La vie quotidienne à Roscoff - Histoire - Chro,iques publéees dans le Bulletin Paroissial de Roscoff

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Chroniques
d'histoires
publiées
dans le
Bulletin
Paroissial
de
Roscoff


de 1962
à   1977

n° 201 - 1966 - Mars

- 1793 - Le citoyen curé veut avoir un jardin
- Réparation des ferrailles des cloches
- En avant Londres ! ...Guerre au tyran
- Les cloches à Morlaix
- Comité de surveillance
- 1966 - Les ormes autour de l'église ont disparu


Cahiers de Mr Le Corre

CHAPITRE V - ANNEE 1793


LE CITOYEN CURE VEUT AVOIR UN JARDIN

“ A l'endroit, le citoyen Curé a requis la commune de faire mander Henri Mandret pour savoir si le jardin à cotté du presbitère appartient à un émigré ou non. A Roscoff le 17 Juillet 1793, l'an 2ème de la R.F. une et indivisible.

Signé : G. Citoyen Luslac, curé de Roscoff."

Le Bureau Municipal, le procureur de la Commune entendu, ayant fait appeler à la maison Commune le citoyen, Mandret a dit qu'il tenoit à ferme le jardin dont est cas, de Jean Augustin Deschamps Kersabiec, qu'il ignorait s'il était émigré, qu'il tiendroit à son dit bail pendant sa duré, et que le citoyen curé si désiroit avoire une copie il pouvoit s'en pourvoir chez le citoyen Floc'h notaire rapporteur à St Paul et il signe : Henry Mandret, "

Sur lesquelles réponses les membres délibérants à renvoyer le citoyen Curé se pourvoir d'une expédition du Baille (!) chez le notaire indiqué, et l'a invité en ce qui concerne l'émigration par luy annoncé du dit Kersabiec à en administrer de son coté les preuves et charges aussy le procureur de la Commune de faire aussy ses diligences pour parvenir à constater la dite émigration, et a déclaré le dit procureur ne vouloir signer et s'est retiré. " Fait en maison commune de Roscoff les dits jour, mois et an que dessus.

François Séité, officier municipal, Alexandre Péron et Charles Lavis notables se sont successivement retirés ainsy que Claude Bernard autre notable.

Signé : Guibert maire, Rouvier l'aînée, officier municipal, Joseph Le Créac'h, officier municipal. "


REPARATION DES FERRAILLES DES CLOCHES

“ Estimation fait par Pierre Bierné pour le mouton de la cloche de la Vierge : la somme de soixante-quinze livres.

Estimation fait par Yves Briand maréchal pour les deux grand cloche. Pour les férailes des deux estimé par luy six cent livres, avec un batan pour la grande cloche, et obligé déburiné la grande cloche pour mettre une ance pour le batan, où il a été déjà buriné ou il est pourri par le Rouigle; ou on ne peu pas sans servir dans l'état qu'il est sens qu'on luy fait le même opération.

A Roscoff le 28 Juillet 1793.

Pierre Bernez, Yves Briant, Jacques Kerenfors procureur de la Commune, Jean Guiader notable.


EN AVANT ! A LONDRES ! GUERRE AU TYRAN

A la séance du 8ème jour de la 3ème décade du 1er mois de l'an 2 (C’est la 1ère fois que la Municipalité se risquait à essayer. le calendrier Républicain : elle se trompera d’ailleurs plusieurs fois et cela n’a rien d'étonnant : il est si compliqué !). Donc à la séance du 8ème jour de la 3ème Décade de l'an 2, c'est-à-dire le 19 Octobre 1793 ou encore le 28 Vendémiaire an 2 " le Conseil général, considérant que la guerre perfide que le tyran de l'Angleterre a déclaré à la Terre des hommes libres ne peut ny ne doit être traitée à l'instar des guerres Puniques dans leur lanteur, mais que la France vertueuse et Républicaine, pour terminer la lutte contre les esclaves de l’usurpateur hanovrien, ne trouvera de paix, comme Rome, qu'en portant ses légions sous les murs de la moderne Carthage, c'est à Wesminster, c'est à Winfor-Castle, c'est sur les débris de la Tour de Londres qu'il faut aller forcer à la paix; c'est en jettant le gand de combat au nouvel Asdrabale anglais, dont les vaisseaux superbes et insolents dans la victoire vitement achetée comme à Toulon, mais plats et lâches dans la défaite comme à Fontenoy et à Dunkerque. Sont ils donc de nos jours plus inexpugnables qu'ils ne le furent du temps d'un Guillaume dit le Conquérant ? Les Français sont ils moins valeureux sous l'étendard tricolore que ne le furent les Macédoniens sous Alexandre pour aller rixer les Perses et dévaster leurs propriétés ? Les français ne marcheront que pour aller raviver à la liberté l'ancienne, patrie des Sidney et des Handen"

Et en attendant de s’emparer de Londres, le Conseil général, 4 jours après (23 octobre 1793, 2 brumaire an 2, décida de s'emparer de la maison anglaise Copinger, rue du quay et d'installer là son bureau.

Cette maison avait été construite par Prendergast, prêtre irlandais, mort à Roscoff et par lui léguée à sa nièce, Marie Anne Clansie.

Nos municipaux étaient si braves, parce qu'ils se sentaient bien gardés, par le 1er bataillon du 77ème Régiment, en garnison à Roscoff depuis le 19 septembre.

Ce bataillon comprenait à cette date 192 hommes dont 65 absents (19 détachés, 1 par congé, 8 au hôpitaux externes et 8. .. manquant à l'appel !)


LES CLOCHES A MORLAIX

" Le 30 Octobre 1793, en 2 de la République. :Assemblée du corps municipal de la Commune de Roscoff convoquée en la manière accoutumée, présidée par Guibert, maire, assisté du citoyen Rouvier ainsi que Le Créac'h, Yves Heurtin. Présent : Kerenfort procureur de la Commune.

Procédant à l'exécution de la loi du 23 Juillet dernier qui ordonne que toutes les cloches de toutes les paroisses, l'exception d'une, seront mises à la disposition du Conseil exécutif pour être fondues en canons, l'Assemblée mit en adjudication au rabais l'entreprise de la descente des cloches, à charge de l'adjudicataire, et à ses frais et risques :

1°.- De déposer à la Maison Commune les férures en général ainsy que les battans de toutes les dites cloches qui. seront aux mêmes frais et risques, savoir, les grosses, voiturées dans la huitaine dans la cour située près de la maison de la citoyenne Villard, à Morlaix, sur le quay du ci-devant Léon; et pour les petites cloches dans la cour de l’administration du District au dit Morlaix.

" Suit la désignation et l'emplacement des dites cloches,

Seavoir :

Toutes les cloches sont à mettre en bas de leurs différentes clochers et tours.

Plus

Ces dernières cloches sont descendues de leurs clochers et seront remises également l'adjudicataire pour être rendues à Morlaix.

L'adjudication eut lieu le 30 Novembre

" D'après quoy, les conditions et obligations cy dessus ayant été proclamée, les sous-enchères ont été ouvertes et reçues successivement de la part de plusieurs enchérisseurs et spéculateurs rassemblés dans la salle du Conseil général par appel des affiches et publications précédentes, le nombre de cinq bougies ainsy réglée ont été allumées et éteintes, et à la lueur du feu de la dernière, le citoyen Joseph Hamon ayant été le dernier à rabattre les sous-enchères, la sienne étant réduite à la somme de 340 livres, l'adjudication lui y a été faite pour la dite somme, sous l'approbation de l'administration et exécutée, vû l'urgence, sous toute promesse et responsabilité du dit adjudicataire

Le citoyen Joseph Hamon était de Roscoff, maçon de son état.


COMITE DE SURVEILLANCE

Le billet suivant du secrétaire greffier Prat nous apprend quand fut institué le fameux Comité de Surveillance qui devait, comme nous le verrons, faire de la bonne besogne. Par une lettre du 21 Juin le District avait invité la Municipalité à dresser la liste des suspects...

Par arrêté du Conseil général de la Commune de Roscoff du 21 Novembre 1793, I’an 2 de la République française une et indivisible, les Républiquains de la Commune sont avertis de se trouver à la chapelle Ste Anne, Samedy prochain 23 du mois de Novembre, à 8 heures du matin pour former un Comité de Surveillance, en vertu des Loix du 12 Août et 17 Septembre derniers.

“ Pour extrait conforme au Registre - Prat, secrétaire-greffier. "

Les Républiquains élurent comme membres de ce Comité : Rouvier l’aîné, Prat, Girault, Joseph Le Créac'h, Yves Heurtin, Guibert, Madeleneau, Benoist, Nourit, Jacques Kerenfors, Sacher et Aubert.

Il ne fut pas plus tôt organisé qu'il se hâta de lancer des mandats d’arrêt.

Nous citerons ici le nom des personnes qui ont été arrêtées par ordre du Comité et la note donnée à chaque prévenu et qu'on lira, nous sommes porté à le croire, avec un vif intérêt, car elle est vraiment curieuse. Aussi bien nous ne changerons rien au texte original qui se trouve aux Archives départementales et dont nous avons tiré une copie :

De par la Loi

Nous membres du Comité de surveillance de la Commune de Roscoff mandons et ordonnons au Commandant de la force armée du 77ème régiment, en détachement au dit Roscoff, de faire conduire, sous bonne et sûre garde, en la maison d’arrêt de Saint Pol-de-Léon :

Nous, membres du Comité de surveillance de la Commune de Roscoff, district de Morlaix département du Finistère, mandons et ordonnons au commandant de la force armée du 77ème régiment de faire garder à vûe et sûrement les demoiselles Bourgonnière, au nombre de quatre soeurs, domiciliées en cette commune. Jusqu'à nouvel ordre;

Picrel jeune, déjà gardé à vûe et en arrestation provisoire en sa demeure,

Gérard Mège, négociant, domicilié en cette commune,

La demoiselle Lesné, domiciliée en cette commune, de les faire conduire dans la maison d'arrêt de St Pol de Léon,

Mandons au gardien de la dite maison d'arrêt de les y recevoir et de se conformer à la loi, requérons en même temps tous autres dépositaires de la force publique de prêter main forte pour l'exécution du présent, en cas de besoin; lequel nous sera rapporté déchargé par qui de droit.

Fait au Comité de Surveillance à Roscoff, les 14, 16, 17 et 30 frimaire, l'an II de la République une, et indivisible. (C'est à dire, 4, 6, 7 Novembre et 20 Décembre 1793).

Signé : Rouvier l'aîné, Prat, Girault, Joseph Le Créac'h, Yves Heurtin, Guibert, Madeleneau, Benoit, Nourit, Jacques Kerenfors, Sacher, Aubert.

Vu au Comité de surveillance à St Pol de Léon, ce jour 1er nivôse, 12; 14, 18 et 19 frimaire, l'an II de la République française une et indivisible.

Signé : Villeneufve, Sevezen, Richard., Poulirluen, Le Pen, Peréault, Le Roux, Loussaut, président et Miorcec secrétaire. “


UN AUXILIAIRE DU COMITE DE SURVEILLANCE DE ROSCOFF

Les mandats d'arrêt pleuvaient... les dénonciations également. En voici une que nous vous livrons; dans toute sa splendeur. Elle émane du Lieutenant des Douanes Rolland. Le sans-culotte Rolland épousera plus tard une noble : Louise Hiron de Kerillan de St Pol.

" Santec, le 2éme de Nivôse, l'an 2 de la République une et indivisible. Aux citoyens membres du Comité de Suretée à Roscoff : “ Citoyens, le peuple dépausant en vous sa confiance y a dépausé un dépau sacré. Et en moi l'amour brullant pour ma patrie, la République une et indivisible, fait pour la servir, je lui consacre mon possible, en tâchant de détruire ses henemies. Il se présante sous mes yeux le moyen de prouver mon zelle...

Nous avons dans cette Section une quantité de déserteurs, genses du pays, provenant du 177ème Régiment. Ces lâches, à ce que l'on m'a dit, ne craignent pas de travailler le jour dans les champs de leurs parents, d'aller au marché de Saint Pol.

Ils semblent ne craindre pour eux que la nuit, aussi ne couchent ils pas chez eux, et comme ils vont prendre leur répaux tantôt dans un endroit, tantôt dans un autre, je n'est pû pour ce moment m'assurer que des gittes ordinaires des nommés Paul Caro,de la commune de Léon et Pol Cabioche de la commune de Roscoff.

Les endroits où ils gittent ordinairement est chez Vincent Cabioche de la Commune de Roscoff et Jobe Nicol et Louis Lin de la Commune de Saint-Pol, tous trois au cartier de Strecholis... (Streatjoly).

N'ayant pas dans ma brigade toute la confiance possible pour.., perquérir la nuitte, je ne me trouve pas dans une assiette assez solide pour capturer sans forces des gueuses que l'on dit munie d'armes et bagages.

Comme une partie du terrain de mon poste s'étand dans la commune de Saint PoI, vous pouvez si vous le jugez appropeaux prévenir le Comité de cette Commune.

Le Lieutenant des Douanes . Rolland sans-culottes.


ILS NE SONT PLUS - Nos ormes ont disparu.

Roscoff - Place de l'Eglise

L'ouragan du Octobre 1564 avait abattu trois de ces arbres vénérables, écrasant deux autos en stationnement, non occupées heureusement, et causant de sérieux dégâts au toit de l'église, au clocher et à la toiture du porche. Il fallait aviser à la sécurité. L'administration, après une visite des lieux et une expertise de la double douzaine d'arbres encore en place décida l'abattage. Une première opération très limitée, à la mesure des crédits, eut lieu dans la semaine du 8 au 13 Février 1965 deux arbres furent abattus, quelques souches arrachées.

La tronçonneuse d'un bûcheron adroit et agile, Monsieur Diraison, de Plonévez du Faou, ferait le reste. du 14 au 26 Février 1966. Et en ces jours de mars de gros moyens mécaniques sont mis en œuvre pour arracher les souches énormes aux racines rayonnantes.

Les commentaires vont bon train. Il fallait les abattre, tout le monde en convient. Tout le monde aussi verse un pleur romantique sur la mort d'un certain site auquel nous étions accoutumés. Les inconsolables, s'il en est, en garderont le précieux souvenir par des cartes postales; la couverture du Bulletin Paroissial,.pendant des années encore, en maintiendra aussi l'image hivernale.

Notre église est nue, disent certains. d'autres nombreux, découvrent enfin leur église dans sa pureté, avec ses richesses architecturales. Elle devient pour eux un beau monument et non point simplement un site boisé où se serait blottie frileusement une église, cette église eût-elle jeté vers le ciel par dessus les hautes frondaisons la cascade des lanternons de sa flèche. Aussi bien depuis l'achèvement de l'église en 1550 jusqu'au transfert du cimetière au Vil en 1833 les tombes peu à peu se sont serrées dans l'enclos exigu. Il ne pouvait être question d'y planter des arbres.

Les ormes furent plantés aux premiers mois de 1840.

En même temps furent plantés les ormes du cimetière du Vil et ceux de l'hospice. De cette dernière plantation il reste encore quelques témoins rabougris. Des Roscovites se rappellent l'allée d'ormes du nouveau cimetière; certains arbres avaient plié l' échine sous les assauts du vent, comme l'orme solitaire auprès de la clinique. Là. aussi. les arbres occasionnaient des dégâts aux tombes; l'un d'eux même, dit-on, se coucha, un jour de tempête, en travers de la rue du Cap (aujourd'hui, Edouard Corbière). Ils furent abattus.

L'orme, en breton evlec'h, emlec'h, est un arbre bien acclimaté dans nos régions. Il s'accomode même de la maigre pitance que lui offrent des dunes comme celles où sont implantés l'église de Roscoff et le cimetière du Vil. Il est vrai que ses racines rayonnantes trouvaient en l'occurence pâture au cœur des tombes.

L'orme fournissait autrefois du bois de charronnage, il servait à confectionner les moyeux des charrettes.

Les ormes ne sont plus. Mais, l'église continue. Nous la voudrions encore plus belle guérie de ses plaies, lavée de sa lèpre. Peut-être lui donnera-t-on une modeste parure.


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