La vie quotidienne à Roscoff - Histoire - Chro,iques publéees dans le Bulletin Paroissial de Roscoff

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Chroniques
d'histoires
publiées
dans le
Bulletin
Paroissial
de
Roscoff


de 1962
à   1977

n° 180 - 1964 - Février

- Johnny... qui es-tu ?


Johnny  … Qui es-tu ?

Carte des lieux d'activités des Johnnies

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En 1828, un Roscovite audacieux et entreprenant, Olivier Henry, traversait la Manche avec son bateau chargé d'oignons qu'il allait vendre en Angleterre.

Depuis de nombreux "Johnnys" s'embarquent chaque année vers la Grande-Bretagne où ils passent de 5 à 8 mois de l'année, vendant de porte en porte les tonnes d' oignons embarqués au port de Roscoff.

Au cours d'une conversation à bâtons rompus avec une famille qui vient de terminer sa dernière campagne, j'ai essayé de comprendre les problèmes qui pouvaient se poser à eux car derrière un enthousiasme certain à raconter leur vie au-delà du Channel, transparaissaient les difficultés de ce travail très dur qui ne peut. être accompli que par des hommes courageux qui font honneur à notre Région.

Chaque année, à l'approche du pardon de Sainte Barbe (3ème Lundi de Juillet), la fièvre commence à monter. Il faut penser au départ, et l'achat du premier chargement d'oignons n'est pas le moindre des soucis ; de là dépendra en grande partie la réussite de l'entreprise et savoir acheter est ici pour le moins aussi important que de savoir vendre.

Il faut s'inquiéter pour la plupart de trouver un magasin et pour cela se rendre sur place quelques jours avant la marchandise. C'est un garage désaffecté, une maison inhabitée et souvent inhabitable qui servira en même temps d'entrepôt pour la marchandise et de logement pour la "compagnie ".

Le bâton auquel étaient suspendus les chapelets d'oignons a fait place au vélo chargé de plusieurs dizaines de kilos d'oignons, parfois même au camion.

Parti de bonne heure, le matin pour proposer sa marchandise, le Johnny ne s’arrête guère dans la journée. Il emporte dans la poche son casse-croûte qu'il mangera sur le pouce. Un repas dans un restaurant lui prendrait trop de temps d'autant plus que l'heure des repas est souvent la meilleure pour vendre.

Si certains trouvent à la fin d'une journée fatigante un repas bien cuisiné préparé par les femmes qui ont accompagné leurs maris, beaucoup à leur retour au magasin devront encore cuire leur bifteck.

Le Johnny, par son courage au travail, fait l'admiration des Anglais qui sont beaucoup plus "philosophes". L'Anglais vit au jour le jour, sans trop se soucier du lendemain.

La clientèle est très variée : ouvriers, notaires, médecins, pasteurs anglicans, prêtres catholiques, voire même évêque. Ce dernier avait recommandé à son entourage en se rendant au concile, de faire bon accueil à nos compatriotes en son absence.

Certains clients deviennent quelquefois de véritables amis : il n'est pas rare pour un Johnny d'être invité à prendre le thé dans les familles anglaises.

Les clients, en général, restent fidèles à leur Johnny, parfois de génération en génération ", à moins qu'un autre, à bout de ressources pour liquider sa charge journalière, ne lui joue un vilain tour :  Untel., il est parti ! " ou encore : " C'est mon frère, c'est mon-père...". Ruses du métier, dira-t-on, permises dans le commerce (hum !) mais non par la conscience chrétienne.

Les détentes sont rares. "Time is money" dit le proverbe anglais, mais ce sont les Johnnys qui le mettent en pratique. Même le repos dominical n'est pas toujours respecté dans les magasins : "Labour atao".

Au bout de ces quelques mois, le Johnny est encore heureux de retrouver son pays, sa famille en attendant de repartir pour une prochaine campagne.

Bienvenue au Pays, Johnny ...

F.S.


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