La vie quotidienne à Roscoff - Histoire - Chro,iques publéees dans le Bulletin Paroissial de Roscoff

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Chroniques
d'histoires
publiées
dans le
Bulletin
Paroissial
de
Roscoff


de 1962
à   1977

n° 199 - 1966 - Janvier

- Soulèvement dans la région de St Pol de Léon:
- Inventaire de l'argenterie de l'église


INVENTAIRE DE L’ARGENTERIE DE L’EGLISE;

L'inventaire de l'argenterie de l'Eglise fut réalisé le 4 Mars 1793. En voici le compte-rendu.

" Nous soussignés, Jacques Kerenfors, procureur de la commune de Roscoff et Yves Heurtin, premier officier officier municipal de la dite commune, nommés par délibération de la.Municipalité en date du 3 de ce mois aux fins de nous transporter suivant la loi de la Convention Nationale du 10 Septembre 1792 dans la sacristie de l'église de Roscoff, pour y prendre toute l'argenterie à l’exception des vases sacrés, Certifions nous y être portés ce jour 4 mars 1793, l' an 2ème de la République Française, et en présence du citoyen Luslac avons trouvé : savoir

1 - 1 Vierge d'argent pesant net - 3 Livres 9 onces

2 - 1 bénitier d'argent avec son goupillon en deux morceaux pesant 3 L 1 1/2

3 - 2 grands chandeliers d'argent avec leurs garnitures de fer en dedans qu'on n' a pu ôter pesant brut 4 L 13

4 - 4 chandeliers idem sans garniture de fer, pesant net            5 L 10 1/2

5 - 2 chandeliers idem pesant net        3 L 2 1/2

6 - 2 encensoirs avec une navette et une petite cueillere d'argent, pesant net 6 L

7 - 1 petite croix d'argent garnie en dedans de bois ou de fer, pesant bat 3 L 9 1/2

8 - 1 grande croix d'argent garnie en dedans de fer ou de bois, pesant bat 7 L 6

9 - la garniture d'argent du bâton de la dite croix en 11 grands morceaux et 17 petits pesant net 2 L 130

10 - grande lampe d'argent pesant net 7 L 90

total : 47 livres 10 onces.

Nous certifions que l’argenterie cy-dessus pèse 47 livres, 10 onces ou 95 marcs 2 onces.

'' Le présent fait par double, pour l'un d'eux être déposé dans la Maison commune de Roscoff et l’autre envoyé au Directoire du Disctrict à Morlaix, pour l’argenterie cy-dessus mentionnée.

" A Roscoff le 4 Mars 1753, l'an 2 de la République Française : J.kerenfors, procureur de la Commune, Yves Heurtin

Et comme tout allait vite en ce temps, l’inventaire et l’argenterie de l’église de Roscoff étaient livrés aussitôt au Disctrict. Le reçu du dépôt, signé du secrétaire Saillour est du 5 mars.

D'après la tradition, la Vierge en argent fut rachetée, et rendue plus tard à l'église de Roscoff, après avoir été enterrée dans la crainte d’une nouvelle confiscation. Elle fut payée, dit-on, son poids en écus d’argent de six livres. On ignore le nom de la personne généreuse qui la sauva de la destruction. (voir le numéro de Juillet 1964).


PANIQUE A  ROSCOFF

Le 15 Décembre 1792, le capitaine Bellanger avait donné l'ordre de doubler la garde des postes "pour raisons particulières".. Le lendemain lendemain 16 décembre, il requérait un officier municipal "pour être présent aux visites domiciliaires pour la recherche des prêtres".

On prenait des précautions, à Saint Pol autant qu'à Roscoff. Le 24 Février, le Conseil général de la Convention de St Pol avait adressé aux Commissaires de la Convention Nationale à Brest , un mémoire pour demander l'armement des côtes.

Le.25 Février arriva une force armée de cinquante hommes (du Bataillon du Calvados) "pour la sûreté des citoyens, officiers Municipaux et celle de leurs concitoyens".

Les révolutionnaires de St Pol avaient peur des contre-révolutionnaires. "Le coin peut être le plus fanatique de la République c'est l’ancien diocèse de Léon".

"Ce n'est qu’une foule ignorante d'hommes abusés par des prêtres fanatiques dont.ce pays regorgeait avant la déportation." "Cette foule, malgré I’impuissance de chaque individu, forme une masse importante et qui peut devenir terrible à I’occasion. Cette foule insensée croit à la contre-révolution, y lie le triomphe de la religion et appelle depuis plus de dix mois nos émigrés et l'Angleterre à son secours. La disposition des esprits est telle dans ces parages que la moindre incursion d'un corsaire ennemi opèrerait sur le champ l’insurrection d'un grand nombre de fanatiques."

Or les relations intimes établies entre Roscoff et plusieurs ports anglais pour la commerce interlope dont ce petit pays est l'entrepôt donne aux nombreux émigrés des occasions faciles et multipliées de réchauffer les folles espérances de nos malveillants, d'en tirer de grands secours et des renseignements importants sur notre dénuement."

Ils avaient peur aussi des Anglais "la puissance maritime la plus formidable de l'Europe" avec qui la République était en guerre.

Or sur une étendue de dix lieues de côtes, bien connues des Anglais, il n'y avait qu'onze batteries, dépourvues de canons, ou pourvues de 15 canons sans fournissements qui peuvent les mettre en usage.." et "abandonnés à la garde et aux soins de trois ou quatre individus, vieillards infirmes, incapables, chacun, de repousser l'effort d'un homme.."

Les signaux, d'ordinaire très multipliés sur nos côtes en temps de guerre faisaient aussi défaut..

Cet exposé de la situation lamentable des côtes du Nord-Finistère explique la panique que produisit à Roscoff et aux environs (le 28 Février) à 11 heures et demie du matin, l'apparition vite signalée de plusieurs vaisseaux ennemis à la hauteur de l'Ile de Batz. Une frégate anglaise donnait la chasse à un corsaire français qui s'efforçait de gagner l'entrée de la rivière de Morlaix. Le fort de Bloscon tira le canon, mais de frégate, hors de portée partait un feu très nourri... La frégate anglaise reprit le large à 4 heures, par peur sans doutes des batteries de Primel, non sans envoyer une dernière volée au Corsaire. Celui-ci fut alors guidé dans la Baie par un canot de l'Ile de Batz, monté par neuf marins qui ne craignirent pas de le piloter vous le feu ennemi.

La flotte anglaise était composée de quatre frégates, d'un vaisseau de ligne et d'une corvette.

Comme l'on craignait tous la nuit l'incendie ou l’enlèvement d'une vingtaine la bâtiments mouillés dans le chenal de Roscoff, on fit passer cinquante grenadiers du Calvados aux batteries de l'Ile de Batz. On expédia trente autres i l'Ile de Sieck où il y avait deux pièces montées et un poste composé de quinze volontaires et de quinze citoyens.


FETE DE LA PLANTATION DE L'ARBRE DE LA LIBERTE

C'est ainsi que peu à peu le Conseil général de la Commune dépouillera l'Eglise au profit de l’État des différents objets destinée sa culte : argenterie, vases sacrés, ornements, cloches..

La beauté des cérémonies religieuses ne l’intéresse plus. En revanche il met tout son zèle à solenniser-les fêtes républicaines.

La première de ces nouvelles fêtes qu'il célébra fut celle de la plantation de l'arbre de la Liberté.

L'arbre de la Liberté (un peuplier pris au jardin des Capucins) surmonté de la lance républicaine et du Bonnet fut planté sur la place, près de la batterie de la Croix (ou petit fort), le dimanche 10 Mars, à trois heures du soir.

Le programme de la fête, arrêté la veille par les Membres du conseil général de la Commune, mérite de passer à la postérité : le voici in-extenso :

“ Au nom de la République, Force et Union.

Citoyens Capitaines de la garde nationale à Roscoff, le Corps municipal vous prévient que demain dimanche, à trois heures après midy, l'arbre de la liberté armé de ses attributs, sera planté sur la place près la batterie de la Croix, et que successivement au même lieu la proclamation sera faite de la loi déclarant la guerre au Roy d'Angleterre et au Stathouder de la Hollande.

En conséquence vous êtes fraternellement invités :

1° - à faire battre la générale demain à une heure et l'assemblée à deux, requérant l'adjonction aux vôtres de tous .les tambours dont peuvent disposer nos frères Volontaires du Calvados et les Canonniers de Morlaix;

2° - à vous porter en armes avant trois heures autour de l'emplacement de l'arbre, soit en bataillon quarré soit en forme triangulaire, ou en demi-cercle ou enfin de toute autre manière analogue à l'objet ou plus convenable au terrain;

3° - à répartir sur les forts de Bloscon et de la Croix ceux d'entre les citoyens cultivateurs de vos compagnies qui ont été canonniers garde-côte, desquels le citoyen Garnault a le relevé;

4° - prier l'officier du Calvados de dépêcher une ordonnance pour l'heure de la parade de demain au chef du bataillon à St Paul, pour le prévenir de l'objet des salves des forts susmentionnés et éviter aucune alerte;

5° - mettre à l'ordre par une consigne spéciale au corps-de-garde de la Croix pour la surveillance, la garantie et la conservation de l'arbre de la Liberté;

6° - vous concerter sur toutes les dispositions cy-dessus: avec les citoyens chefs des détachements de nos frères du Calvados et de Morlaix;

7° - tenir la main à ce que tous les Batimens du port ayent leurs pavillons arborés

8° - inviter les braves citoyens du Corsaire de St Malo (le Custine) qui est au quay, à assister en armes à cette fête civique.

Fait en Maison Commune de Roscoff, etc...

Les organisateurs de la fête étaient :

Guibert maire, Rouvier, Heurtin, Kerenfors, François Seité (de Pemprat) officiers municipaux, Claude Bernard, François Seité, Alexandre Péron, François Quéméner, André Péron, J. Guyader, Pasquier, Verchin, François Corre, Charles Lavis, notables, composant la nouvelle municipalité provisoire, choisie et installée le 6 Mars par les commissaires du District Saillour et Pinchon.


SOULEVEMENT DANS LA REGION DE ST POL DE LEON

Depuis longtemps les esprits n'étaient que trop surexcités dans le pays. La suppression des Communautés religieuses, bienfaitrices des pauvres, l'expulsion des prêtres fidèles, remplacés par des intrus que la population avait en horreurs les crimes infâmes qui se commettaient journellement en France indignaient toutes les âmes honnêtes. Le décret du 24 février 1793 ordonnant une levée de 300.000 hommes fut l'étincelle qui mit le feu aux poudres.

A St Pol le tirage au sort avait été fixé au Jeudi 14 mars, à huit heures du matin, et devait se faire dans l'ancienne chapelle des Religieux minimes.

Une foule immense de vieillards, d'enfants, de femmes et de jeunes filles accompagnèrent, ce jour-là, à St Pol, les citoyens, de 18 à 40 ans, convoqués par le décret. Cette foule était abandonnée à un mouvement inaccoutumé d'inquiétude et de terreur.

Tout à coup les paysans se portèrent en masse sur la chapelle où le tirage était commencé et dispersèrent les soldats qui leur furent opposés. Le tirage au sort fut renvoyé au lendemain; et il s'effectua, en effet, mais en l'absence des appelés qui, pour la plupart, ne se présentèrent pas.

Ce jour-là étaient arrivés à St Pol, 300 hommes de la Garde nationale de Morlaix pour renforcer le bataillon des Volontaires du Calvados, qui y tenait garnison,

Roscoff avait devancé Morlaix : dès le 14 la Municipalité avait proposé son aide aux officiers municipaux de St Pol "pour déjouer et atterrer enfin les ennemis du peuple égaré par eux."

L'insurrection n'était cependant qu'à son début.

Le mardi suivant, 19 Mars, jour du marché à St Pol, un parti considérable de paysans des communes voisines se présentèrent en armes par plusieurs routes à la fois et livrèrent bataille aux canonniers et au bataillon du Calvados dont le chef fut tué. Ce bataillon s'enfuit bien vite vers la grève. Mais les canonniers de la garde nationale de Morlaix tinrent bon, et le canon, tiré à mitraille du grand portail de la Cathédrale, débusqua les paysans qui occupaient la place de la Croix-au-Lin.

La municipalité de Roscoff, entendant le tocsin qui sonna toute la journée, envoya à St Pol les citoyens Riou et Polard, volontaires du régiment du Calvados, pour s'informer de la situation. Les deux citoyens soldats restèrent prudemment sur la route entre la chapelle de Bonne-Nouvelle et la Chapelle Paul "où ils sont demeurés quelque tems à surveiller. Ils n'ont rien vue et n'ont rien entendu de tumultueux du côté de St Paul."

Roscoff avait fourni 1500 cartouches et envoyé à St Pol un détachement de volontaires et de marins du corsaire de St Malo sous les ordres de leur Capitaine Kerpoisson. Roscoff avait également installé ses canons sur les hauteurs entre les deux villes. “ Nous avons pris le parti de faire rentrancher la ville de St Pol. La ville de Roscoff a déjà partagé notre sollicitude, et plusieurs pièces de canons sont déjà placées sur les hauteurs près de cette ville." (Citoyen Guillier, commissaire du Département à St Pol au directoire du District - 22 Mars 1793).

Le général Canclaux, mandé par la municipalité de St Pol arrivait en toute hâte de Brest avec des volontaires de cette ville, un détachement de dragons nationaux et deux canons. Les paysans, instruits de son approche, coupèrent le samedi 23 mars, le pont de Kerguiduff (Plougoulm) afin de lui barrer le passage, et le poursuivirent jusqu'à St Pol.

Le général écrivit aux maires des Communes insurgées, telles que Roscoff, Plougoulm, Sibilril, Cléder, Plouescat, Plouzévédé, Tréflaouénan et Plouvorn qu'il allait les occuper militairement. Des, envoyés des communes vinrent faire des ouvertures pour leur soumission et le rétablissement de la paix. Un traité en résulta et il fut convenu. que des otages seraient donnés aux commissaires civils, que toutes les armes des insurgés seraient remises et que cent mille francs et les frais généraux de l'expédition seraient acquittés avant que la troupe désemparât.

Le 12 Avril, les otages furent mis en liberté, après avoir toutefois promis de reconnaître la République, d'en suivre les lois, de prêcher dans leurs paroisses la paix et la tranquillité, de ne plus prendre part à aucune insurrection et de dénoncer tout individu qui tenterait de semer des propos ou de commettre des faits séditieux.

Roscoff avait tremblé, malgré ses canons. Aussi, dès le lendemain de la première émeute, dès le 20 Mars, la Municipalité réquisitionna 20 volontaires du régiment du Calvados pour l’île de Batz, 10 canonniers de Morlaix pour renforcer la garnison de Roscoff, et envoya 6 hommes de garde à l’île de Sieck.

Les soldats de renfort furent logés chez l'habitant et demeurèrent à Roscoff et à l’île de Batz jusqu'au 2 Avril. Le calme était rétabli.   

voir Chouannerie


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