ensuite les rives si pittoresques du Blavet et du Scorff, nous arrivions à Quimper, dont le jardin de gare est certainement le plus beau et le mieux tenu parmi ceux de toutes nos stations de chemins de fer français. Puis, traversant des forêts de Hêtres et de Chênes dont les éclaircies sont peuplées de nombreux Châtaigniers, ou bien des landes toutes dorées par les fleurs des genêts, nous parcourions une région toujours fort accidentée, en longeant à distance les côtes très irrégulièrement découpées de cette partie de la Bretagne.

Nous arrivions ainsi à Brest, où nous trouvions un guide aussi instruit qu'obligeant en notre excellent ami M. Blanchard. Après avoir visité en détail avec lui les curiosités végétales du célèbre Jardin botanique de la marine, ainsi que les principales cultures des localités environnantes, bous allions, près de l'extrémité de la presqu'île armoricaine, constater non sans étonnement l'existence, à Brescanvel, de véritables forêts d'Eucalyptus, et admirer, à Penandreff, les plus grands Araucaria du Chili (Araucaria imbricata Ruiz et Pav.) qui existent en France.

La végétation exotique des jardins de la Basse-Bretagne est réellement surprenante. On est étonné, en effet, au delà de toute expression, de rencontrer sous une latitude aussi septentrionale, un très grand nombre de végétaux frileux qui exigent en France les abris efficaces du littoral de la Provence ou les vallées les mieux exposées du Roussillon. Notre étonnement augmentait à chaque pas et nous espérons bien, si Dieu nous prête vie, essayer de décrire quelque jour les impressions que nous avons ressenties en admirant toutes les merveilles végétales réparties dans bon nombre de localités de cette région si exceptionnellement privilégiée.

Pour aujourd'hui, nous nous bornerons à décrire la végétation d'un petit coin de la Basse-Bretagne, c'est-à-dire de la partie comprise entre Morlaix et Roscoff, et de rapporter quelques-unes des particularités qui nous ont le plus frappé. Cette végétation, en effet, nous a causé de fort agréables surprises, étant donné la situation de la partie du littoral de la mer de la Manche, dans laquelle nous observions des faits aussi intéressants.

Les côtes de la Bretagne, et particulièrement celles du Finistère, sont composées d'une série de caps souvent aigus, ou de criques généralement profondes, dont les entrées sont parsemées d'écueils qui en rendent les abords dangereux pour la navigation. La presqu'île armoricaine particulièrement, présente ce caractère à un très haut degré. Elle pourrait être comparée, comme conformation périmétrique, à une feuille de vigne dont les sinus rentrants, formés par des dents irrégulières, constituent ici tout autant de baies s'enfonçant fort en avant dans les terres, et dont les bords sont profondément déchiquetés comme une dentelle.

Les rivières assez nombreuses ne sont guère que de petits ruisseaux de quelques mètres à peine de largeur; la plupart prennent ensuite, presque subitement, les vastes proportions d'un fleuve, et souvent même d'un très grand fleuve. Les vallées dans lesquelles leurs eaux tranquilles se frayent un passage s'élargissent, en effet, de plus en plus, dès que leur fond descend en contrebas du niveau de la mer qui les envahit. Et comme la profondeur de la baie ainsi formée est souvent assez grande, on a pu établir sur ces rivières des ports d'autant plus abrités qu'ils sont plus éloignés du littoral, et que sont plus élevées les chaînes de collines qui forment le prolongement de la vallée.

C'est ainsi que l'immense rade de Brest n'est autre chose qu'un vaste estuaire, ou plutôt la réunion des estuaires d'un assez grand nombre de rivières dont les principales sont l'Elorn, la Penfeld, la Daoulas, le Faou et l'Aulne. Le goulet de Brest leur sert d'embouchure commune, pour permettre à leurs eaux de se jeter ensemble dans l'Océan. C'est sur la Penfeld, dont les rives sont assez escarpées, qu'a été établi le port militaire, et pourtant à quelques kilomètres à peine de là, cette rivière n'est qu'un simple ruisseau, descendant en serpentant des environs de Gouesnou. Il en est de même du Jarlot et du Queffleut, deux rivières qui se réunissent à Morlaix et forment alors, sous le nom de Dossen, un assez vaste estuaire, sur les bords duquel est bâti Saint-Pol-de-Léon, et qui s'étend jusqu'à Roscoff, en face de l'île de Batz.

Du haut du gigantesque viaduc à deux étages qui permet à la voie ferrée de franchir la vallée encaissée dans laquelle est bâtie d'une façon si pittoresque la petite ville de Morlaix, on domine les plus hauts édifices, et on jouit d'un panorama réellement remarquable. Du coté du Sud, ce sont des gradins étagés, disposés en ,jardins superposés en terrasses, où le Laurier d'Apollon (Laurus nobilis L.), le Troène du Japon (Ligustrum Japonicum Thumbg.), le Laurier tin (Vîburnum tinus L.) et la plupart de nos arbres méridionaux prospèrent et résistent à merveille. Dans les trous des murs ou les fentes des rochers, la Valériane rouge (Centranthus ruber D. C.), balance dans le vide ses belles touffes de fleurs rose foncé, absolument comme dans notre Midi. Du coté opposé, la vue s'étend sur la vallée du Dossen, qui s'élargit de plus en plus et se perd au loin dans les brumes de l'horizon, en se confondant avec la haute mer, en face des côtes de l'Angleterre.

Enfin, de chaque côté ce sont de vastes plaines, presque entièrement consacrées aux cultures, maraîchères, dont les produits, très estimés, sont exportés en Angleterre, ou contribuent à l'alimentation de Paris et de beaucoup d'autres villes du continent. On y cultive surtout des Artichauts, des Asperges, des Betteraves, des Carottes, des Chicorées frisées, des Choux-fleurs et Choux-brocoli, des Navets, des Oignons, des Panais, des Poireaux, des Pommes de terre, des Scaroles, etc., etc. La production de ces plantes légumières est considérable, et c'est là l'une des principales industries agricoles du pays. Les Aspergeries alimentent en outre une fabrique de conserves. Les artichauts produisent ici tout l'hiver, absolument comme à Hyères ou à Perpignan. Quant aux Fraisiers, leur culture, autrefois fort renommée, a diminué d'importance depuis qu'elle a pris une extension considérable sur les coteaux de Plougastel, près de Brest.

Les agriculteurs roscovites n'ont jamais besoin d'arroser, car les pluies sont excessivement fréquentes dans toute la Basse-Bretagne. Ils trouvent aussi sous la main un engrais économique en récoltant les Goémons ou Varechs que la marée haute dépose sur la côte. Ces Algues, mêlées au sable de mer et conservées ainsi pendant quelque temps, produisent, dit-on, un fumier très estimé.

La plupart des pièces de terre sont bordées d'ajoncs marins qui leur servent de clôture et qui prospèrent ici beaucoup mieux que l'Aubépine: Dans les plus sableuses on cultive les Pommes de terre, et celles plus consistantes sont réservées pour les Oignons. De toutes les plantes potagères, ce sont celles dont la culture est la plus répandue dans le pays. La variété d'Oignon à laquelle on donne la préférence produit un bulbe aplati, de couleur jaune pâle, et (lui se conserve longtemps sans pousser.

Pour donner une idée de l'importance de la culture de ces plantes, il suffira de citer un fait dont nous avons été le témoin en parcourant les quais du petit port de Roscoff. Au moment de notre visite (18 septembre 1890), cinq goélettes anglaises chargeaient en même temps d'énormes quantités de Pommes de terre et d'Oignons, qu'une multitude de chariots leur apportaient sous les palans. Quand leur chargement, ainsi exclusivement composé, est devenu complet, ces navires traversent la Manche pour aller approvisionner les marchés de Newcastle, de Portsmouth et des autres ports de la côte anglaise, ainsi que ceux des îles de Jersey et de Guernesey. Il en est à peu près de même tous les jours et chaque année à pareille époque. A d'autres moments, au lieu d'Oignons et de Pommes de terre, ce sont d'autres sortes de légumes qui sont aussi exportés, mais sur de moindres proportions. On ne se doute pas de l'énorme quantité de produits maraîchers qui sont nécessaires pour alimenter un pareil trafic. " C'est par millions , dit M. Tanguay (Dans le journal l'Océan, n° du 5 juin 1876),  que se chiffrent les affaires réalisées à Roscoff par la vente des légumes ».

Enfin, l'industrie de l'élevage du cheval est aussi très florissante. dans cette contrée. Le jour de notre passage à Saint-Pol-de-Léon, on y faisait ce qu'on appelle dans le pays la procession des chevaux. Les nombreux étalons primés, au nombre de près de 200, défilaient par les rues de la ville, conduits par de solides gars vêtus de leurs plus beaux costumes bretons et aux sons harmonieux d'une fanfare locale. Cette procession arrivait ainsi sur la grande place, qui avait été disposée pour la circonstance. Toujours tenus en mains ces fougueux coursiers traversaient rapidement l'arène les uns après les autres. Quelques-uns avaient leur poitrail constellé de médailles qu'ils avaient obtenues à différents concours. Puis, se rangeant en ligne de bataille, ils venaient recevoir, aux applaudissements de la foule immense que cette belle fête avait attirée de tous les pays environnants, les récompenses que ne dédaignaient pas de leur remettre elles-mêmes les plus belles dames de la contrée. Outre les médailles, c'étaient aussi des flots de rubans que des mains délicates attachaient gracieusement sur un côté de la bride. Cette scène de moeurs bretonnes était fort intéressante à contempler pour un Méridional, qui n'avait pas encore eu l'occasion de voir de près cette belle et énergique population se montrant ici en un jour de fête et revêtue de ses plus beaux habits. Le spectacle ne manquait pas de couleur locale; il était fort curieux à observer et bien digne d'être apprécié à toute sa valeur.

Parmi les végétaux remarquables qui peuplent les jardins de Roscoff (Finistère), il convient de citer en première ligne un très grand Figuier ( Le Figuier, Fyesen en breton, d'après le dictionnaire du P. G. de Rostrenen, est indigène sur le littoral de la Bretagne et porte alors le nom de Fyesen-Gouez, c'est-à-dire Figuier sauvage ) que tous les étrangers vont voir, parce qu'il jouit en effet d'une grande célébrité, et dont les proportions exceptionnelles méritent d'être signalées.

Pendant un voyage en Bretagne effectué au mois de septembre 1890, nous avons eu la curiosité d'aller tout exprès à Roscoff pour admirer ce Figuier et en mesurer exactement les dimensions. Cet arbre se trouve tout près de la gare, dans l'enclos de l'ancien couvent des Capucins, et on peut le visiter moyennant une petite rémunération au gardien de cet enclos. Il est facile de s'y rendre en se dirigeant de Roscoff vers la gare et en prenant le chemin qui se trouve à droite, un peu avant d'arriver à celle-ci..

La grosseur du tronc n'est pas énorme, puisqu'elle atteint à peine 2 mètres 40 de circonférence. Mais ce tronc, s'élevant d'abord verticalement, se bifurque bientôt en deux branches principales. La plus grosse de ces branches s'allonge en se couchant du côté de l'Est, au-dessus d'un mur et sur une longueur de plus de cinq mètres ; elle émet alors, sur toute cette longueur, de nombreuses et puissantes racines qui descendent jusqu'au sol en se faufilant à travers les pierres de ce mur, ce qui contribue à augmenter considérablement la vigueur de cette partie de l'arbre. L'autre branche principale s'étend du côté opposé sur une longueur de 6 mètres; mais le développement de l'arbre est ici beaucoup moins considérable, parce qu'il est gêné par le voisinage de la maison. De nombreuses branches secondaires s'amorcent sur ces deux branches principales pour s'étendre dans tous les sens, là du moins où elles ont trouvé un espace libre et où elles ne sont pas arrêtées par des constructions.

Le périmètre de la masse est assurément considérable. On nous l'indiquait comme étant de 160 mètres, ce qui nous a paru un peu exagéré, mais ce que nous n'avons pu vérifier, faute de temps nécessaire pour le mesurer exactement. Les branches souvent contournées et dont l'écorce est couverte de mousse et de lichens, recouvrent trois cours et s'étendent comme on le voit dans toutes les directions, en constituant ainsi une puissante charpente arborescente. Elles traîneraient sur le sol, affaissées par leur propre poids, si l'on n'avait eu l'idée de les soutenir au moyen de 79 colonnes dont 48 en granit et les autres en fer ou en bois. Ces colonnes ont de 2 mètres à 2m,50 de hauteur. Elles sont alignées sur plusieurs rangs et forment ainsi, entre leurs lignes droites, des allées de promenade entièrement couvertes par un abondant feuillage, à l'ombre duquel les visiteurs circulent aisément. Le tout compose de la sorte une immense salle de verdure, certainement unique en son genre, dont le couvert est si épais qu'il intercepte absolument le, rayons du soleil. Les rameaux des extrémités s'infléchissent jusqu'au sol au fur et à mesure que les branches s'allongent. Ils resteraient à l'état rampant, si de nouvelles charpentes supportées par d'autres colonnes n'étaient venues les soutenir au fur et à mesure que la chose a été nécessaire; en les soulevant et en agrandissant d'autant la surface couverte.

On a essayé souvent, sans beaucoup de succès, de représenter ce colosse végétal, soit par le dessin, soit par la photographie. La Revue horticole (année 1879, page 273)en donnait une figure d'ailleurs peu ressemblante. Il est, en effet, assez difficile de le reproduire exactement, parce que cet arbre a envahi successivement les constructions voisines en passant au dessus de celles qui n'étaient pas trop élevées et qui l'ont nécessairement masqué en partie. Le dessin que nous en donnons ici a été fait avec soin d'après une photographie, la meilleure à notre avis que nous ayons pu trouver. Quoiqu'il ne donne forcément qu'une idée fort incomplète de ce qu'est réellement cet arbre, dont il ne reproduit qu'une faible partie de la puissante masse, il montre néanmoins l'une des allées formées par les colonnes qui supportent les branches. Ce n'est pas là assurément le fait le moins curieux que présente ce végétal extraordinaire, de l'aveu de ses nombreux visiteurs, et la figure ci-jointe l'indique avec une grande exactitude.

Quoique réellement gigantesque par les proportions en largeur de sa vaste envergure, ce figuier ne dépasse guère 8 à 10 mètres de hauteur totale. Il est très âgé, puisqu'on lui assigne dans le pays 256 ans d'existence ( 1634 ), tout en restant néanmoins excessivement vigoureux. Chaque année les branches fournissent une innombrable quantité de jeunes rameaux assez développés; la plupart mesurent de 50 à 75 centimètres et même 1 mètre de longueur. Ces rameaux sont assez gros, plus gros même que ceux de la plupart de nos figuiers du Midi. L'arbre continue toujours à grandir et à s'étendre de plus en plus. II est donc relativement jeune, rien n'indiquant chez lui la moindre atteinte apparente de cette vétusté qui annonce la vieillesse chez un arbre et qui est généralement le signe précurseur de la décrépitude et de la mort.

Les fruits assez nombreux sont gros, allongés, verdâtres et supportés par un long pédoncule. Ils appartiennent à la variété commune en Bretagne et que l'on désigne sous le nom de Figue blanche ; elle est aussi cultivée à Argenteuil. La saveur herbacée et peu sucrée de ces fruits, nous les faisait trouver détestables en les comparant à nos excellentes figues du Midi, mais on les estime assez dans le pays breton où l'on n'a guère le goût gâté sous ce dernier rapport.

Le jardin dans lequel se trouve cet arbre n'est aucunement abrité. Il est placé dans une plaine entièrement découverte et les vents du nord, du nord-est, de l'est et du sud, y arrivent sans aucun obstacle. Du côté nord-ouest se trouve le manoir, construction d'ailleurs peu élevée, et du côté ouest seulement de grands ormeaux forment une sorte de rideau mais ne peuvent constituer un abri bien efficace.

On montre avec raison ce Figuier comme l'une des principales curiosités de Roscoff, et les étrangers ne manquent jamais d'aller l'admirer avec étonnement.

M.E.A. Carrière, qui l'avait visité en 1876, disait, non sans raison ( Revue horticole, année 1879, page 372 ), que cet arbre « pouvait être considéré comme une autre merveille du monde ». C'est probablement le plus fort échantillon de son espèce qui existe en Europe et probablement aussi dans le monde entier. Il est de fait qu'il laisse bien loin derrière lui comme proportions, les plus grands sujets de même nature que nous connaissions.

Le figuier a été détruit en 1987 ... ??? - no comment !!!

Les figuiers de grande dimension ne sont d'ailleurs pas rares dans la Basse-Bretagne. On y en rencontre assez souvent, et chaque fois non sans surprise, qui atteignent déjà des proportions plus grandes et même de beaucoup supérieures à celles de leurs congénères que l'on voit partout, dans le midi de la France, en Espagne et en Italie. Ils présentent généralement ce caractère qui leur est particulier, de ne montrer aucune mutilation dans leur charpente, ce qui indique qu'ils n'ont jamais eu à souffrir du froid des hivers, même les plus rigoureux, de la région où ils habitent.

Nous avons esquissé en quelques mots les principaux caractères de l'agriculture roscovite. Il. nous reste à signaler quelques-unes des nombreuses espèces de végétaux exotiques qui peuplent les jardins de cette région en lui donnant un cachet essentiellement méridional.

Sans sortir de Roscoff, nous avons pu admirer une plante qui nous a paru tout aussi intéressante que le Figuier du couvent des Capucin. C'est un Myrte à larges feuilles (Myrtus communis L.) qui palisse tout un côté de la façade en granit d'une maison gothique datant de 1582. Il se développe sur une hauteur d'environ 6 mètres et à peu près autant de largeur. La masse de ses branches, qu'on a tenues taillées, s'avance sur une épaisseur d'environ 50 centimètres. La souche, qui paraît avoir près de 2 mètres de circonférence, suppose un âge respectable à cet arbuste dont le développement, comme on le sait, est assez lent même dans le Midi. Sa plantation est donc fort ancienne et peut être même contemporaine de la construction de la maison à laquelle ce Myrte est adossé. Dans tous les cas, nous ne serions pas surpris qu'on put assigner à cette plante plusieurs siècles d'existence. La maison en question donne sur la rue ; elle est située non loin du laboratoire de zoologie expérimentale et presque en face de l'église Notre-Dame de Croaz-Batz, dont le beau clocher, à dôme et d'une architecture si curieuse, date de 1550, c'est-à-dire presque de la même époque.

Dans la cour de cette même maison, d'énormes touffes de Fuchsia de Magellan (fuchsia coccinea Ait.), sont couvertes de milliers de fleurs rouges et gracieusement retombantes qui produisent le plus charmant effet. Les autres espèces mexicaines ou péruviennes de ce genre si ornemental, sont également et très largement représentées dans tous les jardins du pays; elles présentent toujours une végétation splendide et une abondance de floraison dont on n'a pas idée. Les Fuchsia d'ailleurs ont été pour nous l'une des plus agréables surprises végétales que nous ait valu notre voyage en Basse-Bretagne. Alors que nous avions vu à Montpellier, de même du reste que partout ailleurs en France, cet arbuste toujours gracieux par son port et ses jolies fleurs mais réduit à des proportions relativement exiguës, nous pouvions le contempler ici avec admiration dans tous les jardinets de la Bretagne en l'y voyant acquérir presque les proportions d'un arbre. Rien n'est comparable, en effet, comme élégance végétale, à un grand Fuchsia isolé, haut de 3 à 4 mètres et chargé d'une énorme quantité de ces charmantes fleurs globuleuses et pendantes, dont les étamines retombent en une sorte d'aigrette toujours de couleur vive, et qui sont portées par des rameaux s'infléchissant avec grâce de chaque côté. C'était à profusion que nous en rencontrions partout, et c'est avec juste raison que, dans l'ornementation des jardins de ce pays, on tire un aussi grand parti de ce magnifique arbuste que nous ne pouvions jamais nous lasser d'admirer.

Il en était presque de même des Escallonia macrantha que nous avons tant de peine à conserver vivants à Montpellier et dans presque tout le reste de la France, où ils restent d'ailleurs toujours de petite taille. Là-bas ce sont d'énormes touffes de 3 à 4 mètres de haut, d'une vigueur sans égale, qui ne souffrent jamais du froid et qui paraissent y pousser comme du chiendent.

Les Véroniques arborescentes (Veronica speciosa R. Cunn.) qui gèlent souvent à Montpellier et qui n'y acquièrent jamais d'ailleurs de grandes dimensions, deviennent en Bretagne d'énormes touffes de plus de 3 mètres de haut sur autant de diamètre. On peut dire même que cette plante, originaire de la Nouvelle-Zélande, tend à devenir spontanée ici, car elle se reproduit d'elle-même dans tous les jardins et jusque sur les murs. Il en est absolument de même de la belle Spirée à feuille de Sorbier (Spica sorbifolia L.) ainsi que du Mesembrianthemum edule, dont les rameaux à feuilles charnues et les grandes fleurs tapissent si bien les rochers de Monte-carlo et des parties abritées du littoral de la Provence. A Saint-Pol de Léon, de même qu'à Roscoff, on voit cette dernière espèce qui est originaire du Cap, envahir tous les murs, associée à plusieurs sortes de Fougères, aux Véroniques et aux Spirées. Ces diverses plantes ont dû s'y fixer d'elles-mêmes, car il ne paraît pas probable qu'on les y ait plantées à dessein.

D'énormes touffes clé Lin de la Nouvelle-Zélande (Phormium tenax Forst.), d'Arbousiers, de Laurier-tin, de Gynérium, de Laurier franc, de Fusain du Japon, de Ciste ladanifère, de Buis de Mahon, (le Troène du Japon, de Pittospore de Chine (Pittosporum tobira Ait). et de beaucoup d'autres plantes originaires, des pays chauds, sont répandues partout à profusion et donnent à l'ensemble de la végétation un caractère éminemment méridional. Ce sont surtout les diverses espèces ligneuses de Polygala du Cap, aux fleurs violettes ou purpurines; le Mélianthe pyramidal (Melianthus major L.). belle plante au feuillage très ornemental, connue ainsi sous le nom de Pimprenelle d'Afrique et qui est également originaire du Cap; le Budleia globosa Lam., bel arbuste des Andes, aux capitules orangés ; la Véronique à fleurs blanches ( Veronica Traversii), etc., etc.

Le Solanum jasminoïdes tapisse les murs qu'il décore de ses jolies fleurs blanches. On rencontre aussi un peu partout de forts pieds d'Agave americana, de Dracæna indîvisa, (le .Magnolia grandiflora, de Cedrus Deodara, etc., etc. Les Pélargonium zonale sont palissés sur une haute ne dépassant souvent 3 mètres et paraissent ne jamais on presque ,jamais avoir été atteints par le froid.

Non seulement le Laurier franc ou d'Apollon (Laurus nobilis L.) est très commun dans tous les jardins, où il acquiert de grandes proportions, mais en certains endroits il est même cultivé en tétarts pour l'exploitation de ses feuilles.

Dans un jardin situé tout près de la magnifique cathédrale de Saint-Pol-de-Léon, nous avons remarqué la presque totalité des plantes que nous venons d'énumérer et de plus, de fort grands échantillons d'Araucaria imbricata et de Cryptomeria japonica.

Ensuite non loin de là et à quelques pas de la chapelle de Creizker, dont le clocher de 77 mètres et découpé à jour est une véritable merveille architecturale, nous découvrons sur la façade de l'Hôtel de France un immense pied d'un arbuste du Chili vulgairement connu sous le nom de Verveine - Citronnelle ou de Limonette (Lippia citriodora Kunth.), qui est peut-être le plus grand échantillon de sou espèce existant en France. II est palissé sur plus de 4 mètres 50 de hauteur et presque autant en largeur; on le maintient dans ces proportions pourtant considérables en enlevant chaque année les rameaux qui s'en écartent dans tous les sens. Au moment de notre visite, cet arbuste était entièrement couvert de fleurs. On sait qu'il ne peut ,jamais grandir à Montpellier, où son bois gèle presque tous les ans, alors que le sujet dont nous parlons ne paraît pas avoir souffert du froid, au moins depuis fort longtemps.

Enfin il convient de ne pas oublier aussi un énorme pied de cette plante originaire des îles Canaries qu'on appelle improprement Matricaire et qui est connue sous le nom vulgaire de Comtesse de Chambord (Chrysanthemum frutescens L.) ; il se trouve dans l'intérieur de la gare de Roscoff, derrière les buttoirs. C'était, au moment de notre visite (septembre 1890), une immense touffe de 5 mètres de diamètre, toute recouverte d'une myriade de fleurs blanches ; les branches principales étaient soutenues par une charpente disposée avec beaucoup (le soin pour ménager leur fragilité. Cette plante serait contemporaine, paraît-il, de la construction de la gare et avait à ce moment, m'a-t-on assuré, sept années d'existence. C'est beaucoup pour une plante de cette espèce qui ne se conserve ,jamais bien longtemps dans les jardins de Montpellier, où elle gèle d'ailleurs assez souvent.

La visite assurément trop courte que nous avons faite dans la région d'ailleurs très circonscrite de Morlaix, Saint-Pol de Léon et Roscoff, ne nous a pas laissé le temps d'y faire des observations plus détaillées. Nous nous sommes borné ici à rapporter les circonstances fort curieuses qui nous ont le plus frappé.

Elles suffisent, ce nous semble, pour montrer les conditions particulières qui caractérisent le climat de ce petit coin de la Basse-Bretagne, qui nous a si vivement intéressé et qui est d'ailleurs digne d'être visité à tant de titres.

L'examen attentif de la végétation à Saint-Pol de Léon et à Roscoff, c'est-à-dire dans deux localités très voisines, puisqu'elles ne sont distancées que de 5 ou 6 kilomètres, nous indique que les hivers n'y sont jamais bien froids et que les minima ne descendent jamais guère au-dessous de - 6°. Par contre les étés n'y sont pas chauds; le nombre de jours pendant lesquels la température s'élève à  +30° doit être bien réduit et constituer une véritable exception. Nous voyons, au contraire qu'à Montpellier cette haute température est assez fréquente, puisqu'elle y a été observée 57 fois pendant l'été de 1890.

Les observations météorologiques faites avec beaucoup de soin au jardin des plantes de Montpellier (Voir le Résumé de ces observations dans les Annales de la Société d'horticulture et d'histoire de l'Hérault, année 1891, page 90 et suivantes.) par M. Pierre Roudier, nous indiquent en effet qu'on y a observé des maxima supérieurs à  +30° pendant 17 jours en juin, 18 en juillet, 17 en août et 5 en septembre de cette même année 1890 ; on la considère pourtant avec raison comme faisant partie d'une série d'années relativement froides. L'été de l'année 1891, s'annonce comme devant continuer la même série.

Un autre signe caractéristique du climat de ce pays et dont on se rend compte par l'étude de sa végétation, c'est que les pluies y sont fréquentes et que, pendant tout l'été, l'atmosphère y est assez fortement saturée d'humidité.

Comme on le voit, le climat de cette partie de la Basse-Bretagne est infiniment moins extrême que dans tout le reste de la France, la différence entre les saisons d'hiver et d'été ne variant que dans des proportions infiniment moindres. Aussi nous faisait-on remarquer que les habitants, ceux de la campagne surtout, ne modifient guère la nature de leurs vêtements qui restent à peu près les mêmes en toute saison. On y observe jusqu'à 180 et même 200 jours de pluie dans l'année et pourtant nous avons été témoin qu'au moment de notre visite elle était réclamée à grands cris. Jugez donc un peu, il n'avait pas plu depuis 8 jours et les Sarrasins qui s'égrènent facilement quand on les récolte par le temps sec étaient prêts à couper. Mais les voeux de de la population agricole ne tardèrent pas à être exaucés, et nous pûmes voir alors ces braves et robustes Bretons se mettre à ramasser leur Blé noir, malgré des averses multipliées ; ils paraissaient même tout joyeux de sentir la pluie leur tomber sur le dos, puisqu'elle leur permettait de sauver ainsi leur récolte.

On est à se demander pourquoi les hivers à Saint-Pol de Léon et à Roscoff sont infiniment moins rigoureux que ceux de la plupart des localités du midi de la France. Pourtant Roscoff se trouve placé près du 49ème parallèle, et par conséquent à 5 degrés plus au nord que Montpellier. De plus la latitude de Roscoff est à peu près la même que celles d'Alençon, de Chartres, de Melun, de Nancy, de Strasbourg, etc, etc, où les Figuiers et la plupart des plantes que nous avons citées gèlent à peu près tous les ans. Par contre, en Seine-et-Marne, en Lorraine et en Alsace, souvent la Vigne mûrit très bien ses raisins, alors qu'en Basse-Bretagne ceux-ci n'arrivent jamais à maturité.

Il faut donc qu'à Roscoff, de même que dans la plus grande partie du département du Finistère, les hivers soient assez doux pour que les Figuiers, de même que les plantes très frileuses que nous avons énumérées, n'y gèlent jamais. On peut en induire raisonnablement qu'il y fait même moins froid que dans la plupart des localités du Midi et du Sud-Ouest de la France, où les Figuiers et la plupart de ces plantes souffrent plus ou moins presque chaque hiver.

Cependant cette douceur du climat pendant la saison hivernale ne résulte aucunement d'abris naturels. Roscoff est situé de même que Saint-Pol de Léon, sur le bord de la mer de la Manche, en face de l'Angleterre et entièrement à découvert. Aucune saillie importante du sol n'empêche les vents froids du Nord, du Nord-Est et de l'Est de ravager la vaste plaine nue qui s'étend de chaque côté de cette partie de l'arrondissement de Morlaix. Si les hivers n'y sont pas froids, par contre les étés de Roscoff et de la région environnante sont beaucoup moins chauds que ceux des autres localités de l'intérieur placées sous la même latitude. Ensuite comme nous venons de le voir, l'atmosphère y est, d'une manière générale, infiniment plus saturée d'humidité. Aussi la plupart des fruits dans cette partie de la Basse-Bretagne, sont ils peu sucrés et beaucoup moins parfumés que partout ailleurs en France; il le sont infiniment moins surtout que dans notre région méditerranéenne.

On voit donc qu'il y a là des conditions climatériques toutes spéciales qu'il faut se borner à constater pour le moment, parce qu'il serait trop long de les développer ici. II sera utile de les étudier attentivement et d'une façon plus complète dans leurs rapports avec la végétation de cette si intéressante et si curieuse région. Elles expliqueront la présence, dans les jardins de cette contrée si privilégiée sous ce rapport, d'une foule de végétaux frileux qui résistent à peu près complètement au froid, à Quimper, à Brest, à Morlaix, à Roscoff, etc, alors que ces mêmes végétaux souffrent plus ou moins et sont même parfois complètement gelés par les hivers de beaucoup de localités du Midi de la France.

Quoiqu'on ait pu en dire, et malgré toutes les objections qu'on a pu faire à cette idée, nous persistons à penser que le grand courant équatorial, le Gulf Stream, exerce sur le climat des côtes bretonnes une influence prépondérante, en contribuant tout à la fois à le rendre moins froid en hiver et moins chaud en été. Nous avons essayé ailleurs ( Les Eucalyptus, aire géographique de leur indigenat et de leur culture. historique de leur découverte, description de leurs propriétés, Guide théorique et pratique de leur culture, 1 vol. gr. in-8°, raisin de 212 pages avec figures et une carte de la Tasmanie; 1888. Coulet, libraire éditeur, Montpellier. Voir surtout pages 176 à 182.) d'en expliquer les raisons qui nous paraissent largement suffisantes pour démontrer ce fait avec évidence.

Nous n'y reviendrons pas ici, sauf à les développer à nouveau dans le travail que nous préparons sur la climatologie générale de toute la Bretagne, caractérisée par la végétation de chacune de ses parties. Nous nous aiderons alors des beaux travaux de M. Borius sur le climat de Brest (A. Borius. - Le Climat de Brest, ses rapports avec l'état sanitaire -1 vol. in-8e, de 104 pages avec figures (Extrait du Bulletin de la Société Académique de Brest. 1877, Brest, chez Lefournier ), que nous aurons souvent l'occasion de consulter avec profit.

Il résulte du tableau fort incomplet que nous venons d'essayer d'esquisser, que la végétation de cette partie de la presqu'île armoricaine, ne manque pas d'analogie avec celle des bords du Lac Majeur et des Iles Borromée. Nous avons fait ressortir, il y a quelques années (Félix Sahut.- Le Lac Majeur et les Iles Borromée, leur climat caractérisé par leur végétation. Brochure in-8o, de 68 page,, 1883 - Voir aussi Annales 1883, page 92.), les principaux caractères de cette dernière et cherché à déterminer les raisons physiques qui peuvent expliquer l'existence de cette oasis méridionale placée au pied des Alpes et perdue au milieu d'éléments septentrionaux.

En Basse-Bretagne, la douceur du climat en hiver est encore plus accentuée qu'au Lac Majeur ; l'étude de la végétation qu'on y rencontre l'indique d'une façon certaine, et pourtant sa latitude est de trois degrés plus avancée vers le Nord. Pour trouver une équivalence climatérique, au moins quant aux froids de l'hiver, il faut descendre plus bas que le quarante-quatrième parallèle, sur le littoral de la Provence ou de la Ligurie. Mais là, comme on le sait, la douceur du climat hivernal est surtout causée par de puissants abris naturels qui n'existent aucunement dans la Basse-Bretagne. Aussi la comparaison ne peut-elle se faire, puisque les conditions sont loin d'être les mêmes dans chaque cas. Nous avons vu, en effet, (Félix Sahut. - Comparaison des Climats du Midi et dis Sud-Ouest de la France, broch. in-8°, 189 - Voir aussi Annales 1889, p. 14t.) que les localités telles que Castres, Toulouse, Auch et Tarbes, qui se trouvent à peu près sous la même latitude que Nice, Menton, Cannes et Hyères, mais qui sont éloignées de tous abris protecteurs, subissent des hivers relativement rigoureux et sont placées sous ce rapport dans une situation de beaucoup inférieure.

La partie de la presqu'île armoricaine comprise depuis Roscoff jusqu'à Brest est située entre le sixième et le septième degré de longitude à l'Ouest de Paris. Si de là nous descendons vers le Sud, nous ne trouverons sur le littoral français de l'Océan aucune localité dont le climat en hiver puisse lui être exactement comparé. Si ensuite, reprenant la même longitude, nous traversons l'Espagne, nous devrons parcourir d'abord toute une région montagneuse et relativement froide. Aussi serons-nous obligés de descendre jusqu'à l'extrémité de la péninsule ibérique pour rencontrer des hivers aussi peu rigoureux que ceux de la Basse-Bretagne. C'est en effet seulement dans la région comprise entre Almeria et Malaga que nous retrouverons, près du même méridien, l'équivalence climatérique hivernale que nous aurions vainement cherchée jusque-là.

Nous voyons donc qu'en restant toujours dans le voisinage de la même longitude, il faut descendre à 12 degrés plus au sud pour retrouver, en dehors de tout abri, des hivers aussi doux que ceux de la région comprise entre Brest et Roscoff. C'est là un fait assurément fort curieux et très intéressant à constater. Aussi, en contemplant l'ensemble de la végétation si caractéristique de la Basse-Bretagne, on dirait vraiment que cette petite oasis méridionale semble perdue fort loin des régions à climats similaires et qu'elle aurait été oubliée dans le refroidissement général de l'Europe à l'époque glaciaire.

M. A. Coutance, l'éminent Président de la Société Académique de Brest, qui a publié sur le pays où il habite des travaux réellement remarquables, a établi une comparaison qui nous paraît très exacte (Analogies du climat, de Brest avec celui de l'époque tertiaire - Extrait du Bulletin ale la Société Académique de Brest ) entre le climat de Brest et celui de l'époque Tertiaire. Pour montrer d'une façon saisissante les analogies qui existent entre eux, M. A. Coutance signale d'abord la définition suivante qu'a donnée le célèbre botaniste paléontologiste M. Heer, du climat de l'époque tertiaire :

« Ainsi, un climat analogue à celui des Canaries, mais plus humide, c'est à dire caractérisé principalement par une saison automnale très prolongée ; un hiver peu rigoureux et très rapide, un printemps précoce, un été plutôt humide que très chaud, voilà les lignes principales du climat tertiaire accusées dans les empreintes laissées par la flore disparue. »

Cette définition s'applique en effet fort exactement au climat de la région dont nous venons de décrire la végétation, et pour en résumer en peu de mots les caractères, nous ne saurions mieux terminer cette étude qu'en citant le passage suivant de l'intéressante communication de M. Coutance, dans laquelle il signale les analogies du climat de Brest avec celui de l'époque tertiaire

« Assise au bord de l'Océan, baignée par les eaux d'une branche du Gulf Stream, plongée dans les brumes armoricaines, balayée parles vents humides du sud-ouest, notre contrée possède un climat tempéré tout spécial. L'automne, comme au temps dont nous parlons, s'y prolonge beaucoup, et en ce moment il n'est pas encore terminé ; la végétation n'a point été suspendue, et si les plantes d'été ont cessé de fleurir, elles végètent cependant encore. Nous attendons l'hiver, et désormais il ne saurait être long. Peut-être consistera-t-il, comme cela arrive si souvent, en quelques nuits étoilées oit le thermomètre descend un peu au-dessous de zéro ; et à cet hiver rapide et peu rigoureux succèdera le printemps. Cette saison se liera insensiblement à un été plutôt humide que chaud, et que l'automne abrégera comme il raccourcit l'hiver. Supprimez nos quelques jours d'hiver, véritables surprises, véritables accidents pour notre végétation, plutôt qu'une phase normale ; élevez ensuite les moyennes de l'année de 4° à 7° (c'est l'estimation de Heer), et au lieu d'analogies, nous avons une identité parfaite avec le climat tertiaire moyen. »

Comme on le voit, l'équivalence climatérique est réellement frappante clans les deux cas. Ce sont, en effet, chaque fois des conditions presque identiques, exprimées par des termes à peu près semblables, et nous sommes heureux de constater avec M. Coutance l'exactitude fort curieuse des analogies résultant de cette intéressante comparaison.

Montpellier. - Imprimerie centrale du Midi ( Hamelin frères ).


Le figuier de Roscoff

On a vanté souvent et avec raison, la fertilité du territoire de Roscoff. Ses légumes et ses primeurs sont connus et appréciés sur les marchés les plus éloignés. On les trouve à Paris, et dans les ports de la côte, jusqu’en Hollande et jusqu’en Angleterre. Mais le témoignage peut-être le plus remarquable de la bonté de ce sol et de la douceur de ce climat, presque toujours égal, c’est un immense figuier que l’on trouve dans un jardin dit « Enclos des Capucins », au milieu de la ville. Les proportions de cet arbre ont vraiment quelque chose de colossal. Son feuillage couvre un espace d’environ cent mètres de circonférence ; plusieurs centaines de personnes peuvent y trouver un abri. On a bâti une tonnelle pour le consolider contre la violence des vents, et l’on a pris la précaution d’élever un mur destiné à soutenir les branches qu’il étend de tous côtés.

Cet arbre n’est pas le seul, du reste qui soit à citer en Bretagne pour sa grosseur, et le touriste qui passerait par le Morbihan et qui irait voir par exemple, l’énorme chêne de la ferme Villeneuve, tout près de Napoléonville ( Pontivy), ne regretterait pas sa course. Ce vieil arbres des druides, dont les branches sont plus grosses que bien des arbres de nos forêts, et dont plusieurs personnes se tenant par la main, les bras étendus, peuvent à peine entourer le tronc, fait venir à la pensée des idées de force, de calme et d’indestructible majesté.

Le figuier de Roscoff n’est qu’un enfant auprès de contemporain des dolmens et des menhirs, qui a peut-être nourri de sa sève le gui sacré destiné à tomber sous la faucille d’or des druides ; et pourtant le figuier de Roscoff est bien vieux, et pas un de ceux qui l’ont vu naître n’habite aujourd’hui la terre des vivants. Que de choses il a vues, et s’il pouvait parler, quels beaux récits il aurait à faire des jours d’autrefois.


voir " Le climat en Bretagne "

voir " Le couvent des capucins "

Dernière modification : 12 déc. 2007