La vie quotidienne à Roscoff - Histoire - Chro,iques publéees dans le Bulletin Paroissial de Roscoff

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Chroniques
d'histoires
publiées
dans le
Bulletin
Paroissial
de
Roscoff


de 1962
à   1977

n° 183 - 1964 - Mai

- Le cimetière du Vil
- Le journal d'un desservant - 1815 / 1841
- La croix


LE CIMETIERE DU VIL (1833)

La Municipalité, dans sa séance du 8 Avril 1833, décida l'ouverture, à dater du 10 Avril suivant, du cimetière du Vil. Elle élabora, au cours de cette séance, un règlement du cimetière dont les paragraphes relatifs aux concessions déplurent à l'autorité de tutelle. Ce ne sera que le 18 Juillet 1836 qu'une ordonnance de Louis Philippe, roi des Français, autorisera les concessions aux conditions exprimées dans la délibération du conseil municipal du 13 Mars 1836.

Dans un numéro à venir nous reviendrons sur les soucis que donna à la municipalité l'érection de ce cimetière.

Nous ouvrirons d'abord nos pages à monsieur le desservant. Les lacunes de son journal nous obligeront à entreprendre des recherches assez longues sur la Croix du cimetière.


LE JOURNAL D'UN DESSERVANT

Monsieur François Poncin, desservant, était arrivé à Roscoff vers le 20 Mars 1815. Il devait rester à la tête de la paroisse jusqu'en Juin 1841. Il était né à Locmélar-Sizun le 12 Avril 1768.

Il avait succédé à monsieur Yves Constantin Picrel. Celui-ci avait été "Curé de Roscoff" avant la Révolution; il y fut nommé à nouveau en 1809. Il semble bien mortifié de n'être plus curé, mais "humble desservant de Roscoff" C'est très drôle de suivre de 1809 à Mars 1815, date de sa mort, les variations de sa signature au bas des actes de baptêmes.

Jusque vers Juin 1812 il signe toujours, Y. Constantin Picrel, Desservant, ancien curé de Roscoff, ou curé desservant.

Certaines fois, après 1812, on rencontre aussi : curé desservant, ancien recteur. Il est regrettable qu'il ne fût pas chanoine honoraire. Pour le supplément des cérémonies du baptême d'Hortense, Françoise, fille du Sieur Pierre Nicolas Lahalle, capitaine de Frégate, le 27 Mai 1813, il eût signé : "Y. Constantin Picrel, ancien Recteur, curé desservant de Roscoff, chanoine honoraire de Quimper et de Léon – c’eut été superbe !

A partir du mois d'Août 1813, il semble à peu près réconcilié avec son titre de "desservant". Désormais,, jusqu'à sa mort, lorsqu'il ne négligera pas de signer, il ne fera généralement état que de ce titre : Picrel, Desservant ou Dess. ou Dt. Il est des gens qui ont la digestion très lente.

Les Statuts actuels du diocèse portent à l'article 91 que “ le curé (recteur) devra veiller à relater dans le Journal historique de la paroisse les faits d'une certaine importance pour l'histoire locale."

Ce n'est que depuis Monsieur Morvan, recteur de 1868 à 1915, que le recteur tient une chronique des événements paroissiaux "d'une certaine importance".

Monsieur Poncin ne nous a pas laissé de journal: il n'en a pas tenu probablement. Toujours est-il qu'il a cru devoir glisser là où l'on ne s'attendrait guère à les trouver des notices auxquelles certainement monsieur le Desservant attachait de l'importance.

Sauf oubli de notre part il n'y en a que 5; elles concernent quatre événements entre 1815 et 1841. On les rencontre dans les registres communs aux baptêmes et aux mariages. Qu'y viennent-elles faire ? Etrange journal d'un desservant !

François Pascal Guéguen fut baptisé le 7 Avril 1833 et Julien Madeléneau, le 12 Avril 1833. On baptisait en général dans les 24 heures qui suivaient la naissance.Entre ces deux actes de baptême se lit cette note très administrative : “ Le 10 Avril 1833 le soussigné a béni un cimetière au Vil par autorisation par écrit, de Monseigneur" de Poulpiquet de Bresca(n)vel, évêque de ce diocèse.

Poncin, Desservant de Roscoff.

Mais voici qui est inespéré.

Au-dessus d'un parterre de petites filles distinguées non déparé par la présence d'un garçon au prénom plus modeste, dominant le piaillement de ces nouveaux enfants de Dieu s'élève un chant de triomphe.

Entre Sébastienne et Jean Louis, on croit entendre monter comme un écho encore enthousiaste d'une grande et mémorable cérémonie.

" DA PEIZ HON-TADOU KOZ "


CROIX

Le jour de l'Ascension 1834 une belle croix a été plantée dans le nouveau cimetière de cette paroisse.

Une population immense des paroisses voisines s'étaient rendues pour la cérémonie qui a eu lieu dans le plus grand recueillement. Toutes les autorités ont rivalisé de zèle dans cette pieuse circonstance et chacun a donné des preuves non équivoques des sentiments de piété qui animent les Bas-Bretons et les attachent pour, toujours à la foi de leurs pères.

Les trois noms sont de l'écriture du desservant. Monsieur Poncin a tenu à réparer un oubli, grave, à son sens. Le Dimanche de Quasimodo 1834 étant, nous le verrons le 6 Avril, le 5ème Dimanche après Pâques fut célébré le 4 Mai. L’Ascension, qui se fête le jeudi suivant, arriva donc le 8 Mai en 1834 - Monsieur le desservant était en retard de 3 moi

Il faut arriver au 1er Février 1839, après le .baptême de Louis Marie Ropars, pour trouver le 3ème document glissé par monsieur le Desservant dans les registres :

“ NOTA - Les plantations de l'hospice et des deux cimetières faites par Mr Lesquin, maire, le 1er Février 1840. "

Les comptes de la Mairie notent, en fait, une dépense de 100 f réalisée en 1840 pour "Plantations des cimetières".

Ainsi monsieur le Desservant nous apporte une précision, Mais défions-nous de la, mémoire de notre septuagénaire. Pourquoi place-t-il au 1er Février 1839 un évènement qu'il date lui-même du 1er Février 1840 ? Pourquoi d'ailleurs ces plantations au milieu des baptêmes et des mariages ?

Nous avions raison de nous défier, car au bas d'une page, après le baptême de Paul Marie Huelvan

le 21 Mai 1840, nous lisons :

“ N°- Les deux cimetières ont été plantés le 15 Avril 1840 par Mr Le SQUIN, Maire, la Cour de l'hôpital et le Champ y attenant ont été, plantés en même temps par le même. "

Allez vous y retrouver ! Les horticulteurs nous diront de ces deux dates celle qui paraît la plus vraisemblable.

Saluons, en tout cas, en passant nos ormes centenaires.

Notre dépouillement des registres s’achève.

Au bas d'une page encore, faisant suite au baptême d'Anne Françoise, fille de Henry Séité et Thérèse Chapalain, du Raz, le 20 Août 1839, se lit cette notice :

“ NOTA - Les deux confessionnaux faits par Pondaven de St Pol ont été placés le 16 Juillet 1839. Ils coûtent 400 francs. "

Monsieur le desservant se trompe. La séance du conseil de Fabrique du 23 Février 1840 décida "qu'il serait confectionné pour le 1er Juillet mil huit cent quarante, deux confessionnaux neufs avec ornements en bois de sapin par Michel Pondaven, menuisier à St Pol, pour le prix de quatre cents francs.”

Et il en fut ainsi d'après les comptes.

Ce sont les deux confessionnaux du bas de l'église, Etrange journal du desservant- !


LA CROIX

Monsieur Valentin Le Dault, trésorier de la Fabrique depuis le 18 Avril 1830, était un homme méticuleux comme il se doit, pour un Percepteur dont les compter et la caisse sont strictement contrôlés; Il était, en effet, Percepteur receveur de l'Arrondissement de Perception de Roscoff, qui groupait les communes de Roscoff, de l’île de Batz, de Plougoulm, de Sibiril et l'Hospice de Roscoff.

Ses comptes avec les Caisses de leurs "pièces justificatives" (factures acquittées) nous fournissent, des renseignements de valeur sur l'érection de cette croix, qui fut l'une des grandes joies de son Desservant au cours de son ministère de 26 ans.

Calvaire du cimetière du Vil - 1951

Croix du cimetière du Vil
Ancienne croix du cimetière du Vil
Actuellement dans l'église de Croas Batz - Roscoff

Le calvaire actuel du cimetière, en granit de kersanton a été érigé sur les soubassements de l'ancien; il fut béni le Dimanche 4 Février 1951, après les Vêpres qui obturèrent les cérémonies du jubilé.

Beaucoup d'entre nous ont connu l'ancien crucifix et sans doute plusieurs à juste titre, regrettent-ils la disparition de ce vénérable calvaire au Christ immense, en bois de châtaignier; la Croix en était délabrée. Désormais il se dresse au fond de l'Eglise : la croix et son socle, qui est provisoire, datent de la mission de 1857.

Ce grand Christ, dans un état excellent de, conservation, est-il le premier crucifix du Cimetière du Vil ?' Nous allons essayer d'en juger sur pièces comptables.

Le cahier brouillard de Mr Blaisot qu'utilisa à sa suite, Monsieur Le Dault, porte au 20 Mars 1829

" A Mr le Recteur pour le Crucifix devant servir au Calvaire - 120 fr.

Quel dommage, pour la rédaction de notre chronique, que la pièce justificatives fasse défaut !

Alors que les factures sont au complet pour 1827 et 1829 à 1835, pour l'année comptable 1828 (du 31 Mars 1828 au 31 Mars 1829), les factures manquent à peu près toutes. Ainsi, Monsieur Poncin donne quittance au trésorier d'une somme de 1.953 fr 7 centimes "pour frais du culte", sans fournir le moindre détail.

S'agit-il de l'achat d'un crucifix, ou de dépenses pour un crucifix déjà, existant dans la paroisse. Et s'il s'agit d'un crucifix neuf de quel atelier vient-il ? Autant de questions qu'une facture eût tranchées et auxquelles il est difficile désormais d'apporter une réponse sûre. Essayons cependant de fournir des éléments de solution.

En 1829, la population, nous l'avons vu, ne songeait pas encore à abandonner le cimetière de l'église. Certainement, dès les origines, ce cimetière eut son calvaire de granit, probablement modeste comme celui de Rosko-Goz, son ancien; Partout en Bretagne, en effet, le champ des morts était dominé par une Croix ou un crucifix de pierre ou un calvaire imposant aux personnages plus ou moins nombreux. Et c'est du socle de cette croix que l'on publiait les annonces civiles, "sur la Croix" comme l'on- disait.

Mais ce calvaire dont parle monsieur Blaisot désigne-t-il la Croix du cimetière ?

Si, en 1829, le cimetière avait sa croix en pierre, vraisemblablement nous la possèderions encore. On peut donc penser qu'à cette date le cimetière n'avait plus de Croix.

Il serait pourtant prématuré de conclure que le Crucifix de Monsieur Poncin ait été destiné au cimetière de l'Eglise. Il n'est point prouvé, en effet, que le terme "calvaire" fût alors consacré à la Croix du cimetière. Il est même certain que nos factures, à propos de. ces croix extérieures, les désignent du nom de "Croix."

Le "Calvaire" pourrait bien être la Croix de l'Eglise, face à la -chaire ou au fond de l' Église.

Un bref mémoire, acquitté le 10 Janvier 1831 nous parle du transport d'une Croix très lourde.

“ Mémoire de Jean Baptiste KerHervé, menuisier.

Pour transport de la Croix du magasin à l'Eglise, à Monsieur Le Dault, trésorier :

Il fallait s'y attendre. Voilà bien longtemps qu'on a soif à Roscoff !

Cette Croix très lourde qui réclame pour son transport beaucoup de bras fut dressée dans l'église et fixée à une certaine hauteur par l'emploi d'un palan. Où ? Face a la chaire sans doute comme c'était la coutume, bien que l'emplacement, un pilier, soit peu favorable.

C'était donc "le Calvaire ".


DESCENTE DE LA CROIX

Dans le prochain numéro nous traiterons d'une autre Croix, dont les comptes font état en Avril 1833 juste à l'époque de la bénédiction du cimetière du Vil.

Pour ne pas trop nous égarer, suivons notre grande Croix. En Août 1833, le 11 Août, Monsieur Le Dault note dans le cahier brouillard -:

11 Août 1835 - “Pour descendre la Croix 4 f 75 “

Ce renseignement précisé l'époque où fut payée la facture suivante, non datée

“ Mémoire de Louis Guillou (maçon) et Jean Baptiste KerHervé.

Pour monter et descendre la Croix à l'Eglise.

Pour Mr le Trésorier de l'Eglise :

savoir :

Louis Guillou est payé deux fois plus que le patron menuisier. Son palan doit y être pour 1,00 f comme pour l'installation de cette Croix le 10 Janvier 1831.

La Grande cérémonie de l'Ascension 1834 se prépare. C'est ce Crucifix que l'on a décidé d’édifier au cimetière.

Quelques jours plus tard, le 8 Septembre 1833, Jean Baptiste KerHervé, promu "forgeron" pour la circonstance sans doute facture 2,70 f deux chevilles de fer pour la Croix, pesant 4 livres 2.

C'est manifestement la Croix précédente qui attend, descendue, d'être plantée au cimetière. On ne voit pas d'autre emploi à nos deux chevilles de fer que de fixer solidement le dos du Christ à la Croix. Cette précaution indispensable pour un crucifix destiné à affronter le vent incessant et rongeur de Roscoff, n'était pas nécessaire pour un Crucifix d'intérieur. Que l'on se reporte au Crucifix du fond de l'Eglise.


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