La vie quotidienne à Roscoff - Histoire - Chro,iques publéees dans le Bulletin Paroissial de Roscoff

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Chroniques
d'histoires
publiées
dans le
Bulletin
Paroissial
de
Roscoff


de 1962
à   1977

n° 191 - 1965 - Mars

- Année 1790 - Demande de secours en faveur de l'abbé Kerbiriou
- Année 1791 - Constitution civile du clergé
- Fuite de Monseigneur de la Marche, évêque du Léon


Chapitre II  -  ANNEE 1790


DEMANDE DE SECOURS EN FAVEUR DE L' ABBE KERBIRIOU

De nouvelles élections faites le 15 Décembre modifièrent un peu la composition d l'assemblée communale Il s'agissait de remplacer trois officiers municipaux sortis au sort : Toulgoat, Péron, Chapalain, et six notables dont quatre : Madeleneau, Heurtin, Sébastien Quéméner, Guerc'h sortis au sort, un démissionnaire Boutin curé, et un absent Pascal de Kerenveyer.

Furent élus : officiers municipaux : Quarré d'Aligny, Denis, Heurtin, et notables : Aubert, Madeleneau, Kersauson, Toulgoat, Kerenfort et Jouan père.

Le 21 Décembre, les nouveaux élus eurent à s'occuper d'une pétition de Marguerite Le Roux, tertiaire de St François, sollicitant un secours pour l'abbé Kerbiriou, âgé et infirme (il était né en 1707). Cette pétition fut transmise, le 24, au District de Morlaix avec des considérants qui sont tout à l'honneur des officiers municipaux de Roscoff

“ Nous avons l'honneur de vous transmettre ci-joint un mémoire qui a été présenté à la Municipalité en ferveur de Mr l'abbé Kerbiriou, prêtre plus qu’octogénaire de cette ville, et que nous vous prions de prendre en considération. Un des premiers devoirs de l’Administration est de venir au secours de l'humanité souffrante. aussi ne doutons-nous nullement que la position critique de Mr l'abbé Kerbiriou ne vous intéresse.

“ Son grand âge, ses infirmités, dénué de tout dans ce moment par les circonstances, tout concourre à ce qu'il soit traité favorablement.

“ Mr Kerbiriou, jetté depuis de longues années dans le troisième ordre du clergé, dans cette classe de l'ordre où l'individu végète et n'a que la stricte subsistance, n'a pû, dans la longue carrière de sa vie, se ménager une ressource lorsque les années et les infirmités l' ont forcés de discontinuer les fonctions de son état.

“ Il a cependant subsisté, mais à l'apui d'une pension modique de 500 livres que lui faisoit l’Évêque de Léon. Ce pasteur ne pouvant plus, dans le nouvel état de choses, la lui continuer, ce vieillard respectable vient d’être privé de cette seule et unique ressource, et les personnes qui en prennent soin charitablement , étant peu aisées , ne pourraient la luy continuer, si l' administration ne venait à son secours.”

" L'Assemblée Nationale, dans sa Constitution civile du Clergé, a bien pensés que les anciens ministres du Culte devoient mériter une considération toute particulière. Aussi a t'elle gradué leur traitement selon leur âge et leurs infirmités, et nous ne doutons pas que Mr l'abbé Kerbiriou ne soit traité d'après les voeux du décret.

“Nous sommes, etc. ... Mège, maire - Aubert."

En haut lieu on fit la sourde oreille. En Janvier 1791, Marguerite Le Roux et sa sœur Marie Perrine refirent une nouvelle demande de pension de 400 livres, et le 14 mars en la transmettant, le district donnait un avis favorable. Il n'y as pas de traces que cette seconde démarche ait réussi mieux que la première. D'ailleurs, l'année suivante (1792) toute pension était enlevée aux clercs insermentés.

Jean Kerbiriou, né à St Pol ou Roscoff vers 1707, prêtre le 14 mars 1739, Insermenté, Il était infirme, et l'évêque de Léon lui assurait une pension annuelle de 500 livres. Il mourut à l'hôpital de Morlaix, le 19 Décembre 1792.

Quelques jours avant de plaider la. cause de Mr Kerbiriou, la Municipalité avait eu également un beau geste à l'égard de Mr Boutin.

Le 5 décembre, Le Squin, procureur de la Commune avait remontré que le "Curé de Roscoff, au lieu de prêcher l'Evangile, a prêché au contraire des maximes contraires à la Constitution et tendans à échauffer et à soulever les esprits, et, qu'il est on ne peut plus urgent d'arrêter les progrès que font malheureusement de pareils discours." Il avait demandé que Messieurs les officiers. municipaux lui donnaissent acte de sa remontrance.

Le Squin en fut pour ses frais. Les officiers municipaux jugèrent que le Curé n'avait fait que son devoir en dénonçant la loi schismatique de la Constitution civile du Clergé, récemment votée par l’Assemblée Nationale. Le procès-verbal de la séance se termine

" Le Conseil général de la Commune assemblée, lû la remontrance çi-dessus, décide qu'il n'y a lieu à délibérer, attendu qu'il n'y a pas de preuves d'accusation et a signé . Kerbrat, Cor, Muselec, Seité, Diot, Greunen, Bernard, Madeleneau, Heurtin, Toulgoat. "

De dépit, Le Squin donna sa démission de procureur de la Commune. Le 26 René Toulgoat était élu pour.le remplacer.


CHAPITRE III  -  ANNEE – 1791 – CONSTITUTION CIVILE DU CLERGE

Avilir l’Eglise par la spoliation, la priver de son armée d' avant-garde par la suppression des Ordres religieux, ce n'était là qu'une partie du plan des révolutionnaires, qui avaient résolu la destruction même de la religion chrétienne.

Dans l'impossibilité d'y réussir, à bref délai, ils se bornèrent à prêter leur concours aux parlementaires et aux jansénistes, qui élaborèrent au sein du Comité dit ecclésiastique et firent voter par l'assemblée nationale -12 Juillet 1790, la fameuse Constitution_civile_du_clergé

Cette constitution portait en substance :

a)     - Réduction du nombre des diocèses à celui des départements (83), ce qui faisait disparaître 52 siège épiscopaux.

b)     - Défense à l'évêque élu de s'adresser au Pape pour en obtenir la confirmation canonique : il se contentera de lui écrire en signe de communion, et de demander, la confirmation de son titre au Métropolitain ou au plus ancien évêque de la province;

c)       - Jugement de l'autorité civile en dernier ressort dans les différends entre l'Evêque et ses clercs;

d)      - Élection des évêques et des curés par les mêmes électeurs (quelle que soit leur religion) qui nommeront aux emplois civils;

e)     - Substitution d’un certain nombre de vicaires épiscopaux au Chapitre de l’Eglise cathédrale, ou Métropolitaine. Ces vicaires formeront le Conseil habituel de l’Evêque, et leur concours sera nécessaire pour la validité des principaux actes de l’administration épiscopale.

f)        - Défense à l'évêque et au curé de s'absenter quinze jours, le premier sans la permission du Département, le second sans celle du District.

g)     - Droit pour chaque curé de choisir ses vicaires, sans approbation de l'évêque, parmi les prêtres admis dans le diocèse.

Ces dispositions bouleversaient complètement la discipline ecclésiastique et créaient en France une Eglise schismatique, voire un peu presbytérienne et laïque. Pour acquérir force de loi, il leur fallait l'approbation du roi. Louis XVI consulta secrètement le Saint-Siège. Pie VI répondit (10 juillet 1790) par trois brefs, adressés l'un à Sa Majesté, le 2ème à Cicé, Garde des sceaux, le 3ème à Pompignon, chargé de la feuille des bénéfices.

Ces brefs, qui se prononçaient naturellement contre la Constitution, furent tenus secrets et, l'infortuné monarque, harcelé par l'Assemblée, céda à regret (24 août ), son garde des sceaux scella et promulgua la Constitution Civile .

Le schisme était consommé légalement; pour devenir une réalité, il ne manquait plus que le consentement du clergé.

Ce consentement fut refusé. De Boisgelin, archevêque d'Aix, flétrit avec autant de force que de modération I'acte schismatique de l'assemblée dans son Exposition des principes de la Constitution civile du Clergé. Tous les évêques de France, sauf quatre, et la masse des ecclésiastiques donnèrent leur pleine adhésion, Pie VI à qui elle fut adressée, la loua publiquement. L'Eglise de France restait debout en face de la Révolution, aimant mieux s'exposer aux coups d'une persécution violente que de se déshonorer.

Sur la proposition de Mirabeau, l'Assemblée déclara que les évêques et les curés qui n'auraient pas fait serment de fidélité à la Constitution civile dans les huit jours seraient considérés. comme démissionnaires (27 Novembre 1790).

La loi demandait que les ecclésiastiques insermentés fussent remplacés par d'autres.

On se mit à l'oeuvre. Talleyrand sacra Evêque du Finistère Expilly (recteur de St Martin de Morlaix). Les nouveaux évêques eurent toutes les peines du monde à se donner un clergé, les meilleurs prêtres refusant avec raison d'en faire partie. Les bons fidèles, de leur côté, désertaient les églises livrées aux constitutionnelles ou assermentés.

Pendant ce temps le Saint Siège observait et ne se pressait pas. Enfin un bref du 13 Avril 1791 cassa et annula ce qui avait été fait par le parti du schisme. (D'après Marin - Histoire de l'Eglise - Tome III).


FUITE DE MONSEIGNEUR DE LA MARCHE - EVEQUE DE LEON

Portrait officiel de Mgr Jean-François de La Marche (toile exposée dans le salon de l’évêché à Quimper)
Portrait officiel
de Mgr Jean-François
de La Marche
(toile exposée dans le salon de l’évêché à Quimper)

Jean-François de la Marche, né en 1729 au manoir de Lézergué près de Quimper, embrassa de bonne heure la carrière militaire. Lors de la guerre de la Succession d'Autriche, il fut blessé à la bataille de Plaisance et fit voeu à; cette occasion, comme St Martin, d'abandonner les enseignes  du roi de la terre pour celles du Roi du ciel.

Nommé lieutenant d'infanterie après cette bataille, il n'en quitta pas moins la carrière des armes pour se préparer aux ordres sacrés. Il fit sa licence à Paris, au collège de Navarre, fut ordonné prêtre en 1756, et son mérite l'éleva presque aussi tôt aux grandes dignités de l’Eglise. Il fut successivement chanoine et grand-vicaire de Tréguier, abbé de St Aubin-du-bois, enfin évêque de St Pol de Léon.

C'est en 1712 qu'il fut honoré de l'épiscopat, en sorte qu'il y avait près de 20 ans qu'il était évêque lorsque la Révolution française éclata.

La persécution commença de bonne heure en Bretagne, et y sévit peut-être plus que partout ailleurs sans doute parce que la résistance au schisme y fut. plus prompte et plus vive.

Dès le 9 Juillet 1790, trois jours avant le vote sur l'ensemble de la Constitution civile du clergé, Mgr de la Marche, invité par la Municipalité de Brest à autoriser une cérémonie religieuse à l'occasion de la fête de la fédération qui allait avoir lieu en mémoire de la prise de la Bastille, adressa aux administrateurs son refus ainsi motivé :

" S'il ne s'agissait que de se fédérer pour maintenir la paix, la liberté, pour resserrer les liens de la fraternité entre les citoyens, l'évêque se multiplierait aux fêtes religieuses, mais il s'agit de se liguer par un serment pour maintenir une Constitution qui renferme des principes contraires à la religion. L'Eglise est infaillible sur le dogme, les moeurs et la discipline, et les évêques en sont les juges et les dépositaires. S'il prêtait son concours au serment, il serait un ministre prévaricateur; il ne peut sacrifier sa conscience au plaisir de leur plaire; il manquerait à son devoir et perdrait leur estime.”

Ce refus si convenable et si ferme, la Révolution ne le pardonna jamais à Mgr de la Marche.

Dans la lettre qui suivit, la conduite du Prélat fut conforme, jusqu'à la fin, à ce début... Après le vote de la Constitution schismatique, ses prêtres inquiets lui demandèrent des instructions, et il leur exposa dans une circulaire le vice radical de cette Constitution et leur recommanda d’être fidèles jusqu'à la mort.

Cependant le serment devint obligatoire. L'Evêque le refusa, et le pouvoir qui triomphait le regarda comme démissionnaire; mais un acte du pouvoir temporel n'avait pu le dépouiller du pouvoir spirituel dont il était revêtu, ni le délier de l'obligation rigoureuse qu'il avait contractée d'enseigner la vérité aux fidèles de son diocèse. Après avoir refusé le serment, le zélé Pasteur continua donc d'exercer ses fonctions et déclara qu'il ne pouvait s'empêcher de parler, comme autrefois les Apôtres persécutés, que la Constitution était schismatique et que les fidèles ne pouvaient communiquer avec les prêtres assermentés.

Cela suffit à soulever contre lui un orage terrible.

Dès le mois de février 1791, les Administrateurs du Finistère écrivirent à la Constituante que Mgr de la Marche, dont le siège était supprimé, continuait d'exercer ses fonctions comme par le passé, et ordonnèrent aux administrateurs du district de Morlaix d’informer contre l'évêque réfractaire. La Constituante lança un décret ordonnant à l'évêque de comparaître à sa barre comme accusé d'être perturbateur de l'ordre public. L'évêque, sûr de son innocence se disposait à partir pour comparaître devant l'Assemblée, lorsqu'il apprit de Mr de la Fruglaye que la gendarmerie avait reçu l'ordre de le saisir et de l'amener.

Le peuple de la ville et de la campagne était disposé à le défendre, mais Mgr de la Marche voulait à tout prix éviter des troubles. Un lieutenant de gendarmerie et vingt hommes s'étant présentés à l'évêché le digne Prélat fut heureux de pouvoir s'évader par une porte dérobée et de se réfugier dans la maison du Laz.

Retiré dans cette demeure seigneuriale, Mgr de la Marche, pour échapper définitivement à ses persécuteurs songeait à quitter promptement la France.

Un gentilhomme de St Pol, Mr de Kernenguy, prépara son évasion. Quand tout fut prêt, son fils âgé de 20 ans, reçut l'ordre de se rendre près de l’évêque avec un de ses amis et de l'accompagner jusqu'à un bateau de contrebandiers anglais qui stationnait près de Roscoff, en partance pour la Grande-Bretagne. A la fin du mois de février, par une nuit profonde et un temps orageux, Mgr de la Marche et sa petite escorte sortirent du château de Kernevez par une porte du jardin qui donnait sur le rivage, et précédé d’un d'un matelot de l'équipage du bateau fraudeur qui leur servait de guide, se dirigèrent vers la plage de Porz-ar-Bascoun en Roscoff où le bateau était à sec. A neuf heures, à la marée montante, il reçut les adieux des jeunes gens qui l'avaient escorté, les bénit, et le bateau, prenant sa direction vers le nord, disparut dans les ténèbres.

Le temps était affreux. Pendant quatre jours et quatre nuits le bateau fut le jouet des vents. Sur ce frêle esquif non ponté, l'évêque n'avait d'autre siège ni d'autre lit que deux tonneaux d'eau de vie. Il débarqua le 28 Février sur les côtes de Cornouailles ( à Mounts Bay ) d'où il se rendit à Londres.

Quelques semaines plus tard, le domestique de l'Evêque essaya d'aller rejoindre son maître, avec ses bagages. La Municipalité de Roscoff s'opposa à l'embarquement, et consigna domestique et bagages à la disposition du District. Ceci se passait le 1er Avril. Quatre jours plus tard Morlaix faisait défense de laisser embarquer les bagage et le domestique, avant d'en avoir référé.

Les bagages se composaient de "deux malles et un porte-manteaux appartenant au çi-devant évêque de Léon, contenant des effets à son usage, un calice, trois gobelets et une bourse-jetons, le tout d'argent". Sans doute n'arrivèrent-ils jamais à destination.


Autre texte sur ce sujet :

Biographie universelle, ancienne et moderne,
ou Histoire, par ordre alphabétique, de la vie publique et privée de tous les hommes qui se sont fait remarquer par leurs écrits, leurs actions, leurs talents, leurs vertus ou leurs crimes
Par Joseph Fr Michaud, Louis Gabriel Michaud - 1820

Jean-François de La MARCHE, évêque de Saint-Pol de Léon, naquit dans le diocèse de Quimper , en 1729, et suivit d'abord la carrière militaire. Il se trouva au combat de Plaisance, en 1740, et y fut blessé en 1747. Il obtint le grade de capitaine au régiment de la reine infanterie ; mais après le traité d'Aix-la-Chapelle , il renonça au service, reprit ses études, et entra ensuite dans un séminaire.

Étant devenu prêtre, il fut fait chanoine-écolàtre et grand-vicaire de Tréguier , et fut pourvu, en 1764 , de l'abbaye de Saint-Aubin-des-Bois, au diocèse de Saint-Brieuc. Nommé, en 1772,à l'évêché de Saint-Pol-de-Léon, il remit son abbaye, et se livra au soin de son troupeau.

Son diocèse lui dut un beau collège, bâti à ses frais, et de plus un petit séminaire avec des fonds suffisants pour élever des jeunes gens pauvres.

Le prélat visitait chaque année son diocèse, présidait aux retraites ecclésiastiques, et trouvait, dans une sage dispensation de son revenu, le moyen de suffire à d'abondantes aumônes. Il menait en quelque sorte , dans son palais, la vie de communauté, sans cesser d'être accessible pour tout le monde, et surtout pour son clergé. Assidu dans son diocèse, il en sortait fort rarement : la seule assemblée du clergé où il assista, fut celle de 1788.

La révolution survint; on supprima son siège, et l'on prétendit lui interdire ses fonctions. L'évêque crut devoir instruire ses curés sur l'incompétence des décrets de l'Assemblée. Le 23 octobre 1790, il fit une réponse à la fois ferme et modérée aux significations des administrateurs, et continua ce qu'il regardait comme le devoir de sa place.

Un décret du 16 février 1791 le manda à la barre , ainsi que les évêques de Tréguier et de Nantes : en même temps on échauffait contre lui les esprits de la multitude dans un pays qu'il vivifiait par ses bienfaits.

Averti qu'on venait pour le saisir, M. de La Marche crut devoir se soustraire aux recherches; et après avoir erré quelque temps, il s'embarqua à Roscoff, en mars 1791, sur un bateau qui le conduisit en Angleterre. Il n'avait rien emporté avec lui, et se serait trouvé dans le plus grand dénuement, si des personnes généreuses n'eussent pris soin de pourvoir à ses besoins.

Lord Arundel, le marquis de Buckingham, et d'autres illustres Anglais, lui vouèrent une estime et un attachement durables. Le 20 août 1791, l'évêque de Léon donna, de Londres, une Lettre pastorale et une ordonnance, pour prémunir ses diocésains contre le schisme. Cependant le nombre des prêtres français qui se réfugiaient en Angleterre, croissait tous les jours.

Le prélat proposa une souscription en leur faveur : cette idée fut adoptée avec empressement; et le célèbre Burke seconda ce projet. De riches Anglais s'assemblèrent ; et l'évêque anglican de Londres se trouva même à la réunion. L'évêque de Léon y exposa la détresse de ses compatriotes. Ce ne fut point en vain ; des secours abondants furent prodigués, et beaucoup d'Anglais reçurent chez eux des prêtres français.

La pieuse hôtesse de M. de La Marche, Mme. Silburn en accueillit successivement un assez grand nombre. Ces procédés généreux furent l'objet d'une lettre que l'évêque adressa, le 30 décembre 1791, aux prêtres de sa nation réfugiés en Angleterre ; elle a été imprimée, et respire des sentiments de reconnaissance et de charité.

Pie VI lui adressa, le 2 septembre 1793, un bref, pour le féliciter de son zèle; et Louis XVIII, alors Monsieur, lui écrivit de Hamm, le 10 février de la même année, pour lui témoigner combien il était touché de ses soins.

Mais bientôt les progrès de la terreur dans notre patrie ayant porté à plusieurs milliers le nombre des prêtres et des émigrés qui avaient abordé en Angleterre, les secours particuliers devenaient insuffisants : une motion fut faite au parlement, pour consacrer une somme annuelle au soulagement de ces honorables proscrits, elle fut unanimement adoptée, et un mode régulier de secours fut établi. L'évêque de Léon fut chargé de présider à la distribution : beaucoup d'Anglais le rendaient de plus dépositaire de leurs offrandes, qui se montaient encore, par an , à une somme considérable.

Le prélat obtint, pour les prêtres français , le château de Winchester, où l'on eu recueillit jusqu'à huit cents; il pourvut aussi aux besoins des prisonniers de notre nation, et remplit jusqu'à sa mort, avec autant d'assiduité que de bonté, les fonctions de charité qu'on lui avait confiées.

Lorsqu'en 1801, Pie VII demanda les démissions des évêques de France, M. de La Marche assista aux assemblées que tinrent à Londres ceux de ses collègues qui se trouvaient en Angleterre. On dit qu'il hésita quelque temps ; mais enfin il adhéra à l'avis du plus grand nombre de ces prélats, et signa leurs lettres et leurs réclamations contre le concordat. Il adressa de plus, en son propre nom, le 15 mars 1803, une lettre au pape : du reste, nous savons que, peu avant de mourir, il déclara qu'il était loin de partager l'exagération de plusieurs des antagonistes du concordat de 1801.

Atteint d'une maladie grave , il reçut deux fois la visite de Monsieur, frère du roi, qui voulut recevoir sa bénédiction. Ce pieux évêque mourut le 25 novembre 1806, laissant à peine de quoi fournir aux frais de son inhumation, et après avoir instamment recommandé qu'elle se fît sans pompe et sans que rien y rappelât sa dignité d'évêque. Il avait rédigé lui-même son épitaphe, où ses titres sont également omis.

P—?—?.

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