La vie quotidienne à Roscoff - Histoire - Chro,iques publéees dans le Bulletin Paroissial de Roscoff

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Chroniques
d'histoires
publiées
dans le
Bulletin
Paroissial
de
Roscoff


de 1962
à   1977

n° 218 - 1967 - Décembre

- L' industrie, le commerce et le port de Roscoff
- Le commerce des toiles
- Pêche et sécherie


Au 18ème siècle, les nobles marchands furent beaucoup moins nombreux. Le changement dans les habitudes et les mœurs fut amené, croyons-nous, par la Réformation de la Noblesse de Bretagne, qui eut lieu en 1668 et années suivantes. Les conseillers du Parlement chargés de cette opération montrèrent une impitoyable sévérité à l' égard des gentilshommes pauvres et des négociants. Parmi les “déboutés” fut la famille Marzin de Coatélan de Roscoff.

Dédaigné par les nobles (et par les bourgeois qui les imitaient) le commerce de Basse-Bretagne fut au 18ème siècle comme au moyen-âge accaparé par les étrangers. On trouvait à Roscoff les béarnais Du Bois de la Marque, les Anglais Barett, John Copinger, John Groenlaw de Neuville et John Diot.

La Basse-Bretagne reçu pendant tout le 17ème siècle un grand. nombre de catholiques d'Angleterre et d'Irlande qui vinrent en France chercher un asile contre les persécuteurs protestants.

Robert Dallam, organiste d'Henriette de France reine d'Angleterre, se fit facteur d'orgues et aidé de ses fils, Thomas et Toussaint, travailla, pour les églises de Quimper, Saint Pol (1643) etc.. Un de ses compatriotes, Thomas Harrison construisit les orgues de N.D. du Mur à Morlaix en 1656.

De Mars 1649 à Octobre 1650 Thomas Harrison avait construit les orgues de l'église de Roscoff. Le cahier des comptes y porte la dépense de 1922 livres 12 sols. Il mentionne aussi une dépense de 8 L 14 à l'occasion de la visite du Sr Dalam “facteur d'orgues” venu à Roscoff “pour debvoir traicter pour les faire" le 1er Mai 1649.

Les réfugiés devinrent (en général) de fidèles sujets de la France, à laquelle ils fournirent d'heureux capitaines de corsaires.

Au 18ème siècle, grâce à l'initiative éclairée du duc d'Aiguillon et malgré l'opposition des Etats et du Parlement commença l'ère des grands travaux d'utilité publique.

A Roscoff, les entreprises des habitants furent souvent entravées par la communauté de ville de Saint Pol de Léon ; cependant de 1705 à 1743 (Arch. Dép. C.107) on prolongea les quais commencés dès le 17ème siècle, comme le prouve le style de quelques échauguettes qui ont été heureusement conservées. Ce port était devenu, au 18ème siècle, le centre d'un commerce interlope considérable avec l'Angleterre. Roscoff était aussi un entrepôt clandestin de sel où venaient s'approvisionner les pêcheurs qui habitaient des pays de gabelles. En effet, le sel n'était soumis en Bretagne à aucun droit de gabelle : ce privilège fit naître un commerce de contrebande ou de "faux-saunage" dans certains ports tels que Roscoff, où les navires de Picardie et de Normandie pouvaient facilement venir s'approvisionner.

Le commerce interlope, aussi dangereux que lucratif, redevint très florissant pendant les guerres de l'empire. D'autres marchands roscovites, d'humeur moins aventureuses, avaient commencé, dès la fin du 18ème siècle, à aller colporter dans tout l'ouest de la France, les légumes que produisent leurs fertiles campagnes.


LE COMMERCE DES TOILES

La fabrication, ou comme l'on disait alors, la "manufacture",des toiles était au 18ème siècle la principale branche d'industrie et de commerce de la Bretagne, Le Dictionnaire de Commerce de Savary (1748) évalue le commerce d'exportation de la province à 16.375.000 livres la vente de la toile entre dans ce total pour 12 millions et celle du fil pour un million.

Dès le 15ème siècle il existait à Morlaix et dans les communes voisines des "gens du métier et art de texerie", mais il est probable que les métiers étaient établis depuis peu de temps, car l'ordonnance du duc Jean V, du 12 Février 1425, qui tenta (art. X) d'instituer une seule aune par tout le duché pour la mesure de drap et de la toile, prescrivit de placer des étalons de l'aune ducale dans les seules villes de Rennes, de Nantes et de Ploermel, comme s'il n'avait pas existé de fouleurs et de tisserands loin de ces localités.

Le 5 Mai 1452, le Duc Pierre chargea de l'inspection des toiles la Confrérie de la Ste Trinité de Morlaix, à Morlaix et dans les environs. Les prévôts de la confrérie gardèrent ce privilège jusqu'au règlement du roi de 1676, qui en chargea deux bourgeois désignés par la communauté.

Au temps du duc Pierre une partie des pièces de toile vendues à Morlaix avaient été tissées dans la ville, mais les bourgeois ne possédaient pas encore le privilège dont ils jouiront plus tard d'être seuls admis à les acheter aux fabricants pour les revendre aux étrangers. Le testament de Nicolas Coëtanlem (11 Avril 1518), apprend que plusieurs des commissionnaires qui achetaient la toile dans les paroisses rurales étaient des Anglais : Robert Roperz, Jehan Best, Jeham Guillerm (William), Jehan Philips.

Un document plus intéressant (D. TEMPIER, compte d'un Breton voyageur de commerce en Espagne), permet de suivre pendant plusieurs mois de l'année 1530 les opérations d'un marchand de Morlaix qui alla vendre en Espagne et en Angleterre une cargaison de marchandises appartenant à des négociants de Morlaix et de Roscoff. Le compte de ce voyageur de Commerce mentionne les marchands Robert le Barber, Jean Forget, J. Le Blouch, Nicolas Roperz, G.Geffroy et Salomon Toulevet de Morlaix, Robert Borlaudy de Pempoul. Le navire, commandé par Jean Le Goïc, partit de Roscoff et se rendit à Cadix, San Lucar de Bernada et Puerta Santa Maria. Les pièces de toile de Daoulas se vendirent 9 ou 10 ducats (de 375 deniers) celles de Tréguier 8 à 11, celles de Locronan 6 à 7, celles de Morlaix de 3 à 4. Les toiles de Pontivy, les plus demandées, furent débitées au détail, à raison de 26 à 30 deniers la varre (varre = 72ème partie de la pièce). Le Commissionnaire acheta à Séville du vin pour le compte de plusieurs des intéressés dans l'armement et revint en Bretagne après avoir fait escale dans des ports d'Angleterre où il plaça vraisemblablement une partie de sa nouvelle cargaison. Le bas prix des toiles de Morlaix prouve qu'elles étaient de qualité inférieure à celles des autres ateliers de la province.

Les évêchés de Léon et de Tréguier fabriquaient les toiles appelées "crées" du mot breton creis (fort). On distinguait plusieurs catégories de crées : les Rosconnes, les Gratiennes (les Graciennes et les Rosconnes tiraient leur nom de Grâces-Guingamp) et de Roscoff, en breton Rosgoun), les Pédernecques, Landerneau, Plougastel, Saint Paul, Plouigneau, etc... qui sont décrites dans les lettres patentes de 1676, Au 18ème siècle on préféra les termes de crées larges, crées entrelarges, crées étroites et enveloppes.

Aux environs de Morlaix comme dans toute la. Bretagne l'industrie de la toile était entièrement livrée à des paysans : pas d’agglomérations industrielles, pas d'usine employant un grand nombre d'ouvriers. Les tisserands étaient tous des cultivateurs qui cherchaient dans l'industrie le moyen de compenser l'insuffisance des récoltes. Dans le Léon toutes les terres propres à, la culture du lin étaient employées , mais l'industrie de la toile diminua au 18ème siècle sauf dans les paroisses les plus rapprochées de Morlaix, les paysans se consacrèrent presque exclusivement à l'agriculture.

Les gains réalisés par les tisserands étaient médiocres : les salaires n'atteignaient pas plus de 8 à 10 sous pour les tisserands et les blanchisseurs, 4 à 5 sous pour les fileuses.

La plus grosse part des produits de la vente des toiles était celle qui restait entre les mains des trop nombreux intermédiaires placés entre le fabricant et l'acheteur.

En vertu dune coutume très ancienne dont on attribuait l'origine à une concession d'un duc de Bretagne les habitants de Morlaix jouissaient du privilège d'être seuls admis à acheter les toiles que les tisserands des campagnes apportaient en ville : ils les revendaient après avoir prélevé une commission. L'existence ce privilège est attesté par tous les historiens : il est cité en 1546 dans une requête des habitants de Morlaix qui demandaîent au Roi d'interdire la vente des toiles à Roscoff et à Pempoul.

Les ordonnances de police de 1502 à 1579 attestent que le privilège était incontesté dès cette époque ; les lettres patentes de 1780 rendirent la situation des Morlaisiens, plus avantageuse encore, en établissant que les toiles crées ne pourraient être expédiées hors du royaume par d'autres portes que celles de Morlaix, Landerneau et Saint Malo.

Aux 15ème et 16ème siècles, les bourgeois de Morlaix étaient fabricants, négociants et armateurs. Aux siècles suivants ils trouvèrent plus lucratif ou plus agréable de se réduire au rôle de commissionnaires des armateurs de St Malo qui se chargeaient de transporter les toiles en Angleterre ou en Espagne.

Ainsi, entre le tisserand breton et l'acheteur espagnol ou anglais se plaçaient le commissionnaire morlaisien, le négociant et l'armateur malouins.

Le Gouvernement essaya de perfectionner l'industrie des toiles, mais il se heurta à des obstacles insurmontables. La diffusion de l'industrie dans les campagnes rendait impossible la surveillance des métiers ; les paysans, très routiniers, refusaient d'adopter les perfectionnements prescrits par les règlements administratifs . la plupart même ignoraient l'existence de ces règlements qu'ils ne pouvaient lire ; enfin les bourgeois des villes et des bourgs qui auraient dû servir d'intermédiaire entre l'intendant et les tisserands n'étaient pas des industriels chargeant les petites fabriques de tisser des pièces d'une qualité donnée mais, comme nous l'avons dit, de simples commissionnaires qui achetaient la toile telle qu'on la présentait.

La Société d'Agriculture, du Commerce et des Arts de Rennes qui réussit à implanter de bonnes méthodes agricoles dans quelques parties de la Bretagne, ne put améliorer ni la culture du lin ni la préparation des fils ni enfin le tissage.

L'industrie textile fit naître en Basse Bretagne et particulièrement à Morlaix et Roscoff un négoce qui, à certaines époques, prit une grande extension. Le lin mal cultivé dégénérait très vite en Bretagne : les paysans ensemençaient leurs terres avec des graines provenant du nord de l'Europe. Vainement les Etats et la Société d'Agriculture essayèrent d'améliorer la culture en distribuant des bonnes graines et en accordant des primes aux meilleurs cultivateurs. Le préjugé fut tenace et, en 1832 quoique des graines excellentes fussent récoltées à Hillion et à Lézardrieux, les paysans continuaient à payer fort cher les graines étrangères.

Tous les ans des navires de Koenigsberg, de Libau, de Lübeck et de Riga apportaient à Morlaix et à Roscoff des graines recueillies en Pologne et en Poméranie, en Courlande et en Livonie. Lorsque la France était en guerre avec les pays producteurs, les graines continuaient à être apportées par des navires munis de passeports.

Au 18ème siècle, la plupart des marchands de Morlaix abandonnèrent ce commerce à des Roscovites : Jeanne Héliés de Lestrezec, < G.Carlanlay de Kerouzien, Greenlaw, Prigent de Kemaden, Lambert du Va!, J. Héliés de Pratmelou, Louis de la Marque et sa famille, François Cloarec, Jean Abhamon, G. Marzin de Launay, Louis Le Refloc'h de Kernéaval, Le maign de Kerfisiec, de la Fosse de Lanrial, G. Audren, Guilloton de Kerever, Lestobec de Varville, Jérome Picrel, Jacques Roulloin, Fr. Habasque, J.B. Héliés de Kervinny.

Ces marchands n'étaient que les commissionnaires de bourgeois des villes de Courlande et de Livonie qui, par un privilège comparable à celui des bourgeois de Morlaix en matière d'achats de toiles, avaient seuls le droit d'acheter et de vendre les graines récoltées par les paysans.

Cambry raconte qu'un marchand de Pempoul qui essaya de nouer des relations directes en Courlande fut rapidement acculé à la ruine par ses riches concurrents entre lesquels se trouvait peut-être " le Seigneur régent de Courlande " qui était intéressé pour 1.400 barils dans le chargement d'un navire envoyé en 1700 de Vindau à Roscoff.

Avant leur départ du Nord, les graines étaient visitées par un braqueur (expert) ; elles l'étaient de nouveau à leur arrivée à Roscoff, en présence du juge des Requaires de Léon, car, portent tous les procès-7rerbaux de visite, " il est nécessaire de les vérifier avant de les exposer en vente pour en connoistre la qualité et sçavoir si elles sont de la dernière récolte, bonnes, loyales et marchandes et en ce cas donner la permission de les vendre, ou si elles étaient vieilles, mauvaises et mélangées, en défendre la vente en baril sous les peines convenables, à quoy on a d'autant plus de raison de veiller que ce serait la ruine totale du pays si le paysan estoit trompé, le commerce du lin et de fil estant son principal trafic."

Les commissionnaires faisaient, dit-on, un gain de 100% sur la vente ; ils avaient soin d'entretenir les préjugés des cultivateurs et abusaient de leur simplicité ; on les soupçonnait d'acheter la graine de lin du pays pour la revendre dans les cantons voisins : ils imitaient les barils étrangers et vendaient dans le Léon les graines achetées en Tréguier, et en Tréguier celles du Léon.

On évaluait à 500.000 livres le produit de la vente annuelle des graines à Roscoff.

Pendant les guerres de la Révolution et de l'Empire, l'importation des graines de lin fut complètement interrompue : l'industrie textile tomba dans la plus grande décadence.

Lorsqu'en 1794 et 1795, Cambry fit dans le Finistère un voyage qu’il a raconté dans un livre resté célèbre, il put constater que sur tous les points du département le nombre des métiers avait considérablement diminué. Le payement en assignats des marchandises à fournir au port de Brest (toiles à voiles), la cessation des arrivages de graines de lin, l'interruption des relations avec l'Espagne, les réquisitions, le maximum avaient porté aux tisserands un coup dont ils ne devaient jamais se relever complètement.

Cependant, en 1811, un rapport officiel évaluait le nombre des métiers à 1151 ; les 6.373 tisserands de l'arrondissement vendaient annuellement pour 1.900.000 francs de crées,

gingas, serpillières et serviettes.

Après le rétablissement de la paix, le commerce avec l'Espagne reprit une certaine activité et les besoins de la marine marchande renaissant assurèrent quelques commandes aux fabriques de toiles à voiles mais en 1822 une surtaxe imposée par le gouvernement espagnol aux toiles importées: de France ferma le marché de la péninsule aux crées et aux bretagnes qui furent remplacées par des toiles d'Allemagne et d'Irlande. Ce fut la ruine définitive de l'industrie bretonne. Les tisserands de l'arrondissement de Morlaix (au nombre de 4.000 en 1832 au lieu de 6.373 en 1811) ne gagnaient plus en moyenne que 40 centimes par jour. L'imperfection de l'outillage, l'hostilité des paysans contre toute innovation firent échouer tous les essais tentés, pour retarder la ruine des manufactures de Bretagne, En 1837, la plupart des paroisses du Finistère avaient abandonné le tissage (cf: du Chatellier : Recherches statistiques p. 43-134 ; cet auteur énumère les paroisses du Finistère qui possédaient encore des tisserands en 1837). Chaque année; les métiers cessaient de battre, et avant la fin du 19ème siècle, il ne subsista rien de la "manufacture" qui si longtemps avait fait la fortune du pays.


PECHE ET SECHERIES.

Un arrêt du conseil des Finances du 22 Avril 1664 ayant prescrit aux cours royales de procéder à la cription de tous les navires existant dans le ressort, on trouve dans le ressort de Brest 2 barques à St Pol, 15 navires à Roscoff. Un siècle plus tard (1730), Roscoff ne possédait que 3 navires assez bien construits pour s'aventurer en haute mer et c'était des bâtiments normands qui venaient de Dieppe et de Honfleur pêcher le maquereau près de l'Ile de Batz.


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