La vie quotidienne à Roscoff - Histoire - Chro,iques publéees dans le Bulletin Paroissial de Roscoff

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Chroniques
d'histoires
publiées
dans le
Bulletin
Paroissial
de
Roscoff


de 1962
à   1977

n° 219 - 1968 - Janvier

- L' industrie, le commerce et le port de Roscoff
- La pêche à la sardine
- La pêche de la morue
- L'affaire de la digue du Laber


LA PECHE DE LA SARDINE

Elle prit, dès le 17ème siècle, une importance beaucoup plus grande que celle de tout autre poisson. Cette pêche et les industries qui s'y rattachent procura aux marins des évêchés de Vannes et de Cornouaille des bénéfices que leurs camarades de Léon, Tréguier et Saint Brieuc ne connurent jamais.

On essaya parfais de pêcher la sardine sur les côtes septentrionales de Bretagne. En 1728 des marchands de Roscoff établirent trois presses à, l'Île de Sieck, et Marzin de Kermabon en fonda une à Coz-Yaudet en 1764. Ces tentatives n'eurent pas de succès car la sardine est souvent plusieurs années sans revenir dans ces parages.


LA PECHE DE LA MORUE

Nous avons dit qu'au XVIème siècle et pendant les premières années du XVIIème, Roscoff, Pempoul et Morlaix armaient des navires pour Terre-Neuve. Au commencement du 18ème siècle, la grande pêche tant en Islande qu'à Terre-Neuve était presque abandonnée par les marins de ces ports. Dans les registres de l'Amirauté de Brest et de Morlaix on ne trouve qu'une douzaine de passeports délivrés pour cette pêche : par exemple le "Ryswick'', commandé par Bernard de Basseville et le "Deux François" par J. Lair en 1713. Ces navires de 100 à 200 tonnes étaient armés "en guerre et marchandises" et portaient 10 à 20 canons et quelques pierriers, précaution indispensable pour aller dans les mers où les actes d'hostilité et de brigandage ne cessaient jamais complètement.

Au retour en Europe, d'autres périls attendaient les navires terre-neuviers : ils étaient parfois saisis par les corsaires anglais, lorsque la guerre avait inopinément éclaté ; ou bien, insuffisamment guidés par les médiocres instruments de navigation qui se trouvaient à bord, ils venaient se briser sur les côtes de Bretagne comme la "Marie Thérèse" de Roscoff, qui s'échoua le 23 Octobre 1729 sur la côte de Plozévet et et fut odieusement pillée par les riverains.

A ce sujet et pour terminer cette rubrique, voici comment est relaté le fait aux Archives de l'Amirauté de Quimper (B. I.340)

1729 - Naufrage de la " Marie-Thérèse”, de Roscoff, de 50 tonneaux, capitaine Pierre Le Maigre, sieur de Kerbalanec, venant de Terre-Neuve chargée de morues, échouée à la côte de Plozévet le 23 Octobre:

Déposition du capitaine portant que lorsqu'il débarqua avec son équipage de sa chaloupe où il s'était jeté pcur se sauver, il fut tout à coup entouré par plus de 300 personnes qui se retirèrent à l'arrivée du Recteur de Plozévet. La nuit suivante et le lendemain il fut poursuivi par une infinité de personnes de Plouhinec qui ont emporté presque toute la cargaison de morues etc.,

René de St Pezran, Capitaine de la paroisse de Plozévet déclare qu'ayant atteint un des pilleurs et " lui ayant donne quelques coups de canne, celui-ci répondait à chaque coup qu’il recevait, en son langage breton, qu'il  se souviendrait des coups qu’on lui donnerait et qu'en temps et lieu il aurait soin de les payer."...

Dans les mêmes archives ( B.4378) et pour l' année 1767, on relève :

Le " Charles " de Roscoff, capitaine Claude Robin, coulé à l'entrée d'Audierne le 14 Janvier. Quittance de R. Cabrillon " mère spirituelle des Capucins d'Audierne " qui reconnait avoir reçu 6 livres 10 sols pour les aumônes adjugées lors de la vente des vins provenant de la cargaison...


L'AFFAIRE DE LA DIGUE DE L'ABER

Le budget de la jeune commune de ROSCOFF était misérable autour des années 1830. Dans la seconde moitié du siècle la situation s'améliorera ; les ressources viendront surtout du commerce des légumes et de la station balnéaire. Si bien que le Roscovite passera auprès des gens de l'intérieur comme de ceux de la, côte pour le type de l'homme cossu.

" N' EO KET E ROSKO EN ZEC' HER

AR FRI GANT DELIOU KAOL !!!   "

" Ce n'est pas à Roscoff que l'on se mouche avec des feuilles les de choux "

On y pratiquait certes, comme ailleurs, la technique éprouvée de la préhistoire, que notre politesse rejette désormais.

Mais le Roscovite buvait le compliment et peut-être eût-il arboré le mouchoir en signe de sa promotion sociale, tout comme les paysans de chez moi commenceraient de porter le pardessus après 1925. Nous l'appelions "pardessus ar patatez" : l'argent venait dans la campagne par la sélection de la pomme de terre INSTITUT DE BEAUVAIS.

C'étaient les humbles débuts, et combien émouvants, de la croissance économique . le mouchoir, le pardessus..

Mais nous n'en étions pas encore là en 1833, lorsque surgissait l'affaire de la DIGUE. Nous allons en suivre l'évolution au travers des délibérations municipales. Notre documentation est partiale, de toute évidence, mais il importe fort peu en somme à notre propos, qui est avant tout de reconstituer les grandes préoccupations d'une populationn aux prises avec la pauvreté vers 1830.

En ce temps-là l'anse de l'Aber s'enfonçait profondément vers le Pouldu en Santec. La marée s'insinuait le long du ruisselet sur les terres basses au sud des dunes de Santec, en dessous de Cheffren. Les cartes anciennes font état de cet enfoncement de l'Aber vers Santec. La nature des sols y trouve son explication. Le cadastre, qui est de 1846, postérieur à la construction de la digue, s'il ne nous permet pas de préciser la configuration ancienne de ces terres, partiellement immergées aux marées., nous montre cependant le contour approximatif de ce polder conquis sur la mer. Chacun d'ailleurs peut s'en rendre compte assez aisément sur place : le polder est délimité approximativement par la digue à l’est, le chemin du Ruguel à Pouldu au Nord, la route de Pouldu à l'Aber au sud en évitant la partie droite de Poulmavic pour prendre l'ancienne courbe au sud, enfin de l'Aber au château de la Digue (qui n'existait pas encore).

On allait alors de Roscoff à Santec par deux chemins. Ou bien on prenait la route royale n° 169 du port de Lorient au port et havre de Roscoff, après Bonne-Nouvelle l'on tournait vers notre Keravel puis Keradennec.

Ou bien, si la mer était basse, on traversait l'Aber pour rejoindre la crique du Ruguel et emprunter la route de la dune qui délimitait au nord les terres envahies par les marées. Le cadastre l'intitule d'ailleurs "chemin de Santec à Roscoff”. Tout récemment ce chemin. a été revêtu de macadam et de goudron.

Il n'y avait point alors de route le long de la mer de Lagadennou à l'actuel carrefour de Perharidy. La côte était constituée par une longue dune, Theven ar Rouanez.

Et voici qu'un jour cet ordre immémorial des choses et de la nature et des habitudes des hommes est remis en cause par des étrangers. Ils se proposaient manifestement par la construction d'une digue de gagner à la culture ces grandes superficies abandonnées et d'en faire un polder.

La population s'émut de ces travaux et le conseil municipal du 14 Juillet 1833 prit note des plaintes des habitants. On faisait grief au sieur Gauthier-Dubois

Monsieur Dubois aurait acquis ces terrains de monsieur Saligny, fils, de Paris. Qu'il produise donc avant toute chose ses titres de propriété.

Cette délibération demande quelques éclaircissements.

Le goemon était une plante précieuse. Sa cueillette était réglée par la coutume sur la base de l'ordonnance de 1681 (articles 1 et 4 du titre 10).

Une séance du conseil le 5 Janvier 1818 exprime clairement "le bienfait inappréciable de cette précieuse herbe marine qui fertilise si bien les contrées et dont l'excédent sert ensuite au chauffage d'yver des indigens et des malheureux à défaut de bois dont la commune est privée."

Nous reviendrons plus tard sur ces sujet des Goémons.

Au début de 1834 le sieur Dubois-Gauthier s'est dédoublé en messieurs Gauthier et Dubois de Brest.

La séance du 2 Mars 1834 récuse leurs prétentions comme leurs explications :

" Sans prévenir aucune autorité, sans titres quelconques (car monsieur Saligny en vendant s'est toujours refusé de garantir la contenance des terres), messieurs Gauthier et Dubois sont venus prendre possession d'une étendue de terrain équivalant à plus de 100 hectares.

" Heureusement et par un hasard qui a surpris ces messieurs mêmes, le conseil municipal a pu opposer à ces prétentions un acte authentique qui les a réduits à 27 hectares,

" Or la dernière réunion du conseil municipal a eu pour résultat une autre découverte. C'est que par acte du 6 décembre 1821 enregistré à St Pol de Léon le 15 même mois, Mr Saligny a de ces mêmes 27 hectares vendu les articles du plan cadastral section A numéros 148, 154 et 156 formant ensemble 19 hectares. Il reste donc 8 hectares.

" On doit en déduire la partie louée depuis un grand nombre d'années, savoir les articles du plan cadastral, section B, numéros 578, 579, 581, 585, 586, 587, 589 et une maison et dépendances dans le n° 576, le tout formant ensemble 3 hectares.

“ Le terrain sur lequel MM. Gauthier et Dubois ont des prétentions se réduit donc à 5 hect.

“ Si l'on réfléchit que Mr Saligny peut avoir fait d'autres ventes qui nous sont inconnues ; que depuis la formation du Cadastre et toujours à l'appui des mêmes prétentions, les chargés d'affaires de ce monsieur ont fait de nombreuses clôtures, attenantes aux numéros du plan ci-dessus précité, MMrs Dubois et Gauthier, acquéreurs des droits de Mr Saligny, pourraient avoir à restituer à la commune des portions de terrain."

Les conseillers semblent triompher. Ils poursuivent et forcent leur avantage en insistant sur la dégradation des chemins publics provoquée par la digue.

Cette diatribe nous vaut une superbe déclaration sur les principes de voirie que l'on appliquaient à nos vieilles voies charretières . "Si la route te manque fais la".

“ Pour le moment, on peut le dire, ces routes sont en partie impraticables et même en quelques endroits, de nuit, dangereuses au point de comprpmettre l'existence des voyageurs, qui ne les ont point fréquentées depuis ces travaux.

On peut sans doute remédier momentanément à cet inconvénient, mais qu’en résultera-t--il par suite que les travaux MMrs Gauthier et Dubois causeront pour l'avenir un surcroît de charge à la Commune qui va se trouver désormais dans la nécessité d'entretenir une route fort longue et présentant un développement d'un demi myriamiètre au moins “

“ En effet ces chemins établis sur un terrain vague, n'avaient; précédemment aucune largeur déterminée ; quand une partie était défoncée par la fréquentation et la multiplicité des transports, les voitures se reportans tantôt à droite, tantôt à gauche, pratiquaient une nouvelle route, de sorte qu'à aucune époque elles n'avaient jusqu'à ce jour exigé la moindre réparation. Ces mêmes chemins maintenant resserrés dans toute leur étendue contraignent les voitures à suivre toujours la même voie qui naturellement en la supposant réparée, ne pourra résister longtemps et nécessitera des soins et un entretien continuels dont les 1500 frs proposés par MMrs Gauthier et Dubois ne défraieraient pas seulement la commune. "

La plaidoirie achevée le conseil fait à ces messieurs une proposition en cinq points :

Aussi bien la municipalité exprime-t-elle le désir de parvenir à un arrangement amiable avec Messieurs Gauthier et Dubois.


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