La vie quotidienne à Roscoff - Histoire - Chro,iques publéees dans le Bulletin Paroissial de Roscoff

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Chroniques
d'histoires
publiées
dans le
Bulletin
Paroissial
de
Roscoff


de 1962
à   1977

n° 187 - 1964 - Novembre

- Naissance de la commune :
- Mémoire à l'Assemblée Nationale pour la ville et la communauté de Roscoff


Question

Les Trêves, annexes, succursales et autres Lieux de cette nature ayant la population prescrite, par le décret de l'assemblée nationale du 14 décembre 1789 concernant les municipalités, et quoique régies depuis :plusieurs années par l'administration d'un chef lieu sont-ils dans le cas de jouir de l'avantage dudit décret ?

Telle est la question que les habitans de Roscoff osent soumettre aux lumières de l'auguste assemblée dont les travaux immenses, en établissant un nouvel ordre de choses, répandent dans toutes les parties de la France un espoir de bonheur dont il étoit difficile que ce beau royaume put jamais se flatter de jouir sous la subversion totale de l'ancien régime fiscal.

Cette question se trouvant déjà déterminé par la loi même du 14 décembre, les habitans de Roscoff n'eussent jamais songé à distraire un instant l'auguste Assemblée, s'ils n'eussent été instruits que la municipalité de St Paul de Léon faisait des démarches pour faire revivre ses anciennes prétentions.

En effet Nosseigneurs, comment seroit-il possible qu'ayant prononcé par vos décrets la liberté individuelle, l'abolition des privilèges et prérogatives tenants à l'ancien Régime, la Municipalité de St Paul soit assez aveuglée pour s'élever contre la sagesse de ces loix, en voulant maintenir Roscoff sous sa dépendance absolue et vexatoire. Ne seroit-ce pas asservir une portion du peuple français au soin même de la Liberté ? Un abrégé succinct de la chronologie historique de Roscoff pourra vous mettre à même, Nosseignourse d'apprécier la justesse de cette demande.

Roscoff, autrefois ville, maintenant bourg très considérable de l'évêché de Léon en Basse-Bretagne, n'est guère connu dans l'histoire moderne que par son port et havre dont l'avantage et la commodité sont d'un grand prix pour la navigation et le commerce.

Sa fondation se perd dans la nuit la plus reculée. Une note ancienne de 1374 porte que cet endroit fut saccagé et brûlé par les ennemis de l’État, qui la ruinèrent entièrement.

Mais la situation et la bonté de ses ports y ramenèrent bientôt après une population nombreuse et un commerce florissant et ce fut alors qu'en 1404 le célèbre Penhoat, amiral de Bretagne, y assembla et avictuailla l'armée navale avec laquelle il battit celle des Anglais à la hauteur de St Matthieu.

Roscoff, quoique considérable encore par son commerce et sa population, l'étoit bien davantage au milieu du XVIe siècle, puisqu'en 1543 Henry, fils du Roy, dauphin de Viencis, accorda à ses habitans par lettres patentes, homologuées en 1544, l'établissement d'une compagnie d'arquebusiers avec droit de Papegault et des franchises pour celui qui abateroit l'oiseau : ces privilèges ne s'accordaient jamais qu'aux endroits considérés comme ville et si cette qualité est tombée en désuétude relativement à Roscoff cette perte n'est due qu'à sa dépendance de St Paul.et à la prépondérance trop nuisible de cette dernière.

Au commencement du XVIIe siècle, Roscoff avoit droit de députation aux États de la province; ses députés ont assistés à sept de leurs tenües et c'est en 1614 qu'a été aboli ce privilège à la sollicitation de St Paul.

A ces privilèges notoires les habitants de Roscoff toujours actifs sur ce qui pouvait tourner à leur avantage particulier et donner du nerf et de l'étendue à leur commerce, obtinrent en 1649 par Lettres patentes de Louis XlV, homologuées en 1655, confirmatives de celles de Henry IV, pour l'établissement de six foires par, an; ces foires n’eurent pas lieu, les habitans de St Paul, rivaux le tous les tems de Roscoff y formèrent opposition.

Indépendamment de ces prérogatives particulières, les habitans de Roscoff joindront des preuves plus sensibles de l’ancienneté de leur ville en ce qu'elles touchent au patriotisme. Lorsqu'en 1503 et 1534 on convoqua I’arrière-ban, plusieurs particuliers, chefs d’anciennes maisons dont les descendant subsistent encore, abandonnent leurs foyers, volent se. faire inscrire au Catalogue et se vouent à la défense de l'Etat.

Roscoff possède encore dans son sein un couvent de Capucins, fondé on 1622.

En 1573, établissement d'un hôpital, fondé et doté par les seuls habitans de Roscoff, pour les vieillards infirmes et les pauvres orphelins, aussi du lieu, qui a toujours été ou du être régi par doux administrateurs nommés par le Général, sous l'inspection et conseil d’un bureau composé de douze membres.

Cet azile se soutient par une sage économie, malgré l'affluence considérable des nécessiteux que la misère des tems et l'humanité souffrante oblige d’y recevoir.

Des titres aussi authentiques sur l'ancienneté de Roscoff, le rang qu"il a occupé à différentes époques parmi les,villes de la Province méritent dans cette circonstance heureuse quelques considérations.

Dans ces tems où ses habitans jouissaient du bonheur de s'administrer eux-mêmes, les richesses d'un grand commerce, fruit de leur activité industrieuse, circulaient dans leurs mains et se propageaient de proche en proche; ces, beaux jours se sont écoulés, la réunion forcée de Roscoff à St Paul a tout fait disparaître.

Les habitans de cette ville, jaloux d'une prospérité qui ne pouvoit cependant que tourner à leur avantage, soutenue de la puissance et du crédit de leurs Évêques, ont demandés et obtenus tout ce qui pouvoit être préjudiciable à Roscoff et se sont toujours opposés à son bien-être particulier, au point que ses habitants ayant obtenus l' agrément, des États de la province pour la confection d'un grand chemin vicinal pour joindre les routes qui aboutissent à Roscoff, a été encore traversée dans ce projet utile pour son commerce avec l'intérieur, tandis que des Seigneurs, pour l'embellissement de leurs terres, ont obtenu les mêmes faveurs avec facilité.

De là, la source de ces animosités réciproques, de là une infinité de procès et de vexations de tous genres.

Avant cette réunion fatale Roscoff avoit obtenu en différent tems quelques octroyas, pour subvenir à des dépenses locales d'une utilité reconnue et indispensable, mais toujours après que le commerce avoit été entendu, dans la crainte qu'ils ne nuisissent à la branche qu'on aurait voulu y assujettir.

Depuis cette époque Roscoff n'a été administré par la municipalité de St Paul ni avec la même sagesse ni avec cette prudence qui dirige l’œil intéressé à la chose, une multitude de droits fiscaux, et d'octroyes ruineux ont été successivement établis, et qui souvent mal adaptés, ont détournés absolument des branches de son commerce en détruisant la concurrence et la balance.

Cette multitude d’impôts dont le produit est immense, n'a jamais tourné que faiblement à l' avantage des Roscoüins, ces derniers mal administrés ont été ou divertis ou l'employ n'en a jamais été constaté,

Cette, administration a toujours été tellement vicieuse que, malgré ces accumulations constantes et non interrompues, dans lesquelles Roscoff entroit pour les trois quarts au moins, lorsqu'il s'est agi d'une dépense un peu majeure pour les réparations, augmentation du quay ou autres objets essentiels on a été obligé de recourir à des contributions volontaires sur lesquelles plusieurs particuliers de Roscoff ont encore à réclamer depuis 1715 une somme de 8.000 1ivres.

A tant de griefs, à cette multitude de vexations dont chacun doit chercher, à se dégager, en s'adaptant lorsqu'il en a le droit les principes de la régénération présentée qu'aura à opposer la ville de St Paul ?

Elle dira sans doute que de tems immémorial elle a englobé Roscoff dans son rôle de capitation. Il n'y a pas d'abus qui n'ait son terme, et si par suite la désunion demandée par Roscoff entrainoit une contestation (ce que l'on ne peut présumer) ce seroit alors que devant démontrer péremptoirement et par comparaison il seroit facile de voir combien dans ce point seul ce dernier lieu a été lézé.

Qu'opposera-t'elle encore ? Que les limites des deux endroits n'étant pas posés, Roscoff n'a pu établir avec certitude sa population ?

La réponse à une pareille objection est .facile. A défaut du rôle de capitation, dont on a refusé une expédition, les habitans de Roscoff pour établir les bornes de leur territoire se sont étayés .

1°- des registres de baptêmes, mariages et sépultures de leur église.

2°- de l'usage très ancien qu'ont certains manoirs dans la coupe du gouëmon ou varech, qui se fait sur les isles dépendantes de Roscoff et les: rives de la mer qui bordent son propre territoire, usages dont les métayers ou autres se verroient privés, s'ils n’optoient entre St Paul et Roscoff et s'ils ne supportaient une partie des charges qui lui sont affectés.

Vous avez prononcés par votre décret du 14 décembre que toutes les paroisses, bourgs et communautés où il y auroit 500 habitants se formeroit un corps administratif. Roscoff seul, sans y comprendre ses dépendances, en réunit au moins 1500. Il a donc droit à la chose et doit jouir dans toute son étendue de l'avantage que lui accorde la loi.

D'ailleurs, comment Roscoff, éloigné d'une lieue de St Paul pourroit-il, suivant les principes du régime actuel, être administré, surveillé dans toutes les parties du ressort des municipalités ?

La représentation qu'avoit Roscoff à celle de St Paul ne consistant qu'en un membre contre onze, ayant été insuffisante pour contrebalancer les délibérations prises à son détriment, ne pouvait manquer-de succomber et d’être accablé par la majorité.

La ville de Roscoff, malgré tous ces revers, malgré sa déchéance doit se flatter que rendue à elle-même, dégagée des chaînes qui s'apesantissoient graduellement sur elle, elle se régénérera avec France entière, Son commerce, son industrie, son activité ne s'ont qu'assoupis;  la liberté dont elle va jouir va lui donner une nouvelle force et lui rendre son premier éclat,"

Signé :


La-lettre de la Municipalité de Roscoff à l'assemblée nationale fait allusion aux doléances des Roscovites. Voici ces dernières, elles sont assez curieuses.

Cahier des Doléances de Roscoff, du Dimanche 29 Mars 1789..

En conséquence d'avertissement prônal pour obtenir aux ordres du Roi portés par ses Lettres du 16 de ce soir, les règlemens du même jour et du 24 janvier dernier et l'ordonnance de Mr Cosson de Kervodiès, sénéchal de la juridiction royale de Léon à Lesneven du 27 Mars, qui ont publiés et affichés conformément aux dits règlements, le Général de Roscoff, assemblé à la Chapelle de St Nicolas, les Pères de la Commune ou le Corps politique a représenté et expliqué au dit Général les intentions gracieuses de Notre auguste Monarque et l'a invité à faire choix avec toute la liberté qui lui convient de deux sujets capables de soutenir ses intérêts lors de la rédaction du Cahier des Doléances qui se fera à Lesneven, sans que ce choix puisse être imputé à violence, subornation ou induction insidieuse.

A quoi se conformant le dit Général a donné sa voix et élus pour ses représentants à la rédaction du dit Cahier, Mr Gérard Mège et François Séité, et leur a enjoint de travailler dans cette circonstance, en honneur et conscience, pour le bien de la Communauté dont ils font partie, de ne s’écarter en rien des charges qui leur seront donnée et qu'ils feront fidellement enregistrer, qu’ils ne donneront leur voix que d' après une parfaite connaissance et sans partialité à ceux qu'ils croiront capables de répondre à leurs vœux aux États généraux et aux vues bienfaisantes de notre bon Souverain avec assurance de les approuver dans tous les points qui seront insérés dans le dit Cahier, protestants et réservants ce qu'il appartiendra, en cas de contravention au serment qu'ils donneront de se fidellement comporter.

Articles que les deux électeurs de la Commune de Roscoff feront insérer sur le Cahier de Doléance Lesneven :


Supplier les Etats généraux :

Art.


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