La vie quotidienne à Roscoff - Histoire - Chro,iques publéees dans le Bulletin Paroissial de Roscoff

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Chroniques
d'histoires
publiées
dans le
Bulletin
Paroissial
de
Roscoff


de 1962
à   1977

n° 181 - 1964 - Mars

- Le culte de Ste Marguerite
- Travaux de peinture à l'église en 1835


Le culte de Ste Marguerite_d'Antioche

On l’appelait Marine dans son pays d'Antioche. Elle est devenue Marguerite en Occident, Margarita, la Perle précieuse. Elle doit son immense célébrité à une légende sans valeur historique.

Elle vivait, dit-on, aux temps de l’empereur Dioclétien, un peu avant l'an 300. Fille d'un prêtre païen d'Antioche, Marguerite se convertit à la religion chrétienne. Son père la chasse alors de la maison. Elle se réfugie chez sa nourrice et se voit confier la garde des troupeaux.

Elle a quinze ans quand le préfet Olybrius la distingue pour sa beauté et lui propose de l'épouser, elle refuse, se déclarant chrétienne.

Les chrétiens se faisaient alors persécuter. Le préfet la jette en prison et la livre aux tortures pour l'amener à renier le Christ. En prison, le démon sous la forme d'un dragon, s'évertue à la terroriser. D'un signe de croix, elle s'en débarrasse

Le préfet multiplie les supplices, le feu, l'huile bouillante. Elle en réchappe, indemne. De dépit, Olybrius la fait décapiter.

Sur ce schéma classique dans les légendes des martyrs, le moyen-âge est venu broder une scène encore plus étrange.

Marguerite est jetée dans une fosse pour être dévorée vive par un  dragon monstrueux, qui l'engloutit. Mais, par la vertu d’une petite croix quelle serrait dans, sa main, le dragon crève par le dos et la . jeune fille jaillit, de l'échine du monstre.

Une sainte qui avait accompli un tel prodige était toute désignée, aux yeux de nos ancêtres pour les sauver de n'importe quel péril. Mais, elle fut, peut-on dire, spécialisée dans la protection des femmes enceintes, chargée de leur obtenir un accouchement heureux pour elles et pour les bébés.

Sa popularité, si grande depuis le Moyen Age jusqu'aux temps modernes est désormais complètement estompée. Mais les traces se conservent encore nombreuses en Europe de cette dévotion si chère à nos arrière-grand'mères.

La Bretagne, on s'en doute, ne fut point en reste. Elle édifia des chapelles en l'honneur de Sainte Marguerite, ainsi au Pont de la Corde, en Henvic. Mais surtout elle sculpta dans le bois et la pierre, innombrablement, ce groupe étrange d'une jeune femme sortant de l’échine d'un monstre accroupi, "issant du dragon"; comme disent les gens de métier.

Le plus souvent, ces statues sont médiocres Marguerite est sacrifiée au monstre. A défaut de talent, la verve de nos sculpteurs, en effet, s'est appliquée à rendre le dragon grotesque à souhait, avec sa face bouffie, ses yeux exorbités, ses ailes déployées, sa queue en tire-bouchon pointée comme une épée menaçante, avec cette gueule énorme qui n'arrête pas de mâchonner le bas de la robe de Marguerite. Y mettant toute la conscience de nos chiqueurs en herbe à pilonner leur chewing gum .

Toutes nos églises paroissiales, semble-t-il, et bien des chapelles eurent leur statue de Sainte Marguerite.

Dès sa fondation, au début du 16ème siècle, l'église de Roscoff eut la sienne. Nous la conservons encore, dans la chapelle des Agonisants, un peu comme une pièce de musée, sans doute, puisqu'aucune femme désormais ne vient prier devant elle.

Combien de femmes, d'ailleurs, savent encore, à Roscoff, que cette très belle statue a reçu depuis le 16ème siècle les confidences angoissées ou joyeuses à des femmes en attente d'un bébé ?

De nos jours, nous serions portés à sourire et peut-être à nous moquer de tant de candeur. Nos ancêtres, en effet, attribuaient aux saints le pouvoir d'obtenir par leur intercession la guérison des maladies ou la préservation de certains malheurs. Chaque maladie avait son saint guérisseur, parfois même plusieurs saints; ainsi l'on invoquait pour la peste Saint Sébastien ou, en d'autres endroits, Saint Adrien. Mais on recourait plutôt à ce dernier pour les maux de ventre, ce que nous appelons les appendicites, les péritonites; telle fut la raison de son culte à Santec.

Toutes les dévotions de ce genre sont mortes ou se meurent. Loin de nous en plaindre, il faudrait au contraire nous réjouir de cet assainissement de la piété catholique. Car si les saints sont nos modèles et nos intercesseurs auprès de Dieu ils ne passent pas leur ciel à corriger, par des miracles, l'ignorance de leurs amis ou leur imprudence.

Il est dans la nature du miracle, précisément, de ne se produire que très rarement.

Plutôt que de sourire simplement de la crédulité de nos ancêtres, il est mieux de chercher à la comprendre.

Ainsi, sainte Marguerite était invoquée pour obtenir un heureux accouchement. C'est donc que les accidents n’étaient point si rares.

Pour nous en tenir à Roscoff, nous relevons dans les registres :

-           en 1828, pour 118 naissances,   7 morts-nés,

-           en 1829, pour 113 naissances,   6 morts-nés,

-           en 1830, pour 119 naissances,   6 morts-nés,

-           en 1831, pour 128 naissances,   5 morts-nés,

-           en 1832, pour 128 naissance.s, 13 morts-nés.

A cette époque, Santec faisait partie de la commune de Roscoff: Le premier recensement officiel en Juin 1841, donne pour la commune une population de 3.640 habitants, répartie ainsi :

Hommes :

-           Garçons - 1.111

-           Mariés - 564

-           Veufs - 66

o        Sous-total – 1.741

Filles :

-           Filles – 1.130

-           Mariées - 564

-           Veuves - 145

o        Sous-total – 1.839

En 1828, la population était évaluée à 3.300 habitants. Cette année là, il y eut 88 décès.

Sur ce nombre nous avons relevé 7 morts-nés.

Si nous ajoutons :

14 enfants de moins d'un an,

  9 entre 1 an et ans,

  4 entre 7 ans et 11 ans,

  1 de 15 ans,

  1 de 16 ans,

  2 de 18 ans, qui décédèrent en 1828, il disparut, cette année 18 personnes qui ne virent pas leurs vingt ans.

Que de souffrances témoignent ces chiffres !

Les bras en tombaient aux gens.Leur impuissance à surmonter le malheur éclatait à leurs yeux . la médecine était si démunie de science et de moyens, l’hygiène si primitive, le travail si accablant, même pour les femmes et les jeunes enfants. Qui aurait encore le cœur à se moquer ?


LA STATUE DE SAINTE MARGUERITE

Monsieur Couffoh, qui a fait des recherches sur les ateliers morlaisiens de sculpture, leur attribue notre Marguerite, qu'il date du 16éme siècle. Peut-être aurons-nous un jour, d'autres précisions. Il est de fait que la statuaire de la région morlaisienne est encore riche d'un grand nombre de chefs d'oeuvre. Nous commençons à peine à les apprécier.

Comme les statues plus anciennes notre sainte Marguerite est taillée dans une pièce de bois non évidée dans le dos. Elle mesure 100 cm.

Le monstre traditionnel, bien sûr, est là, tranquille, assoupi, triturant un pan, actuellement rouge, de la robe de la sainte. Le dragon est vaincu, littéralement aplati, sa mince queue honteusement ramassée entre les pattes. Il n'est plus rien, il ne fait plus peur à personne. Il n’intéresse même plus le sculpteur lui-même et c'est la preuve de son exceptionnel bon goût.

L’artiste a réservé son talent, qui est grand, à la jeune femme. Pour apprécier son œuvre, il. nous faut., si possible, oublier le clinquant actuel de sa robe, récemment dorée; il eut fallu un vieil or.

Marguerite est représentée sous les traits d'une belle jeune fille. La chevelure est opulente et retombe en deux doubles tresses sur les épaules. Le front est ceint d’un bandeau orfévré de nombreuses perles (Margarita = perle).

Très récemment un malotrus a cru devoir lui charger la chevelure de huit grosses perles, au risque d'abîmer le bandeau. Il en reste encore trois, bien visibles. Sans doute a-t-on voulu lui faire une couronne, comme on en avait fait abusivement une à Notre Dame de Croaz-Batz.

La robe, à la mode du temps, est bien décolletée et serrée à la taille . Elle retombe en larges plis qu'amortissent les jambes en mouvement, soulignant ainsi la démarche victorieuse de la sainte qui écrase le monstre de son pied droit. Elle porte une chaussure à bout très large et non pas la chaussure à bout pointu des siècles précédents.

Un manteau lui recouvre les épaules. Il est retenu à la taille par les bras.

Les mains, qui sont fines, s’efforcent en vain de se joindre. De toute évidence elles tenaient à l'origine, un objet. La disparition de celui-ci a créé un vide qui ôte tout son sens au mouvement des mains. La signification de la statue elle-même en est profondément altérée. Les yeux, en effet, sont tournés vers cet objet que serraient précieusement les mains. Les lèvres elles-mêmes expriment une prière à son adresse.

Cet objet perdu c'est la Petite croix que, selon la légende, Marguerite serrait dans ses mains, la Croix qui a vaincu Satan.

VICTOIRE, TU REGNERAS - 0 CROIX, TU NOUS SAUVERAS ...

Jean Feutren


DOCUMENTS SUR ROSCOFF

Les archives de la Commune et celles de la Paroisse offrent une masse imposante de documents.

Il nous a semblé que leur publication ferait plaisir aux Roscovites. Aussi désormais chaque numéro du bulletin vous apportera les résultats de nos petites recherches.

Nous respecterons l'orthographe du temps.


TRAVAUX DE PEINTURE A L'EGLISE EN 1835

Ces travaux ont été réalisés en deux tranches. Nous empruntons les descriptifs aux délibérations du Conseil de Fabrique.

Les réunions du conseil se tenaient encore le 1er mai 1811 dans la chambre des délibérations, au-dessus du porche de l'église. Ce jour là le trésorier reçut décharge du reliquat de l'exercice précédent. La somme de 1.780 francs 99 centimes fut déposée "dans l'armoire à trois clefs dans la chambre des délibérations, conformément au décret impérial du 30 décembre 1809."

La séance du 2 Avril 1815 se tiendra "dans le presbytère “lieu ordinaire”. La Fabrique a dit adieu à, la Chambre des délibérations.

L'An Mil huit cent trente cinq, ce jour trente mars, se sont réunis au presbytère, et sous la présidence de Mr d'Herbais, les membres de la fabrique de Roscoff, à l'effet de délibérer sur les réparations et travaux à faire à l'église de Roscoff. Ils avaient chargé Mr Le Miollis de pourvoir à ces réparations, Mr Le Miollis leur a rendu compte des démarches faites par lui, pour accélérer les travaux. Il a communiqué, pour demander aux membres de la Fabrique leur approbation définitive, le traité qu'il a conclu avec leur peintre, Saluden de St Pol.

Ce traité est conçu ainsi : Mr Saluden peintre se charge :

Dispositions particulières :

Toutes ces réparations seront faites ainsi qu'il est dit pour la somme de DOUZE CENTS FRANCS.

Si l'ouvrage n'est pas entièrement terminé au bout de trois mois qui commenceront le 1er Avril 1835, l'ouvrier aurait un quart de perte sur son payement.

Si le conseil de Fabrique assemblé se plaignait de la qualité, ou de la confection de l'ouvrage, qui doit rassembler pour l'échantillon d'or, à l’autel de St Pol (cathédrale de St Pol) un expert serait mandé pour juger le dit ouvrage et d'après son jugement la Fabrique serait indemnisée s'il y avait lieu sur la somme de douze cents francs qu'on aurait à payer à l’ouvrier.

Ces dispositions ayant été exposées par Mr De Miollis, le conseil de Fabrique les a approuvées, avec les observations suivantes

Mr De Miollis est chargé de la surveillance de ces travaux.

Signé :


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