La vie quotidienne à Roscoff - Histoire - Chro,iques publéees dans le Bulletin Paroissial de Roscoff

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Chroniques
d'histoires
publiées
dans le
Bulletin
Paroissial
de
Roscoff


de 1962
à   1977

n° 185 - 1964 - Juillet / Août

- Encore une croix de cimetière
- Parlons argenterie
- La Chapelle St Sébastien


Encore une croix de cimetière

Quelques jours après la Bénédiction du cimetière du Vil, le 19 Avril 1833, Jn Bte h/liervé reçut 29,75 francs pour un travail dont il fournit le mémoire suivant

" Mémoire de Jn Bte K/hervé, menuisier - Pour fourniture d'une croix au cimetière de Roscoff Pour Mr Le Dault, trésorier de l'Église,

savoir :

Douze hommes ensemble ne pouvaient pas ne pas avoir soif, eussent-ils travaillé ou non. Je soupçonne fort ces 2 f 60 de voiler pudiquement, pour les comptes de l'honorable percepteur, une séance de cabaret.

Une simple division par 12 fera apparaître que ces 52 sous ne constituent pas un compte sérieux. Je vois donc les choses ainsi : 2 à 3 sous chacun et le reste en eau-de-vie. Ils n'auraient tout de même pas bu deux litres d'alcool.

Jean-Baptiste ne précise la nature de la réparation qu'il a faite au "Christe". Il ne se doutait pas qu'une centaine d'années plus tard un desservant de Roscoff crierait au sacrilège et qualifierait d'inconscient un menuisier-ébéniste qui osa retoucher une sculpture ancienne, eût-il pour cela mandat de monsieur Poncin. Passe de lui “façonner une croix” !.Et encore! Il ne suffit pas de savoir sculpter, il faut connaître les styles. Un Christ qui n'a plus de bras est infiniment plus émouvant que le même Christ défiguré par des bras qui ne lui vont pas. On s'en rendra compte par un tout petit Christ, trouvé précisément à Roscoff, dont la photographie est exposée à l'Ossuaire.

Mais en 1830, il n'y avait pas encore d'organisme chargé de veiller sur notre patrimoine artistique.

Ce Christ ancien réparé et fixé sur une nouvelle croix était de dimensions assez réduites pour que son transport de l'atelier à son emplacement n'ait réclamé aucun renfort de main d'oeuvre.

Par contre, le socle dans lequel il devait être planté était une lourde pierre, son transport fut réalisé par une équipe de 12 hommes. C'était manifestement le socle d'une ancienne croix de pierre, dans le genre de celui de la Croix de Rosko-Goz. Il se trouvait probablement dans le cimetière de l'église, comme soubassement de la croix, disparue, de ce cimetière.

Mais en quel cimetière fut transporté ce socle : le vieux ou le neuf qui venait d'être béni une semaine avant le mémoire de K/hervé ?

Le neuf, serait-on tenté de répondre à cause de la date. On aurait voulu donner une croix peut-être provisoire, à ce nouveau champ des morts, avant de procéder. à la première inhumation.

Cette hypothèse me paraît devoir être écartée. La croix de Jn Bte fut plantée me semble-t-il, dans le cimetière de l'église.

En effet, c'est un an plus tard, nous l'avons vu, ,que fut plantée et bénie solennellement la Croix du Vil ; il ne fut pas question alors dans les factures de l'enlèvement du socle monolithique ni de son remploi; le nouveau socle était maçonné.

D'autre part, on ne voit pas trace de l'achat de ce socle, il était donc ancien. Sans doute se trouvait-il déjà dans le cimetière de l'église; peut-être cependant pourrait-il s'agir du socle de la Croix, alors disparue, qui dominait le rocher au nord de la place de l'église. C'était la Croaz-Batz auprès de laquelle fut construit le Fort de la Croix, encore visible aujourd'hui.

Si ce socle ancien avait été transporté de ces emplacements au cimetière du Vil le transport se fût fait en charrette. Or.il n'en est pas question. On dira peut-être que le propriétaire a fait cadeau de cette prestation à l'Eglise.

Cette supposition est peu vraisemblable. A l’époque, en effet, l'église de Roscoff avait des revenus substantiels, provenant, pour une part, de la location des terres reçues en donation depuis des siècles. Ces revenus étaient appliqués à la célébration de nombreuses messes ou d' offices aux intentions des donateurs. Ils subvenaient aussi à une partie des frais du culte ou à l'entretien très lourd du bâtiment de l'église.

Depuis la loi de Séparation au début de ce siècle, la paroisse de Roscoff, comme les autres paroisses françaises, a été spoliée de tous ces biens meubles et immeubles par l'Etat. Il semble bien, à cinquante ans de distance, que ce fut là un beau débarras pour l'Eglise de France.

Le cardinal anglais Newman, au siècle dernier, se plaignait d'être encombré d'une maison dont l'entretien était trop lourd pour sa communauté..

Il écrivait : " C'est l'histoire de l'homme qui avait acheté un éléphant et qui était trop pauvre pour le garder, trop bon pour le tuer et incapable de persuader personne de l'accepter...". Il n'avait qu'à se faire voler par l'Etat c'était très simple. Mais Newman ne vivait pas en France.

Il était de la plus stricte justice que les ouvriers qui travaillaient pour la Fabrique fussent rétribués pour tous leurs services. Les comptes et les factures montrent clairement que l'on ne faisait pas de cadeaux à l'église sous cette forme : tout est compté, une pointe, un morceau de bois, un clou, une livre de charbon de bois pour fondre le plomb, une poignée de chaux, un verre d'eau de vie et le temps passé à le boire... Peut-être même; parfois en profite-t-on.

Si les gens en avaient le désir et les moyens, ils pouvaient comme les autres paroissiens, contribuer à la vie matérielle de l'église en donnant aux quêtes ou en déposant leurs offrandes dans les troncs; c'était plus discret.

On supposera donc qu'il n'y eut pas de charrette et que le transport par des hommes seuls représente un déplacement de quelques mètres au milieu des tombes.

Qu'est.devenue cette croix de cimetière en bois ? Il semble bien qu'elle ait retrouvé, elle aussi, le chemin de l'église après la disparition des tombes. Ce serait peut-être le petit crucifix de chapelle qui se trouve actuellement face à la chaire, un peu perdu dans sa petitesse sur cette puissante colonne de granit. Avec quelques arrangements dans les dimensions de la croix on pouvait lui donner des proportions correctes pour une croix de petit cimetière d'après la Révolution.

Ce crucifix est ancien, du 15e, 16e siècle. Mais ses bras ne sont pas authentiques, les mains sont énormes. Les doigts auraient dû être repliés..Nous sommes manifestement en présence d'une malencontreuse restauration d'un beau petit crucifix, une restauration artisanale du 19ème siècle.

Le visage, la chevelure et la couronne d'épines ont été massacrés par des raclages si profonds qu'un sculpteur de talent a reconnu impossible la restauration de la tête. Aussi bien eût il fallu lui faire d'autres bras. La peinture parvient à peine à donner un léger relief à cette figure aplatie.

Avons-nous là des traces de cette "réparation du Christe" réalisée par notre menuisier de village, abusivement promu sculpteur ?

Ce crucifix a .été nettoyé à la fin de l'été 1963.


PARLONS ARGENTERIE

L'argenterie de l'église, à l'exception des vases sacrés, fut enlevée le 4 Mars 1793 et expédiée au district de Morlaix pour contribuer au renflouement des finances du gouvernement. Cette argenterie spoliée "pesait 447 livres 10 onces ou 95 marcs deux onces".

LA VIERGE EN ARGENT

La Vierge en argent fut enlevée elle aussi. La tradition veut qu'elle ait été rachetée son poids en écus d'argent de six livres. Toujours est-il que nous l'avons encore. On l'appelait la Vierge de Marie Stuart; cette attribution est une grossière erreur; le style en est fin 17e siècle. Les poinçons permettent de la dater de façon assez précise : 1686-1687. Marie Stuart débarqua à Roscoff en 1548; elle avait 6 ans..

Cette statue est l'oeuvre d'un orfèvre parisien, elle pèse 3 livres 9 onces.

L'enfant Jésus tend les bras vers la croix que la Vierge tient dans la main droite. C'est là un thème spirituel bien 17e siècle. Ainsi cette statue serait une authentique Notre Dame de la Croix. Elle aurait inspiré la transformation de la statue plus ancienne de N. Dame de Croaz-Batz, dont la Croix était non seulement une erreur d'époque, mais une chose laide.

Le même thème a été repris en granit de kersanton dans la statue qui domine le porche de l'église. Ce travail fut exécuté en 1874 et coûta la somme de 650 fr. Le kersanton sombre se travaille assez aisément mais c'est un matériau terne, sans chaleur, que le soleil le plus ardent n'arrive pas à faire chanter. Cette statue médiocre avec son socle en granit clair de Cléder a été placée très malencontreusement au sommet de la cheminée de la chambre des délibérations. On a fait disparaître ainsi un élément caractéristique de l'architecture religieuse du 16e siècle morlaisien. Sans compter que kersanton et granit de Cléder ne peuvent que pâlir auprès de la pierre de Roscoff et de l'île de Batz qui a servi à édifier l'église, les chapelles, la sacristie, l'enclos. Ce granit tout veiné de grosses coulées de quartz, taillé frustement par des outils respectueux de la matière, est une pierre vivante, qui chante au soleil.

Nous ne savons pas regarder.

 

LES CROIX EN ARGENT

En 1793, Roscoff avait deux croix en argent; elles furent enlevées le 4 Mars 1793. Dans l'inventaire dressé ce jour-là elles sont décrites ainsi :

Le calme revenu dans le pays après la Révolution on se préoccupa d'avoir de nouveau deux croix d'argent, l'une avec un socle pour servir à l'autel, "la petite", l'autre pour porter en procession, "la grande". Nous avons encore ces croix. Toutes deux sont l' œuvre de Le Goff "marchand orfèvre - joyaillier -- Bijoutier A LA COURONNE D'0R à Morlaix".

La grande fut livrée le 26 thermidor / an 13 de la République - le 14 Août 1805.

La croix n'est évidemment pas en argent massif; elle est faite de lames d'argent recouvrant une âme en bois qui lui assure de la rigidité.

Le Christ et la Vierge à l'enfant, en argent aussi, sont appliqués à la Croix..

Cet argent pèse 17 marcs, 4 onces et 2 gros soit :

Ces 4.290 gr d'argent premier titre sont évaluée "matierre et contrôle à 999 livres 6 sols." "La façon, le bois et la ferure, se montant à 450 livres 14 sols."

La facture s'élève donc exactement à 1.450 livres, c 'est une fortune, le prix d'une maison moyenne.

On notera la difficulté que ressentent les gens à recourir aux nouvelles unités de monnaie (franc) et de poids; les imprimés de Le Goff portent, cependant, des colonnes "hectogrammes, décagrammes, grammes."

Cette grande croix chacun peut l'admirer dans l'église auprès de N. Dame de Croaz-Batz, c'est elle encore qui est fixée au catafalque pour les obsèques.

Le 1er Août 1807 Le Goff envoyait "pour l'Eglise de Roscoff une Croix d'autel à la taille de 26 pouces (70 cm).pesant 5 marcs, 1 once, 2 gros". Chacun s'amusera à effectuer les opérations; le poids était de 1.262gr.

“ Argent et controlle compris

Le Goff

 Cette croix d'autel, sur pied, pendant longtemps fut portée dans les maisons mortuaires. Actuellement elle est conservée au presbytère ainsi que la Vierge en argent.


LE BATON DU BEDAU

Le 16 mai 1807, le bâton d'ébène (bois de Desne comme on disait au 17ème siècle) du bedeau reçut une garniture d'argent qui coûta 24 livres

Habillé de rouge aux offices, barrette en tête, et dans la main ce sceptre noir rehaussé de trois lames d'argent il n'en reste plus que deux, regardez bien, qui n'aurait eu conscience de sa dignité liturgique de "bâtonnier", eût-il été pourtant aux modestes appointements annuels de 36 francs.

Ce sont peut-être de tels appointements, réduits à l'état de symbole, que nous devrions appeler des "honoraire s" : un honneur qui vous est fait.

Saïk (François) Chréach, Bâtonnier sans discontinuer de 1808 jusqu'à 1846 au moins, devait trouver tout simplement qu'en ces temps de pauvreté 36 fr c'était toujours bon à prendre. Il ne fut jamais augmenté l'argent était stable. En 1809 il n'eut cependant que 35 fr 55.

Brave Saïk !

Jean Feutren


LA CHAPELLE SAINT SEBASTIEN

Cahiers de Mr Le Corre

L'érection de cette chapelle nous est connue par la délibération du Général du Minily, le 11 Juin 1600 (archives départementales G.332) :

“ Au mois de Décembre 1598, les dits habitants auraient obstant la contagion qui lors y était, par dévotion singulière pour la conservation du péril qui estait au dit temps, en éminent danger de mourir sans administration des Sts Sacrements et après la mort de venir carents de sépulture en terre bonoiste, et n'avoir aucun endroit de ce faire aux bons catholiques romains pestiférés ou à pestiférer quand N.S. tout puissant rendra les dits habitants présents et à venir affligés en telle punition, fait voeu et offrande de prendre et acquérir par deniers communs d'aulmônes une pièce de terre afin de la bénir pour servir Dieu sous l'invocation de M.M. St Roch et St Sébastien pour y faire une chapelle et ensevelir les cadavres pestiférés.

Mgr de Neuville a arrêté la construction de la dite chapelle, et assigné le jour de demain (12 Juin 1600) pour la bénédiction de la première pierre." (Mr Peyron - Le Minihy-Léon - P-172).

La chapelle construite, avec le lazaret ou hôpital y attenant, il restait à en assurer le service. Ce qui se fit par l'acte suivant :

“ 11me Juin 1600. Acte par lequel les habitants de Roscoff et paroissiens de Toussaint et St Pierre, assemblés en corps politique, s'obligent de faire desservir une messe par semaine dans la chapelle de St Roch et St Sébastien par eux faict construire et par l'agrément du Seigneur Évêque, pour procurer aux habitans du lieu les Sacrements et la sépulture, en temps de maladie contagieuse, pour les pestiférés et dont plusieurs personnes moururent au mois de décembre 1598”. (Cf. Chapelleries, Gouvernements, fondations, Bénéfices et Communautés - Du .Chatellier, 1764 Mairie de St Pol de Léon (Page 173)

La chapelle de St Roch et St Sébastien fut construite à l'est de la ville, près de Landivinec : elle fut entourée de larges fossés . on établit auprès un lazaret pour y recueillir les personnes atteintes de la peste qui ravagea plusieurs fois la Bretagne au 16e et au 17e siècles. Un cimetière, à l'entour de la chapelle, servait à leur sépulture.

En 1632, les Bourgeois assemblés décidèrent "que tous les pestiférés et ceux qui les auront hantés seront cadenassés dans la maison de santé de St Sébastien, jusqu'à ce qu'il plaise à Dieu de les guérir,.."

On prenait les mesures les plus énergiques pour éviter la contagion " Sur ce que le procureur Syndiç a remonstré la maladie contagieuse estre en la ville de Morlaix, proche de cette ville de trois lieurs, et que les habitants du dit Morlaix fréquentent et hantent journellement cette ville, ont esté les habitants d'avis deffense estre faite aux habitants de cette ville, de quelque condition que ce soit, de loger et bailler retraite à ceux du dit Morlaix, Plougaznou et autres lieux suspects de contagion” Délibération de la Municipalité de St Paul, 4 Août 1631.).


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