La vie quotidienne à Roscoff - Histoire - Chro,iques publéees dans le Bulletin Paroissial de Roscoff

169 170  171 172 173 174 175 176 177 178 179 180 181 182 183 184 185 186 187 188 189 190 191 192 193 194 195 196 197 198 199 200 201 202 203 204 205 206 207 208 209 210 211 212 213 214 215 216 217 218 219 220 221 222 223 224 225 226 227 228 229 230 231 232 233 234 235 236 237 238 239 240 241 242 243 244 245 246 247 248 249 250 251 252 253 254 255 256 257 258 259 260 261 262 263 264 265 266  267 268 269 270 271 272 273 274 275 276 277 278 279 280 281 282 283 284 285 286 287 288 289 290 291 292 293 294 295 296 297 298 299 300 301 302 303  304 305 306  -  Retour au sommaire   -   Menu

Précédent   - Suivant


Chroniques
d'histoires
publiées
dans le
Bulletin
Paroissial
de
Roscoff


de 1962
à   1977

n° 212 - 1967 - Avril

- 1800 - Pétition des catholiques de Roscoff
- L'église rendue au culte
- La paix signée entre St Pol et Roscoff
- 1801- L'église ferme de nouveau et réouvre
- Mr Bourgonnière et Kerautret pendant la révolution
- Les émigrés de Roscoff


Cahiers de Mr Le Corre

CHAPITRE XII - ANNEE 1800


PÉTITION DES CATHOLIQUES DE ROSCOFF

Les catholiques de Roscoff étaient heureux de la liberté laissée aux prêtres fidèles et ils s'empressèrent d'adresser au Préfet une pétition pour demander à ce qu'on mit l'Église au service du culte catholique. Voici cette pétition :

PÉTITION .

Roscoff le 1er Brumaire an 9  (23 Octobre) Commune de ROSCOFF, au Préfet du Finistère.

Citoyen Préfet,

" Les catholiques de cette Commune sollicitent depuis longtemps l'Église, qui fut de tout temps destiné à ce Culte. On peut d'autant mieux s'y prêter qu'elle fut érigée par et au-dépens de leurs ancêtres; et qu'elle ne fut jamais aliénée. Il n'y en a point d'autre à Roscoff."

" Leur demande se fonde sur des droits imprescriptibles et sur la proclamation des Consuls, du 7 nivôse dernier, aux Départements de l'Ouest, qui déclarent solennellement que "La Liberté des Cultes est garantie par la Constitution ; qu'aucun magistrat ne peut y porter atteinte ; qu'aucun homme ne peut dire à un autre homme : Tu exerceras un culte, tu ne l'exerceras, qu'un tel Jour ".

“ Citoyen Préfet, nous réclamons ce principe éternel et l’exécution entière de cette proclamation  fondée sur la raison."

“ Les Pétitionnaires osent espérer qu'ils trouveront en vous un appui ; ils comptent sur votre Justice et votre impartialité. Ils ne seront point trompés."

" Ils vous remettront ci-après un Extrait de la feuille Journal des Débats, vous y verés que le préfet du Bas-Rhin octroya aux habitans de Strasbourg la demande nous vous faisons aujourd'huy."

“ Vos pouvoirs sont égaux et nos demandes sont les mêmes : sans doute que nous trouverons en vous des dispositions aussi sages et aussi justes, et dans cet espoir nous attendons votre Décision qui est déjà dictée par la Constitution et les arrêtés précités des Consuls de la République. "

Extrait du Journal des Débats du 18 Vendémiaire an

STRASBOURG 14 vendémiaire.

Les habitans du culte catholique ont pris possession de la ci-devant Cathédrale - conformément à un arrêté du préfet du 6 fructidor, envoyé au Maire de cette ville le 7 vendémiaire courant. Les fêtes nationales qui étaient célébrées dans cet édifice le seront dans la suite dans la grande salle de la Maison Commune, qui est fort spacieuse "...

Cette pétition fut portée le 1er Brumaire à, la Sous-Préfecture de Morlaix, qui répondit par un “ Oui “ puisque le Maire de Roscoff le remerciait en ces termes le 6 Brumaire (28 Octobre 1800) :

" J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur " de m'écrire le 2 de ce mois, où je vois vos bonnes intentions en faveur des habitans de Roscoff, et m'authorisé à tenir l'église à leur disposition."

" Je leur en ai fait part, et ils m'ont prié de vous en témoigner leur gratitude. Veuillez bien recevoir ici leurs remerciements les plus sincères."

Quant à ce.que vous me recommandé concernant le ministre du culte porteur de carte de sûreté, je lui ai communiqué le paragraphe de votre dite lettre pour ce lui est relatif à la déclaration demandée.."

Connaissant particulièrement le caractère doux et paisible du citoyen LA BOURGONNIERE, ministre du culte catholique, il n'y a pas à douter qu'il ne continue à concourir, comme il l'a fait jusques-ici, au maintien de la paix et de l'union en cette Commune. "

Salut et Respects - LE SQUIN Jeune, Maire. "

La déclaration demandée à Monsieur La Bourgonnière était la suivante :

“ Je soussigné promet de concourir de tout mon pouvoir au maintien de la paix, de l'union, du respect aux authorités et de soumission au gouvernement. A Roscoff le 8 Brumaire an 9 (30 Octobre 1800). Bourgonnière, prêtre catholique de Roscoff. "

Le même engagement fut fait le même jour par le Père Allain Kerautret. (Journal de Police I, 1).


L'EGLISE RENDUE AU CULTE

L' Eglise fut immédiatement rendue au Culte catholique comme le preuve ce rapport du Registre de la Fabrique.

“ Le cinq novembre mil huit cent, François Petel fils majeur de Jacques Petel et de Françoise Boutri, originaire de la paroisse de Ficfleur, évêché de Lisieux, Département du Calvados, et domicilié d'Abbeville, évêché de Lisieux, département de l'Eure d'une part et Jeanne Yvone Prat, fille majeure de Yves Prat et de Marie Anne Calvez, originaire et domiciliée de Roscoff, succursale du Minihy de Léon, département du Finistère d'autre part, après publication d'un ban au prône de la messe paroissiale le deux de ce mois, sans opposition quelconque, et dispense obtenue des deux autres par qui de droit, fiançailles célébrées des dites parties, ont solennellement contracté mariage par parole de présent dans l'Eglise de Roscoff devant le soussigné prêtre catholique, religieux Capucin, légalement délégué, qui leur a donné la bénédiction nuptiale - De ce que dessus témoins et garants sont Yves Prat, père de la contractante, Jean-Baptiste Petel frère du contractant, Dominique Prat oncle et François Prat frère de la Contractante et autres."

Ont signé :

La conséquence de la remise de l'église aux catholiques pour l'exercice de leur culte, fut la prise de possession de la chapelle Sainte Anne par le Municipalité pour la célébration des fêtes civiques installées par la Révolution

“ Les assemblées décadaires ont lieu dans la cy-devant chapelle Ste Anne" écrivait le Maire au Sous-Préfet le 29 brumaire (20 Novembre 1800).


LA PAIX SIGNEE ENTRE SAINT POL ET ROSCOFF

Le 15 Brumaire (6 Novembre) le maire de St Pol, Michel KERHORRE; adressait le pli suivant à Michel Le Squin, maire de ROSCOFF :

“ Citoyen - J'ai reçu hier la lettre que vous m avez fait l’honneur de m'écrire le 13 ; je suis trop ami de la paix pour ne pas concourir avec empressement aux moyens de conciliation que vous proposé entre nos deux communes ; je vais, en conséquence; nommer quatre commissaires pour concourir avec ceux que vous choisirés de votre côté, à un arrangement dicté par l'équité, et qui mettra fin à des contestations qui n'eussent jamais dües avoir lieu entre deux communes "circonvoisines. "

Vous voudré bien m'indiquer le lieu et le jour où vos commissaires se rendront. S'il survenoit quelqu'empêchement imprévu de la part des miens, je vous en préviendroi aussitôt afin de remettre l'assignation, je vous salue bien fraternellement."


CHAPITRE XIII - ANNEE 1801 ... ET ANNEES SUIVANTES


L'EGLISE FERMEE DE NOUVEAU

Monsieur l'abbé BOURGONNIERE, et le Père Capucin KERAUTRET qui avaient déclaré fixer leur résidence à Roscoff, avaient été invités à se rendre à la Municipalité pour y présenter leurs cartes de sûreté, et autorisés à exercer librement leur culte.

Une lettre du Maire au Sous-Préfet du 20 prairial an 9 (9 Juin 1801) déclare "qu'ils ont fait leur soumission à la République à la Mairie de Roscoff le 8 Brumaire (30 Octobre 1800).

Il est à croire que la liberté donné à l'exercice du culte catholique contrariait certains patriotes. Le conseil municipal convoqua à son Bureau les deux prêtres, et après lecture d'une lettre du sous-préfet en date du 14, les invita à prêter le serment suivant à la Constitution, conformément à la loi du 21 nivôse an 8 ;

" Je promets fidélité à. la Constitution."

Ces Messieurs, qui avaient des instructions de Mr Henry, vicaire général de l'Evêché de Léon, crurent ne pas pouvoir prêter le serment qu'on leur demandait. Ils s'offrirent à signer le modèle de soumission et de promesse de fidélité fourni par le vicaire général, modèle "Portant restriction aux termes sacramentaux de la loi du. 21 nivôse"

Et tout en refusant le serment demandé ils firent observer toutefois que toujours disposés à prêcher la paix, l'union et la soumission aux lois, ils promettaient de se soumettre à l'autorité et au gouvernement, par conséquent aux lois civiles et réglementaires et de police qui en émaneraient ou qu'ils porteraient pour le maintien du bon ordre et de la tranquillité, conformément à la loi du 7 vendémiaire an IV.

Sur ce refus, défense expresse fut faite aux ministres du culte de célébrer à l'avenir le culte catholique dans l'église N.D, de Croas-Batz qui était en leur possession et qui allait être fermée. La Municipalité leur intima de plus l'ordre (émanant du sous-préfet) de quitter la commune dans les vingt-quatre heures et de se retirer dans celle de leur origine.

En mettant le sous-préfet au courant de ce qui s'est passé, le maire dans sa lettre du 1er Messidor (20 Juin) écrivait :

" Sur le refus des deux prêtres de se conformer aux termes sacramentaux de la loi du 21 Nivôse toutes leurs fonctions ont été suspendues, et l'Eglise a été fermée" et il ajoutait "Du moins l'Eglise ne pourrait-elle, sur leur refus du serment pur et simple, rester ouverte aux Catholiques laïques pour .y dire leurs prières aux jours et heures accoutumées ?"


REOUVERTURE DE L'EGLISE

Nous ignorons la réponse du sous-préfet DUQUESNE à cette dernière demande du maire.. D'ailleurs le culte ne fut pas longtemps supprimé, ni l'église fermée, puisque le 5 fructidor (24 Août) le maire adressait au Tribunal de la Police correctionnelle (?) de Morlaix "la déclaration du citoyen Bourgonnière, prêtre catholique, relativement à l'édifice où il exerce son culte"

Voici ce qui était arrivé. Sur de nouvelles instructions de l'autorité religieuse, Monsieur Bourgonnière et le P. Kerautret s'étaient de nouveau présentés à la, mairie où ils firent la déclaration suivante le 4. messidor an 9 (24 Juin 1801).:

“ Étrangers à toutes les discussions civiles et politiques, comme la religion que nous professons nous l’impose, nous venons donner à la puissance temporelle une garantie de notre soumission, sauf néanmoins la religion catholique, apostolique et romaine, dont la loi garantit le libre exercice - à cette condition en conséquence, je promets fidélité à la Constitution

Signé : Bourgonnière."

C'était la formule donnée par Mgr de la Marche, Evêque de Léon, en exil à Londres et admise par le sous-préfet de Morlaix.

Faisant droit à leur requête le Citoyen Michel Le Squin, maire, leur donna acte de leur déclaration "à valoir et servir à ce qu'il sera vû appartenir".

L'abbé Hervé Marie Paul, curé de Santec, revenu d'Espagne le 24 prairial an 10 (13 Juin 1802), fit sa soumission à Roscoff trois jours plus tard et déclara exercer le culte catholique dans l'Eglise de, Santec, commune de Roscoff,

Désormais les prêtres fidèles ne furent plus inquiétés, et ils purent exercer leur ministère en liberté. La persécution avait duré dix ans.


MONSIEUR BOURGONNIERE ET LE P. KERAUTRET PENDANT LA REVOLUTION

La paroisse de Roscoff, pendant la période révolutionnaire, fut plus favorisée que beaucoup d'autres.. Elle eut le bonheur de conserver et l'honneur de cacher de 1792 à 1801 deux prêtres qui furent jour e t nuit à la disposition des catholiques.

Nombreux furent ceux qui eurent recours à leur ministère, malgré les menaces et les dangers, comme le prouvera cet aperçu de l'administration des sacrements à Roscoff, d'après les Cahiers rédigés par Mr BOURGONNIERE.

Le cahier de 1793-1794 mentionne 20 Baptêmes et 4 mariages. Sur ces 20 baptêmes, 19 sont signés Bourgonnière, prêtre catholique, et un "Paul Marie de Landerneau religieux capucin prêtre catholique."

Ce premier registre ne nous est pas parvenu complet. "Le malheur des temps, y a écrit Monsieur Bourgonnière à la première page, ayant été cause qu'une trentaine de feuilles d'extraits rapportés en leur temps par le soussigné prêtre a été déchirée, il a crû devoir laisser par écrit le nom des enfants baptisés, celui de leurs parents, celui des personnes qu'il a conjointes en mariage ; suivant ce que sa mémoire lui rapporte, sauf erreur dans les dates particulièrement."

A partir de 1800 et jusqu'en 1803 inclusivement, PERON vicaire général de Léon paraphe chaque cahier "destiné à constater les cérémonies religieuses des Baptêmes et Mariages dans l'étendue de la succursale de Roscoff, à l'usage des prêtres catholiques, apostoliques et romains".

La signature du Concordat le 15 Juillet 1801, mit fin définitivement à la persécution religieuse.


LES EMIGRES DE ROSCOFF

Le 18 Fructidor an 10 (5 Septembre 1802), le Maire de Roscoff transmit au Préfet la liste des émigrés de Roscoff qui étaient :

Les biens des émigrés furent confisqués par la nation. Ceux qui rentrèrent en France et obtinrent leur certificat d'amnistie purent rentrer en possession des biens qui n'avaient pas été vendus ou aliénés.

Monsieur Louis-Marie Kermerc'hou de Kerautem, fut déporté (1797) de Rochefort à Cayenne où il mourut.


Précédent   - Suivant