La vie quotidienne à Roscoff - Histoire - Chro,iques publéees dans le Bulletin Paroissial de Roscoff

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Chroniques
d'histoires
publiées
dans le
Bulletin
Paroissial
de
Roscoff


de 1962
à   1977

n° 208 - 1966 - Décembre

- La Municipalité déloge - 1795
- Le battage des blés
- L'église rendue au culte
- Le decadi a Ste Anne et la Chapelle des Capucins
- Prisonniers américains -1795
- Nouvelle municipalité
- Déclaration de l'abbé Bourgonnière et du P. Kerautrest
- Blé avarié
- L'éclairage des rues
- Évasion de prisonniers
- La garde Nationale
- Les militaires chapardeurs
- Grève des cultivateurs
- Encore les anglais Macculoh, Clansie et Cie


Cahiers de Mr Le Corre

CHAPITRE VII - ANNEE 1795


LA MUNICIPALITE RELOGE...

Une fois de plus, la Municipalité changea de domicile le 10 prairial (30 Mai 1795). La maison de l'Anglais HERRIK où elle était étant en mauvais état, elle ne prit pas la peine d'y faire des réparations. Une autre maison anglaise, "Copinger", léguée par le prêtre Irlandais PRENDERGAST à sa nièce Marie Anne Clansie, se trouvait au nombre des propriétés anglaises de Roscoff confisquées par la Convention nationale. Ce fut la maison choisie, le presbytère étant occupé par les officiers de la garnison (régiment du cy-devant Angoulême).


LE BATTAGE DES BLES

Sur réquisitoire des administrateurs du District de Morlaix, la Commune de Roscoff devait fournir pour les subsistances militaires 150 quintaux de froment pur et non mélangé. C'était beaucoup, c'était même trop pour Roscoff.

Pour accélérer le versement du contingent en grains assigné dans la commune dans le magasin militaire à Paul-Léon", le Directoire du District envoya dans la campagne des soldats qui furent logés deux-à-deux dans les fermes jusqu'à la fin du battage, qui commença le 15 floréal (4 mai). Des commissaires requirent tous les hommes disponibles et les propriétaires de blé durent payer les batteurs à raison de trois livres par jour. Conformément à l'arrêté du 4 germinal du Comité du Salut public, le 10ème des grains fut versé à St Pol avec le 10ème des farines et des légumes secs.

Remarquons en passant que le blé "battu" le 4 Mai 1795 était bien sûr de la récolte de 1794; il était "mulonné" depuis l'automne précédent.


L’EGLISE RENDUE AU CULTE

Ce que Maurice PRIGENT et Jean Marie LE GALL avaient fait à St Pol pour la Cathédrale et la chapelle St Pierre, un catholique de Roscoff le fit pour l'église N.D, de Croas Batz : il demanda au District et en obtint l'église pour l'exercice du culte. Voici le texte de cette autorisation :

" Morlaix le 18 Prairial de l'an 3 (6 Juin 1795); etc.

Les administrateurs du District de Morlaix aux officiers municipaux de Roscoff, d'après la demande du citoyen Jérome QUEMENER de Roscoff ( il était cultivateur au village de Ruvéic ) et la proclamation des Représentants délégués dans les départements de l’Iisle et Vilaine, Côtes du Nord, Morbian et finistère du 23 germinal dernier, vous voudrez bien lui donner provisoirement la jouissance de la ci-devant église paroissiale de votre commune pour y exercer sous votre surveillance, suivant la disposition de la loi, le Culte auquel il est attaché.

" Vous ferez enlever et déposer aux magasins du District (c'était déjà fait; !) tous les ornements, or et argenterie et meubles portatifs qui se trouvent dans la ditte Eglise, et vous ferez en outre un inventaire des objets d'attache et non portatifs que vous laisserés dans cet édifice à la charge et sous la responsabilité dudit QUEMENER, qui s'obligera de les représenter et fournir à la première résuisition. .....

Signé : VERCHIN, LA COUR ROZEC, RAOUL "


LA DECADI A SAINTE ANNE ET A LA CHAPELLE DES CAPUCINS.

Le 24, les officiers municipaux annoncèrent que la commission était faite. Ils avaient laissé l'église au culte catholique pour aller fêter leurs fêtes civiles et révolutionnaires à Sainte Anne d'abord provisoirement, et ensuite à la Chapelle des Capucins.. D'ailleurs voici la réponse :

“ 24 prairial... Citoyens administrateurs... En exécution de la loi et des arrêtés et proclamations des représentants du peuple dans ce Département et ceux contigus, vous avez cédé l'église cy-devant paroissiale de cette Commune pour l'exercice du culte catholique, désignée et réclamée par une grande majorité d'habitants " et comme étant le seul local propre et le plus spacieux pour les contenir dans son intérieur, ainsy que le veut la loi, pour que rien ne paroisse à l'extérieur et que la paix et le bon ordre règne.!”

“ En conséquence la Commune dut porter les séances du décadi dans la cy-devant chapelle Ste Anne, étant le local le plus central et vis-à-vis du port. Il est vrai que cet endroit n'est pas spacieux ; aussi n'était-il que provisoirement désigné pour le décadi qui a immédiatement suivi la concession de l'église dont il s'agit...

" La cy-devant église des Capucins plus à proximité des Cultivateurs et de la Garnison et où les citoyens de la ville se feront également un devoir de se trouver nous, parû le local convenable. Il est aussi grand que l'Eglise cy-devant paroissiale, et nous désirons que l'amour de la paix, de l'union et l'exemple de la soumission aux lois que doivent partout prêcher tous ceux qui se prétendent républicains y attirent une affluance que nous n'avons cessé ce provoquer et de désirer. Salut et Fraternité."

D'ailleurs les officiers Municipaux devaient être de bonne humeur, la veille ils avaient reçu du District une somme de six mille Livres pour l'hospice.


PRISONNIERS AMERICAINS

A la lettre sur l'ouverture de l'église au culte catholique, les officiers joignirent, à l'adresse du district également, une autre lettre, où ils demandaient où expédier à Brest ou à Morlaix, cinq individus arrivés de nuit à Kerrelec. Sur la dénonciation des cultivateurs François OLIVIER et Charles BELEC ils avaient été arrêtés par les soins de la Municipalité. Leur histoire était simple et triste ; c'était des Américains qui allaient de Virginie à Londres, à bord de l' ”ESPERANCE”, bateau de 200 tonnes. Le bateau, chargé de tabac, avait fait naufrage le 8 Juin dans les parages d'Ouessant. Ils avaient pu se sauver dans une chaloupe.


NOUVELLE MUNICIPALITE

De nouvelles élections eurent lieu le 15 messidor (3 juillet 1795) pour le choix de la Municipalité et du Conseil général de la Commune.

Furent élus :

·        François Jacq

·        Charles Kerbrat

·        Sébastien Godec

·        Kersauson

·        Joseph Quéméner

·        Hamon Kerbrat

·        Tanguy Jacq

·        François Prigent

·        J.J. Mège, cadet

·        Louis Saillour

·        Paul Gillet

·        Hamon Cabioc'h.

Quatre jours avant ces élections l'ancien Conseil général de la Commune, pressentant sa chute prochaine, avait écrit aux Représentants du Peuple pour leur demander de maintenir le Terroriste Guibert à la tête de la Municipalité.

Je n'ai pas connaissance qu'ils eussent répondu à cette lettre.

Le 15 messidor Gérard Mège fut désigné comme Juge de paix à la place de Picrel-Kérandré.

La nouvelle municipalité installa ses bureaux dans le presbytère (comme de nos jours !), et demanda à Figuière, receveur des domaines nationaux à Paul-Léon, de vouloir bien y faire des réparations, parce qu"il y tombe beaucoup d'eau quand il pleut.

Un des premiers soins de la nouvelle municipalité fut d'étudier la comptabilité de sa devancière. Le résultat en fut l'arrestation d'AUBERT (sous chef civil de la Marine) pour dilapidations et autres causes.

Il était receveur de la Commune. L'évènement eut lieu le 19 Messidor (7 Juillet 1795). Les Représentants du peuple à Brest en furent informés et priés de pourvoir au remplacement de cet ancien membre du Comité de surveillance. Son affaire était bonne : le citoyen Benoist ayant remis ses comptes, Aubert fut mis à la disposition du Juge de paix Coroller le 11 thermidor - 29 Juillet.


DECLARATION DE L' ABBE BOURGONNIERE  ET DU P. KERAUTREST

Celle de Mr Bourgonnière est écrite de sa main :

" S'est présenté le soussigné prêtre catholique romain résidant en cette commune faisant la déclaration suivante. Les ennemis des Ministres du culte catholique-romain cy-devant détenus ou cachés à raison du refus de serment ne cessent de leur imputer d'être réfractaire- à la loi et d'insinuer qu'ils sont en révolte contre le Gouvernement. "

“ Les dits ministres ne sont point et n'ont pas été réfractaires. Une loi prescrit aux fonctionnaires publics de jurer la ci-devant constitution civile du clergé ou d'abandonner leurs bénéfices. Ils n'ont pas fait de serment, mais ils ont abandonné leurs bénéfices. Ils ont donc obéi et ne sont pas réfractaires. "

“ Ils ne sont point, ils n'ont pas été et jamais ils ne seront en révolte contre le Gouvernement. Disciples d'un Maitre qui leur a dit que son Royaume n'est pas de ce monde, ils sont par principes et par état soumis au Gouvernement civil de tous les pays qu'ils habitent. Lorsque Jésus-Christ a envoyé les Apôtres prêcher l’Évangile dans tout l'univers, il les envoya dans les Républiques             comme dans les Monarchies : et telle est l'excellence de cette religion toute divin qu'elle s'adapte à toutes les formes de gouvernement. Dire que le culte catholique romain ne peut s'exercer dans les républiques comme dans les monarchies c'est calomnier ce culte et ses ministres. Tels sont, et tels ont toujours été mes sentiments.

Requérant acte et copie de ma déclaration.

A Roscoff le dix messidor an 3. J. Bourgonnière, " prêtre catholique Romain. "


BLE AVARIE

Le 21 Messidor (9 Juillet 1795), la Municipalité dénonça au District les agissements du citoyen David de Morlaix qui avait donné l'ordre de mêler du blé avarié au bon grain pour les fournitures de la garnison : "la pénurie et la disette" commandaient, parait-il, pareille mesure..


ECLAIRAGE DES RUES

Il n'était pas merveilleux à cette époque, puis qu'un règlement de police de Piez, commandant de la place, disait qu'à partir de 10 heures du soir on ne pourrait passer dans les rues qu'avec des lumières".


EVASION DE PRISONNIERS

Le 30 Messidor (18 Juillet), la Municipalité informa le District et le Représentant du peuple à Brest (Champeaux) que six prisonniers heureusement échappés des prisons d'Angleterre étaient arrivés en canot à Roscoff. Après avoir été "reçus et traités avec cet intérêts et cette distinction dûes à leur bravoure et aux généreux dévoûment qui les inspire" ils furent dirigés sur le chef-lieu du District.


LA GARDE NATIONALE

Le 19 Juillet (1er thermidor), le commandant du Bataillon du Canton de Paul-Léon fut invité "à assister sur la place de l'arbre de la liberté à la réunion de tous les citoyens valides de 16 à 60 années à l'effet de s'organiser en gardes nationales"

Je laisse à un spécialiste le soin de faire l'histoire ce l'organisation et du recrutement de la Garde nationale à Roscoff et ailleurs. Il fallait à chaque instant envoyer des patrouilles pour amener les Gardes nationaux à leur poste. Il pourra dédier son livre à Jaurès, qui veut remplacer l'armée par la "nation armée ou "garde nationale".

La Garde nationale de Santec ne valait pas plus que celle de Roscoff. Le 2 thermidor (20 Juillet} la Municipalité dut intimer à Guy Caro et à Hervé Grall capitaine et lieutenant l'ordre d'envoyer douze hommes de leur Compagnie monter la garde à leur tour.

Le neuf Thermidor (anniversaire de la mort de Robespierre, Couthan et St Just, les terroristes) fut célébré avec le concours de la garnison convoquée par ordre de la Municipalité.


LES MILITAIRES CHAPARDEURS

Le 11 thermidor (29 Juillet), la Municipalité porta plainte au général HOCHE (le 4 elle l'avait fait au Représentant du Peuple et le 6 au District) contre les Militaires de la garnison “qui saccagent les campagnes, et particulièrement les Patates avant maturité. Pour en avoir une à peine formée on en arrache vingt qui dessèchent et qui périssent ensuite sur la terre où elles ont été jetées éparses ....Elles ne sont pas mangeables, elles n'ont pas encore atteint cette douce et nourrissante saveur qui en fit la propriété."

Le 14, nouvelle lettre sur le même sujet (à Hoche) "Sur notre bureau se trouve baïonnettes, chapeaux et "divers porte-feuille pris aux militaires et abandonnés par eux en flagrant délit."

Le journal de police contient de nombreuses plaintes contre les maraudeurs. Il est vrai que les pauvres militaires étaient souvent à la portion congrue. Le pain faisait souvent défaut.

La tradition rapporte que fatigués de porter plainte en vain, les cultivateurs se firent justice eux-mêmes. Si l'on fouillait bien certain champ des Moguérou, on y trouverait peut-être les reliques de deux soldats chapardeurs, que les paysans enterrèrent après les avoir assassinés. Le champ, c'est Parc an Ibil ; les paysans meurtriers (au nombre de trois) étaient surnommés "Les Pitiguet”.


GREVE DES CULTIVATEURS

Mécontents sans doute qu'on ne mit pas fin aux déprédations des Militaires, les Cultivateurs se mirent en grève quand il s'agit d'aller prendre à Saint Pol le bois de chauffage pour le corps de garde.

Si ce n'est pas fait pour demain à midy, nous sommes décidés à vous appliquer la loi du 26 ventôse dernier. " L'article I contre les cultivateurs qui refusent de satisfaire aux réquisitions des grains est applicable quant à la détention à ceux qui refusent d'obéir aux réquisitions de voitures."


ENCORE LES ANGLAIS MACCULOH, CLANSIE et COMPAGNIE

Nous les avons laissés (le 29 Mars 1793) en tête à tête avec le District. Celui ci avait porté contre eux un arrêté d'expulsion, avec ordre au Commandant du 106ème régiment et à la garde nationale de les arrêter et faire écrouer s'ils n'obtempéraient... Les anglais, tant hommes que femmes, étaient au nombre de dix. Ils avaient dû partir pour l'Angleterre (ou passer ce temps en prison) et leurs biens avaient été confisqués.

Mais ils revinrent à Roscoff, puisque au 13 thermidor an 3 ( 1er Août 1795 ), la municipalité les arrêta de nouveau et les fit conduire à Brest où ils trouveraient un navire neutre,qui les mettrait à même d'obéir à la loi du 23 messidor an 3 portant que "les étrangers nés dans les pays en guerre avec la République doivent quitter le territoire français."

Ils reviendront encore à Roscoff. Le 7 Prairial an II (27 Mai 1803), le Maire les enverra une fois de plus à Morlaix, au sous-préfet cette fois, mais munis de ce bon certificat :"Les seuls étrangers à Roscoff sont James Macculoh écossais, négociant, 60 ans et Clansie, 70 ans, irlandais. Ils ont été autorisés à retourner à Roscoff dont ils sont les bienfaiteurs."

Ce bon certificat de la part de Michel LE SQUIN se comprend très bien : il avait épousé la fille Clansie ! (Marcelle)


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