La vie quotidienne à Roscoff - Histoire - Chro,iques publéees dans le Bulletin Paroissial de Roscoff

169 170  171 172 173 174 175 176 177 178 179 180 181 182 183 184 185 186 187 188 189 190 191 192 193 194 195 196 197 198 199 200 201 202 203 204 205 206 207 208 209 210 211 212 213 214 215 216 217 218 219 220 221 222 223 224 225 226 227 228 229 230 231 232 233 234 235 236 237 238 239 240 241 242 243 244 245 246 247 248 249 250 251 252 253 254 255 256 257 258 259 260 261 262 263 264 265 266  267 268 269 270 271 272 273 274 275 276 277 278 279 280 281 282 283 284 285 286 287 288 289 290 291 292 293 294 295 296 297 298 299 300 301 302 303  304 305 306  -  Retour au sommaire   -   Menu

Précédent   - Suivant


Chroniques
d'histoires
publiées
dans le
Bulletin
Paroissial
de
Roscoff


de 1962
à   1977

n° 173 - 1963 - Mars

- Nouvelles des îles Kerguelen


En direct des îles Kerguelen  - voir Carte - Autre carte  -  Photos  

 

Monsieur Paul Grua, de la Station biologique de Roscoff, en mission, je dirais sous-marine, aux  Iles Kerguelen – par Wikipedia   , nous avait promis de ses nouvelles. Nous n,'avons pas pu les publier avant son retour,mais elles gardent toujours leur valeur et leur actualité.

Port aux Français 5 février 1963

Neuf explosions avaient successivement fait gronder l'air sur la côte en face du bateau; Le ” Gallieni “ mouillait devant la base de Kerguelen, le 23 décembre, l'été dans l'hémisphère Sud,et répondait par des hurlements de sirène. Avec lui, une centaine d'hommes arrivait, pour remplacer ceux qui avaient résidé une année sur le terrain. Parmi les arrivants, la majorité allait séjourner un an et poursuivre les travaux en cours jusqu'à la relève suivante; un plus petit nombre débarquait pour une durée de quelques semaines et rentrerait en France à la fin de la campagne d'été.

La station française à Kerguelen, établie en 1949, a pour but de faire valoir notre présence et de mener des études scientifiques dans ce groupe d'îles isolé à 49° Sud dans l'Océan Indien.

L'isolement de ce territoire présente des inconvénients pour la vie des hommes qui partent y habiter Le bateau apporte tout le matériel et les vivres nécessaires pour douze mois.Le courrier se réduit à des radio-messages. Des visites de navires étrangers interviennent deux ou trois fois dans l'année et l'on saisit l'occasion de faire fête à ces hôtes d'une journée.

La vie est organisée.Chacun a des activités définies dans l'ensemble de la collectivité.Il faut un cuisinier nourrissant les hommes de la mission, pendant qu'à la centrale des mécaniciens produisent l'électricité, tandis que d'autres mécaniciens sont responsables, au garage, des camions et des voitures. Les radios font le trafic avec le bureau de France et échangent avec l'étranger les informations météorologiques que l'ingénieur et ses assistants ont recueillies sur leurs instruments. Deux marins ont charge des bateaux et de la navigation soit pour assurer des déplacements vers des îlots de la vaste baie intérieure, soit pour pêcher et varier l'ordinaire.Un éleveur fournit les œufs et la viande d'abattage avec la ferme qu'il mène.Voilà toute une petite société,vivant sur elle-même, chacun travaillant en somme, à rendre service à ses camarades.

Mais.ce n'est pas tout,car à la base,on ne se contente pas d'entretenir une petite portion de France. La base a une importance internationale par les travaux scientifiques qui y sont poursuivis. A 3.500 kilomètres de l'Afrique du Sud et de l'Australie, Kerguelen permet d'obtenir des renseignements spécialement intéressants à cause de son isolement. Un certain nombre de laboratoires permet de faire des enregistrements et des mesures sur diverses questions étudiées conjointement dans d'autres pays du globe. Ainsi des spécialistes travaillent sur les bruits atmosphériques, les aurores polaires, la nature de l'ionosphère, le magnétisme terrestre, le rayonnement cosmique et la séismologie. L’étude de l'ozone de l’air a été assurée par un prêtre des Missions de France qui va être rapatrié avec le retour du bateau, tandis que son successeur va s'occuper durant cette année de la radioactivité de l'air.

Il fait souvent un temps très venteux à Kerguelen,mais les semaines d'été offrent un temps relativement .plus favorable que le reste de l'année. Deux hélicoptères, apportés par le "Galliéni", servent à se déplacer dans le pays pour réaliser d'autres investigations. Le glacier COOK, étendu comme tout le Léon vient d'être survolé pour déterminer son épaisseur,et on a trouvé que la glace est accumulée sur 400 à 600 mètres de hauteur. En mer aussi un programme a été entrepris, il s'agit de trouver des algues et des animaux nouveaux, et de rapporter des photographies et un plan sous-marin.

Voilà bien des activités dans un pays perdu, mais,c'est justement parce qu'il est perdu que l'on a avantage à y découvrir ses particularités.

Je pense pour ma part qu'un croyant a un rôle significatif et une responsabilité dans la connaissance de la création. Dans des secteurs non découverts, cette tâche l'attire particulièrement. Il s'agit bien en effet de découvrir la création, et c'est tellement intéressant.

Paul GRUA

Les chercheurs en 2008

Cette lettre de Monsieur Grua m'avait laissé sur ma faim.

Aussi lorsqu'il revint parmi nous à Roscoff, le 24 février, je le contactai pour fixer un rendez-vous au cours duquel j'aurais tout le loisir de l'interviewer. Il me reçut le mardi 12 mars.dans sa stalle,au laboratoire. A travers la baie vitrée, la mer était haute, on voyait émerger au premier plan l'île verte et au loin l'île de Batz Tout d'abord Monsieur Grua me fait remarquer qu’il n'aime pas les journalistes qui ne se contentent pas souvent d'être indiscrets mais qui déforment souvent la vérité : Tel l'article paru dans le Télégramme à son retour des Iles Kerguelen...

Mais je ne suis pas journaliste. Je veux seulement une petite information supplémentaire pour les lecteurs du bulletin paroissial sur son séjour et son travail à Kerguelen.

De bonne grâce Mr Grua, malgré le travail que va lui donner la rédaction de son rapport pour le CNRS (Centre National de Recherches Scientifique) a donc répondu à mes questions.

L' ARCHIPEL DES KERGUELEN EST-IL HABITE ?

Kerguelen est un archipel de nature volcanique. qui n'a pas de population autochtone.Son étendue peut être comparée à celle du Finistère.Il comprend une île principale et un nombre considérable d'îlots.La côte est très découpée en fjords nombreux, rappelant ceux de Norvège. Mais ils ne sont pas dus à l'érosion, mais à l'écoulement des laves volcaniques. Durant ces cents dernières années il a servi de station à terre pour de nombreux bateaux en vue de l'exploitation des baleines ou des éléphants de mer Pendant les deux dernières guerres mondiales il a servi de repaire à de nombreux bateaux corsaires. Rappelez-vous le film ” Sous dix drapeaux “ .

Désormais les baleiniers se font rares et pratiquement les seuls habitants de l'archipel sont les membres de la mission scientifique qui sont relayés chaque année.

QUEL EST LE CLIMAT DE L’ARCHIPEL ?

Notez d'abord quo l'hémisphère sud est plus froid que l'hémisphère Nord,qu'il se réchauffe moins situé à 49° Sud, Kerguelen a un climat qui peut être comparé avec celui des îles Féroé au Nord de l'Ecosse ou à celui de la Laponie entre 60° et 70° Nord. La température varie entre 6° en été et,- 6° en hiver. Il y a beaucoup de vent soufflant fréquemment en tempête. Les vents atteignent souvent la vitesse de 230 kms.

Y A-T-IL UNE FAUNE AUTOCHTONE ?

Il existe une faune dépendant de la mer. Phoques ou éléphants de mer, oiseaux de mer, manchots, cormorans, albatros. Ces animaux vivent par colonie comprenant des milliers d'individus.Chose apparemment étonnant, ces animaux ne craignent pas l'homme. Ils se laissent approcher,photographier, voire caresser.L'homme n'est pas pour eux un ennemi.Leur chasse est d'ailleurs interdite.

Cependant l'homme.y.a importé des rats et des lapins (cela. accidentellement) et des moutons et des rennes de Laponie (ceci volontairement) en vue de développement. Quelques rivières ont été ensemencées d'alevins de truite qui se sent bien développés.

LA VEGETATION Y EST-ELLE FLORISSANTE ?

Il n'y a aucun arbre La végétation qui existe est une végétation subpolaire, faite d'herbacées. Il y d'ailleurs très peu de terre. A partir de 200 mètres d'altitude il n'y a plus que des cailloux ( lave , basalte ) et quelques lichens.On a essayé d'implanter dans certains îlots du blé sibérien.

QUEL A ETE VOTRE TRAVAIL LA-BAS ?

Comme l'archipel Kerguelen se trouve à la convergence antarctique, c'est à dire que; là se trouve en quelque sorte la frontière des eaux de l'océan indien et celle des mers antarctiques, on se proposait de faire un inventaire de la faune d'invertébrés fixés sur les rochers (avec photos et films) entre la surface et 15 mètres de fond et non des poissons, peu nombreux d'ailleurs. Il s'agissait aussi d'étudier la répartition des algues selon les profondeurs. Nous avons ainsi fait ,environ 52 plongées sous-marines, variant chacune entra 20 minutes et 3 heures selon les conditions de travail.

Nous avons aussi par ailleurs pu filmer la vie sous-marine de quelques éléments,notamment des éléphants de mer (sorte de grands phoques.), de manchots et de cormorans sous l'eau. La faune intéressait le public est rare et pauvre. Nous avons vu ni langoustes ni homards, peu de poissons. Une seule espèce de tout petits crabes. En revanche la mer est riche en éponges, en acidies composées en toutes sortes de bêtes en forme de vie primitive dont je vous fais grâce des noms savants.

La température de l'eau.se situe dans la baie entre 5 et 7° , à l'époque où nous avons plongé.

Dans ces plongées j'étais accompagné par Monsieur Tanguy de Brest, un camarade très agréable,plongeur des Travaux maritimes de Brest. Il fut détaché pour la circonstance auprès du C.N.R.S. afin de permettre un travail plus efficace.

Y A-T-IL A LA STATION UN LIEU DE CULTE ?

Oui, une toute petite chapelle et un aumônier qui a aussi un travail spécial au point de vue scientifique.Je vous l'ai dit dans ma lettre. La chapelle est dédiée à Notre Dame du Vent,dont une très belle statue en bois a été réalisée par un artiste breton.

VOTRE TRAVAIL EST-IL TERMINE ?

Un travail n'est jamais fini. Les résultats de notre investigation sur le terrain devront être exploités en laboratoire pendant des mois et des années peut-être.Nous avons essayé de définir les conditions locales et d'avoir une vue suffisamment précise pour mener des études particulières sur des sujets plus particuliers.

Il me restait à remercier Monsieur Paul Grua et à lui promettre de ne pas trop déformer sa pensée. Mais, ne voyant sur.son bureau la pile de boites contenant ses photographies en couleurs, je pensais intérieurement,qu'un jour peut-être, tout ceci pourrait faire l'objet d'une splendide conférence avec projection. Nous ne connaissons pas assez le travail de nos chercheurs et de nos savants.


Précédent   - Suivant