La vie quotidienne à Roscoff - Histoire - Chro,iques publéees dans le Bulletin Paroissial de Roscoff

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Chroniques
d'histoires
publiées
dans le
Bulletin
Paroissial
de
Roscoff


de 1962
à   1977

n° 195 - 1965 - Juillet / Août / Septembre

- Année 1792
- Arrestation de Mr Paul, curé de Santec
- Sort de messieurs Laviec, Paul et Decourt
- Fuite de sept religieux capucins
- Enlèvement de religieux
- La Loi de déportation


Cahiers de Mr Le Corre

CHAPITRE IV - ANNEE 1792


Mr Boutin parti, les fondations ne furent plus desservies. Les biens qui y étaient affectés étaient devenus "biens nationaux". Au Concordat, la Nation restitua ceux qui n'avaient pas été vendus. Les fondations furent de nouveau desservies jusqu'à 1906, époque où le gouvernement de la République confisqua les biens des églises par sa loi de la séparation de l'Eglise et de l’État.

Que devint Monsieur Boutin ? Un homme bien renseigné, l'officier des classes Aubert, s'empressa de le faire savoir au District

" 27 Juin 1792 - Vous savez que Boutin de Roscoff est parti ainsi que sept de nos Capucins par un floger qui n'a pris aucune expédition ni congé pour cette “belle œuvre”. Mais je compte bien vous en rendre “raison du Maître à son retour et l'envoyer à Morlaix” à votre disposition. Il est temps de faire des exemples pour arrêter un semblable brigandage."

De Jersey, où il débarqua, Monsieur Boutin passa en Angleterre. C'est là qu'il attendit la fin de la tourmente. De retour en France, après le Concordat, il fut nommé successivement Recteur de Mespaul et de Commana où il mourût en 1816.

Quant au brave marin-pêcheur roscovite qui l'avait soustrait aux mains des révolutionnaires, nous ignorons si on lui fit payer cher “cette belle œuvre” qui était en tout cas, une bonne œuvre, un bel acte de courage et de charité.

Le Registre de Police de la Mairie mentionne son retour au port de Roscoff par deux pièces. La première est la transcription de sa propre déclaration (où il ne s'est pas crû obligé de tout dire); la seconde, une franche dénonciation contre le vaillant maître de barque : voici ces pièces :

·        “ Dudit jour, Parjadis, caporal de la 4e Cie du 1er Bon des volontaires nationaux du Finistère, en garnison à St Paul, détaché présentement à Roscoff, déclare que le dit Tanguy Lumière est parti de ce port :depuis six jours, époque de l'émigration des Capucins de la Communauté et du curé inconstitutionnel de Roscoff. De tout quoy le dit caporal a fait sa déclaration pour prouver la fausseté de la déclaration du dit Tanguy Lumière et a signé : Parjadis, caporal 4e Compagnie." ...

Après le départ de Monsieur Boutin, la Municipalité réquisitionne de nouveau des Pères Capucins pour les sépultures et pour l'administration des Sacrements.

Ainsi, en Juillet, les P. Joseph de Roscoff (Yves Mével) et Alexandre de Quimper (Delaroque-Trémaria) présidèrent à des obsèques “à la réquisition de la Municipalité”. D'août à Novembre le P. Pacifique de Fasnet (Jacques Louis Nicol) économe du Couvent, administra le baptême, bénit les mariages et célébra les funérailles “avec la permission du District de Morlaix et à la réquisition de la Municipalité de Roscoff.”


ARRESTATION DE MONSIEUR PAUL, CURE DE SANTEC

Mais nous voilà loin de la séance municipale du 20 Juin, que nous avons interrompue pour suivre Mr Boutin.

Faute de remplaçant jureur, Monsieur Paul (Hervé Marie) avait été “toléré” comme curé de Santec, où il continuait à assurer l'exercice du culte catholique.

Après avoir essayé en vain de prendre Mr Boutin, les gendarmes se rendirent au bourg de Santec, et au milieu de la nuit, s'emparèrent de la personne de Mr Paul. Ils arrêtèrent en même temps Mr Le Men (François Marie), ex-professeur au Collège de St Pol, qui se trouvait à Santec.

La section de Santec faisait partie de la Commune de Roscoff : le 15 Janvier son corps politique avait opté pour sa réunion à Roscoff de préférence à St Pol. C'est pourquoi la municipalité de Roscoff crût de son devoir de protester, dès le 20 Juin, contre cette arrestation. Elle le fit en ces termes

“ Mr le Maire a demandé de délibérer, d'après les représentations des cultivateurs de Santec sur l'enlèvement qui a été fait la, même nuit du 18 au 19 de ce mois, du sieur Paul, curé dudit Santec. La Municipalité, oüi son procureur de Commune, délibère et arrête “de demander au Directoire du Département que le dit curé. soit relâché sur le champ et remis à ces fonctions, jusqu'à remplacement légal, où que le procès soit fait au dit curé dans les formes et délais prescrit par la Loi, protestant contre l'arbitraire."

Fait en Maison Commune l'an 4 de la Liberté : Mège, D’Alligny, Heurtin, Villaucourt, F.Seité, Alexis Daniélou, Jacques Kerenfors."

La même troupe se rendit le 25 à l' Ile de Batz, arrête le vicaire, Monsieur Laviec...

Cette dernière arrestation consola le citoyen Aubert de la fuite de Mr Boutin. Le 27, il en écrivit au District en des termes peu flatteurs pour les insulaires :

“ Mr Hériés a arrêté le 25 de ce mois M. Laviec, vicaire non constitutionnel de l'île de Batz.. Ces paroissiens se sont prêté avec ardeur à l'arrestation de M. Laviec."...


SORT DE MM. LAVIEC, PAUL et DECOURT

Messieurs Laviec de l'île de Batz, Paul de Santec et Décourt de Roscoff furent conduits à la prison du Château de Brest. Dans les rues de cette ville, Mr Décourt eut les cheveux arrachés par des femmes (lettre du P. Alexandre).

Le 1er Juillet, le Département prit un arrêté autorisant les prêtres détenus au Château à choisir entre la permanence en arrestation ou la déportation en pays étranger.

M.M. Décourt, Paul et Laviec optèrent pour la déportation en Espagne. D'ailleurs, revenant sur l’arrêté du 1er Juillet, on décida de déporter tous les prêtres prisonniers qui n'étaient pas sexagénaires, qu'ils l'eussent demandé ou non.

Le 11 Août, 72 prêtres furent embarqués sur le "Jean-Jacques" navire de 40 tonnes seulement et l'on donna à chacun d'eux 300 livres en assignats.

Après une traversée pénible, pendant laquelle ils eurent à souffrir d'une tempête affreuse, en plus de la faim et de l'entassement dans l'entrepont et la cale d'un bateau trop petit, ils débarquèrent le 19 août au port de Rivades.

Ils se dispersèrent dans différentes localités. Monsieur Nicolas Laviec se retira à Mondenedo,

Paul et Decourt à Santander où ils furent accueillis par l’Evêque, le Chapitre et les habitants avec les plus grandes démonstrations de bienveillance et de charité.


FUITE DE SEPT RELIGIEUX CAPUCINS

Le récit de ces diverses arrestations mit en émoi la Communauté des Capucins : ils s'attendaient à subir du jour au lendemain, le sort de Paul,Laviec et Décourt.

Sept d'entr'eux :

ne purent se faire à cette idée. Se dérobant à la surveillance dont ils étaient l'objet, ils quittèrent le Couvent et allèrent rejoindre Monsieur Boutin.

Le 21 Juin ils débarquaient à Jersey. Un témoin oculaire, l'abbé Sorre, curé de Le Boussac, qui avait déjà passé la mer, a consigné dans son journal l'arrivée et la réception faite à Jersey aux Religieux bretons.

" Il arriva ici (à St Hélier) avant-hier (21 Juin) sept capucins en habit de religion; en six heures ils furent tous habillés à l'anglaise; un riche négociant nommé Dumaresq, leur proposa sa maison de campagne sans en exiger un sol; mais les français de l'île ne sont pas au bout de leurs finances et jusqu'à ce moment on n'a pas eu besoin du secours des étrangers. Les capucins firent une excellente impression sur les Jersiais." (Lettres de l'abbé Sorre, publiées par S. Dupont dans le Nouvelliste de Bretagne sous le titre : Les Illusions d'un curé de Bretagne sous la Terreur).

“On les dit embarqués, nous ne savons ni où ni comment” disait une lettre du 22 de la Municipalité au District.


ENLEVEMENT DE RELIGIEUX

Avant cet exode, le Couvent des Capucins de Roscoff renfermait un grand nombre de religieux.

Le premier qui fut mis en état d'arrestation fut le Père Dominique Nouvel, récollet.

Le District en voulait encore plus à ce religieux qu'aux autres. Malgré les pressantes prières de “Messieurs les Administrateurs”, il avait refusé d'assurer le service du culte dans l'église de Roscoff, après le départ du clergé paroissial. Un froissement d'amour propre se pardonne difficilement.

A la prison du Château de Brest, où il fut mené, le P. Dominique se trouva avec MM. Décourt, Laviec, Paul et Le Men. Avec eux; il signa, le 18 Juillet, une pétition à la Municipalité de Brest, où, après avoir nié qu'ils fussent “des rebelles, des malfaiteurs, des ennemis de l'ordre public et de la patrie”, ils s'élevaient contre l'arrêté du 1er Juillet du Département condamnant, à la déportation soixante-douze des ecclésiastiques détenus, et en appelaient - droit imprescriptible pour tout Français - l’Assemblée Nationale et au Roi.

Le P.Dominique fut il aussi déporté en Espagne, ou maintenu en “arrestation permanente” ? fut-il traîné de prison en prison ? On perd sa trace le 11 août, jour de la sortie de la prison de Brest.

L'invasion de la nuit du 8 au 9 Juillet fit-elle d'autres, victimes au Couvent de Roscoff ?.. Tout porte à croire que le P. Augustin Le Corre partagea le sort du P. Dominique.

Ce religieux (qui était, à la Révolution, prieur des Capucins de Landerneau) était venu au couvent de Roscoff à la fin de 1791 après avoir été incarcéré, de Juillet à Septembre, au Couvent des Carmes de Brest transformé en prison.

A partir de Juillet 1792, son nom ne figure plus sur la liste des religieux de Roscoff.

A la fin de 1792, le P.Augustin se trouve à la prison du Château_du_Taureau  (rivière de Morlaix), attendant son départ pour la Guyane française, la plus malsaine des colonies. En définitive au lieu d’être envoyé à Cayenne, il fut déporté à Brême (Allemagne) le 18 Avril 1793.

Les Frères Etienne de St Malo, Victor de Brest, Jean-François de Brest disparurent à la même époque. Comme il n'est fait aucune mention d'évasion, il est à présumer qu'ils furent arrêtés et incarcérés.

Dès le 10 Juillet, la municipalité protesta en ces termes contre l'arrestation des religieux :

“ 10 Juillet 1792 - Mr le Maire a mis sur le bureau le procez-verbal, rédigé par les officiers municipaux soussignés, et dont il demande acte tant pour lui que pour ses collègues, relative à l'enlèvement illégale des Capucins de Roscoff exécutée la nuit du 8 au 9 de ce mois.”

“ La Municipalité, oüi le procureur de la Commune, arrête et délibère que le bureau municipal sera chargé d'envoyer des copies partout où besoin sera pour qu'un pareil attentat au droit de l'homme et à la liberté soit poursuivi, s'il y a lieu.”

Et, poussée moins par l'amour de la religion que par la crainte de voir se soulever les chrétiennes populations de Roscoff et de Santec privées de leurs pasteurs légitimes, la Municipalité arrêté “vu qu'il n'y a pas de fonctionnaire public pour la déserte de la paroisse, que le bureau municipal sera chargé de requérir deux Religieux Capucins: pour dire dans l'église paroissiale deux messes tous les jours de dimanches et fêtes, mais ils ne feront ces réquisitions que la vaille et en changeront les heures (des messes évidemment) afin que, s'il est possible, il n'y ait que les paroissiens qui puissent s'y trouver.”

Voilà pour l'organisation du service religieux à Roscoff. Quant à celui de Santec, la Municipalité l'arrangea autrement, c'est-à-dire ne l'arrangea pas du tout. Elle se contenta de charger le bureau municipal “d'écrire à Morlaix au District pour qu'il eût à procurer un prêtre à la succursale de Santec pour y dire la messe, d'après les différentes demandes qui lui a été faites par les habitans de cette section de notre Municipalité.”

Les Capucins desservirent aussi la paroisse de l’île de Batz. Les marguilliers de 1791 / 92 versèrent au batelier Yves Le Bescont la somme de 24 livres (à raison d'une.livre par voyage) “pour prendre et conduire les Capucins de Roscoff “ (cahier des Comptes 1791-92 à Batz).


LA LOI DE DEPORTATION

Après avoir emprisonné le roi louis XVI, le 10 Août, en attendant de proclamer la République, le 21 septembre, pendant que les Prussiens avançaient sur le territoire de la France, l'assemblée législative n'avait qu'un désir : détruire la religion catholique. Et comme le meilleur moyen de déchristianisation est le manque de prêtres, elle vota le 26 août la Loi de Déportation.

Cette loi frappait tous les fonctionnaires ecclésiastiques qui n'avaient pas prêté le serment à la Constitution Civile du Clergé. Chacun de ces ecclésiastiques devait se présenter devant le Directoire du District et à la Municipalité de sa résidence, déclarer le pays étranger où il voudrait se retirer et, prendre un passeport qui contiendrait sa déclaration, son signalement et la route qu'il voulait suivre. Après quoi, il était obligé de sortir du Royaume dans la quinzaine : passé ce temps il serait déporté à la Guyane française.

Les ecclésiastiques qui rentreraient en France, après en être sortis, seraient condamnés à dix ans de détention.

“ En assujettissait aux mêmes dispositions les ecclésiastiques qui auraient occasionné des troubles et ceux dont l'éloignement serait demandé par six citoyens domiciliés dans le même département.

Enfin, les ecclésiastiques infirmes ou sexagénaires étaient exemptés de se soumettre à cette loi, mais un article ordonnait de les réunir au chef-lieu d’un département, dans une maison commune surveillée.

La persécution, dans toute sa fureur allait se déchaîner.

Il n'entre pas dans le cadre de ces notes de raconter les difficultés et les dangers que rencontra le clergé français dans cette émigration en masse vers l'Espagne, l'Italie, la Suisse, l'Allemagne et l’Angleterre, ni les souffrances de toutes sortes qu'il eût à endurer pendant un long exil.

Contentons-nous d'exposer seulement, ce qui se passa à Roscoff, à la suite de la loi du 26 Août.

Le port de Roscoff, en raison de ses relations commerciales, devint le rendez-vous d'un grand nombre d'ecclésiastiques bretons, désireux et contraints à chercher à l'étranger le libre exercice du culte qui leur était interdit dans leur patrie.


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