La vie quotidienne à Roscoff - Histoire - Chro,iques publéees dans le Bulletin Paroissial de Roscoff

169 170  171 172 173 174 175 176 177 178 179 180 181 182 183 184 185 186 187 188 189 190 191 192 193 194 195 196 197 198 199 200 201 202 203 204 205 206 207 208 209 210 211 212 213 214 215 216 217 218 219 220 221 222 223 224 225 226 227 228 229 230 231 232 233 234 235 236 237 238 239 240 241 242 243 244 245 246 247 248 249 250 251 252 253 254 255 256 257 258 259 260 261 262 263 264 265 266  267 268 269 270 271 272 273 274 275 276 277 278 279 280 281 282 283 284 285 286 287 288 289 290 291 292 293 294 295 296 297 298 299 300 301 302 303  304 305 306  -  Retour au sommaire   -   Menu

Précédent   - Suivant


Chroniques
d'histoires
publiées
dans le
Bulletin
Paroissial
de
Roscoff


de 1962
à   1977

n° 194 - 1965 - Juin

- Année 1792
- Arrestation de Mr Decourt
- Retour de Mr Boutin, son départ pour l'exil


Cahiers de Mr Le Corre

CHAPITRE IV - ANNEE 1792


A la suite de l'arrestation de Monsieur Décourt la Municipalité décida donc de consulter le District sur la, marche à suivre pour éviter la cessation complète du culte.

Le District ne s'empressa pas de répondre, Il répondit le 26 seulement "Adressez-vous au Couvent des Capucins a au Père Dominique".Un arrêté du Département l'y avait consigné en compagnie d'autres religieux. Bien vite on y courût, pour inviter le Père Dominique "à dire la messe, à administrer les sacrements et à constater l'état-civil et les décès”. La nouvelle déception : le P. Dominique se récusa, en raison de ses infirmités.

Mais il y avait au Couvent, une vingtaine de Capucins ! C'est vrai, mais les Municipaux croyaient que le District en désignant nommément le P. Dominique prononçait l'exclusion contre les autres religieux e t ils n'osèrent réclamer le ministère d'aucun de ceux-ci.

Ah ! Pourquoi donc le "curé citoyen" réclamé par le patriote Aubert et promis par l'évêque du Finistère tardait-il tant à venir ?.. Mais, de ce côté là, il n'y avait aucune chance d'aboutir. Nos bons officiers municipaux, en relations presque journalières avec Morlaix, connaissaient les résultats de l'assemblée électorale qui s'y était tenue les 25 et 26 décembre 1791 dans le but de pourvoir de curés constitutionnels Plougoulm, Ile de Batz et Roscoff. L'assemblée électorale n'avait pas fait d'élections et s'était ajournée sine die pour les bonnes . raisons suivantes : "L'assemblée a pensé que les paroisses auxquelles elle devait nommer jouissant d'une tranquillité parfaite sous leurs anciens fonctionnaires, il était de la sagesse de surseoir à toute élection jusqu'à ce qu'un plus grand nombre de candidats puissent se présenter."

Il restait bien le curé constitutionnel de St Pol-de-Léon. Mais halte-là ! Roscoff qui avait réussi après une lutte de deux siècles à s'en détacher, ne voulait désormais avoir rien de commun avec St Pol, pas même son "curé conformiste".

Ce dernier, d'ailleurs, ne tenait pas à reprendre contact, après la réception plutôt froide que Roscoff venait de lui faire les jours précédents.

Appelé par le sieur Denis pour le baptême de sa petite-fille, il était arrivé à Roscoff le 17 Mars au matin. Sa venue avait provoqué une assemblée inopinée de Messieurs les Municipaux, et la lecture du compte-rendu de cette réunion montre clairement qu’il ne pouvait être le sauveur de la municipalité en détresse.

"17 Mars 1792 - Assemblée des Messieurs Municipaux.

“Vers les huit heures du matin, Mr Dumay, curé constitutionnelle de St Paul de Léon, accompagné d'un Garde nationale de la garnison de St Paul de Léon, laquelle nous a remis une lettre du sieur Denis, habitant de cette commune de Roscoff, qui prie le dit sieur Curé de St Paul de venir icy administrer le baptême à un enfant de sa belle-fille. En conséquence le dit sieur Curé nous a requis par écrit de luy faire ouvrir les portes de l'église. A la pluralité des voix il a été arrêté que le bedeau seroit cherché pour luy remettre les clefs, non obstant la différence de paroisse. Ce qui a été fait sur-le-champ. Vû que la loi permettant tout espèce d'opinion religieuse, il paroit que le sieur Denis a le droit de choisir tel prêtre que bon luy semble.,. Fait en Maison Commune... Mège, Kerenfors, d'Aligny, Villaucourt.

Le baptême eut lieu : il est ainsi enregistré par le Curé :

" Marie Barbe, fille d'Yves Le Buors, greffier du Juge de paix du canton de Goulven, district de Lesneven et de Marie Catherine Michelle Le Séveur son épouse, née le 15 Mars 1792, a été baptisée le 17 par le soussigné, curé constitutionnel de St Paul-de-Léon, à la requête de son beau-père, dans l'église de Roscoff. Parrain et marraine ont été François Denis et Barbe Querbrat qui signent, le père présent.

F. Denis, Barbe Querbrat, Bernard Le Seveur, Le Buors, Le Bèche, D'Essonville.- Durmay, curé constitutionnel du Minihy-Léon."

Les ennuis éprouvés par la Municipalité dans la difficile organisation du culte prirent fin le 4.Avril..

Ce jour-là François Jacq vint à la Mairie faire la déclaration du décès d'un enfant et demander le concours d'un prêtre pour ses obsèques.

L'esprit de décision s'empara, cette fois, des officiers municipaux, qui résolurent de faire appel aux Pères Capucins, au risque de mécontenter les administrateurs du District.

'' Sur ce que le Père Dominique s'est excusé, dit le compte-rendu de la délibération de ce jour, malgré, nos prières, de correspondre à celles que Messieurs les Administrateurs du District nous ont mandé luy avoir faites de constater l'état-civil des enfans, de faire les enterrements et d'administrer les sacrements, le corps municipal ayant délibéré arrête : les Religieux Capucins seront priés de nommer un d’entre eux pour faire cet enterrement, et ce non obstant que par la lettre des Administrateurs il parait que leurs intentions n'étaient pas d'authoriser le Corps municipal à cette prière envers les dits religieux Capucins pendant le séjour du Père Dominique en cette ville."

La requête fut agréée :"Le Supérieur des Capucins, amené par le père de l'enfant mort, s'étant trouvé dans la Maison Commune, la prière luy a été fait sur-le-champ de faire cette enterrement. A répondu qu;il s'y prêterait pour cette fois seulement."

Le P. Athanase de Lannion présida aux obsèques de l'enfant Jacq et signa au registre, qu'il l'avait fait "en l'absence du curé."

La mesure prise ne fut d'ailleurs pas blâmée par le District, loin de là. Par son invitation au P. Dominique, il n'avait voulu que "procurer aux citoyens un surcroît d'avantages dans l'exercice du culte, sans néanmoins vouloir effacer l'invitation que la Municipalité avait faite aux Capucins de Roscoff d'exercer dans la même église des fonctions catholiques."

Essayant de faire les Canonistes, les Administrateurs du District ajoutaient "A l'Evêque seul appartient le pouvoir de déléguer de semblables commissions" comme s'ils avaient ignoré que l'Evêque intrus du Finistère fut sans juridiction. S'ils sont intervenus auprès du P. Dominique, c'est uniquement parce que "quand la tranquillité publique est troublée, notre devoir nous impose de ne pas laisser le peuple privé de culte ".(lettre du 4 Avril).

Le Directoire du Département fit encore mieux que le District de Morlaix. Le 3 Avril, il autorisa Monsieur Boutin à reprendre ses fonctions jusqu'à remplacement. Cette autorisation est ainsi conçue :

“ Du 3 avril 1792, l'an 4ème de la liberté.

“ Vû la pétition présentée au Directoire par le maire de la ville de Roscoff au nom de toute la Commune.

“ Le Directoire considérant que le curé cette ville quoiqu'il ne se soit pas conformé à la loi en faisant le serment civique, n'ayant pas été encore remplacé, n’a jamais prêché contre la Constitution, mais eu contraire a déféré constamment aux injonctions qui lui ont été faites par les officiers municipaux en proclamant et lisant au prône toutes les loix... arrête qui le sieur Boutin, curé de Roscoff, continuera de remplir dans la dite paroisse la fonction de Curé jusqu'à ce qu'il soit légalement remplacé par une élection faite conformément aux décrets, et qu'il jouira jusqu’à la dite époque du traitement qui lui a été alloué relativement à la population de la dite paroisse et ville de Roscoff, fait défense a qui que ce soit de lui porter obstacle dans les dites fonctions, le prévenant au surplus qu’il ne doit pas s'oublier dans cette place au point: de se porter perturbateur de l'ordre et de la tranquillité pas des discours contre la Constitution, car il sera dénoncé au tribunaux et poursuivi ainsi que de droit. Et sera l’expédition du présent adressé au Directoire du District de Morlaix pour être par icelui transmise tant à la Municipalité de Roscoff qu'au sieur Boutin, sans tardement,

Fait en Directoire de département à Quimper.

Signé : Kergariou, président - Marc, secrétaire général."

En lisant cette lettre, les officiers municipaux durent pousser un soupir de soulagement.. Elle mettait fin aux ennuis de toutes sortes qu'ils avaient subis pour essayer d'assurer le service du culte à Roscoff.


RETOUR DE MONSIEUR BOUTIN - SON DEPART POUR L'EXIL

Informé bientôt de la mesure gracieuse prise à son égard par le Département, Monsieur Boutin,ne tarda pas à reprendre son poste.

Si ce retour causa une grande joie à ses paroissiens fidèles, il fut de nature à pousser au paroxysme la colère des ennemis de la religion.

Malgré l'arrêté du 3 avril qui l'autorisait à assurer l'exercice du culte et défendait d'attenter à sa liberté, Monsieur Boutin fut, le 20 avril, l'objet d'une tentative d'enlèvement de la part des gendarmes nationaux. Cette tentative échoua.

La reprise des traditions religieuses eût le don de donner sur les nerfs de l'officier des classes Aubert. Le 30 Mai il prit la peine d'écrire au District pour se plaindre du bruit des clochettes agitées dans les rues de Roscoff, à l'occasion d'un décès. Voici ce monument curieux de l’intolérance révolutionnaire .

" Il est probable qu'on ne connaît, pas, ici la loi de l'égalité, les distinctions sont toujours en honneurs.

La dame Pain, veuve Lesné, dont le fils est émigré, vient aussi de s'émigrer, non outre-Rhin, mais au-delà du Stix. Cette dame avait des prétentions à la noblesse. Je suis instruit de son décès par la musique d'une douzaine de clochettes qui parcourent les rues, invitant ceux qui le voudraient à prier pour la défunte (A noter que cette tradition s'est conservée à Roscoff - les agonisants y sont également recommandés aux prières par un tintement spécial de la grosse cloche.).

“ Je vous avoue que ce tintamarre m'a singulièrement affecté. Eh bien ! voilà, malgré la loi, des gens qui veulent des distinctions jusque dans l'autre monde. Dieu les bénisse ! Ils verront si le Roi de la voûte azurée, qui a fait tout au mieux possible, aura de la considération pour de vieux parchemins."

C'est à cette époque (16 juin) que Jacques Kerenfors informa le District qu'il avait exécuté la mission (dont on l'avait chargé) sous prétexte d'égalité aussi, de faire disparaître de l'église les emblèmes particuliers proscrits par la loi.

Le travail ne dût être ni long ni pénible. Les habitants de Roscoff étant eux-mêmes fondateurs de leur église, seuls y possédaient droits et prééminences ceux à qui ils en avaient accordés, à savoir : à l'Evêque de Léon : une fenêtre avec droit d'y apposer ses armes (à la charge du vitrage et de son entretien; à François Keranguen et au Sire de Kerestat (les deux seuls décorés de ces privilèges), droit d'escabeau.

Une bandelette noire, faisant le tour le la nef en dedans, et portant les armes de l'alliance de la Bretagne avec la France disparut également dans cette, opération. L'écusson "France-Bretagne (de lys et d'hermines) de la voute du grand porche, fut toutefois respecté : il s'y trouve encore.

Les marques de prééminences furent également enlevées des chapelles.

Selon la décision de la Municipalité, les frais de l’opération furent mis à la charge de l'Eglise.

La lecture des quittances de Mr de Kersauson, marguillier, nous apprend que :

A la même époque remonte le grattage peu élégant opéré sur la façade de plusieurs maisons, dans le but de détruire les écussons portant les armoiries des familles nobles.

Cependant, excités par les clubs, les divers Districts du Finistère mettaient sur pied tous les agents dont ils pouvaient disposer pour rechercher de tous côtés les prêtres non. assermentés. Beaucoup ne durent leur salut qu'à la fuite. Il en fut ainsi de Mr Boutin, dont les gendarmes nationaux envahirent de nouveau le domicile dans la nuit du 18 Juin. Leur expédition provoqua cette protestation de la Municipalité.

“ 20 Juin 1792 - Assemblée des Officiers municipaux.

" Mr le Maire a demandé de délibérer sur la visitte domiciliaire qus: a été faite le 18, à 9 heures du soir, par les Gens d'armes nationaux et le sieur Hériez, commandant la corvette de l'Etat ''L'Alexandrine" de relâche dans ce port, chez le Sr Boutin, curé de cette ville.

" Le corps municipal, ouï le procureur de la Commune, délibère et, arrête; Vû l'urgence de ne pas laisser une Commune sans exercice du culte d'instruire l'autorité constitué de cet-événement arrivée contre la teneur expresse de son arrêté du 3 Avril 1792.

" Il sera envoyé un exprès à Quimper pour porter

" Ce qui. avait été ordonné par le dit arrêté du Directoire du Département, à nous transmis par celuy du District, qui, nonobstant cette transmission, a refusé au dit sieur Boutin le salaire qu'il était tenu de luy donner par cet arrêté. Que le Directoire du Département luy donne donc une nouvelle force affin que le dit sieur Boutin, qui s'est caché, puisse reparaître et exercer ces fonctions. "

Le Département ne répondit pas cette fois.

D'ailleurs l'animosité des corps administratifs contre les prêtres non assermentés, déjà entretenue par les clubs, notamment par celui de Brest, venait d'être de nouveau excitée par la large diffusion d'un nouveau bref du Pape Pie VI condamnant pour la troisième fois la Constitution civile du Clergé et le serment schismatique qu'elle imposait. Cette diffusion était attribuée, à juste titre, au zèle des prêtres fidèles : aussi travaillait-on, non à leur donner la liberté d'exercer leurs fonctions saintes, mais à s'emparer de tous ceux qui n'étaient pas encore emprisonnés.

Aussi Monsieur Boutin ne reparût pas. Sa dernière signature sur les registres est du 17 Juin.

Le District ne paya pas à Monsieur Boutin le traitement auquel il avait droit; le trésorier de la fabrique fut plus honnête : le 15 Juin il avait versé ce qui était dû aux prêtres pour la desserte des fondations. Le reçu suivant fut laissé entre ses mains par le curé.

“ Mr Kersauson comme trésorier de l'église de Roscoff doit pour les fondations de services depuis le 1er Octobre 1791 jusqu'au 15 juin 1792, savoir (suit le détail) : total : 425 L 1Os "

“ J'ai reçu de Monsieur Kersauson, trésorier de l'église de Roscoff la somme de 425 livres 10 sols deniers portée au compte ci-dessus, dont quittance à Roscoff, le 15 Juin 1792. Nicolas Jacques Boutin, curé de Roscoff.

" En marge : déduit pour solde du compte du sacristain 77 livres 1 sol 6 deniers - payé net a 348 L 9s 3d. "


Précédent   - Suivant