La vie quotidienne à Roscoff - Histoire - Chro,iques publéees dans le Bulletin Paroissial de Roscoff

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Chroniques
d'histoires
publiées
dans le
Bulletin
Paroissial
de
Roscoff


de 1962
à   1977

n° 202 - 1966 - Avril

- 1793 - Comité de surveillance


Cahiers de Mr   Le Corre

CHAPITRE V -.ANNEE 1793

COMITE DE SURVEILLANCE

Le Comité de surveillance aussitôt constitué se hâta de lancer des mandats d'arrêt. Voici quelques notes données à certains prévenus et qu'il nous a paru intéressant de reproduire ici

QUARRE d'ALLIGNY, âgé de 50 ans, sa; femme de 41, un fils à cette dernière, émigré, âgé de 18 Gins. Cy-devant chevalier au point d’honneur ou exempt des maréchaux de France, se disant cultivateur parce qu'il travaille son jardin, peu fortuné, "singulièrement attaché à son titre de noblesse, disant souvent qu'on n'était pas gentilhomme si l'on n' était Quarré d'Alligny".

Arrêté ainsi que sa femme par ordre du Comité de surveillance de Roscoff; le 10 Frimaire dernier pour cause d’incivisme. Son fils, de sa femme, âgé de 16 ans avait émigré en 1792 lors d'un voyage qu'ils firent à, Paris. Homme caché et dissimulé, il se croyait impénétrable revêtu de l'écharpe par cabale en même temps que Villaucourt. Favorisant les aristocrates et faisant partir pour la frontière les patriotes lors de la levée des 300.000 hommes en 1792. Disant qu'il fallait ménager les gens de la campagne pour se les attacher.

ALEXANDRE ( nègre), garçon âgé de 36- ans que Villaucourt a acheté fort jeune dans l'Inde, Arrêté par ordre du Comité de Surveillance de Roscoff le 10 Primaire dernier pour menée et incivisme. Exécutant tout ce que lui commandait Villaucourt.

Le ci-devant comte DE VILLAUCOURT, âgé de 66 ans, chevalier de Saint-Louis "officier dans le cy-devant régiment Royal Comtois, ensuite et après sa sortie du château de Guise employé dans la garde coste où il était parvenu au grade de chef de bataillon".

A eu des relations intimes avec la maison d'origine anglaise Maculloch établie à Roscoff depuis 25 à 26 ans, aussi peu attachée au gouvernement anglois que françois puisqu'il fesoit un commerce interlope qui devoit naturellement nuire à sa mer patrie, ne parloit néanmoins que d’après Pitt, ne voyoit que par luy. C'est probablement là que Villaucourt a puisé des principes entravés; principes qui l'ont conduit à estre l’homme le plus dangereux dans la circonstance. Cette famille, grâce à Villaucourt, étoit fréquentée de préférence, celle des républicains

Mais la Municipalité dont Villancourt étoit membre ayant été culbutée, cette famille fût incarcérée. Quant à Villaucourt, “il aurait dû depuis longtemps être soustrait à la société”.

Comme un patriote lui reprochait un jour de porter la Croix de Saint Louis, malgré la loy qui avait aboli toutes espèces de décoration méritée ou non, il répondit à ce patriote qu'il portoit toujours sur luy les droits de l'homme (c'étoit une paire de pistolets) et que le premier qui s'aviseroit de le luy demander ne le feroit pas deux fois". Il était également accusé de corrompre les soldats. Il popularisait avec eux, il s'introduisoit dans les casernes, il entroit dans les détails les plus minutieux sur leurs besoins, il leur faisoit sourdement porter des légumes, même du vin, et c’est ainsi que les aristocrates n'ont jamais cessé de chercher à pervertir l'esprit du militaire pour se l’attacher.

Il a profité de l'administration municipale de Mège et de Dalligny dont il étoit lui-même membre pour agir de la sorte et malmener les patriotes et faire échec au gouvernement, Il étoit également accusé d'avoir propagé une certaine Bulle du Pape qu'il envoyé au cy-devant Recteur de l'Isle de Batz. Cette bulle été lue au prosne, et pour luy donner plus de relief, Villaucourt a été dénommé au prôsne, comme l'ayant luy même adressée au Recteur. Il n’a pas accepté la Constitution de 1793 vieux stile.

LE ROY DE LA TROCHARDAY, âgé de 50 ans, lieutenant d'ordre des -Douanes Nationale:(à Roscoff), sa femme, une fille âgée de 14 ans, un garçon 12 ans, an idem 10 ans ½, un idem, 6 ans.

Accusé d'avoir favorisé l’embarquement de 45 émigrés à bord du bateau de Jean-Marie Jézéquel, maître au petit cabotage.

Accusé de connivence avec Mège et Villaucourt pour entrer dans la Municipalité, et il a réussi parce qu'il a dégarni les postes des brigades de Santec et Roscoff qu'il était sûre de 26 voix.

JEAN-MARIE JEZEQUEL, âgé de 45 ans, sa femme 42 ans id. Huit enfants : 5 garçons, 3 filles. Le plus ancien âgé de 17 ans,

Marchand de détail avant et depuis la Révolution maître au petit cabotage. Comme il étoit perpétuellement en course, on ne connaît guère ses relations et ses liaisons, lorsqu'il étoit à Roscoff parmi ses concitoyens il affectoit un grand patriotisme. On ne le voit, pas fréquenter les aristocrates. Caractère faux, ses opinions politiques doivent l’être également. Quel fond. doit-on faire d'un homme qui par son. intérêt sordide embarque clandestinement, au mois d'octobre 1791, quarante-neuf ex-nobles hommes, femmes, enfants, domestiques et qui n’en déclare que quatorze au bureau de la  Marine – qui ne fait aucune soumission au bureau de la Douane, pour constater si ces passagers qui émigroient n’emportoient rien au préjudice des prohibitions et des droits qu’ils auroient du acquitter : il existoit environ 30.000 livres en numéraire dans cet embarquement, une grande quantité d’ argenterie et d’autres objets dont les droits devoient être acquittés. Le numéraire étoit prohibé à sa sortie. C’étoit donc du vol qu’il fesoit à la nation. C'est donc un contre-révolutionnaire. On il accuse d'avoir frauduleusement fait le commerce de grain, l’on cherche à acquérir des preuves certaines à cet égard. Il faut qu'il y ait sur son compte d'autres faits graves, puisqu’il est au secret.

La fille Anne TOULLEC, âgée de 40 ans. Détenue à St Pol par mandat d'arrêt du Comité de surveillance de Roscoff du 27 frimaire dernier (17 Décembre 1793) par mesure de sûreté et de fanatisme à l'excès.

Soeur du Tiers-ordre c'est en dire assez pour définir son caractère et ses opinions politiques. Fanatisé par des prêtres imbéciles, elle s'est cru en droit de fanatiser ses semblables. Elle se portoit souvent à l'Isle de Bats, elle y prêchait une fausse doctrine, celle de ses prêtres qui ne cherche que la subversion de l’ordre sociale, elle s'insinuoit dans les familles dont elle savoit que le chef étoit patriote, elle y semoit la discorde. Tels sont ces gens du néant, qui n'ayant jamais paru avant la Révolution, sont tout à coup devenu des agents e t les instruments de ces monstres que le ciel a vomi pour faire le malheur du genre humain.

L'erreur où est tombée cette fille est sans doute une erreur commune à toutes, mais qui ne doit point la faire préjuger.

PIQUEREL, le cadet, âgé de 37 ans, Négociant et faisant Ia commission, avant et depuis la révolution. Son commerce principal consistoit en grain de lin pour semence qui lui étoit adressé de Libo et de Riga.

Voici quelques lignes bien intéressantes à propos du "caractère des opinions politiques qu'il a montrés dans les mois de Mai-Juillet et Octobre 1789, fuite et à la mort du tyran, au 31 mai et dans les crises de la guerre ; s'il a signé des pétitions ou arrêtés liberticides".

L'on auroît de penser que Piquerel le Jeune n’auroit jamais dû se séparer de la cause de ceux qui avoit intérêt à la cessation des abus, à l'établissement de la liberté et de l'égalité; mes ses relations avec les nobles, et les aristocrates qui le flattoient ont fait de luy un de leur projectile. Ils ont captés son amour propre, ils ont du luy dire qu'étant déjà capitaine garde coste il pouvoit aspirer au premier grade; son orgueil, car chacun a le sien, a été prévenu, et il n'en a pas fallu d'avantage pour l'attirer dans leurs filets.

Nous pouvons néanmoins dire une vérité; c'est que chargé de l'administration de l'hôpital de cette commune, il en a rempli les fonctions avec zèle et intelligence, que cet établissement régénéré par ses soins, par l'ordre qu'il y a établi, il la fait fructifier et presque doublé son revenu.

Nous pouvons donc affirmé que la caste impie qui l'a gangrené étant tout verrine et hors d'état de nuire d'avantage, nous ne doutons pas de la facilité que nous aurions à le ramener au but désiré, nous dirons plus, et c'est une vérité que rendu parmi nous et connaissant l'esprit des habitants des campagnes, il ne fasse de son coté tous ses efforts pour ramener ces habitants et les faire sortir entièrement de l'erreur où ils ont été entraînés. Qu'on ne s'imagine pas que la partialité fasse agir le Comité, mais nous connoissons son coeur, il n'est pas vicié, il ne s'est laissé qu'entrainer à la suggestion, mais nous savons que du fond de sa détention, il a fait se profession de foy, et que rendu parmi nous, il peut estre d'une grande utilité à sa commune et aux environs. Cette leçon luy a fait une grande impression. Au surplus s'il retomboit dans ses erreurs, la hâche nationale l'attend et il n'y aurait plus pour lui de répit.

Marie Catherine LE ROUX, âgée de 44 ans. Soeur du Tiers-ordre et cy-devant domestique du cy-devant prestre Hamelin, recteur de Trébabu dans le Bas-Léon déporté.

Comme cy-devant aus gages d'un prêtre réfractaire, on ne peut douter de son désir d'un rétablissement de l'ancien ordre des choses, car infailliblement alors les prestres insermentés rentrants, leurs voeux seroient comblés, c'est la prière journalière de toutes ces soeurs du Tiers-Ordre. La mesure que l'on prend actuellement d'incarcérer toutes ces bigotes est un peu tardive, car il sera difficile de réparer tout le mal qu'elles ont faits dans l'esprit du peuple mal éclairé elles se sont érigées en prêtresse et leur doctrine empoisonnée s'efface difficilement.

Elle est fille de Pierre Le Roux, invalide de la Marine et ancien pilote costier, elle est cousine de Mège et ces filles que ce dernier voyoit à peine avant la Révolution parce qu'il est plus riche qu'elle, il se les est raliées parce qu'il sentoit qu'elles luy étoient essenciele pour influencer le peuple de ce canton.

Elle est aussi consignée dans la déposition faite par un officier et un sou officier du 106ème bataillon, devant le comité de surveillance de Lesneven, elle n'y est pas traitée favorablement relativement aux principes qu'elle a manifestée devant les citoyens.

Cette pièce a, été remise au Tribunal révolutionnaire à Brest.

Pierre LE ROUX, de Roscoff, âgé de 78 ans, deux filles en réclusion à St Paul et dont il sera question en d'autres rapports. Ancien marin et pilote costier. Il avoit des relations avec les aristocrates tels que Mège son neveux qui n’a pas peu contribué à pervertir son opinion car Le Roux est trop stupide pour en avoir une à luy.

Son caractère et ses opinions politiques absolument contraires à la révolution. La déposition faite au comité de surveillance de Lesneven par un officier et un sous officier du 106ème atteste que cet individu professait des principes erronés.

La femme VILLAUCOURT,  âgée de 60 ans. Accusée donner protection ouverte aux prêtres réfractaires et ayant sur la révolution les mêmes pensées néfastes que son mari Villaucourt. De plus on a une anecdote sur son compte que l’on ne doit pas oublier icy.

C'est lorsque vers la fin de 1791, il fut question de rétablir les membres de la Municipalité, l'on vit, clairement que le but des aristocrates étoit de s’élever à ces places pour se rapprocher plus directement du peuple.

Cette femme étoit de planton à la porte de l'église paroissiale où se tenait l'assemblée. Là, elle avoit établi une cantine où elle invitoit tous les individus votants à venir se rafraichir gratuitement, et alors elle désignoit ceux qu'il falloit nommer et ceux des patriotes qui devoient être exclus.

Cette femme est une des plus intrigantes que l'on connoisse; elle parcourait toutes ses métairies et les voisines des siennes, elle flagornoit; ceux qui les habitent, ses comptes endormeurs se propageoient avec rapidité;de la perversion de l'esprit public dans ce canton ; l'on ajoutoit d'autant plus à ses rêveries qu'elle tient une famille en possession de gouverner cette commune depuis de longues années. Il étoit donc essenciel d'extirper cette femme de la société. Le mal qu'elle y a occasionné, a forcé le Comité à la mettre en réclusion et comme elle parle breton,. elle était l'interprète de son mari et par là aussi dangereuse que luy.

La Demoiselle DE ROBEC, femme Kerautem, agée de 36 ans. Son mari capitaine dans la garde côtes avait émigré en Angleterre.

Quoique très sédentaire chez elle elle avoit pour la servir un hussard femelle qui souvent couroit les campagnes soit de sa part ou d'autres, mais l'on n'a pû découvrir le but de ces courses.

Quelque temps après l'émigration de son mari, elle avoit emprunté à la femme du citoyen François Guéguen de l'Isle de Bas une somme de six cent livres en numéraire sans doute pour, faire passer à son mari, ce qui n’étoit pas difficile à Roscoff. La femme Guéguen avoit donné cet argent en l'absence de son mari, bon patriote, et elle ne doit pas être inculpée, attendu que le motif ne lui étoit pas connu.

La fille LESNE, âgée de 34 ans. Détenue pour cause d'incivisme.. et ayant un frère émigré. Vivant fort retirée, on ne pouvoit rien dire au sujet de ses relations, mais se disant de la caste nobiliaire, l'on doit augurer de son caractère et de son opinion politique ; ce qui luy donne de la certitude c'est qu'elle disoit un jour qu'elle étoit encore pure, dans la circonstance, qu'elle ne s'étoit point souillée des couleurs nationales.

Gérard MEGE, garçon, de Roscoff, y demeurant avant sa détention, âgé de 34 ans. Négociant avant et depuis la Révolution.

Accusé de capter la bienveillance, de s'estre fait nommer Juge de paix. Pendant les trois ans où il a été maire, il a protégé les émigrations et le transport des numéraires. Fréquentant les aristocrates et les gens suspects ennemys comme luy de la Révolution, des ex-nobles qui auroient rougi avant la Constituante de l'admettre parmi eux, chassé même des jeux publiques, ils l'ont entourés et en ont faut une espèce d'automate qu'ils tournent à volonté pour influencer d'une manière perverse le peuple peu éclairé qui machinalement avait placé en luy une confiance aveugle.

Après le 20 Août il avoit quitté clandestinement son poste de maire, au moment où la patrie était en danger, sous prétexte de se rendre à Lannion, mais en réalité il avait passé en Angleterre.. où il s'est abouché avec les émigrés. Mais on n'a aucune preuve positive de ce voyage. Dans sa prison, il insulte au patriotisme, gagné par les nobles.

Quant à son opinion religieuse nous savons qu'il n'a jamais plus préféré un culte qu'un autre. Nous pouvons dire même que sa religion est nul, encore passe s'il eut eu celle de la Raison. Mais les ex-nobles et les aristocrates de toutes les couleurs s'étant fait un égide de la bande noire en religion du pape, il s'est montré en vrai singe le protecteur le plus ardent.


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