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Chroniques
d'histoires
publiées
dans le
Bulletin
Paroissial
de
Roscoff
de 1962
à 1977 |
| n°
217 - 1967 - Novembre |
- Marins et corsaires de
Roscoff
- L' industrie, le commerce et le port de Roscoff |
Cahiers de Mr Le Corre
MARINS ET CORSAIRES DE ROSCOFF
1694
- 19 Juin - Le Capitaine Jean Martin de
Coatélan, commandant la "MARIE" de Roscoff, 120 tx, allant à Saint Malo
déclare quaprès une vigoureuse résistance dans l'anse de Bréhat, il fut abordé
vers minuit par un corsaire ennemi "ce qu'ayant mis la terreur dans l'équipage, ils
avaient sauté tous dans la chaloupe et abandonné le navire pour se sauver à terre : ce
qui obligea le déclarant, ne pouvant seul résister, de s'embarquer avec son équipage
pour sauver sa liberté. Après quoi le dit corsaire s'empara de son navire quil
n'avait pû couler et faire échouer"
- 16 Août : Guillaume Marzin et F. Labbé
(capitaine de Kersauson) déclarent que leur frégate a été prise par un garde-côtes
anglais et que les officiers et le reste de l'équipage sont gardés dans les prisons de
Plymouth.
1695
- 25 Mai - Déclaration du capitaine Jacques
Esnoul commandant la tartane la FIDELE" des rançons faites sur les prises
effectuées en compagnie du corsaire "LES TROIS FRERES" de Roscoff; commandant
La Marque qui s'est refusé de lui remettre ses rançons en otages pour les emmener en
France où il est venu se ravitailler.
- 26 Mai - Déclaration de Pierre de la Marque
Sr du Chênes commandant l'aventure "LES TROIS FRERES" des prises et rançons
effectuées en compagnie de la FIDELE".
1704
- 22 Mai - Le Capitaine Michel de
Lamarque, sieur des îles, commandant la frégate le "PETIT FOUGUEUX" déclare
que " lorsqu'il mouillait au port de Roscoff, on faisait la procession du St
Sacrement, le nommé Yves Cariou, matelot, voulant charger un pierrier, ce qu'il fit
effectivement, mais par un malheur imprévu la boitte creva et a tué le dit Cariou raide
mort".
- 9 Juin - Enregistrement du congé donné à
Jean Corre, sieur de Villeson pour armer en guerre la corvette la "GENEVIEVE" de
Roscoff, 15 tx "et courir sus aux pirates, forbans et gens sans adveu, mesme aux
sujets de l'empereur, aux anglais et aux sujets des Etats-généraux des Provinces unies
et autres ennemis de l'Etat, en quelques lieux qu'il les pourra rencontrer, soit aux
costes de leur pays, dans leurs ports ou sur les rivières, mesme sur terre aux endroits
où le dit Sr de Villeson jugera à propos de faire descente, pour nuire aux dits ennemis
et y exercer toutes les voies et actes permis et usités par les lois de la guerre, les
prendre et amener prisonniers, avec leurs navires, armes et autres choses dont ils se
seront saisis, à la charge par le dit sieur de Villeson de garder et faire garder par
ceux de son esquipage les ordonnances de la marine, porter pendant son voyage le pavillon
des armes du roy et les nostres, etc..."
- 17 Juin - Enregistrement du même congé que
ci-dessus, à Michel de la Marque (corvette St MICHEL, Roscoff, 26 tonneaux).
- 18 Juin - Déclaration de prise après combat
du corsaire LE PETIT FOUGUEUX, de
Roscoff, 12 canons, capitaine du Bois de la Marque, par un corsaire de Flessingue de 26
canons.
1705
- 15 Avril - Enregistrement du congé donné à
F. Lair pour armer en guerre le ROBERT de Roscoff, 40 tx, et à F. de la
Marque pour le St JEAN-BAPTISTE,
- 21 Juin - Rançon d'un bâtiment anglais par
le ROBERT, capitaine Lair.
- 24 Juin - Prise d'un bâtiment anglais
chargé de sucre, 8 canons, 27 hommes, après combat (capitaine tué, plusieurs blessés)
par la frégate le « St JEAN-BAPTISTE » (capitaine La Marque) et le
« BIEN AIME » (capitaine Villenoël). Par les mêmes prise du « JEUNE
HOMME » de Middlebourg.
- 6 Août - Déclaration des prises faites par
le ROBERT du 20 Juin au 1er Août.
- 6 Septembre - Déclaration du capitaine Lair
portant que le 1er Septembre "ayant entré, sous pavillon anglais, dans le port de
Cork, où il aurait trouvé une frégate de 6 canons et 10 pierriers qui venait le
reconnaître, laquelle frégate le dit sieur Lair ayant laissé approcher à la portée de
ses armes, il aurait en même temps arboré son pavillon français, au milieu du dit port,
l'avoir assujettie à coups de fusil et de canon et l'aurait abordée et amarinée,
nonobstant les gardes-côtes et autres navires de guerre, qui étaient ensemble dans le
dit port de Cork, et voyant que trois navires appareillaient pour reprendre la dite
frégate, fut obligé de la rançonner plutôt que de perdre tout, pour la somme de 250
livres sterling.
- 19 Septembre - Déclaration de rébellion à
bord de la frégate le St JEAN BAPTISTE, capitaine du Bois de la Marque; la
plupart des matelots ont refusé de lever l'ancre et de continuer la course, sous
prétexte que leur effectif n'est pas au complet.
1706
- 30 Mai - Le Sieur Hugon, commandant le ROBERT
de Roscoff, 40 tx, 12 canons, 72 hommes d'équipage rançonne à 99 livres sterling un
navire de Dublin allant à Lisbonne
- 23 Juin - Du Bois la Marque commandant le
St JEAN BAPTISTE de Roscoff, 6 canons, 66 hommes : prise de trois barques
anglaises et d'un paquebot de 50 tonneaux à la hauteur de Dublin. Rançons : 30 £, 100
£ et 300 £.
1707
- Le Capitaine Jean Le Pappe, sieur de
Vieuxville du St JEAN BAPTISTE de Roscoff déclare le 4 Août la perte de sa
frégate à la hauteur de Ouessant. Dès que le corsaire anglais arbora son pavillon,
l'équipage du Sr Le Pappe, pris d'épouvante, dit-il, "se jeta dans la cale, sans
tirer un coup de fusil, à l'exception du Sr de Malbor second capitaine, du sieur de la
Roche 1er lieutenant, de F.Calvez maitre-pilote, du Sr Le Gac,de Kergunie, lesquels mirent
plusieurs des ennemis bas ; voyant que son équipage demeurait toujours dans la cale,
quoique le dit Sr Le Pappe et les autres criaient sur eux de monter sur le pont à leur
aide, il se vit obligé de se rendre, le Sr Calvez ayant été blessé de coup de fusil à
l'épaule."
- Déclaration du 5 Août du Sr de Kernéaval
et de plusieurs matelots au sujet de la prise du SAINT JEAN BAPTISTE : Le
bâtiment était armé de 8 canons, 33 fusils, 11 pistolets, deux espingoles et 12 sabres,
toutes mauvaises armes et ratant jusqu'à 5 et 6 fois, et 50 hommes d'équipage la plupart
paysans qui n'avaient jamais été à la mer. Le capitaine se prépara trop tard au combat
et les déclarants affirment s'être "battus dans la 1ère sortie avec un navire de
16 canons, 40 hommes d'équipage et 50 soldats, sans avoir lâché pied, ce qu'ils
n'eussent pas aussi fait s'ils eussent été préparés à se défendre."
- 27 Août - Prise d'un navire hollandais par
N.H. Bertrand Lévinas, Sr de Kerizur, comdt le corsaire BONNE ESPERANCE de
Roscoff.
1708
- 19 Mai - Prise d'un bâtiment anglais par la
MIGNONNE de St Malo et la DAUPHINE de Roscoff, capitaine La
Marque.
- 18 Juillet - Déclaration de Jean Pizivin et
Louis Marecq, enseignes à bord de la REINE DES ANGES de Roscoff, capitaine
Jean Corre sr de Villeson, de la prise de leur frégate, à la hauteur des Sorlingues, par
un garde-côtes anglais de 56 canons. Conduits le 16 mai aux prisons de Plymouth, ils y
restèrent jusqu'au 12 Juillet : le Sr de Villeson et six de ses premiers officiers sont
toujours détenus.
- 30 Août - Prise par la DAUPHINE
(La Marque) au large d'Ouessant d'une flotte hollandaise chargée de sel, démâtée et
abandonnée par son équipage.
- 4 Octobre - Sur remontrance de Sébastien de
Kersauson, substitut du procureur du roi, Jacques Greenlaw de Roscoff est nommé
interprète, en remplacement de Jacques Commerport, domicilié à St Pol, dont
l'éloignement préjudicie beaucoup à l'expédition des affaires et aux biens des
armateurs qui sont souvent obligés de laisser séjourner en ce port les prisonniers faits
sur les prises, à défaut de les interroger sur-le-champ".
1709
- 26 Avril - La DAUPHINE (La
Marque) : prise d'une frégate ennemie, au nord-ouest des Sorlingues ; le second capitaine
Colombier, le Sr Guillouzou de Kermarquer et neuf matelots se sont noyés en montant à
bord de la prise qui dut être abandonnée à 14 lieues de l'Aberwrac'h par suite de
l'arrivée de trois grands navire Flessingois.
- A ce sujet nous relevons dans le Registre des
Sépultures de Roscoff pour l'année 1709, "Le sieur Colombier de Roscoff, le Sr
Kermarquer de Tréguier, Guillaume Renault de St Paul, Joseph Pastor, Yves Fichot, Jean
Pouchard, François Perchec, Hervé Kerenfors, Yves Querné dit Modo (tous de Roscoff),
estant tous en course sur la DAUPHINE du dit Roscoff avec le Sr du Bois
Lamarque, furent noiés dans la Manche, abordant une prise anglaise, le 24ème jour
d'avril"
L'inventaire sommaire des
Archives de l'amirauté de Brest finit là... il n'est pas continué jusqu'à 1800 comme
celui de Morlaix.
L'INDUSTRIE, LE COMMERCE et LE PORT
DE ROSCOFF
(d'après
l'Introduction à l'Inventaire sommaire des Archives de l'Amirauté de Morlaix)
Il ne
semble pas que les émigrants bretons qui vinrent aux V et VIème siècles habiter
l'Armorique aient été un peuple de marins. Les PLOUS et les LANS qu'ils fondèrent et
qui subsistent dans les communes actuelles sont tous situés loin de la mer ; les
émigrants négligèrent les havres si nombreux le long des côtes et qui, pour la
plupart, avaient été habités à l'époque gallo-romaine.
Peu à peu toutefois des
agglomérations se formèrent près de la mer, mais toutes demeurèrent très longtemps
dans un état d'étroite dépendance par rapport à la paroisse, souvent bien éloignée,
sur le territoire de laquelle elles s'étaient formées. Brest resta une simple trêve
(succursale) de Lambézellec jusqu'à 1686. Roscoff, le Faou, Pont-l'Abbé, conquirent au
18ème siècle le droit d'avoir une municipalité laïque, mais ne devinrent paroisse et
commune qu'en 1791.
Il convient
toutefois de remarquer que la création de certains ports est antérieure à leur
ascension au rang de paroisse ou de trêve. Brest qui existait à l'époque gallo-romaine,
Roscoff, furent fréquentés par les marins dès les premiers siècles du moyen-âge... Il
arriva souvent que l'érection en trêve ou en paroisse fut retardée longtemps après que
cette mesure soit devenue nécessaire, par l'opposition du clergé local qui redoutait une
diminution de revenus, ou par celle des habitants du reste de la paroisse qui refusaient
de se séparer de riches contribuables : les habitants de St Pol de Léon firent aux
vélléités d'indépendance des marins de Roscoff une opposition acharnée que ne purent
réduire plusieurs arrêts du Parlement de Bretagne.
Dès le
moyen-âge, la prospérité des ports de Morlaix et de Roscoff amena la décadence de tous
les autres ports du Léon que précipita encore la fondation du port de Brest.
Quelques capitaines de navires
entreprirent à cette époque de longs voyages : trois navires de Pempoul furent coulés
par les Portugais dans la baie de Tous les Saints en 1527 : ils appartenaient à Yvon de
Coëtcongar, Fr. Kerret, Math. Tournemouche, J.Bureau et Jean Jarnet (les Jarnet, de
Roscoff, sont très souvent cités dans les actes des fonds de l'évêché de Léon : la
famille s'éteint au 17ème siècle dans les familles Héliès, Le Gac, Pardeau), Des
marins survivants, les uns furent pendus, les autres enterrés jusqu'aux épaules furent
fusillés par les Portugais. (Cf. La Roncière, histoire de la Marine française, tome
III, Page 279). Dans une supplique,dressée au Roi à l'occasion de ce massacre, les
armateurs de St Pol revendiquèrent l'honneur d'avoir été les premiers européens à
commercer au Brésil. L'hostilité vigilante des Portugais, l'indifférence des rois de
France, la modicité des ressources des armateurs bas-bretons empêchèrent ces
entreprises coloniales de prendre un aussi bel essort que celles des marchands de Dieppe
et Honfleur
Cependant, quelques marchands
de St Pol et de Roscoff continuèrent pendant tout le 16ème siècle et une partie du
17ème, à armer des navires pour Terre-Neuve.
On pourrait citer quelques noms de capitaines
partis au XVIIe siècle pour la pêche de la morue des ports de Tréguier et de Léon :
Claude de Kersauson, membre d'une riche famille de marchands de Roscoff, mourut à
Terre-Neuve en 1616 (Registre des décès à Roscoff), mais sauf quelques tentatives
malheureuses, la grande pêche fut à peu près abandonnée par les armateurs de Morlaix,
Pempoul et Roscoff.
L'ensablement de
la baie de Saint Pol de Léon causa la ruine de Pempoul : les marchands allèrent habiter
Morlaix ou Roscoff. Des travaux importants avaient été faits dans ce port (Roscoff) en
1500 ; une belle église fut bâtie en 1503 ; 1.800 livres furent employées à la
construction d'une chaussée en 1559.
Le Minihy-Léon
entretint en 1599 un régiment de gens de guerre : une grande partie des frais fut
supportée par huit marchands de Roscoff .
Bastien Le Gac de Kersanton,
- H. Plougoulm,
- Yvon Guillou,
- Christien Pape,
- Hiérosme Hervé,
- Nicolas Thépaut,
- Jean Dirou,
- G. Le Faou.
Tous les habitants étaient des marins et des
marchands. Les cahiers des comptes de l' église apprennent que la Fabrique même
possédait des intérêts (un douzième) dans un navire, la MARIE DE CROAZ BAZ.
Les registres des décès ont conservé les noms de quelques marchands qui moururent à
l'étranger où les avaient appelés les nécessités de leur commerce :
- Laurent Omnes, en Flandre :
1612,
- Tanguy et Alain James en
1612,
- Henri Geffroy au Canaries,
1614.
Les relations
les plus importantes étaient établies avec le pays basque et l'Espagne. interrompues par
les guerres de religion, elles furent autorisées par des lettres patentes du 17 Mai 1595.
Les marchands de Roscoff portaient dans ce pays des toiles et en rapportaient du vin et de
l'huile. Quelques familles basques se fixèrent même à Roscoff :
- les Cygaray (Delissagaray),
- les Cheberry (Etchevery),
- les Deregary (Registres de
l'église de Roscoff).
Les monnaies espagnoles étaient extrêmement
répandues en Bretagne : les pistoles et les doublons figurent en majorité dans les
trésors qui ont été découverts en divers points de la Province ; et le réal (25
centimes) est resté l'unité de compte en langue bretonne.
L'empressement des
gentilshommes de Bretagne à se livrer au commerce maritime parait avoir été
particulièrement vif à la fin du XVIe siècle : les professions d'armateur et de
marchand n'avaient rien de contraire aux traditions des familles nobles de la province.
L'ordonnance célèbre (du 19
Décembre 1455) du Duc Pierre, successeur de Jean V de Bretagne, qui maintenait le
privilège de la noblesse aux gentilshommes "qui marchandent en gros et en plusieurs
marchandises sans les détailler ni vendre par la main" resta très longtemps en
vigueur. Le commerce en gros permit même à Tanguy Marzin de Roscoff d'acquérir la,
noblesse (1480). (cf. P. de Courcy, nobiliaire de Bretagne, article Marzin). Les armateurs
de Roscoff (à cette époque) étaient pour la plupart d'extraction noble et avaient été
maintenus "par les commissaires chargés de la réformation de la noblesse" au
15ème siècle.
Cependant il ne se forma pas en
Bretagne une aristocratie vouée héréditairement au commerce, comme celle qui existait
à Venise et en certaines villes des Flandres. Les familles nobles ne "s'entremirent
au faict de marchandise" que lorsqu'elles y furent contraintes par la nécessité, et
dès qu'elles eurent réparé les brèches de leur fortune, elles s'empressèrent
d'acheter des charges militaires ou judiciaires et de vivre noblement,
Louis XIII et Louis XIV s'efforcèrent de
diriger les nobles vers le négoce : l'article 452 de l'ordonnance de Janvier 1629 régla
minutieusement les conditions dans lesquelles les gentilshommes qui faisaient le commerce
en gros ne dérogeaient pas. Le même esprit se retrouve dans certaines dispositions des
édits de 1644 et de 1669 rendus en faveur du commerce maritime. L'édit de Décembre 1701
étendit au commerce en gros de terre les faveurs qui avaient été accordées au commerce
de mer et des colonies.
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