La vie quotidienne à Roscoff - Histoire - Chro,iques publéees dans le Bulletin Paroissial de Roscoff

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Chroniques
d'histoires
publiées
dans le
Bulletin
Paroissial
de
Roscoff


de 1962
à   1977

n° 214 - 1967 - Juin

- Marins et corsaires de Roscoff
- La guerre des courses
- Recrutement des équipages
- Conditions de combat, pillage des prises, prisonniers
- Arrêt de bonne prise, vente de la prise, profit de la guerre de course
- Guerre de course en Bretagne au 16 et 18 ème s.


Cahiers de Mr Le Corre

MARINS ET CORSAIRES DE ROSCOFF


LA GUERRE DE COURSE

Le mot "Corsaire" n'a pas toujours été le seul vocable employé pour désigner les navires des particuliers armés en guerre et munis d'une Commission du Roi. Le terme armateur était encore usité dans ce sens au 18ème siècle ; par contre "corsaire" était souvent pris comme synonyme de pirate.

En temps de guerre, la propriété privée des sujets de la nation ennemie était confiscable au profit du Souverain. A peine pourrait-on signaler antérieurement au 19ème siècle quelques protestations contre ce principe qui légitimait la guerre de course. Le droit de confisquer les propriétés, les navires et les marchandises de l'ennemi n'appartenait qu'au Roi et à ceux de ses sujets auxquels il avait ligué ce droit on appelait "commission" l'acte qui permettait à un armateur ou à un capitaine de saisir les navires appartenant aux ennemis de l'État.

L'ordonnance de 1681 faisait de la possession de la Commission la condition nécessaire pour qu'un capitaine acquit des droits sur sa prise, mais elle n'établissait aucune peine contre le capitaine non commissionné qui attaquait un navire ennemi.

L'ordonnance interdisait aux Français de prendre des commissions de souverains étrangers, même amis et alliés.

Les corsaires pouvaient prendre tous les navires ennemis et les navires neutres qui commettaient des actes d'hostilité.

Certains objets trouvés à bord des navires ennemis étaient considérés par les marins catholiques comme ne pouvant être pris légitimement : c'étaient les vases sacrés et les objets consacrés au culte. En vertu d'un usage très ancien, les cloches des églises des villes prises appartenaient au chef de l'expédition victorieuse.

Le gouvernement français fit aussi tous ses efforts au 18e siècle pour préserver de toute attaque les barques employées à la pêche côtière. Enfin échappaient à l'avidité des corsaires les navires porteurs d'un passeport, soit qu'ils fussent chargés d'une mission parlementaire, telle que l'échange des prisonniers, soit qu'ils fussent simplement destinés à une opération commerciale. Les passeports délivrés dans ce but avaient pour but de rendre possible l'introduction dans les ports français des denrées que le territoire ne produisait pas. On apportait ainsi du lin et du charbon de terre ; plus tard des passeports furent délivrés pour importer à Roscoff du thé et de l'eau-de-vie.

Les Juristes assimilaient au passeport ou au sauf-conduit le billet de rançon trouvé à, bord d'un navire ennemi. Si ce navire suivait la route indiquée sur le billet délivré par le capteur, un nouveau corsaire ne pouvait ni le prendre ni le rançonner.


RECRUTEMENT DES EQUIPAGES

Il était en principe interdit aux inscrits maritimes de servir à bord des corsaires.

L'équipage d'un corsaire comprenait des marins et des volontaires d'origine et de valeur très diverses. C'est à la présence de ces marins amateurs et de ces volontaires, auxiliaires parfois précieux mais toujours incommodes, que l'on doit attribuer l'indiscipline qui régnait à bord des navires de course.

Les registres des amirautés prouvent que les rebellions collectives ou individuelles, très rares sur les navires de commerce, furent fréquentes à bord des corsaires. Par exemple, en 1747, l'équipage de la "COMTESSE DE ROSCOFF" ne veut pas quitter le port de Roscoff par ce que le 1er lieutenant et 13 marins ont déserté.

Le personnel auxiliaire de l'état-major laissait aussi beaucoup à désirer : les chirurgiens se recrutaient surtout parmi les praticiens sans clientèle et les aumôniers, que devaient embarquer les navires ayant plus de 40 hommes d'équipage, étaient ordinairement des prêtres rejetés du clergé séculier, des moines échappés du couvent ou des missionnaires qu'entraînait beaucoup trop loin le goût des aventures. En 1693, dom Sébastien Henry, cellérier de l'abbaye du Relec, qui était allé accompagner à Roscoff son frère volontaire sur un corsaire, "donna de magnifiques repas à des officiers corsaires malouins, qui sont gens de grande dépense", et ne put résister au désir d'embarquer avec eux (Archives du Finistère).

Frère Charles-Joseph Janeau (ou Janneaux) religieux Cordelier, qui périt le 24 Décembre 1747 dans la baie de Morlaix lors du naufrage du corsaire “L’ALCIDE”  ( voir ) (193 hommes, 20 canons, 12 pierriers), avait eu une carrière fort agitée. Aumônier du corsaire “L'HERMINE” qui, le 10 Octobre 1746, avait ramené d'Ecosse à Roscoff le prétendant Charles Edouard, il s'était bercé de l'espoir de devenir sinon aumônier d’un roi, du moins évêque in partibus : "C'est un titre, écrivait-il, qui n'intéresserait personne, mais qui honorerait infiniment celui qui en serait pourvu". Ses désirs ne furent pas pris en considération ; il ne put même obtenir le brevet constatant les fonctions qu'il avait remplies près du prince ; il dut reprendre le pénible métier de corsaire et mourut dans un obscur naufrage non loin du port où l'année précédente il avait débarqué plein d'espoir au retour d'une expédition glorieuse.

Les dispositions légales (1681) fixaient au tiers de l'équipage le nombre de matelots étrangers. Un appoint important fut fourni aux équipages français par les Jacobites irlandais (restés fidèles à Jacques II après l'échec définitif de sa cause en 1691) et par les insurgés américains.


CONDITIONS DE COMBAT - PILLAGE DES PRISES - PRISONNIERS

Dès 1674, il était toléré que le corsaire arborât un pavillon étranger afin de tromper les navires ennemis et de s'en approcher plus facilement.

Le navire le plus faible s'avouait vaincu en amenant le pavillon ; si après le signal quelques hommes du bord commettaient des hostilités, le capitaine était puni comme traître par le vainqueur.

Lorsque le navire ennemi avait amené pavillon, et s'était soumis ainsi au corsaire, il restait à assurer la protection des droits respectifs des armateurs, des intéressés, de l'équipage et aussi d'empêcher les actes qui auraient pu léser le droit des gens ou porter atteinte à l'honneur du pavillon français.

Aussitôt; après la capture, les scellés étaient placés sur les papiers du bord et sur la cargaison. Mais pendant cette opération faite par le capitaine (ou par un commis ou écrivain) il s'écoulait un certain temps que les matelots savaient mettre à profit. L'exemple du vol était donné par les chefs. L'ordonnance de 1681 punissait les marins qui pillaient les prises d'une peine corporelle et les condamnait à la restitution et à une amende quadruple de celle de l'objet volé. En fait ces dispositions n'étaient guère appliquées. Une coutume reconnue par les jurisconsultes et les tribunaux admettait même la légitimité du pillage et des vêtements de l'équipage du navire capturé.

L'Anglais était généralement sans commisération pour les captifs.


ARRET DE BONNE PRISE - VENTE DE LA PRISE - PROFITS DE LA GUERRE DE COURSE

Le capitaine de prise, dès son arrivée dans un port français, devait remettre aux officiers de l'amirauté du lieu ou à leurs commis les papiers trouvés à bord et les prisonniers, et faire un rapport sur les circonstances de ses prises. Ses déclarations étaient contrôlées par celles d’un certain nombre d'hommes de son équipage et par celles des deux principaux officiers du navire pris.

Le droit de-juger si la capture était "bonne", si le ,navire avait été pris conformément aux lois du royaume fut toujours réservé à l'amiral de France : le conseil des prises auquel était attribué l'exercice de ce droit se composait au début du 17ème siècle de maîtres de requête et de conseillers d'Etat, conseillers ordinaires de l'Amiral.

Les Juges des amirautés commençaient la liquidation de la prise avant même que la décision du conseil de prise fut connue.

Les armateurs pouvaient faire vendre les prises dans un port de leur choix. Parfois les officiers des ports où la prise était contrainte de relâcher s'efforçaient de la retenir, afin de bénéficier de quelques menus droits sur la liquidation.

Le 20 Septembre 1745 Pratmenou-Helliés, syndic des classes à Roscoff, adressa de graves menaces à des pilotes de Roscoff qui, conformément aux ordres du capitaine capteur Rouillé, commandant “LE MARS” de Nantes, avaient conduit une prise "L'ANNE-MARIE" de Londres, non pas à Roscoff mais à Morlaix. Ce syndic annonça aux pilotes qu'il les ferait comprendre dans la première levée de matelots pour Brest ou Lorient "et ne souffriroit rester chez eux aucuns pescheurs ni matelots faisant fonctions de pilotes autres que ceux qui lui amèneraient des prises à Roscoff. Nous ignorons si la manœuvre de Pratmenou-Helliés, manœuvre que l'Amirauté ne semble pas avoir songé, à réprimer, produisirent quelque résultat ; en fait il était extrêmement rare que des prises fussent vendues dans des ports de minime importance comme Roscoff; au contraire Morlaix fut pendant toute la durée des guerres du 18ème siècle un important centre de ventes.

Le principe qui attribuait à l'équipage un tiers, et à l'armateur et aux intéressés les 2/3 du produit de la croisière, subsista jusqu'à la fin de l'ancien régime.

Quelquefois les sommes versées à l'armement furent complètement perdues, soit parce que les navires furent capturés avant d'avoir fait aucune prise, soit parce que les frais de la croisière atteignirent un chiffre plus considérable que celui de la vente des prises. Ainsi la liquidation générale du “GENERAL VALLETEAUX” de Roscoff, 1810/1815, rapporta (capital et bénéfice compris) : néant ; armateur et intéressés dûrent même combler un déficit de 5.826 francs.

Notons à ce sujet que le discrédit croissant des assignats frappa cruellement les armateurs et intéressés qui reçurent en papier sans valeur en l'an 8 ou 9 le payement d'avances acquittées en or en 1792.

Les armateurs des ports bretons s'occupèrent tous plus ou moins de la guerre de Course. La tradition populaire attribue aux profits qu'elle leur procura l'origine des grandes fortunes que quelques-uns firent au 18ème siècle Nous doutons que la course ait eu pour les négociants de Morlaix et de Roscoff des résultats aussi heureux (qu'à ceux de Saint Malo et Nantes) car les registres du Consulat nous révèlent la faillite de la plupart des armateurs de Corsaires. Et ce n'était pas seulement la fortune que procuraient d'heureuses croisières : le roi accordait aux vainqueurs des épées d'honneur, des décorations, des portraits qui, pieusement conservés dans les familles maritimes, contribuaient à maintenir de belles traditions de courage.

Mais la récompense suprême était l'anoblissement. Tanguy MARZIN, de Roscoff, fut peut-être le premier corsaire anobli en 1480 ; ses descendants étaient encore nombreux dans la région de Roscoff au 18ème siècle, mais ils n'étaient plus comptés au nombre des gentilshommes (les Marzin furent déboutés à la réformation de la noblesse de 1659).


CARACTERES PARTICULIERS DE LA GUERRE DE COURSE  EN BASSE BRETAGNE, AU 16ème ET AU 18ème SIECLES

Au XVIe siècle, vers 1550, les côtes de Bretagne, Roscoff, l'Aberwrac'h, Ouessant, Camaret (et le pays ce Bordeaux) étaient ravagées par un pirate qui appartenait à une famille de bonne noblesse du Léon, le seigneur de COETLESTREMEUR. Il fut condamné à mort et exécuté avec ses complices, le Seigneur de KERMELLEC et une foule d'aventuriers d'origines très diverses.

Nous avons trouvé peu de documents concernant les corsaires armés dans les ports bas-bretons à l'époque des guerres de religion. Nous pouvons cependant citer le nom de Chrétien LE PAPPE, riche marchand de Roscoff, que son attachement supposé au roi de Navarre força de s'expatrier ; il fit pendant plusieurs années la guerre aux Espagnols catholiques, aux Anglais protestants, et peut-être aussi aux français de l'une et l'autre religion.

Les Anglais (sous Elizabeth) favorisaient la course protestante et pillaient les navires catholiques qui avaient l'imprudence de s'arrêter dans les petits ports de relâche.

La guerre maritime continua à diviser les marins français et les marins anglais, même lorsque Henri IV eut signé un solennel traité d'alliance avec Elizabeth.

En 1598, la “COLETTE” de Brest, capitaine Le Chovelet, et la “CATHERINE” de Roscoff, capitaine Marc Prigent, furent pris et pillés.

Pendant la première partie du 17e siècle les plus redoutables ennemis des marins bretons furent les sujets de l'Espagne, désignés sous les noms génériques d'Ostendois et de Biscayens. La guerre civile qui régna en Angleterre de 1644 à 1649 facilita le retour à l'ancienne piraterie.

Au milieu de tous ces navires espagnols, anglais, français, on voyait parfois surgir des corsaires également redoutés de tous : les Barbaresques, peu nombreux il est vrai, car leur champ d'action ordinaire était la Méditerranée et le Golfe de Gascogne. Les Bretons avaient à craindre ces irréconciliables ennemis lorsqu'ils allaient acheter du vin en Gascogne, de l'huile en Provence et vendre des toiles en Espagne.

Un registre mortuaire de Roscoff a conservé les noms de quelques malheureux qui furent tués en essayant de défendre leur foi, leur vie ou leurs biens.

La triste situation des Bretons prisonniers des Barbaresques émût l'Evêque de Léon (Jean-Louis Gouyon de Vaudurand) qui, le 3 Octobre 1755, dans un mandement recommanda à la charité de ses diocésains 17 marins de la “FOURMI” de Nantes, esclaves du roi du Maroc "pour lesquels ce barbare demandait 5.800 livres par tête, non compris les présents".

Les livrets publiés par les Religieux de la “MERCI” (de 1638 à 1785) donnent les noms des rapatriés parmi eux 73 Bretons.

On voit encore dans quelques églises de Bretagne les "ex-votos" déposés par des marins bretons revenus de captivité : on montre par exemple à l'île de Batz les lourdes chaînes de fer qu'avait portées un matelot originaire de cette paroisse.

Le cahier des comptes de l'Eglise de Roscoff porte cette mention : "Le 8e de Mars l'année 1615, G. Le Mestre et Yvon Prigent avons presté à Philippa Geffroy, veuve de feu Marcq Prigent la somme de quatre Centz cincquante livres pour aider à rettirer ses enfans de captivitté d’entre les mains des Turcqz : pour ce ... 350 livres."

L'arsenal de Brest conserve un monument plus imposant, témoignage décisif de la fin de la puissance algérienne; après la conquête d'Alger la Marine a rapporté et érigé sur le quai du port militaire la célèbre pièce de canon fondue en 1542, qui était appelée par les Maures "la CONSULAIRE" depuis qu'en 1683, pour répondre aux sommations de Duquesne, le Dey avait fait attacher à la gueule le Père Le Vacher, consul de France et fait faire feu sur les vaisseaux français.

Enfin, l'essence même de la guerre de course fut modifiée par suite de la création au 18e siècle d'une puissante marine de guerre. Richelieu écrivait à Louis XIII qu'Henry IV "n'avait pas un seul vaisseau" ; un demi-siècle plus tard, en 1692 Louis XIV possédait 110 Vaisseaux de ligne et un plus grand nombre de frégates, de corvettes et de brûlots.

Toutefois à l'époque à laquelle s'ouvrent les registres des sièges d'amirauté de Bretagne (1689) les armateurs et les capitaines de la marine de commerce conservaient encore de belles traditions guerrières. A Roscoff, Pierre François de la Marque et Helliés de Lannurien lancèrent des navires de moins de 100 tonnes, Les corsaires de Roscoff eurent des capitaines qui appartenaient pour la plupart à de vieilles familles nobles ou bourgeoises du pays : Le Maigre, Charles-Guillaume Lossieux des Saudrais, tué dans un combat en 1703 (archives de St Malo), François le Pape de Prélauné qui mourût à Cherbourg au cours d'une croisière en 1694.

Ces navires ne paraissent pas avoir eu une carrière très brillante. Un gentilhomme issu d'une vieille famille noble du Léon qui avait été contrainte de se livrer au commerce, Jean Sioc'han de Keradennec, accomplit des croisières fructueuses sur le corsaire malouin “LA MUTINE”.

 

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