La vie quotidienne à Roscoff - Histoire - Chro,iques publéees dans le Bulletin Paroissial de Roscoff

169 170  171 172 173 174 175 176 177 178 179 180 181 182 183 184 185 186 187 188 189 190 191 192 193 194 195 196 197 198 199 200 201 202 203 204 205 206 207 208 209 210 211 212 213 214 215 216 217 218 219 220 221 222 223 224 225 226 227 228 229 230 231 232 233 234 235 236 237 238 239 240 241 242 243 244 245 246 247 248 249 250 251 252 253 254 255 256 257 258 259 260 261 262 263 264 265 266  267 268 269 270 271 272 273 274 275 276 277 278 279 280 281 282 283 284 285 286 287 288 289 290 291 292 293 294 295 296 297 298 299 300 301 302 303  304 305 306  -  Retour au sommaire   -   Menu

Précédent   - Suivant


Chroniques
d'histoires
publiées
dans le
Bulletin
Paroissial
de
Roscoff


de 1962
à   1977

n° 198 - 1965 - Décembre

- 1792 - Une fournée du tribunal révolutionnaire de Brest
- 1793 Nomination et installation d'un curé intrus à Roscoff - Mr Luslac
- Inventaire de l'argenterie de l'église


Cahiers de Mr Le Corre

CHAPITRE IV - .ANNEE 1792


UNE FOURNEE DU TRIBUNAL REVOLUTIONNAIRE DE BREST

De tous les hommes qui avaient la charge de juger le Père Joseph, le plus abject fut, sans contredit, Joseph Palis, né à Maurs (Cantal). Refusé en 1793 par la ville de Brest comme chirurgien de la Marine, il fut nommé par la Convention juge au tribunal révolutionnaire.

Dans la prison du Château, il proposa à Melle de Forsans son acquittement au prix de son honneur ; ses avances furent énergiquement repoussées. Après son exécution, il fit subir à son cadavre les derniers outrages

" côté de ces juges, qui jugeaient sans appel, il avait les jurés, parmi lesquels nous voyons trois officiers de marine, trois soldats du bataillon montagnard de Paris et deux membres du comité révolutionnaire de Brest.

Voilà le Tribunal devant lequel allaient comparaître les infortunés, dont nous allons maintenant rapporter le jugement ...

Voici l'interrogatoire du Père Joseph :

“ Cejourdhui 1 Thermidor de l'an II de la République une et indivisible, à la réquisition et en présence de l'accusateur public près le Tribunal révolutionnaire séant à Brest.;.nous Joseph Palis, juge au tribunal révolutionnaire établi à Brest à l'instar de celui de Paris, assisté de Denis Marie Cabons greffier du dit tribunal, étant dans une pièce dépendante de la maison d'arrêt dite le château de Brest, y avons mandé et fait amener un particulier détenu en icelle lequelle nous avons interrogé ainsi qu'il suit :

-          Quels sont vos noms et prénoms

-          Yves Mével

-          Votre nom de religion.?

-          Joseph de Roscoff

-          Votre âge ?

-          65 ans

-          Le lieu de -votre naissance

-          De la commune de Roscoff

-          Votre profession ?

-          Capucin

-          Votre demeure avant-votre arrestation

-          A Morlaix

-          Vos moyens d'existence avant la Révolution, depuis, et maintenant ?

-          De la quête et d'aumône,

-          Connaissez-vous les motifs de votre arrestation ?

-          Non..,

-          Dans quelle maison avez-vous été arrêté à Morlaix ?

-          Chez la Citoyenne Ruvilly.

-          Par qui avez-vous été conduit chez la Ce Ruvilly

-          Je ne les connais point, il était nuit; c'était quatre femmes à moi inconnues

-          A quelle époque avez-vous été conduit chez la Ce Ruvilly ?

-          Je ne me rappelle pas.

-          Combien de temps avez-vous demeuré chez elle ?

-          Près de quatre mois

-          Avez-vous dit la, messe chez cette Citoyenne.

-          Quelquefois.

-          Avez-vous confessé dans cette maison ?

-          Oui, j'ai Confessé la Ce Ruvilly et sa soeur.

-          Allait-il plusieurs personnes, à votre Messe ?

-          Un peu.

-          Dans quel endroit de la maison disiez-vous la Messe

-          Dans la mansarde.

-          Depuis quand, erriez-vous et quels sont les endroits où, vous avez été

-          Depuis quatre ans seulement dans la çi-devant Bretagne.

-          D'où veniez-vous quand vous êtes venu à Morlaix ?

-          De Roscoff.

-          Chez quelles personnes avez-vous logé depuis que vous n'êtes plus au Couvent ?

-          Je ne m’en rappelle pas, parce que je ne les connais point.

Telles sont ses réponses à ses interrogatoires qu'il déclare contenir vérité, et y persister, et,a signe avec nous.

De plus a été interrogé :

-          D'où vient les ornements qu'on a trouvé chez la Citoyenne Ruvilly ?

-          Je les avais emporté du couvent de Roscoff, et les portais avec moi partout où j'allais.

-          Personne ne vous aidait à porter ces ornements de l'Eglise ?

-          Quelquefois je trouvais des personnes qui voulaient bien les porter.

-          A qui appartient le Calice, et les boites à hosties, les pierres sacrées et le Reliquaire ?

-          A répondu que s’était à lui, à l'exception de la grande pierre.

Plus n'a été interrogé et a signé :

-          Yves Mével de Roscoff, dit Joseph de Roscoff

-          Palis

-          Cabon..

Le dossier ne contient pas les interrogatoires des deux soeurs Déparée. On s'explique: les lacunes qui y existent quand on sait que, le 30 thermidor, 17 Août 1794, le président Ragmey ayant été destitué par ordre du nouveau Comité de salut public, les scellés furent apposés sur ses papiers. L'un des juges du Tribunal, Maurice Le Bars, aussi compromis que son chef, et le clubiste Dessirier, furent chargés de cette opération et firent disparaître les papiers par trop compromettants.

Aussi n'avons-nous sur celles qui avaient donné asile au P. Joseph que les trop brefs renseignements que nous fournit l'acte d'accusation. Julie Démarée, veuve Ruvilly Le Saux, âgée de 66 ans, était née à Saint Malo et demeurait à Morlaix avec sa soeur Perrine Eugénie Démarée-Le Coant, née à Port-Louis et âgée de 64 ans.

Nous ne connaissons donc de ces généreuses chrétiennes que de charité héroïque qu'elles firent en procurant, au péril de leur vie, un un asile à un vieux capucin, errant sur les chemins de Bretagne.

Elles agissaient ainsi au moment où trois autres femmes de Morlaix, Anne Levron, 25 ans, marchande, Anastasie Le Blanc, 36 ans, Anne Le Blanc, 80 ans, tricoteuses venaient de payer de leur vie l'hosptalité donnée à Mr Clec'h, prêtre de Plestin (elles venaient d'être guillotinées à Brest (30 Juin) en même temps que cet ecclésiastique).

Enfin le 12 Thermidor (30 Juillet 1794), les accusés sont amenés devant le redoutable tribunal.

Nous constatons, en lisant le procès-verbal du jugement, que l’on ne sauvegardait même pas les formes extérieures de la justice. Il est question de défenseur officieux dans la partie imprimée du procès-verbal, mais il n’y en eut aucun. Les témoins à charge, assignés par l'accusateur public, se bornent à dire qu'ils étaient présents lors de l'arrestation; quant au témoins à décharge cité par les inculpés, ils ne furent pas interrogés, ou leurs paroles ne furent pas inscrites.

Le procès-verbal de la séance n'est pas achevé et ne, porte aucune signature.

A quoi bon, du reste, puisque les accusés étaient condamnés d'avance

Leurs dernières illusions, devaient s'évanouir en entendant le violent réquisitoire de l'accusateur public :

Cet ex-Capucin, dit-il en parlant du P. Joseph., habitait depuis environ trois mois et demi une mansarde dans laquelle était dressé un autel pour servir aux prétendues fonctions de son culte; tout l'attirail nécessaire à son charlatanisme et saisi en même temps que lui, consiste en un missel, un calice avec sa patène, une chasuble et une aube, une robe de Capucin, une boîte dans laquelle se trouvait ce que l'on appelle des hosties, ainsi que plusieurs autres effets qu'il serait trop long de décrire."

" Dans le repaire de Mével se rendaient les superstitieux et criminels sectateurs d'un culte exercé par des ministres séditieux et rebelles; là, cet ennemi de la république et du bonheur du peuple s'efforçait, par ses mensonges et ses impostures, de les retenir sous l'étendard de la contre-révolution.”

" Le Jury, consulté à son.tour déclare :

-          1° - Qu'il est constant qu'à Morlaix dans le mois de Messidor dernier il a été recélé un prêtre réfractaire.

-          2° - Que J. Déparée Veuve Ruvilly Le Saux et F.L. Démarée Le Coant sont convaincus d'être auteurs ou complices de ce délit...

Après quoi, le Tribunal prononce la sentence

“ Le Tribunal déclare le dit Yves Mével convaincu d'être prêtre réfractaire, non assermenté et comme tel avoir été sujet à la déportation; en conséquence, ordonne que le dit Yves Mével sera livré dans les 24 heures à l'exécuteur des jugements criminels pour être mis à mort, conformément aux articles 10, 14, 15 et 5 de la loi du 30 Vendémiaire. "

“ Condamne J. Déparée veuve Ruvilly Le Saux, Démarée Le Coant à la peine de mort, conformément aux articles 1 et 2 du décret de la Convention du 22 Germinal... "

‘ Ordonne que le présent jugement sera mis à exécution dans les 24 heures, imprimée publié dans toute l'étendue de la République française, et en breton,dans les départements maritimes."

L'exécution eut lieu le jour même, 12 .thermidor, an II (30 Juillet 1794) à trois heures de relevée sur la place dit du cy-devant château", où était installée la guillotine.

Le même jour, à Paris, s'accomplissait la dernière expiation du despotisme de Robespierre à Brest on en était encore aux plus mauvais jours de la Terreur.

Il en était de même à Quimper. M.M. Corrigou, aumônier des Ursulines de Saint Pol et Le Gall, recteur de Plouénan (ainsi qu'Anne Le Saint, qui avait hébergé les deux prêtres proscrits) n'y furent guillotinés que le 16 Septembre 1794.

Mr Branellec, vicaire à Saint Pol, avait, auparavant, versé son sang pour la foi. Il était mort sur l'échafaud, à Brest, le jeudi-saint, 17 Avril 1794 . Madame Le Guen, de St Pol, qui l'avait recueilli dans sa maison fut condamnée à la déportation. Quelques jours avant sa mort, il avait composé un Cantique breton où il proclamait sa joie de mourir plutôt que d'adhérer au schisme constitutionnel.

Si le Tribunal révolutionnaire savait assassiner légalement, ses victimes savaient courageusement mourir pour l'honneur de la religion et de la vertu.

Puissions-nous, par nos prières, hâter le jour où l'Eglise placera sur les autels, pour leur rendre un culte public, les confesseurs de la foi mis à mort pendant la Révolution.


CHAPITRE V - ANNEE 1793


NOMINATION ET INSTALLATION D'UN CURE INTRUS A ROSCOFF
Mr LUSLAC

En 1793, tous les prêtres fidèles étaient ou déportés, ou détenus dans les prisons ou cachés dans le pays,

Aussi aurons-nous rarement à reproduire des lettres écrites par eux. Les documents que nous fournissent les archives de. cette époque ne rapportent guère que les dénonciations lancées contre les prêtres cachés ou ceux qui leur donnaient asile et les procès-verbaux des poursuites exercées contre eux.

A plusieurs reprises le District avait essayé de donner à Roscoff un curé constitutionnel, mais en vain. Les candidats faisaient défaut, ou une fois nommés se dérobaient.

C'était à la fin de 1792 seulement que Raoul, procureur syndic du District de Morlaix dénicha un intrus content d'accepter le poste :

" J'ai été instruit, écrivait,-il le 25 Novembre, que le citoyen Luslac, pour raison de santé, préférerait Roscoff " au Guerlesquin, où il était depuis un an.

Le lendemain, l'assemblée électorale, réunie à Morlaix, procéda à l'élection, dont il est ainsi rendu compte :

-          Au 1er tour : 48 votants, pas de majorité absolue; pluralité de voix pour Luslac et Buhot qui entrent en concurrence

-          Pour le second tour : 45 votants, 20 voix à Luslac, 16 à Buhot, 9 voix perdues.

Ainsi nommé à Roscoff, et muni quelques jours plus tard de l'institution canonique par le citoyen Evêque du Finistère (ce sont les expressions du sieur Raoul) le citoyen Luslac quitta le Tréguier pour le Haut-Léon dans les premiers jours de Janvier 1793.

Le 5, il se présentait au bureau municipal et demandait au greffier de dresser l'acte de son installation.

Le maire, qui était présent, fit aussitôt observer au curé qu'en sa qualité de fonctionnaire public et salarié il devait, d'abord et avant tout, prêter le serment devant la Municipalité et en signer la prestation sur un registre ad hoc.

Ce n'est qu'à cette condition que le greffier dresserait l'acte de nomination et que les citoyens Yves Heurtin, officier municipal, et Jacques Kerenfors, procureur de la commune, lui remettraient les objets du culte dont ils avaient la garde.

A cette mise en demeure le curé répondit par un refus catégorique. Il connaissait la loi : c'est à l'église, à l'issue de la grand-messe, qu'il prêterait le serment, par devant la Municipalité réunie à cet effet.

C'est en vain que le Maire fit convoquer pour le lendemain le corps municipal. Le Curé ne se présenta pas, et le procureur de la Commune, délégué auprès de lui, ne pût l'amener à se soumettre aux exigences de la Municipalité.

Dans cette affaire, les torts n'étaient pas du côté du curé.

Mieux avisés, les Municipaux se rendirent en corps à la Grand-Messe dominicale, à, l'issue de laquelle ils entendirent tomber des lèvres du curé intrus ce serment schismatique, condamné le 13 avril par le Pape Pie VI :''Je jure de veiller avec soin aux fidèles dont la direction m'est confiée; je jure d'être fidèle à la Nation, à la Loi et au Roi (?), je jure de maintenir de tout mon pouvoir la Constitution française et notamment les décrets relatifs à la Constitution Civile du Clergé..,"

La cérémonie terminée, ils s'en revinrent humiliés et pas contents... et négligèrent de consigner sur leurs registres l’éclat et la solennité de la Grand Messe d’installation de leur nouveau Curé.


INVENTAIRE DE L’ARGENTERIE DE L'EGLISE

L'Assemblée du Général de la Commune du 3 Mars, présidée par. le citoyen Quarré assisté de Villaucourt, Heurtin et François Seïté de Pemprat, officiers municipaux (absents : Alexis Daniélou et François Quéméner) ; chargea Yves Heurtin et Jacques Kerenfors (procureur de la Commune). d'exécuter la loi du 10 Septembre 1792, relative à l'inventaire des meubles, effets et ustensiles en or et en argent employés au service du culte.

Le lendemain, la besogne était faite. Nous donnerons dans notre prochain numéro le compte-rendu de l'opération.


Précédent   - Suivant