La vie quotidienne à Roscoff - Histoire - Chro,iques publéees dans le Bulletin Paroissial de Roscoff

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Chroniques
d'histoires
publiées
dans le
Bulletin
Paroissial
de
Roscoff


de 1962
à   1977

n° 220 - 1968 - Février

- L'affaire de la digue du Laber
- Ressources communales - 1830


L'AFFAIRE DE LA DIGUE –1833

La construction de la Digue au fond de l'anse de l'Aber en 1833 par messieurs Dubois et Gauthier déclencha une affaire interminable, dont nous avons suivi les premiers épisodes à travers les délibérations du conseil municipal.

affaire-de-la-digue.jpg (167729 octets)

La commune avait certainement des raisons très avouables de s'opposer aux empiètements de ces messieurs ; des intérêts communaux étaient en cause. Les clôtures qu'ils édifiaient autour de ces terrains, partiellement immergés aux marées et largement inexploités, interdisaient désormais à la pâture ces maigres terres où, traditionnellement, les riverains menaient paître leurs bêtes. Aussi bien les nouveaux propriétaires feront-ils poursuivre les contrevenants.

Ces grandes étendues étaient d'ailleurs désertiques à l'époque du cadastre de 1846, celui qui fait foi encore aujourd'hui et que chacun peut consulter à la mairie. Aucune maison ne figure sur la pointe de Perharidy, ni sur les terrains du Ruguel, ni sur les dunes de Santec avant le Pouldu. Le "fort" de Perharidy n'était qu'un rocher, l’île Jacopin. Sur ces étendues ne sont signalés par un nom que trois amas de rochers :

En revenant de Pouldu à Roscoff par le sud du polder on laissait POULMAVIC à sa gauche et l'on passait auprès de LEN AR BARRES, TRAON MEUR à droite pour arriver à ce qui est devenu le carrefour actuel de l'Aber, qui s'appelait alors Kerrioual (actuellement les bâtiments Guivarc'h - Tanguy de l'Aber). L'ABER (avec la maison Norgant, l'ensemble Gillet - Laurent, Autret). Après la digue, pour venir à Roscoff, on suivait par la grève la grande dune du Theven ar Rouanez laissant à sa droite une seule ferme assez proche La PALUE.

La digue a 550 mètres de long ; elle se présente comme une dune de sable en forte pente vers le polder du côté de la mer la digue est un mur de maçonnerie. Le ruisseau qui recueille les eaux de Keravel et du plateau santécois s'écoule vers l'Aber par une vanne aménagée dans la digue. La mer est empêchée d'entrer dans les terres par ce clapet, du moins quand il est en bon état.

Messieurs Dubois et Gauthier émettaient bien, semble-t-il, des prétentions à la propriété des terres sablonneuses du Ruguel et de toute la dune de Santec, C'était du coup, condamner la "route" Nord de Santec à Roscoff, la route la plus directe, à marée basse, compliquant ainsi à l’excès les déplacements des santécois vers la Mairie de Roscoff dont beaucoup d'eux dépendaient. Mais, c'était aussi soustraire les dunes au séchage des goémons ; le préjudice était gros pour les pauvres gens. Et c'était encore obliger la commune à prendre sérieusement en mains l'entretien du chemin tortueux et humide qui serpentait de Ia Digue au Pouldu:, au sud du polder.

Or il se trouvait qu'à ce moment même la commune était engagée dans deux dépenses extraordinaires auxquelles son maigre budget ne parvenait pas à faire face : l'édification de la première école à Roscoff (bientôt, suivie de celle de Santec) et l'aménagement du cimetière du Vil. Le bulletin paroissial a traité longuement en trois numéros (n° 182, 183, 184) de l'affaire du cimetière. Nous parlerons de l'école dès que nous en aurons fini avec la digue.


LES RESSOURCES COMMUNALES

Ces charges n'avaient rien pour réjouir le conseil municipal. On comprend, dès lors, que non contents de défendre les droits et les intérêts de la commune il ait vu dans cette affaire une excellente occasion de renflouer ses finances en soutirant à ces riches propriétaires de substantielles compensations ou dommages-intérêts. Le conseil municipal commencera par jouer les indignés, continuera en brandissant des argumentations juridiques . Leur inefficacité amènera le conseil à rechercher le traitement amiable de l'affaire. Mais attendons..

A chaque réunion du conseil municipal se fait entendre autour de 1850, la lamentation sur la modicité des ressources communales. Ne touchez pas aux tarifs existants des taxes, supplient les conseillers, qui ne voient de salut que dans l'octroi de subventions gouvernementales ou départementales. L'obséquiosité dont ils font preuve en réclamant de telles subventions frise, à nos yeux, la bassesse de courtisans .; ce devait être la politesse du temps.

Suivons, par exemple, la séance du conseil du 9 Octobre 1829 qui reprend la réglementation du 15 Mai 1828 et celle du 14 décembre 1828 et s'achève par un appel larmoyant à la pitié gouvernementale.

Une circulaire de monsieur le Préfet en date du 9 Octobre 1829 "tendait à faire réduire le tarif de l'octroi aux taux du droit d'entrée et à se procurer les moyens de subvenir au déficit par d'autres taxes."

Or le budget de 1830, décidé le 10 Mai 1829 avait été établi ainsi :

-          - Recette présumée                                    - 4.277,68 fr

-          - Dépense sollicitée par le conseil            - 3,772,31 fr

-          - Excédant de recette en disponibilité      -      505,37 fr

La circulaire du préfet venait chavirer cet équilibre savant.

A la place, en effet, des 2.433,22 fr qu'on attendait de l'octroi, les tarifs proposés par le Préfet produiraient

-          les 5 centimes sur les 3 contributions       - 470,00 fr

-          Attributions sur les Patentes                      - 120,00 fr

-          Octroi selon le tarif proposé                       - 450,92 fr

·        TOTAL :                    1.040,92 fr

soit un déficit à couvrir de 2.433,22 fr - 1.040,92 fr  = 1.392,30 fr

De telles ressources permettent "de remplir à peine les 2/5 des allocations annuelles dont on ne peut rien diminuer sans inconvénients.

" Considérant aussi que la commune n'a aucun moyen d'y subvenir par d'autres taxes, parce que Roscoff est sans foires ni marchés, que les viandes sont abattues et tarifiées à Saint-Pol." Considérant encore "qu'il ne croit point de Bois sur la commune où il est plus cher qu'ailleurs; que les personnes aisées n'y sont point en proportion des indigentes et que de quelque manière qu'on y procède les frais de surveillance et de perception en absorberaient les produits.

          En conséquence le Conseil est unanimement d’avis qu'il est impossible d'établir d'autres taxes avec succès.

          De s'en tenir au tarif existant aussi longtemps que le Gouvernement en souffrira l'usage et d'en mettre sans délais la, perception aux mains du receveur municipal.

          De recommander le sort de la commune à la sollicitude paternelle de Mr le Préfet qui en connait si bien les besoins.

          Et de supplier ce premier magistrat de faire observer à Monsieur le Directeur Général des contributions indirectes

·        -  le tarif actuel suffit à peine au service indispensable,

·        - qu'il n'est point prohibitif comme pourraient l'être ceux du Morbihan en faveur du Cidre puisque le vin, seule boisson en usage se détaille ici à 30 centimes le litre et l'eau de vie de 90 à 1fr le litre, base des divisions de plus petit détail,

·        - que personne ne s'en plaint et que la consommation des spiritueux se fait par l'approvisionnement des Navires en relâche et par les étrangers, surtout par les Smogleurs anglais qui viennent ici commercer."

ont signé : Bagot, maire, d'Herbais, Testard, Poncin desservant, Guy Gillet, Guillaume Moal, Le Gras, Fallague, Guillaume Le Déroff, Kermarec.

En 1831 la municipalité projetait de consacrer toutes les économies de la commune, 2,000 francs, à paver la rue de la Sainte Union (depuis rue Amiral Réveillère) ; les rochers y affleuraient et, depuis 1810 au moins, on attendait en vain que l'Etat prit en charge cette portion de sa route royale n° 169. En réalisant ces travaux de voirie le maire, Mr Deschamps fils et ses conseillers se proposaient de procurer du travail aux " indigents de la commune qui sont en très grand nombre et sans ressources ni travail". Ils avaient d'ailleurs fait observer au Préfet que "les travaux projetés devront, en secourant l'humanité, contribuer au bon ordre que réclament les circonstances actuelles " (7 Mars 1831 ).

A le fin de l'année, le 11 Décembre 1831, le conseil municipal précisera que "les véritables indigents sont les journaliers à 10 ou 20 sols plus les matelots sans emploi."

La route royale n° 169 de 3ème classe de Lorient au port de Roscoff était le tracas permanent de la municipalité ; les administrés devaient accabler la mairie de leurs doléances et l'accuser d'incapacité.

Cette route était dans un état d'inconcevable abandon. "Il n'est pas, disait la délibération du 18 mars 1832, il n'est pas dans toute l'étendue des routes royales du département, une partie de chemin aussi négligée que celle du Quai de Roscoff à peu près à moitié de la route de St Pol. Le Conseil peut affirmer que depuis 1794 tout ce qui y a été fait s'est borné à des établissements de devis et à des propositions de plans impraticables, sans que la moindre réparation y ait été entreprise au moins par le Gouvernement."

C'est en 1831 aussi que, pour la première fois, le problème de l'établissement d'une école avec bâtiments à acquérir et instituteurs à payer fut posé impérativement à la municipalité par le gouvernement, et non seulement en ville de Roscoff mais au bourg de Santec, qui faisait alors partie de la commune. De très lourdes charges en perspective. Le prochain dossier sur l'ECOLE A ROSCOFF reviendra sur tout cela.

On comprend qu'une municipalité quelque peu affolée n'ait point eu le coeur à distribuer largement des allocations, ni à participer avec d'autres communes à des travaux d'intérêt général.

Ainsi, en 1832, le conseil avait décidé la suppression au budget 1833 d'une subvention de 100 fr que la commune allouait précédemment à la directrice des Postes. Dans la séance du 21 Avril 1833 le conseil rejette la réclamation de la Directrice. Son administration lui verse déjà 300 francs , "somme qui parait suffisante pour le travail qu'occasionne une localité aussi petite qu'est Roscoff ". Inutile d’insister.

Il est de fait que pour Roscoff à cette époque un salaire annuel de 300 fr passait pour assurer une situation moyenne.

Nous verrons comment était assuré le traitement de instituteur.

 

Donnons-nous un intermède à ces considérations budgétaires dans la délibération du 28 Mai 1833 consécutive à un ARRETE PREFECTORAL sur la DIVAGATION de bestiaux sur les grandes routes et les chemins publics.

L'Hospice sera le lieu de dépôt, la fourrière des bestiaux. On paiera par jour

" Le gouvernement de l'établissement devra veiller à ce que les animaux soient nourris convenablement. " .

Si les animaux ne sont pas réclamés dans les 8 jours de la saisie, conformément à l'arrêté du Préfet, le maire fera procéder à leur vente, qui aura lieu devant lui au plus offrant et dernier enchérisseur. Les frais de fourrière seront de préférence à tous autres prélevés sur le produit de la vente."

On peut penser qu'à Roscoff chacun avait assez souci de son modeste bétail pour qu'un tel arrêté y fût sans objet.

Mais revenons aux gros soucis de la commune. En 1833 vint s’ajouter aux préoccupations municipales l'établissement du nouveau cimetière du VIL, assez loin des maisons.

Réclamé par la législation, ce transfert s’imposait d'urgence depuis le choléra de novembre 1832 : du 1er novembre au 6 décembre les décès furent au nombre de 86, dont 38 hommes, 46 femmes et 2 morts nés.

Le préfet ne se montrait pas assez compréhensif de l'énormité de ces charges, au gré des édiles du moins.

C'est ainsi qu'il ne voulut rien entendre à la supplique de la Mairie qui lui fut adressée le 29 Septembre 1833 en faveur de madame veuve Paul Tanguy dont l'internement s'imposait à l'asile de Morlaix. La commune ne pouvait prendre cette charge nouvelle ; on sollicitait donc avec une extrême déférence la prise en charge par le département.

Le Préfet non seulement ne fut pas d'accord, mais il rogna, certaines dépenses du budget.

Le conseil n'eut d'autre solution que de se réunir à nouveau le 1er décembre 1833. Fort de sa pauvreté et de son impuissance, se souvenant du conseil évangélique que, pour se faire entendre, il n'y a rien de mieux que de casser les oreilles aux puissants - nous sommes descendus plus bas, nous ne cassons plus que les pieds - le conseil reprit sa lamentation à l'adresse du Préfet. Mais on y mettait les belles formes.

1° - Dans le budget de 1834, comme chaque année depuis longtemps, une somme est allouée pour l'entretien de la digue du ville (ainsi, il faut lire VIL) continuellement exposée aux dégradations de la mer - 48 fr

2° - L'entretien des pavés - 50 fr

3° - Entretien d'un cantonnier une partie de l'année sur les routes communales - 136 fr

soit = 234 fr

Monsieur le Préfet a supprimé ces 3 articles.

De plus la commune a décidé le 26 mai de compléter la somme pour l'acquisition d'une école à Santec s - 700 fr

D'autre part “ lorsque le choléra nous décimait (Nov. 1832) d'urgence :

-          il a fallu édifier un nouveau cimetière, qui est à payer et nous a coûté (somme emprunté sur particuliers)   2.250 fr

-          Plus 51 fr avancés par le maire pour réparations

-          et pour les ardoises des Elèves de l'école mutuelle .. 51fr

-          Soit au total : 3.235 francs.

" Voilà donc, monsieur le Préfet, la somme nécessaire pour faire face à nos besoins les plus pressants et si nos ressources actuelles ne peuvent y suffire, que sera ce l'avenir quand la suppression du smoglage (trafic des spiritueux avec les Anglais) nous aura privés de la plus forte part de nos octrois (taxes d'entrée et de sortie des marchandises du village) . "


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