La vie quotidienne à Roscoff - Histoire - Chro,iques publéees dans le Bulletin Paroissial de Roscoff

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Chroniques
d'histoires
publiées
dans le
Bulletin
Paroissial
de
Roscoff


de 1962
à   1977

n° 207 - 1966 - Novembre

- A propos des foires et marchés
- Un déserteur
- Retour des prêtres insermentés
- Réparations à l'église
- L'inventaire des armes
- Envoi au District des effets de l'église et des chapelles


A PROPOS DE FOIRES ET MARCHES...

 Relevons cette curieuse délibération de Conseil du 15 nivôse an 3 (4 Janvier 1795)

 Cette Commune avait le droit incontestable avant 1759 d'avoir ses foires et marchés ; ce port a usé de ce droit ancien en vertu des Lettres patentes de 1600 de Henry IV, portant titre et faculté d'avoir six foires par an à Roscoff. Ces lettres patentes furent de rechef confirmées par autres Lettres patentes de Louis 14 en 1649 qui n'ont été depuis aucunement supprimées ny abrogées. "

 " Si les foires et marchés ont discontinué de temps à autre, et à des distances éloignées, ces causes accidentelles et de force majeure ne peuvent être attribuées qu'à ces cessations momentanées de commerce et de navigation ; et encore ces causes mêmes dans le malheur des habitants ne leur sont qu'honorables et doivent attirer sur eux en ce moment l'équité protectrice de nos Représentants, parce que les cessations de commerce et d'industrie n'ont été occasionnées que par les guerres et les désastres publics, étant prouvé que Roscoff s'est vû pillé, saccagés incendié par les ennemis de l'États notamment en 1374, où tous les habitans furent dispersés ou massacrés. En 1404 la bonté de son port, sa proximité du Chanal de l'isle de Batz, son site avantageux à tout égards pour la navigation semblèrent y rappeler la fortune et la population. Son énergie se ranima et le brave du Penhoat, amiral de Bretagne, y rassembla et avituailla les forces navales avec lesquelles il battit celles des Anglais à la hauteur de Saint Mahé fin-de-terre, dans l'Iroise, devant le Conquet, à l'entrée de la baye de Brest, "

 " Successivement dans les siècles postérieurs le port de Roscoff n'a cessé d'avoir le malheur d'être victime et des désastres des guerres et du Virus pestilentiel aristocrate pontifical et d'intendants de province qui ont épuisés et ruinés les familles."

 " Chaque guerre a enseveli ses habitants dans la misère et le néant ; et encore dans la guerre de 1758 la plupart de ses gens de mer trouvèrent leur tombeau dans les prisons du Tiran d'Angleterre."

 L'Influence dominatrice des Évêques Seigneurs de fief de Roscoff n'a que trop rigoureusement commandé l'extinction de nos marchés pour les concentrer à Paul-Léon, où du fond de leur palais et secondés par leurs suppôts, clercs et laïques ils conjuraient contre la liberté de leurs pauvres vassaux''

 Fureurs des guerres et par conséquent ruine et extinction des familles commerciales, domination fallacieuse et usurpatrice d'un Monseigneur à Crosse et à mitre : telles sont les causes graduelles et trop constantes de l'extinction des foires et marchés à Roscoff. "

 Résumé : Relâches continuelles des flottes nombreuses et vaisseaux d'escortes entrantes et sortantes de la Manche, qui réclament à chaque posée des rafraîchissements et des vivres. "

 Permanence active de la garnison et détachement tant à Roscoff qu'à l'isle de Batz et postes environnants."

 Population précieuse d'une pépinière de gens de mer à Roscoff et à l'isle de Batz ainsi que des communes riveraines pour le débit des denrées et la libre circulation des subsistances."

 " Le droit ancien et de fait d'avoir foire et marché à Roscoff avant 1789"

  

Le considéré et l'agent national ouï,

Le Conseil Général arrête d'adresser copie de cette délibération et copie du titre de 1649 portant droit de foires seront sans délai adressés aux Représentants du peuple français en mission dans les Départements à l'effet d'obtenir d'eux l'approbation de faire continuer les foires et marchés."

 " Fait et arrêté en Maison commune les Jours, mois et an que devant : Guibert maire, Heurtin Yves, Alexis Daniélou, François Séité, Joseph Créac'h, officiers municipaux, Claude Bernard, François Séité, Alexandre Péron, François Quéméner, Charles Le Mat, Hervé Grall et Racher, notables ; Jean-Jacques Mège agent national, Yves Prat secrétaire-greffier." ...

 Les Municipaux de Roscoff n'obtinrent pas de leur délibération l'effet qu'ils en attendaient.

 Le 21 fructidor an 11, 8 Septembre 1803, ils adresseront au sous-préfet une demande analogue de "rétablissement des six foires octroyées sous la régence d'Anne d'Autriche, mère de Louis XIV."

 Leur vœu adressé au Directoire sera exaucé sous le Consulat.

 

Le 20 Brumaire an 14 (1er Novembre 1805), Napoléon . Bonaparte, premier Consul, rétablit les six foires de Roscoff, qui furent fixées aux :

·          17 Brumaire,

·          17 Nivôse,

·          17 Ventôse,

·          17 Floréal,

·          17 Messidor

·          17 Fructidor.

  


UN DESERTEUR

 

Tous les soldats de la Révolution n'avaient pas tant de goût à l'ouvrage que Joseph Le Corre, dont nous avons publié une lettre du 7 pluviose an 2.

 Plusieurs se dérobaient à la circonscription, ou une fois incorporés désertaient. C'est ce dernier parti qu'avait pris Mathurin Pleyber qu'à la date du 15 ventôse (5 Mars) la Municipalité chercha en vain au domicile de ses parents.

 D'autres Roscovites, en revanche, s'offraient volontairement à la patrie. Le 20 ventôse (10 Mars) la Municipalité annonçait triomphalement au District que "cinq Jeunes gens de Roscoff se sont fait inscrire pour l'Ecole Navale révolutionnaire."

  


RETOUR DE PRETRES INSERMENTES

 

Les mesures si barbares, prises contre les prêtres fidèles, avaient quelque peu perdu de leur sévérité draconienne après la chute de Robespierre. Dans l'opinion publique, il s'était opéré un revirement assez prononcé contre ces lois cruelles, et le 'gouvernement se trouva par suite dans la nécessité de les atténuer.

 Le Représentant du peuple près les côtes de l'Ouest BRUC, lança, le 19 Ventôse an III (9 Mars 1795) une proclamation, sans donner une liberté complète d'exercer le saint ministère aux prêtres qui se tenaient cachés, leur permettait néanmoins de quitter leurs retraites et de se produire au grand jour, en déclarant dans les mairies où ils fixaient leur séjour. Aussi bien, plusieurs ecclésiastiques, s'empressèrent--ils de profiter de la dite proclamation dont bénéficièrent également un grand nombre de personnes qui n'avaient pas émigré.

 Le 9 germinal (29 Mars) Monsieur Nicolas Marie MOAL ex-vicaire de St Pol se présentait le premier à la mairie de cette ville; déclarant qu'il.fixait son domicile en cette commune : acte lui fut décerné de sa déclaration. Le lendmain Mr Jacques Marie MATHEZOU, ex-chanoine de Léon et Mr Elie CORRE, ex-recteur de Saint Pol, venaient faire la même déclaration.

 Ces évènements troublèrent profondément les officiers municipaux de Roscoff. A la date du 11 germinal (1er Avril ), ils écrivaient en effet cette lettre au District :

 Il nous parvient des rapports de tous côtés que notamment dimanche dernier (vieux style) il s'est dit trois messes à Paul-Léon avec Bénédiction des Rameaux, l'une chez la dame de Kerisnel Coatlez, par le prêtre Moual, l'autre chez la veuve Kerlizien par Corre ex-recteur de la même ville; et la troisième au manoir de la Villeneuve par l'ex-chanoine Mathésou.

 Ces trois ministres viennent de reparaître publiquement, on assure d'ailleurs que l'on s'est adressé à vous pour obtenir pour l'exercice du culte, l'église Saint Pierre."

 Comme la Municipalité de Paul-Léon ne nous a rien communiqué et que nous devons supposer que vous lui avez donné quelques instructions sur la conduite à tenir en pareil circonstance, nous vous invitons à nous en faire part affin de régler notre marche uniformément sur ce qui se passe ou pourrait se passer autour de nous sur les objets qui tiennent de si près la la tranquillité publique. "

 " Nous ne faisons point de doute que la plupart des habitants des deux sexes de notre Commune, éveillés par les événements, ne forment les mêmes voeux pour l'exercice de leur ancien culte ; et pour être à portée de les satisfaire autant que la loi peut le permettre d'après ce qu'ils ont appris par la proclamation de l'adresse annonçant la pacification de la Vendée où il est dit "L'exercice paisible de votre religion vous est accordé ; vous pouvez user avec sécurité de ce droit imprescriptible qu'on n'avait pût vous arracher sans méconnaître les vôtres, il vous est libre, dès ce moment d'offrir à l'Etre suprême, d'après vos anciens usages, vos hommages et votre reconnaissance."

 " Dans les suppositions, que nous croyons très prochaines en réalité, de voir reparaître icy ces prêtres, devons-nous ou bien n'est il seulement que loisible d'exiger le serment civique de fidélité à .la République. S'ils se refusaient, n'est il pas à présumer qu'ils n'en diront pas moins leurs messes dans des maisons particulières plus ou moins isolées, sans même en prévenir les autorités constituées ; si alors celles-cy s'y portent sur l'avis et les couleurs prétextés d'un rassemblement inconnu, n'est-il pas claire que si le culte est toléré ailleurs, des artisans de discorde, des souffleurs de haines et de engences n'insinuent au peuple qu'on veut terroriquement leur ravir icy ce qu'on accorde et tolère dans d'autres endroits; si enfin la permission officielle et authentique de ce culte peut être donnée ou seulement s'il ne s'agit jusques encore que d'une simple tolérance à l'égard de ces prêtres, dans ce cas, dis-je, qu'on permette ce culte, n'est-il pas plus prudent qu'il s'exerce dans un local public mais ferme selon la loi pour tous les cotés, plutôt que d'en abandonner l'exercice dans des maisons ou recoins isolés comme des écoles buissonnières d'Albi et des Cévennes, et par certains (cotés) mêmes plus exaspérantes et plus fanatisantes que toutes les autres ?"

 " Pour concilier tous ces objets nous députons vers vous l'un de nos membres afin qu'il nous rapporte votre réponse à la présente. Salut et Fraternité

 

P.S.- Il a été lu ici, à la garde montante de ce Jour, une lettre imprimée, signée Gautier ex-recteur, envoyée par le général divisionnaire au Commandant de cette place. Si vous en avez quelques imprimées, vous voudrez bien en donner au porteur."

 


REPARATIONS A L'EGLISE

 

A la date du 21 ventose (11 mars 95), nous trouvons ce devis de réparations à faire à l'église :

 

Réparation du Temple (de la Raison)

 

Nous soussignés Jacques Kerenfors membre du Conseil général de la Commune nommé avec Joseph HAMON, couvreur, pour aller vérifier, et constater l'état des dégradations que par la voye publique la municipalité a appris avoir été supportées par l'Edifice national, la cy-devant grande.église de Roscoff, nous nous sommes d'abord transportés chez PICREL l'ainé, marguillier en charge, comptable de la fabrique pour l'inviter à nous accompagner. Lequel nous a déclaré ne pas y accéder et ne vouloir être présent à nos opérations dont il n'entendait nullement se mêler ; d'après ce refus et cet abandon de la part de ce marguillier nous nous sommes rendus au Temple à l'effet de suivre notre commission et de ne pas laisser dégrader davantage cet édifice national dont la Couverture a essuyée des dégradations qui sont les suites des gros temps et neiges extraordinaires de cet hiver " (et de l'enlèvement du plomb, expédié au District, citoyen officier municipal !!!)

 Nos avons vérifié et constaté que la ditte couverture en ardoise du côté du nord est percée en six endroits et comporte une réparation d'onze toise ; que du côté du sud il y en a deux et une sur la sacristie ; nous estimons la toise à 25 livres y compris les fournitures et les ardoises qui appartiennent à l'église. Ce qui fait au total 14 toises, Déclarons que si ces opérations ne sont exécutées promptement, les trous de la ditte couverture augmenteront considérablement et qu' elle pourra s'assoler, la.pluye endommageant et pourrissant les lattes et la charpente, et que même déjà l'eau filtre et tombe en abondance au dedans de l'église servant au décady, le long des murs et des colonnes et dans le cas de les endommager et ruiner, ce qui a été aperçu en plein décadi."

 " Fait à Roscoff le 21 ventose an 3ème

" Joseph HAMON, Jacques KERENFORS, "

La réparation du. toit fut faite malgré la bouderie de PICREL :elle coûta 343 livres qui furent versées au couvreur Joseph HAMON le 3 floréal (22 Avril).

 


L'INVENTAIRE DES ARMES

 

L'inventaire des armes qui se trouvaient au dépôt de la Municipalité fut fait le 2 prairial (21 Mai).

 

Il y avait :

·          19 fusils sans baïonnettes

·          10 fusils avec baïonnettes

·          3 pistolets

·          1 Piérier d'une livre

·          3 Piériers pour la patache

·          4 Espingoles + 6 Espingoles

·          44 Piques.

  


ENVOI AU DISTRICT DES EFFETS DE L'EGLISE ET DES CHAPELLES

 

Ce dernier envoi, peu conséquent, fut fait le 10 prérial (30 Mai 1795). Il n'était resté à Roscoff que quelques linges et un ornement de soie blanche, garni de dentelle et galon d'or, pour l'usage du curé LUSLAC, sans doute...

 Quant à la chapelle de Santec elle ne participa à cet envoi que pour les objets suivants :

·          7 nappes d'autel,

·          9 morceaux de toile pour couvrir les calices,

·          2 paquets de toiles de différentes grandeurs

·          3 aubes."

 Il est vrai qu'elle avait été cambriolée !...

 Et pourtant la Municipalité s'était faite prier avant de s'exécuter... une dernière fois. Elle avait en effet reçu quelque temps auparavant cette lettre peu tendre :

 

Domaines nationaux - Liberté, égalité, fraternité.

Force au gouvernement révolutionnaire.

Morlaix le 23 Germinal (13 Avril) de l'an 3ème de la République une et indivisible.

 

Les administrateurs du District de Morlaix aux officiers Municipaux de la Commune de Roscoff.

 

" C'est donc en vain que nous vous avons demandé par nos différentes circulaires l'exécution des lois des 8 et 18 frimaire l'an 2 ème et de l'arrêté du Comité de Salut public du 30 floréal même année. Nous vous déclarons donc pour la dernière fois que si vous ne déposez pas au Directoire de ce District, sous le délai de quinzaine au plus tard, tout ce qui vous reste d'argenterie, de linges et ornements d.'églises et de chapelles de l'arrondissement de votre Commune, nous agirons vis-à-vis de vous par toutes les voies de rigueur. "

 On a voulu nous insinuer que plusieurs Municipalités dont on vous dit du nombre, ont été assez faibles ou assez inconséquentes, malgré les dispositions de la Loi du 3 Ventôse et celle du 2éme jour des Sans-Culottides derniers, de fournir à différents ministres des vazes et ornements pour l'exercice de leur culte. Nous ne vous cachons pas que si nous étions réellement persuadés que vous fussiez coupables de pareille contravention à la Loi, nous serions forcés, avec regret, de sévir contre vous, mais nous croyons trop dans votre patriotisme et votre intégrité (Et nous donc !) pour croire que vous vous soyez exposés à une pareille compromission. "

 

Signé : RAOUL, LACOUR, ROZEC, GUIOMAR "

 

Les catholiques de Roscoff n'eurent pas ainsi la douleur de voir vendre aux enchères les objets de leur Église. Ce chagrin ne fut pas épargné à ceux de Saint Pol. Après le départ du citoyen DUMAY, sujet dont la Municipalité révolutionnaire se flatta d'être débarrassée, on vendit aux enchères publiques, les ornements et linges des ci-devants églises et chapelles...


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