La vie quotidienne à Roscoff - Histoire - Chro,iques publéees dans le Bulletin Paroissial de Roscoff

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Chroniques
d'histoires
publiées
dans le
Bulletin
Paroissial
de
Roscoff


de 1962
à   1977

n° 192 - 1965 - Avril

- Année 1791 - Constitution civile du clergé
- Police des auberges et salles de danse
-
Monseigneur de la Marche et les séminaristes du Léon
- 1791 / 1792 - Aggravation de la persécution


CHAPITRE III - ANNEE 1781


CONSTITUTION CIVILE DU CLERGÉ

CONDUITE DES PRETRES ORIGINAIRES DE ROSCOFF A L'ÉGARD DE LA CONSTITUTION CIVILE DU CLERGÉ


LE SERMENT - DENONCIATIONS CONTRE MONSIEUR BOUTIN

La Constitution civile du clergé ne trouva aucun adhérent dans le canton de St Pol de Léon.

Tous les ecclésiastiques qui y jouissaient d'un titre reconnu par l'Etat, à savoir les curés et les vicaires, furent unanimes à refuser de prêter le serment schismatique, que le décret rendu par l'Assemblée nationale le 27 Novembre et accepté par le Roi le 26 Décembre 1790, voulait leur imposer.

Ce furent à St Pol :

Dès le 22 Octobre 1790, ils avaient tous apposé leur signature au bas ,de la protestation du clergé du Léon contre la Constitution civile du clergé, en général, et notamment contre la réunion des Évêchés de Quimper et de Léon et l'élection projetée d'un Evêque du Finistère.

Malgré ce refus, Boutin continua (par tolérance) à exercer le ministère et à jouir de l'église, parce qu'il ne se trouva pas de prêtre assermenté pour le remplacer. Cette jouissance toutefois ne fut pas une jouissance paisible.

Au lendemain de son sacre, qui eut lieu la 21 février 1791, Expilly adressait au clergé du Finistère une lettre pastorale en forme de mandement de Carême. Les Recteurs la recevaient, dans le Léon, en même temps que le mandement de Carême publié par Mgr de la Marche au moment de son départ, mais ils avaient soin de ne lire que ce dernier et bien peu de municipalités furent assez patriotes pour s'en plaindre. Celle de Roscoff écrivait cependant le 7 Mars au Procureur-Syndic du District de Morlaix : "Nous avons reçu hier le Mandement de Monsieur l’Evêque du Finistère que vous nous avez adressé.

Nous nous sommes empressés de le transmettre au sieur Boutin, curé de Roscoff, avec prière d'en faire la lecture au prône de la messe paroissiale.”.

"Nous avons été étonné que le sieur Boutin, nanty d'un mandement du cy-devant Evêque de St Paul, il eut fait la lecture de ce dernier.''

Appelé à la barre de la Municipalité pour rendre raison de sa conduite, Mr Boutin déclare reconnaître toujours Mgr de la Marche comme Son légitime Pasteur et ne pouvoir, sans engager sa conscience, obtempérer aux ordres d'Expilly.

Sur un autre point; la Municipalité crû avoir eu gain de cause auprès de Mr Boutin.

Sur ce qui a été rapporté à la Municipalité qu'il était question chaque dimanche d'exposer le Ciboire, et ce sur la prière de l'ancien Evêque de Léon, cette cérémonie qui n'est pas d’usage ne pourrait qu'alarmer le peuple. Toute innovation, surtout dans le culte, est dangereuse, Nous avons en conséquence engagé Mr le Curé de Roscoff à ne pas s' exposer en exécutant les intentions du ci-devant Evêque. Nous croyons qu’il suivra notre avis, que nous avons crû dicté par la prudence."

Mais la Municipalité s’était trompée dans ses calculs. Le Curé ne tarda pas à lui montrer qu'elle avait tort de s’immiscer dans des affaires qui ne la regardait pas.

“ Imaginez-vous, Monsieur, écrit-elle le 11 au Procureur-syndic, qu’il n’y a une sorte de supercherie que n'employent les prêtres pour tromper le peuple des campagnes, et si les municipalité négligent la plus petite partie de la surveillance qui leur est confiée, ils abuseront, comme il ne l’ont déjà que trop fait, de leur ascendant sur les esprits et surtout chez les femmes.

Le 14, elle écrivit de nouveau que l’exposition du ciboire avait eu lieu le samedi et dimanche précédents et que le curé persistait ans son refus de lire le mandement d’Expilly. La lettre se termine par cette grande tirade :

“ Les prêtres réfractaires n’ont rien de sacré; ils violent toutes les lois, n’adoptent que celles qui ne contrarient pas leurs opinions fantastiques. Avec de pareils principes, ces prêtres insubordonnés doivent aller loin si on ne les arrête promptement dans leur course. Ils sèment partout le flambeau de la discorde, et cette désunion est d’autant plus dangereuse qu’elle retarde les progrès de la Révolution et exposent les bons patriotes, surtout dans les campagnes à des dangers imminents.

Ps : Le curé a refusé de lire hier au prône la Loi instruction sur la Constitution du clergé.”

Le Procureur-syndic du District de Morlaix, voyait dans les protestations unanimes et publiques d’attachement au clergé de Léon pour son évêque la trame d'un immense complot contre l’assemblée nationale. Le 18 mars, il fit donner acte d’une dénonciation en forme contre ces agissements, dénonciation consignée sur les registres du dépot criminel du greffe du District de Morlaix.

Le sieur Le Dissez a dit que Mr. La Marche, çi-devant Evêque de Léon, a pris la fuite, que parmi les adhérents du complot de M. La Marche contre les décrets de l'assemblée nationale on peut citer : le sieur Boutin, vicaire de Roscoff qui, au lieu de lire et publier une lettre pastorale de l’évêque du Finistère, est taxé de l'avoir supprimée et d'avoir lu en place, Ie dimanche 6 Mars, un prétendu mandement de I’Evêque de Léon, d'avoir soutenu qu’il ne reconnaissait que l'Evêque de Léon pour son légitime Pasteur, d'avoir, par insinuation pour alarmer le peuple et faire entendra que la religion et l'église sont en danger, exposé le saint ciboire les 12 et 13 de ce mois.

“ Sur quoi le dit sieur Le Dissez le dénoncer.

Donct acte,

Cependant le bon Curé de Roscoff continuait, malgré toutes les tracasseries, à exercer les divers devoirs de son saint ministère. L'assistance des malades et des pauvres lui tenait particulièrement à cœur.

Parmi ses papiers on a trouvé ce billet du 30 Mars 1791 :

Listes des pauvres, malades ou infirmes pendant, la Carême de l'an 1791 :


FETE DU 14 JUILLET 1791,

La fête fédération fut de nouveau célébrée.

“La municipalité d'abord, la garde nationale ensuite vinrent, sur l'autel de la patrie, faire le serment de garder la Constitution. Le peuple, d'après le compte-rendu, répéta la cérémonie.

Pour terminer la fête l'on se rendit à l'église Le “Te Deum” y fut chanté par un des citoyens, n'y ayant pas de prêtres conformistes, et la Municipalité ne voulant pas s'exposer à un refus comme l'année dernière".


POLICE DES AUBERGES ET SALLES DE DANSE

Quand la Municipalité s'occupait des affaires qui la regardaient, elle faisait de la bonne besogne. Je n'en veux pour preuve que ce règlement de police du 17 Juillet :

La Municipalité arrête :


Monseigneur de la Marche ET LES SEMINARISTES DU LEON

Au mois d'octobre, une partie des séminaristes du Léon s'étaient rendus près de leur Evêque pour recevoir les Saints Ordres. Ils s'étaient embarqués à Roscoff à bord du navire d'un négociant roscovite Picrel-Kérandré.

Le sieur Aubert, officier des classes, s’empressa d'en informer le District en ces termes choisis. Sa lettre est:du 29 Octobre.

“Je vous adresse ci-joint la liste de quatorze émigrés d'une nouvelle espèce qui se sont embarqués hier au soir après s'être présentés à mon bureau, à bord du bateau "La Providence" appartenant au sieur Picrel-Kérandré.

Vous verrez par les qualités de ces individus, clercs pour la plupart, qu'il est probable qu'ils vont rejoindre le çi-divant Evêque de Léon, qui, ne voulant rien changer aux époques de ses ordinations, a mandé ces candidats pour les admettre à la prêtrise. Ainsi se perpétuera cette engeance inconstitutionnelle.

En voici la liste :

"Ainsi donc un Evêque fugitif, expatrié et contre-révolutionnaire a le droit d'apposer ses mains profanes sur des têtes, trop crédules sans doute, mais qui n'en seront pas moins les instigateurs des troubles."


ASSEMBLEE LEGISLATIVE -   1er OCTOBRE 1791 / 21 SEPTEMBRE 1792

AGGRAVATION  DE LA PERSECUTlON .

La nouvelle Assemblée, qui remplaça le 1er Octobre l'assemblée nationale dite "Constituante", était en majorité gagnée à la République, à la libre pensée et aux idées révolutionnaires les plus avancées, ce qui n'a rien d'étonnant quand on songe que le serment de fidélité à la Constitution Civile du Clergé était requis pour être électeur ou éligible. Avec une telle assemblée, la persécution ne pouvait manquer de s'aggraver.

Et en effet, voici le tableau des mesures qu'elle prit :

·        Décret autorisant le divorce;

·        clercs insermentés privés de leur petite pension alimentaire et déclarés "suspects de révolte contre la loi et de  mauvaises intentions contre la patrie",

·        permission aux autorités locales de les expulser sans jugement s'il survient des troubles;

·        suppression de toutes les confréries, associations de piété et de charité; dispersion de toutes les congrégations d’hommes et de femmes;

·        mise en vente des palais épiscopaux et des maisons encore occupés par des religieux ou des religieuses;

·        enfin décrets de bannissement contre tous les prêtres non assermentés.

La dissolution de l'Assemblée Nationale fut à Roscoff l'occasion de grandes réjouissances organisées par la Municipalité, à la, demande d'Aubert, l'officier des: classes patriotes, désireux d'honorer même après sa mort, l'assemblée qui avait voté la Constitution Civile du Clergé.

Après lecture d'une lettre de ce dernier, les Municipaux de Roscoff arrêtèrent le 2 Décembre que le surlendemain, dimanche “il serait à l'issue des Vêpres chanté en l'église paroissiale un “Te Deum”, et fait un feu de joie et une injonction de faire une illumination générale pour notifier la joy générale.”

Portrait de Monseigneur de la Marche

La Révolution et l'église en 1791


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