La vie quotidienne à Roscoff - Histoire - Chro,iques publéees dans le Bulletin Paroissial de Roscoff

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Chroniques
d'histoires
publiées
dans le
Bulletin
Paroissial
de
Roscoff


de 1962
à   1977

n° 169 - 1962 - Octobre / Novembre

- Premières impressions de l'abbé Jean Feutren à son arrivée à Roscoff
- C'est lui qui alimentera pendant 15 ans les chroniques historiques dans le bulletin paroissial.


PREMIERES IMPRESSIONS

Ce qui m'a frappé à Roscoff à mon arrivée ce fut, avec l'empressement chaleureux de votre accueil,la beauté de vos offices religieux.

Vous savez que votre pays, tout chauve qu'il soit, mais ouvert sur le large y est très attachant : on aime à y revenir, on y vient finir ses jours. Vous savez que l'air que l'on absorbe comme malgré;soi,en ce pays du vent, en ce BRO-AVEL, restaure les santés, décape les poumons encrassés des citadins. Vous avez entendu avec plaisir et profit,vanter les vertus curatives de vos eaux marines : la "thalassothérapie" (médication par la mer) a fait son entrée triomphante dans votre vocabulaire. Vous savez peut-être le charme de vos antiques maisons mais sûrement la calme majesté do votre clocher et la splendeur dorée du chœur illuminé de votre église. Que ne savez-vous pas sur les richesses de ROSKO !

Un peu, vous vous surprendriez à vous vanter.

Je ne voudrais pas ajouter un nouveau motif à votre fierté,car le Seigneur , en Saint Luc Chap. 6,verset 26, semble vouloir décourager chez ses disciples toute envie de féliciter ou de recevoir des félicitations. "Malheur à vous quand tout le monde dira du bien de vous", quand on vous flattera.

Je dois cependant à la vérité de reconnaître la qualité exceptionnelle de votre assemblée chrétienne. Le saviez-vous je ne suis pas le seul à être saisi par la prière et le chant qui montent de vos cœurs unanimes.

D'autres m'ont fait part de leur bonheur à participer à vos messes du dimanche.Votre chant, certes n'est pas sans défauts;il gagnerait - et nous y parviendrons - à plus de rapidité et de nuances. Mais vraiment la parole de Dieu retrouve vie dans vos cours et sur vos lèvres. Et quand de surcroît, vous approchez nombreux recevoir le Christ; en son Eucharistie la certitude éclate alors que le Seigneur est présent au milieu des siens. Pourquoi n'en serait-il pas ainsi chaque dimanche ?

 

Un texte de Charles Péguy exprime bien,me semble t-il,cette qualité de votre chant :

"Non,non mon enfant,et Jésus non plus ne nous a point donné des paroles mortes

Que nous ayons à refermer dans de petites boites (ou dans des grandes),

Et que nous ayons à conserver dans (de) l'huile rance,

"comme les momies d'Egypte:.

Jésus Christ,mon enfant,ne nous a pas donné des conserves de paroles,

A garder,

Mais il nous a donné des paroles vivantes

Les paroles de (la) vie,les paroles vivantes ne peuvent se conserver que vivantes, Nourries vivantes,'

Nourries,portées,chauffées,chaudes dans un cœur vivant."

 

Notre bulletin paroissial parait avec un retard inhabituel, vous voudrez bien nous on excuser.

La cause en est que, recteur et vicaires, nous avons été pris, depuis les derniers jours d'août,par la visite des paroissiens; et nous n'avons eu ni assez de temps ni de liberté d'esprit pour écrire et faire le tirage La visite d'arrivée est maintenant achevée;il reste seulement quelques familles à voir et,à l'occasion,chercher à,trouver les absents.

L'accueil que vous nous avez réservé a été unanimement si cordial qu'il m'incite à vous livrer quelques impressions.Vous vous y attendez d'ailleurs,n'est-il pas vrai?

Très souvent vous m'interrogiez :

"Que pensez-vous de notre pays ?...Vous vous plairez parmi nous ?

"Je me serais cru en classe ou au catéchisme;votre question portait en elle la réponse souhaitée.

“ Au fait,vous ne sembliez ressentir aucune crainte. Ne commenciez-vous pas par rassurer votre interlocuteur."

D'habitude on se plaît chez,nous".Je ne demande qu'à me laisser convaincre,c'est ma faiblesse.

Voilà .bien, longtemps que j'ai fait la découverte de Roscoff.

C’était en 1924 au cours de mes premières promenades de collégien du Kreisker, ce temps d'avant les SATOS, où vos voitures cahotantes répandaient généreusement sur les routes de délicieux trognons de choux,qui constituaient l'extra de garçons toujours affamés.

Sans doute les jeunes cornouaillais de ce temps étalaient-ils sans vergogne leur mépris pour vos paysages dénudés;ils gardaient la nostalgie des arbres de leur Argoat chevelu.

Mais est-ce faire preuve d'un mauvais goût manifeste que de trouver à la calvitie de l'Armor ce charme subtil que ressentent certains devant une tête d'homme chauve et qui tient me semble-t-il à son modèle très sculptural, net, réduit à l'essentiel ?

 ...Et puis vous avez la mer I... Êtes vous rassurés désormais ?

Fort de ma science toute fraîche de la Géographie de Roscoff, je me suis offert le malicieux plaisir de vous interroger à mon tour.

"Où situez-vous Toullic ar raned ou Kerjistin ou la Place La Tour d'Auvergne, ou même ce Thevenn ar Rouanez,au nom si chantant ?"

Le croiriez-vous ? Plusieurs durent reconnaître leur ignorance. Je triomphai . J'ai dû en rabattre rapidement,ce qui peut vous consoler .

L'autre soir en effet, je suis allé chercher Kergus à Kerhoret.

Il faisait nuit noire, il est vrai. Mais la conclusion s'impose: le recteur de Roscoff ne connaît pas encore très bien sa géographie.A améliorer par conséquent,tout comme notre chant .

Mais ce qui réclamera de votre part plus d'indulgence et pour longtemps,ce sera la connaissance médiocre où votre Pasteur semblera être de chacun de vous. Vous serez obligés plus d'une fois de décliner votre identité, vous le ferez, j'en suis sûr,avec une grande simplicité. Ainsi votre recteur ne tardera pas trop à connaître tous ses paroissiens, pour notre commune joie.

Concluons nos impressions sur ce dernier mot :

Il nous reporte à un certain soir d'Août 1962, où un .jeune recteur se présentait a ses paroissiens sous le patronage de l’Apôtre Paul :

"Nous n'avons aucune envie de dominer sur votre foi.

Non,nous ne désirons que nous mettre au service de votre joie (= ADJUTOR GANDII VESTRI. )

Car, pour la foi, vous tenez bon.” - ( 2ème lettre aux Corinthiens Ie 24 }

Jean Feutren


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