La vie quotidienne à Roscoff - Histoire - Chro,iques publéees dans le Bulletin Paroissial de Roscoff

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Chroniques
d'histoires
publiées
dans le
Bulletin
Paroissial
de
Roscoff


de 1962
à   1977

n° 193 - 1965 - Mai

- 1791 / 1792 - Aggravation de la persécution
- Clergé et peuple fidèles
- Enlèvement de l'abbé Decourt
- Protestation de l'abbé de la Bourgonnière
- La municipalité organise au mieux le service du culte


Cahiers de Mr Le Corre

CHAPITRE III- - ANNEE 1791


AGGRAVATION DE LA PERSECUTION

La Municipalité paraissait avoir fait la paix avec Mr Boutin. Elle tenait à le garder, faute de curé constitutionnel.

Le 29 Novembre, le Département avait pris un arrêté ordonnant d'incarcérer au Château de Brest tous les ecclésiastiques, qui, ayant refusé le serment, troubleraient l'ordre public par leurs discours, leurs avis et leurs conseils, ou par leurs écrits. C'était comprendre dans la proscription tous les prêtres vraiment catholiques qui, n'écoutant que leur zèle et leur devoir, auraient cherché à prémunir les fidèles contre les fausses doctrines de la Révolution, soit dans des conversations particulières, soit au tribunal de la Pénitence, soit par des écrits composés pour réfuter les erreurs nouvelles.

Au reçu de l'arrêté, notifié à la Municipalité de Roscoff par lettre du District du 9 Décembre, l'assemblée municipale délibéra le 11 "que n'ayant aucun prêtre dans la classe spécifié par le dit arrêté, on ne donnerait aucun ordre atten(ta)toire à leur liberté...(et) le défaut de prêtres constitutionnels à Roscoff priverait le pays de tout service religieux et pourrait donner lieu à ce que la tranquillité, qui jusqu'à ce moment a régné, fut troublée."

Prirent part à cette délibération, Mège, maire, Aubert, Heurtin, D'alligny, Lattrou, Villaucourt. Jacques Kérenfors (nouveau procureur de la Commune) était absent.

Après la démarche de la Municipalité, Mr Boutin e t ses auxiliaires, M.M. Bourgonnière et Décourt, pouvaient provisoirement être rassurés sur leur sort.

Il n'en était pas de même des religieux de la Communauté. Conservé pour les religieux, qui avaient opté pour la vie commune, le couvent de Roscoff donnait asile, à. la fin de 1791, à une vingtaine de capucins, venus des différents couvents du Finistère, et au Père Corentin, ex-prieur des Carmes de Carhaix qui avait déjà eu l'honneur d'être emprisonné à Brest le 28 Juin pour n'être libéré qu'en Septembre, lors de l' amnistie générale.

Les jours s'écoulaient bien tristes au couvent de Roscoff. Les nouvelles qui arrivaient du dehors à nos reclus,n'étaient pas rassurantes : arrestations de prêtres insermentés, expulsions de religieuses, troubles en ville, menaces de la part des patriotes, visites domiciliaires des gardes nationaux pendant la nuit, tout leur donnait à entendre, ainsi que l’écrivait l'un d’eux que leurs jours étaient comptés et qu'il leur faudrait bientôt prendre le chemin de l’exil.

Aussi n'y a-t-il pas lieu de s'étonner qu'un beau jour de décembre, pris de panique, il s'échappèrent, à part trois ou quatre, la crainte d' être enlevés. Ils revinrent, d’ailleurs, au bout de 24 heures, rassurés par la promesse de la Municipalité de faire bonne garde.

Ces jours-là, vers 12 Décembre, mourait au couvent le Père Joseph Marie (Dorneuf) de Bannalec, venu du couvent des Capucins de Quimperlé.


CHAPITRE IV – ANNEE 1792
CLERGE ET PEUPLE FIDELES

Nommé en Avril 1791 par l'assemblée électorale de Morlaix, Dumay, ancien prieur-curé de Goudelin, était installé depuis le 29 Mai comme "curé” (constitutionnel, intrus, ou jureur) de St Pol et paroisse du Minihy".

Roscoff, avant la Révolution, faisait partie de la paroisse de Toussaints, une des sept paroisses de St Pol (ou Minihy-Léon); et son église de Notre-Dame de Croaz-Batz n’était qu'une église succursale, où un vicaire (appelé curé) et des prêtres auxiliaires exerçaient le culte au nom et à la place du Recteur du Minihy.

Un décret du 11 Septembre 1791 de l'Assemblée Nationale, avait modifié la circonscription ecclésiastique du District de Morlaix, dont dépendait la région de St Pol et érigé Roscoff en paroisse schismatique

Mais plus heureux que St Pol, Roscoff au début de l'année 1792, n'avait pas encore reçu de recteur intrus.

L'ancien clergé, composé de M.M. Boutin curé, de la Bourgonnière et Décourt, prêtres auxiliaires ou habitués, y exerçait encore le ministère, malgré le refus du serment.

Monsieur Kerbiriou, vieillard infirme et le P. Jacques Guernigou ex—Recollet ou franciscain (tous deux ayant refusé de prêter le serment) vivaient également à Roscoff au début de l'an 1792. Le Clergé  y jouissait même d'une paix relative, et les fidèles venaient non seulement des paroisses limitrophes comme Santec et l'Ile de Batz, mais des paroisses éloignés, comme Henvic, réclamer le secours de son ministère.

Monsieur Boutin eut l'honneur d'être, a cette occasion, dénoncé au District de Morlaix, et sur l'injonction de celui-ci, cité à la barre de la Municipalité. Il s'y justifia : il n'avait baptisé (les 28 et 31 Décembre 1791) les enfants de Goulven Cochart, Jérome Castel et Alain Querrien qu'avec l'autorisation écrite de la Municipalité d'Henvic, et il avait inscrit les baptêmes sur son registre. L'affaire n'alla pas plus loin, quoique le principal juge fut le citoyen Aubert.

La grande majorité des habitants de Roscoff était demeurée attachée aux prêtres fidèles. La preuve nous en est fournie par la lettre suivante adressée au District de Morlaix le 17 Février 1792.

“ Les Citoyens de Roscoff, c'est-à-dire les amis de la Constitution - qui, malheureusement, forment le plus petit nombre de ses habitants, ont l'honneur de vous représenter qu'il est indispensable de faire passer à Roscoff cent hommes de troupe avant la première huitaine de Mars, époque à laquelle notre Evêque nous annonce un prêtre citoyen. Le nombre des aristocrates, est considérable, puisqu'il s’en trouve même dans la municipalité. Rien de plus facile à concevoir : les cultivateurs forment le plus grand nombre et ne donnent leurs voix qu'aux personnes indiquées par les prêtres réfractaires.

“ Il serait nécessaire, Messieurs, à l'arrivée du Vicaire citoyen, d'éloigner nos trois prêtres réfractaires, ainsi qu'un moine récollet qui habite l'endroit. Nous ne verrons plus l'affluence d'étrangers, tant de St Pol que d'ailleurs, qui, sous prétexte de dévotion, viennent les dimanches et fêtes entendre la messe à Roscoff. "

“ Vous ignorez peut-être que de Taulé, Plouénan et St Pol, les pères de famille, malgré la distance des lieux et la rigueur de la saison, transportent leurs enfants à Roscoff pour y être baptisés. “

Il faut dire que sous le nom de Sociétés populaires ou de Société des Amis de la Constitution, commençaient à s'établir dans les provinces des clubs qui déjà surveillaient les autorités, les dénonçaient, les dominaient...

Ces plaintes n'étant pas écoutées du District de Morlaix, au gré des Amis de la Constitution, ceux-ci, soit de leur propre autorité, soit après entente avec le Directoire du Département, essayèrent, de s’emparer des prêtres demeurés fidèles,


ENLEVEMENT DE L'ABBE DECOURT

Nous trouvons dans le Cahier des délibérations de la Municipalité de Roscoff le récit détaillé de cette chasse aux prêtres fidèles.

11 Mars 1792 -.Assemblée des Officiers Municipaux. Sur requête de la veuve Greunen (née M.L. Prigent) et de sa nièce Marguerite Dreppe, Bureau de Poste, rue des Perles. Les commissaires Heurtin et Villaucourt et Jacques Kerenfors procureur ont fait rapport qu'ils ont été instruits par la Directrice le la Poste et sa nièce qu'environ minuit plusieurs particuliers armés, après avoir enfoncé la porte de la rue ainsi que celle du bureau de la poste (qu'ils ont trouvé entièrement brisé avec une partie de la cloison) se sont introduit dans l'intérieur de la maison en ont fait la visite et se sont emparés de la personne du sieur Décour, prêtre à Roscoff. Malgré le consentement duqel à les suivre librement, se sont néanmoins portés à briser les fenêtres; et qu'ils ont également sçu que les mêmes particuliers avaient été faire perquisition des personnes du sieur Boutin curé, du sieur Bourgonnière prêtre et du Père Jacques cy-devant Récollet, dans le dessein de les enlever comme ils ont fait dudit sieur Décour : ce qui a sans doute forcé ces derniers de s’évader pour mettre leur personne en sécurité, et ce qui a aussy ce jour privé le peuple du service divin, n'ayant été célébré aucune messe dans l'église paroissiale dont les ecclésiastiques cy-dessus sont les seuls des servants. "

“ Sur tout quoy la municipalité délibérante, sçachant combien le peuple de ce pays est affecté et allarmé tant par les dits voix de faits que par la privation de l'exercice de leur culte, considèrent que le clergé de cette paroisse a toujours édifié le peuple par sa bonne conduite et ses bonnes moeurs, a toujours insinué la paix, l'union et la concorde, a été également docile tant à la loi des décrets qu'aux différents arrêtés du Département dont il a ponctuellement fait les publications prônales, qu'il ne s'en est point fait de remplassement que la loi a décrété la liberté des cultes, que la perquisition que l'on a fait de leur personne ne peut émaner d'un tribunal légitime mais excitée par des esprits exaltés, turbulents et ennemis du bon ordre, de toute loi et même de la Constitution, perquisition et enlèvement d'autant plus condamnable qu'ils pouvaient occasionner une insurrection, étant faits furtivement et de suite, avec force et violance, dans plusieurs maisons, dans différents quartiers, même sans respecter le bureau de la Poste, sans communication d'ordre supérieur et légal aux administrateurs de cette municipalité dont le vrai civisme est connu et qui ne respirent qu'après les moyens de se rendre utile à leur patrie et conserver l'union et le bon ordre parmi les administrés dont ils sont les représentans. "

" La Municipalité est d'avis que le Maire adresse copie tant de la requête des Mlles Greunen et Dreppe que de la présente délibération aux ministres au Département, au District et partout où besoin sera, en manifestant le voeu du général de ce pays de conserver son clergé, et en sollicitant les ordres nécessaires pour la sûreté de leurs personnes et la liberté de leurs fonctions ecclésiastiques comme un vrai moyen de perpétuer le bon ordre et la tranquillité qui a jusqu'icy régné parmi le peuple de ce pays, trop justement: affecté et allarmé par la privation de l'exercice du culte.. "

Signé : Mège, Kerenfors, Villaucourt, Heurtin. .

Le Directoire du Département, à la lecture de cette énergique protestation, nia d'abord, le 26 Mars, avoir donné le mandat d'arrêt; le 31 il avoua l'avoir fait, illégalement d'ailleurs, puisque les prêtres réfractaires étaient autorisés, jusqu'à leur remplacement, à exercer leur ministère.

Si la Municipalité protesta contre l'arrestation de l'abbé Décourt, le sieur Dessonville était, au contraire, désolé qu'on n'eut pû s'emparer des autres prêtres. Le 12 Mars, il.écrivait au District de Morlaix "Si j'eusse été prévenu plus tôt du projet d'arrêter les prêtres réfractaires, sauf un meilleur avis j'aurais cru plus à propos de le faire le jour à l'issue de la Grand'Messe. Ils se trouvaient tous réunis et on ne les eut pas manqués, comme on l'a fait quoique j'eusse fait .connaître leur demeure et les issues à garder. "

" Le plus difficile à prendre était celui dont on s'est saisi. par les jardins qui avoisinent la maison où on l'a. trouvé."

Et dans la crainte de voir les paroissiens user de représailles et le châtier de son zélé à faire la chasse aux prêtres, il ajoutait :

“ Je suis averti depuis huit jours qu'on me menace étant sans armes.. Je demande qu'on me fasse passer deux bons pistolets et un sabre. Adressez votre réponse à St Pol : je suspecte et avec raison le bureau de la poste de Roscoff, où a été arrêté l'abbé Décourt. "


PROTESTATION DE L'ABBE DE LA BOURGONNIERE

Avant de s'en aller, ou plutôt avant de se cacher (car il resta à Roscoff pendant toute la période révolutionnaire, exerçant en cachette son ministère) Monsieur de la Bourgonnière, en guise d'adieux, adressa aux officiers municipaux cette digne et noble protestation :

" Le 15 Mars 1792 - Messieurs, Forcé par les circonstances à m'éloigner du lieu où mon état m'appeloit, permettez que je vous témoigne ma surprise de l'enlèvement projetté contre moi. Je croyois même que le bon ordre exigeoit que je ne quitasse l'église de Roscoff qu'au moment du remplacement, et qu'on pourroit plutôt mal interpréter une absence sans cause qu'une résidence paisible. Quelle a été ma surprise lorsque, samedi soir, l'on me dit qu'on vouloit attenter à ma liberté. En prenant des précautions, je ne pus me persuader qu'avant d'être remplacé, n'étant point fonctionnaire public et n'ayant point d'ailleurs agi contre la Loi (comme je me flatte que vous me rendrez témoignage, si besoin est) on se portât contre moi à une pareille entreprise. "

'' Si je l'avais crû, Messieurs, j'eus réclamé la protection de la Loi, comme un honnête-citoyen en a le droit. "

" Il est à présumer que quelque ennemi nous a calomnié, mes confrères et moi, auprès de Messieurs du District ou du Département, et que c'est d'après leurs ordres que les gens-d'armes nationaux ont cherché à me prendre chez moi. "

" Pour ce qui me concerne, Messieurs, je vous prie de protéger l'innocence opprimée et d’agir auprès de Messieurs du Département ou du District, afin que je sache de quel crime j'ai à me justifier. J'ose assurer que mes calomniateurs, quels qu'ils soient, n' auront aucune preuve contre moi. "

" Vous ferez, à cet égard, de ma lettre tel usage que vous jugerez convenable."

" Je suis avec respect, Messieurs, votre très humble et très obéissant serviteur,"

Signé : Bourgonnière, prêtre.


LA MUNICIPALITE ORGANISE DE SON MIEUX,  LE SERVICE DU CULTE

Monsieur Décourt était donc arrêté, et on ne l'avait pas lâché, malgré les protestations de la Mairie. Les autres ecclésiastiques, pour éviter le même sort, s'étaient mis à l’abri des entreprises des malveillants et ne reparaissaient pas.

Du coup, voilà la Municipalité dans un grand embarras ! C'était bien de protester auprès du District et du Département, c'était bien de demander aux Ministres de l'intérieur et de la justice, réparations pour les "effondrements et dégradations" de la Maison de Madame Greunen. Mais ces protestations ne lui rendaient pas son clergé. Pas de clergé pas de culte ! Le Peuple roscovite, si attaché à sa religion, ne va-t-il pas se soulever ? Que faire ? Au couvent des Capucins, il y a. bien une vingtaine de religieux. Mais est-on autorisé à demander leurs services ?

Bien vite on tint conseil, et l'on décida, le 14 Mars, de consulter le District sur la marche à suivre pour éviter la cessation complète du culte.


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