La vie quotidienne à Roscoff - Histoire - Chro,iques publéees dans le Bulletin Paroissial de Roscoff

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Chroniques
d'histoires
publiées
dans le
Bulletin
Paroissial
de
Roscoff


de 1962
à   1977

n° 184 - 1964 - Juin

- Le cimetière du Vil
- Roscoff, une commune pauvre - 1833


Le cimetière du Vil

DERNIERS PREPARATIFS

 

Au début de 1834 on commence à se remuer. Le dossier des "pièces justificatives" pour les comptes de 1834 contient une liasse copieuse, la liasse n° 11, comprenant 12 pièces sous la rubrique "CROIX DU CIMETIERE - DEPENSES". Quelques factures n'ont aucun rapport avec cette croiX.

Nous en tirerons les documents qui paraissent utiles à notre propos.

D'abord sur papier au timbre royal à 35c., la pièce authentique d'une convention passée entre Mr Le Dault et Louis Guillou et rédigée par le trésorier

" Entre nous, Soussignés Vtin Le Dault trésorier de la fabrique de Roscoff et Louis Guillou, maître maçon, est convenu ce qui suit :

“que moi Trésorier m'oblige à fournir les pierres de taille rendues au cimetière de Roscoff pour établir un pied d'estat (piédestal) pour la Croix qui doit être placée au dit cimetière, lequel pied d'estat aura douze pieds à la première marche en quarré (389 cm) sur treize pouces de largeur (34 cm) sur sept à huit pouces de hauteur (21 cm). La deuxième marche neuf pieds dix pouces (321 cm) sur la même hauteur et largeur. La troisième marche aura sept pieds huit pouces (253 cm) même hauteur. Et que la base du pied d'estat établi sur cette troisième marche aura les dimentions convenables pour le-dit pied d'estat qui aura quatre ou cinq pieds de haut (entre 1,30m et 1,60m), dans l'ordre Corintien, que le jour de Casimodo six Avril prochain, le tout étant terminé, je paierai au dit sieur Louis Guillou la somme de cent cinquante francs.”

Que moi.Louis Guillou m'oblige à remplir exacte ment les conditions ci-dessus, à fournir la chaux et ce qui pourra être nécessaire pour consolider le dit pied d' estat dont est cas moyen en la somme de cent cinquante francs qui me sera comptée aussitôt que j'aurai, après la Croix plantée, bâti le pied d'estat sur la 3ème marche, ce que je m'oblige à terminer de suite.

Ainsi fait et convenu entre nous et de bonne foi à Roscoff le 1er Mars 1834.

Signé : Vin Le Dault   -  Louis Guillou.

A la suite de cette convention Louis Guillou a donné reçu de sa propre main :

" Je reconnais avoir reçu la somme de cent sinquante francs pour le ditte marché de monsieur le trésorier de Lesglisse de Roscoff se jour 6 avril 1834.

Pour acquit : L. Guillou.

La Croix étant donc plantée pour ce jour et son piedestal (au sens propre) maçonné autour.

Actuellement la 1ère marche est totalement enfouie dans le sable et la 2ème aussi est très largement ensablée. La troisième, bien dégagée, conduit à une plate-forme carrée de 253cm de côté. Pour soutenir le calvaire de 1951 il a fallu élargir un peu cette plate forme à l'est et à l'ouest en utilisant semble t-il, deux pierres de la corniche du piédestal.

D’où venaient les pierres de taille ; elles ne furent pas achetées, nous en aurions eu la facture dans notre liasse n° 11. Elles provenaient de la chapelle en ruines de St Sébastien et assez vraisemblablement, d'un soubassement de Croix du cimetière des pestiférés (St Sébastien sera l'objet de notre prochaine étude).

Autour de l' année 1833 ces ruines étaient, une pomme de discorde entre la Fabrique et monsieur Lahalle. Chacun se prétendait propriétaire de ces pierres, De guerre lasse, la Fabrique retira ses prétentions. Alors, beau joueur, Monsieur Lahalle fit don à l'Eglise de ces matériaux, par la lettre suivante :

“ Mon cher monsieur Poncin,

Maintenant que le conseil de Fabrique, ne me conteste plus mes droits sur les matériaux de St Sébastien, je vous prie de les accepter pour l'Eglise de Roscoff et, de croire aux sentiments inviolables de votre tout dévoué  -  Henry Lahalle

Roscoff le 16 Août 1833.

" Devenu percepteur de Roscoff en 1836, il accepta le 8 Décembre 1836 de succéder aussi à Mr Le Dault dans la charge de trésorier de la Fabrique. Que se serait-il passé si le litige de St Sébastien s'était élevé sous s son mandat ?

Le transport des pour le soubassement de la Croix fut effectué par François Moncus, d'après une facture non datée de Louis Guillou.

'' Pour transport des pierre de taille de St Sébastien aux Simitier

6 Voiture transporte par François Moncus 9 francs (de l'écriture du trésorier). Louis Guillou

La facture de Jean Broudin, maréchal, nous relevons, concernant " Le Calvaire " .

“ Fournis 18 crampes pour solider les pierres et un cercle autour de la Boëte pour recevoir la croix pesant toutes ensembles 70 livres 1/2  à 50 centimes : 35 fr 25 c

Idem 31 livres de plomb pour saisir les dites crampes  : 9 fr 30 c.

Idem 10 livres de charbon pour fondre le plomb : 1 fr

Le reste de la . facture concerne le presbytère.

" Pour acquit de la dit somme,

Roscoff le 20 Avril 1834 - Jean Broudin, maréchal de France.

Une petite fantaisie !


LA BENEDICTION

La bénédiction solennelle de la Croix eut lieu le 8 mai, jour de l'Ascension, nous l'avons dit.

La Croix était rutilante de peinture et d'or ; Monsieur Saluden reçut ce jour-là 90 francs pour un travail. Il en donna reçu sur une feuille de papier timbré à 35 centimes :

" Je reconnais avoir reçu de Monsieur Le Dault la somme de quatre vingt dix francs pour avoir peint et doré la croix du Simitiaire neuf.

Roscoff le 8 mai 1834 - pour acquit - Saluden jeune peintre.

En l'absence de toute description, on put assurer que le linge du Christ était doré, de même aussi les boules (pommes) qui prolongeaient les trois extrémités de la Croix. Pour les peintures ne cherchons pas à les imaginer.

On peut trouver le prix très élevé; les ingrédients coûtaient cher; combien de couches donna-t'on ? Sans doute 3.

N'ayant jamais assisté à une cérémonie de ce genre je ne me représente pas bien l'usage qui fut fait d'un rouleau de ruban de soie commandé, apparemment,, pour la bénédiction de la croix. Cette facture du 12 may 1834 est dans notre liasse; c'est un duplicata :

" Doit Madame le Dault à Rouvier de Roscoff pour vente et livraison à elle faites des marchandises ci âpres détaillées, savoir :

1834 - 12 may

L'aune de Paris mesurait 1,188 mètre. Notre ruban développait 120 mètres.

La Croix en fut sans doute pavoisée.


APRES LA BENEDICTION DE LA CROIX

On pourrait croire le Calvaire gréé par ses peintures pour une longue traversée.

Il lui manquait cependant pour l'inauguration ce coffre que la piété ancienne aimait à joindre aux statues vénérées : un tronc.

La Fabrique y songeait; elle ne craignit pas d'enlaidir le piédestal en fixant contre lui un grand coffre reposant sur la plate-forme et qui devait faire office de tronc,

Le travail fut confié à in Jean-Baptiste K/hervé (à cette époque on abrégeait "Ker" en "Kl", ainsi Klbiriou). Le meuble fut exécuté en chêne; le dessus était incliné et pouvait servir d'appui aux personnes qui s'agenouillaient sur la pierre. Tronc et prie-Dieu à la fois ou, comme l'écrit Jn Bte, "Tronc et boëtte".

Nous ferons grâce, pour une fois, du mémoire de K/hervé, qui fut réglé le 21 Juillet 1834 au prix de 58 francs.

Pour acquit, Roscoff le 28 may 1834 - Rouvier.”

Notre maréchal de France, redevenu plus modestement Jean Moudin, se fait payer 4 fr 80, le 5 Octobre 1834 la "fourniture de quatre crampes pour le tronc de la Croix et quatre pat(t)es-fiches plus une entrée pour la sérure."

Lorsque Saluden jeune, peintre, donné acquit le 17 Janvier 1835 d'une somme de 21 fr, il précise : "Peint en marbre le pied-estal de la Croix.. 6 fr”, il devait s'agir de la “boëtte-tronc”

Il serait injuste de mesurer la dévotion des chrétiens sur les sommes qui sont recueillies dans les divers troncs, autrefois, comme aujourd'hui.

Les comptes de 1841 portent en recette : “Tronc du cimetière depuis la fondation - 31,63 fr (sept ans).

Le relevé suivant fut fait en 1846 et se montait à 25 fr 18, le 3ème relevé en 1847 - le montant : 1,70 fr Le quatrième relevé eut lieu en 1849; la somme – 40 fr 65, exceptionnellement élevée, laisse entrevoir qu'il s'est passé quelque chose d'important en 1848-1849.

Le nombre des décès est moyen en ces années : il n’y eut donc pas d'épidémie grave; Roscoff en connaîtra une autre en 1867 (119 décès centre 91 en 1868 et 93 en 1869 ). En 1870 il y aura 131 décès; l’interprétation m'échappe; peut-être encore le choléra.

La première fois que le tronc du cimetière est signalé dans les comptes en recette, c'est en 1836, deux ans après la bénédiction.

“ Tronc du cimetière, pour les abeilles... 2 f 52 ”

Il semble bien que ce soit un essaim d'abeilles, en crise de logement, qui s'est engouffré par la petit trou des sous dans la "boëtte", Elles ne manquaient pas de goût les petites bêtes : les fleurs des dunes s'épanouissaient en paix en ce champ des morts qui pouvait héberger plus de 400 dépouilles et n'en devait alors contenir qu'une cinquantaine.

Les bestioles cependant furent bien imprudentes de narguer de façon si piquante la dévotion des Roscovites. Nos anciens étaient sans doute plus austères que nous, mais tout autant que nous dévorés de passions. Ils ne se sentirent pourtant aucune envie de s'agenouiller contre ce prie-Dieu bourdonnant.

L'essaim trouva preneur à 2 f 52. Le miel était très apprécié à cette époque; le sucre était une denrée encore rare.

Le Christ, en châtaignier, a merveilleusement résisté aux intempéries ; la Croix, en chêne, elle, implantée dans la maçonnerie pourrissait dans la pierre. Il fallut la raccourcir ; monsieur François Allain se souvient d'y avoir procédé avec son oncle.

On eût pu restaurer, on préféra mettre le Crucifix à la retraite; sans doute avait-on pour cela des raisons. En 1951 il fut remplacé, nous l'avons vu, par un calvaire en granit. La pierre, dit-on, convient seule en Bretagne pour cet office.

La mission de 1957 sortit notre Crucifix du débarras de Sainte Brigitte. A cette occasion, Monsieur Guyader lui confectionna la Croix et le socle actuels. Il put ainsi chaque année depuis, participer aux offices du Vendredi Saint.

Depuis 1963, il a retrouvé son Église à laquelle il était primitivement destiné. Mais non plus désormais face à la chaire; le petit crucifix lui eût rendu sans grand dommage son ancienne place. Il n'en a pas été question. Au fond de l'église, contre le mur blanc laissé libre par les albâtres, notre cher Crucifix suscite la contemplation et la prière incomparablement mieux que les plus beaux chefs d'oeuvre perdus dans l'ombre face aux chaires de nos églises.

Depuis 1963... jusqu'au jour où un nouveau desservant.....


UNE COMMUNE PAUVRE

Il faudra qu'un jour, nous y revenions longuement sous le titre :

UN SIECLE DE DESARROI FINANCIER, LA COMMUNE DE ROSCOFF AU XIXème SIECLE.

Aujourd'hui, pour mettre un point final à nos recherches sur le cimetière du Vil, retenons-en seulement ce qui a trait aux dépenses imposées par l'édification de ce cimetière.

Le budget de 1833 prévoyait comme recettes ordinaire 2.630,60 fr, provenant pour la presque totalité des droits d'octroi; ceux-ci étaient surtout alimentés par la contrebande d'eau de, vie vers l'Angleterre (ou smoglage). C'était peu, et voici que la construction des murs et l'aménagement du terrain exigeaient la lourde dépense de 2.250 fr. On emprunta sur place.

La municipalité se réunit le 8 Avril 1833 pour établir le règlement du cimetière. On avait prévu 404 emplacements auxquels s'ajoutait la parcelle réservée aux enfants de 7 ans et en-dessous. Le grand souci des édiles fut d'inciter les familles aisées à prendre des concessions.

L'article 6 le déclare sans vergogne :

“Art. 6 - Un des avantages que doit retirer la commune de ces concessions étant de pouvoir couvrir une partie des frais d’édification du cimetière et de réaliser en conséquence immédiatement une somme quelconque, il doit être fait une différence dans les prix en faveur des concessionnaires qui se présenteront sous une époque donnée. "

Le règlement ne plut pas à l'administration de tutelle. Le préfet reprochait au règlement son système des concessions et au cimetière son exiguïté (depuis 1833 il a été déjà agrandi deux fois).

Le projet de règlement de 1834 et celui de 1835, à leur tour, furent rejetés par le Préfet.

Le règlement élaboré le 13 Mars 1836 eut l'heur de plaire enfin, aux tuteurs. Louis Philippe, roi des Français, par une ordonnance du 18 Juillet 1836, expédiée de son palais de Neuilly, autorisa les concessions au cimetière de Roscoff aux conditions de la délibération municipale du 13 Mars 1836 :

Les Pauvres gens !

Un gouvernement qui s'encombre trois ans d'une bagatelle !

Une municipalité sans le sou, qui depuis trois ans (immédiatement !), attend une somme quelconque peur amorcer le remboursement d’un emprunt nécessaire ! Elle ne pensait pas si bien dire. La somme fut bien quelconque :

Les braves gens n'en dormaient pas moins bien en paix sous leur dalle de pierre gravée de noms inconnus et achetée d'occasion, leur nom propre, mal orthographié sans doute, peint sur une croix de bois. Ainsi nous faut-il nous représenter les tombes de nos arrière-grands-parents “ une croix de bois plus ou moins grande qu'il est d'usage de placer au bout de la pierre." (délibération du 31 mars 1834).

Requiescant in pace !


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