La vie quotidienne à Roscoff - Histoire - Chro,iques publéees dans le Bulletin Paroissial de Roscoff

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Chroniques
d'histoires
publiées
dans le
Bulletin
Paroissial
de
Roscoff


de 1962
à   1977

n° 204 - 1966 - Juin

- Le curé Luslac est accusé de vol  ! Il se défend
- Bon certificat à Le Squin
- Renseignements sur Le Roy - La Trochardais et sa femme
- Arrestation de l'irlandais Rvvaud
- Expulsion des nobles
- État et recensement général des grains et farines existant dans la commune de Roscoff
- Chandelles de résine
- Navires pris sur l'ennemi
- L’appétit du gouvernement révolutionnaire
- Descente des croix


LE CURE LUSLAC EST ACCUSE DE VOL !

Voici tout d'abord la dénonciation :

“Notte sur la conduite de Luslac, soi disant curé de Roscoff.

- Il a été rapporté un fait grave contre Luslac. Il est accusé que s'étant transporté à Santec, il y a peu de jour, pour y faire une inhumation,.il a profité de cette circonstance pour spolier la Sacristie de l'église de Santec d'une portion du litige qui y existoit. On assure même que sa domestique en étoit chargée et qu'il a été vendu à St Paul. On demande que le citoyen Rolland, lieutenant des Douanes à Santec, ainsy que celuy qui fait les fonctions de Sacriste soient entendus. "

L'enquête de Rolland lui fit rédiger le rapport suivant

“Liberté, égalité, unitée de principe. L'an deuxième de la République Française, une et indivisible, le 23 germinal remplissant la Commission que m'a chargé les Républicains officiers Municipaux de la Commune de Roscoff, pour s'éclaircir sur des doutes d'un enlèvement d'effet qui devoit s'être effectués dans l'église de Santec.”

“Aussitôt je me suis transporté dans la ditte église munies des clefs et accompagné de André Salavun le Bédo, et y ayant fait appeler Annette Guiader, veuve de Pascal Gral, et Constance Rochou, qui ci devant étoient chargés de l'habillement et blanchissage des Linges et ornements je les ay sommés au nom de la Loy de voir et vérifier si elles pouvoient s'apercevoir de quelques manques d’effet d'ornement de la ditte église dans la sacristie.

Les dites vérifications faites, ont déclaré s'apercevoir qu'il y manquait deux aubes dont une non garnite, et l'autre étant à grande dentelles, un surplie neuve,, un ornement noir pour la Messe à l'exception d'une étoile de la même espèce qui se trouve dans la Sacristie, un voille de brocquard fond blanc fleur verte et aurtre couleurs et quelques Bougies, ne restant qu'une. D'après ses déclarations Je les ay de nouveau interpellés au nom de la Loy de dire la vérité, si elles avoient vu quelqu'un transporter quelqu'effet haur de l'église, elles m'ont unanimement déclarés que la dernierre enterrement que le Curé de Roscoff y avoient fait du cadavre d'une femme, qu'elles avoient vu dans sa compagnie une vieille fille ou femme que l'on dit être sous ses gages emporter hors de l'église quelqu'effet ramassé dans son tablier, mais qu'elles n'ont pu savoir ce que ce pouvoit être, et que plusieurs autres qu’elles l' avoient aussi vu.

“Sur cette déclaration j' ay fait mander Jean Marc Lucas, préposés des Douanes, Annette Néa femme de Gui Tangie, Annette Brigant femme d'Adrien Core que j'ay de même interpellé au nom de la Loy de dire la verrittée, m'ont fait la même déclaration de n'avoir pu voir ce que pouvoit porter dans son tablier la domestique du Curé de Roscoff. Dans le même tems est survenu Marie Abalanac, femme de François Toulec, et l'ay de même interpellé de me dire la vérité, si elle n'aurait pas pu me donner quelqu’indisses sur ce que la ditte domestique du Curé de Roscoff pouvoit avoir emporté : elle m'a répondu, qu’étant dans l’église y dire ses prierres qu'elle avait vu le Curé et sa Domestique sortir de la Sacristie ayant quelque chause d'enveloppé dans son tablié, mais. qu'elle n'avait pas pu remarquer ce que ce pouvait être.

“ Ouïs les rapports des personnes ci dessus et des autres parts dénommés, j'ay dressé le présent procès-verbal véritable en son contenu, selon les rapports qui m'ont été fait. Clos et arrêtés dans la Sacristie de la dit Chapelle de Santec, section de la Commune de Roscoff, le dit Jour mois et an que devant. "

Le Lieutenant des Douanes au Poste de Santec, Rolland, commissaire.


LE CURE LUSLAC SE DEFEND

13 Avril 1794

“ Je soussigné Curé de Roscoff déclare n'avoir enlevé de l'église de Santec qu'une aube que j'ay trouvé dans la Sacristie aux emprois aux vers, lors d'une enterrement que je fis d'une femme de la dite Commune, avec une Boëte d'argent pour, porter l'Eucharistie. A Roscoff le 24 germinal L'an 2° de la République française une et indivisible. "

Luslac, curé de Roscoff.


BON CERTIFICAT A LE SQUIN

Le Squin avait été arrêté le 27 Novembre 1793 sur l’ordre du Comité de surveillance de Roscoff. Après avoir été détenu à Morlaix, il fut transféré au Château de Brest. Avant de le juger, le tribunal révolutionnaire demanda à la Municipalité de nouveaux renseignements sur  son compte. Elle donna le 9 floréal an 2 (29 Avril 1794) un bon certificat, somme toute, tout en faisant des réflexions peu spirituelles sur "le marchand d'eau de vie et thés, successeur de Claincie Irlandais".

Ce qui est sûr c'est qu'il fut acquitté six jours après; il ne fut toutefois relâché qu'en décembre.


RENSEIGNEMENTS SUR LE ROY - LA TROCHARDAIS ET SA FEMME

Yves Le Roy de la Trochardais avait été, sur l'ordre du District, à la suite d'une dénonciation des patriotes, arrêté à Morlaix, incarcéré à Carhaix, suspendu de sa charge de lieutenant des Douanes nationales.

Mais en avril 1794, il fut réintégré à Roscoff, grâce à l'appui de l'inspecteur de Morlaix qui "répondait sur sa tête des principes de Richarday". Il était toutefois sous la surveillance de la Municipalité, à qui le District demandait, le 2 Mai, comment il se comportait. Elle dut lui délivrer comme à Le Squin un bon certificat de civisme.

La femme Le Roy avait eu moins de chance quelque temps auparavant... Le 19 Mars (pendant la détention de son mari) elle fut dénoncée par la Municipalité au District de Morlaix pour "débiter des eaux-de-vie de genièvre malgré la prohibition de la loi,.. et ce en vertu d'une autorisation de l'Inspecteur des Douanes Précourt.”


ARRESTATION DE L’IRLANDAIS ROVVAUD

Le 19 floréal an 2 (3 mai 1794), l'Irlandais Hamilton Rovvaud fut trouvé errant sur la côte. Il déclarait avoir débarqué d'un bateau anglais qui avait été capturé par l'aviso "Jarnes" Caritaine Rivu, aux environs de Lannion. Il fut expédié au District sous l'escorte de douze grenadiers, un caporal et un sergent.


EXPULSION DES NOBLES

Le 23 floréal, (12 mai), la Municipalité était heureuse d'annoncer au District qu’elle venait d'exécuter les décrets des 27, 28 germinal, concernant l'expulsion des cy-devant nobles des villes maritimes. Elle n'a toutefois pas expulsé le citoyen Pascal ni la citoyenne Kersauson, grabataire.

En revanche Elle demandait à ce qu'on fit l'application des décrets " à la citoyenne Thérèse Quermerhou Kerautem établie gardiataire de la maison de ces parents par Guillaume commissaire au séquestre... Cette jeune fille (18 ans) et sa sœur (17 ans) avaient adressé une demande à la Municipalité " réclamant d’être mises avec leur mère qui est en arrestation à St Paul... Leur frère avait émigré.


État ET RECENSEMENT Général, DES GRAINS ET FARINES EXISTANT DANS LA COMMUNE DE ROSCOFF

3 Mai 1794 – savoir :  (chiffres en quintaux)

 

Population : 2.279

Observations ;

Certifié véritable par moi Commissaire au District.de Morlaix nommé par le District de Lesneven pour le recensement des grains dans le canton de St Pol en exécution de l' arrêté du 5 Germinal de la Commission des Subsistances et approvisionnements de la République.


CHANDELLES DE RESINE

“ Vu la cherté du suif et de la chandelle" écrivait la municipalité au District le 1er prairial (20 mai) nous demandons"l'autorisation de fournir au Corps de garde des chandelles de résine dont l'odeur n'incommoderait pas plus le soldat que la plupart des cultivateurs qui en ont toujours fait usage en les plaçant dans les tuyaux des cheminées.


NAVIRES PRIS SUR L' ENNEMI

Pendant la Révolution les navires de l'Etat et surtout les corsaires de Saint Malo et de Dunkerque amenèrent beaucoup de prises et   de prisonniers à Roscoff.

Le 2 prairial (21 Mai), une lettre fut envoyée aux Citoyens Représentants à Brest pour les informer de l'arrivée au port de Roscoff de trois navires pris par les cutters de la République "Le Courrier" et "La Surprise'''..

Un des navires, "L'Elisabeth de Bristol'', trois-mâts de 400 tonnes, allant de Barcelone à Guernesey, était chargé de liège, de noisettes et d'eau de vie.

Laissant parler leur "bon cœur" les officiers Municipaux demandaient l'autorisation de débarquer 8 ou 10 pièces d'eau de vie qu'ils vendraient au maximum aux marins et militaires de la garnison "tous dans l'habitude d'en faire usage sur une côte très exposée et où le service est pénible...

"Les familles des marins de l'Île de Batz et de Roscoff (pas un vaisseau ou frégate qui n'en ait quelques uns à leurs bords) et notre garnison se ranimeraient à la vue de ces prises, dont les marchandises étalées sous leurs yeux, et l'eau de vie servi par les mains de nos sans culottes donneraient un nouveau ressort à leurs chants de victoire et à leurs cris de ''Ca va, ça ira" !....

Le 27 Mai (7 prairial), arriva un parlementaire anglais : le Trois-mats “Le Barrik”, de 300 tonnes, ayant à bord 240 passagers français venant de la Martinique. Cette île venait d'être prise par les forces britanniques sous les ordres de Thompson.

Le 4 messidor (22 Juin) arriva un autre parlementaire

(le numéro 13); le Trois-mats "L'Aigle de Londres" ayant douze hommes d'équipage et 200 et quelques passagers français venant de la Guadeloupe.. Ces navires durent se rendre à Brest, et les passagers se présenter devant les Représentants du peuple, dont Prieur de la Marne.

Le naufrage du 4 Juin (16 prairial) d'un Brick américain de 120 tonnes fut une bonne aubaine. Le navire commandé par le capitaine William Obrian du port de Petenbourg (Virginie), et poursuivi par la frégate "Le Danaë” Capitaine Fleury (de la Division de l'Amiral Thévenard) se jeta à la côte ou il périt. Il était chargé d'objets de subsistance, dont plusieurs caisses de chandelles. La Municipalité écrivit immédiatement à Philippe, agent des subsistances à Morlaix pour demander l'autorisation de garder pour le corps de garde ces chandelles "avariées en grande partie".


L’APPETIT DU GOUVERNENT REVOLUTIONNAIRE

Cet appétit. est démontré par ces deux lettres du 13 juin (25 prairial) adressées par le District à la Municipalité :

Il Nous pourrions vous citer différentes époques de crises où, sous le régime du Despotisme, ce qu'on appelait alors paroisses s’empressaient d'offrir au gouvernement l'or, l'argenterie, le cuivre et le fer de leurs églises. Mais c'est depuis la Révolution surtout que cet effort, peu généreux puisque ce n’est qu'offrir à la patrie ce qui lui appartient, a été général et continuellement renouvelé et n'a pas coûté à des républicains jaloux de correspondre aux efforts de leurs dignes représentants. Il ne s'est pas borné à l'offrande des objets d'or, d'argent, de cuivre et de fer. Tout ce qui s'est trouvé de quelque valeur a été porté sur l'autel de la patrie.

“ Les Communes du District de Morlaix n'ont pas suivi l'essor qu'avait pris l'esprit public. La Commune du chef-lieu a été la seule qui se soit déterminée au dépouillement presque total de ce que elle avait de propre à être offert, et nous ne doutons pas qu'elle va le faire en ce moment entier.

“Imitez comme elle l'exemple donné par la France entière. Formez l'état de tout ce qui reste dans nos églises d'objets d'or, d'argent, de cuivre, de fer et autres effets précieux. Rendez-nous les, accompagnés de copie de l'état avec la plus grande promptitude. Et pour nous mieux mettre à même de Juger de votre exactitude et de votre zèle, faites-nous servir en même temps les inventaires qui faisaient la charge des ci devant marguilliers ou Sacristes.

“ Nous nous flattons que vous nous mettrez incessamment à même de rendre un compte avantageux de vos offrandes que les Représentants du peuple nous ont chargés de provoquer. Vous devez sentir que plus elles seront absolues plus le Trésor public s'enrichissant par cette voie, plus tôt on sera à même d'alléger partout la charge des contributions"

Signé : les Administrateurs du District de Morlaix, Verchin, Guiomar, Briant.

La seconde lettre est un peu plus sèche

“ Les Commissaires de la Trésorerie nationale veulent connaître les effets sortis des églises, Il est d'autant plus instant de leur fournir ces renseignements qu'ils ne les demandent que dans des vues d'utilité publiques qu'il est de votre devoir de seconder. Vous voudrez donc bien remplir dans le plus bref délai possible et nous renvoyer l'état ci-joint."

Signé : Guillaume, Verchin, Briant.


DESCENTE DES CROIX

Le 16 Messidor (4 juillet), le commissaire Saillour du District adressa une lettre de menaces aux Officiers Municipaux de Roscoff. Croyant qu'ils n'avaient pas fait abattre les Croix érigées sur la Commune, il menaçait "de les dénoncer et de les faire traiter comme suspects."

Quelle belle réponse ils durent faire à ce zêlé commissaire !

Les croix étaient "descendues" depuis plus de trois mois.

Les militaires du 3è Bataillon du Morbihan avaient été chargés de cette triste besogne.

Les frais de l'abattement des Croix se montèrent à 13 livres 10 sous, somme dont Picrel trésorier de la Commune fut invité à faire les avances.

Il fut d'ailleurs remboursé par le District, dont les Administrateurs Rozec, Verchin et Guiomar adressaient à Roscoff le billet suivant, le 12 floréal (1er mai)

" Citoyens (officiers municipaux), vous devez dresser un état des frais occasionnés pour la descente des Croix et autres signes extérieurs, lequel visé par vous sera payé par le trésorier du District."

Les pierres des Croix furent employées à des travaux publics, d'après le billet suivant du 5 thermidor an 2  (23 Juillet 1794):

• Service de la République.

• En exécution d'ordres du District.

• Il est ordonné à Thanguy, Guivarc'h, Allain Jac, de charroyer sur le quay les pierres de tailles de l'ancienne Croix de Keradenec, qui lui seront indiquées par Jean Guillou maçon pouvant servir à des travaux publics."

Signé. - Rouvier l'aîné, officier municipal.

Les croix devaient être nombreuses. Mgr Rolland de Neuville, évêque de St Paul de Léon de 1562 à 1613 en avait fait ériger cinq mille dans les chemins et carrefours de son diocèse, afin, disait-il, que les fidèles y rencontrassent partout le signe auguste de notre Rédemption.

C'est alors qu'on brisa, les nombreuses petites croix qui surmontaient l'Eglise, à l'extérieur et les deux chapelles (ossuaires) du cimetière. On décapita même plusieurs "chimères et autres monstres" qui ornaient l'extérieur de l'Eglise. On voit très bien, encore aujourd'hui, l'emplacement de ces croix, dont le soubassement existe. Sur le placitre de Pen-ar-C'hreac'h, on voit encore l'emplacement d'une Croix, qui dut être abattue à la Révolution...

 La croix de Roskogoz a.échappé au massacre. Pourquoi?


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