La vie quotidienne à Roscoff - Histoire - Chro,iques publéees dans le Bulletin Paroissial de Roscoff

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Chroniques
d'histoires
publiées
dans le
Bulletin
Paroissial
de
Roscoff


de 1962
à   1977

n° 222 - 1968 - Avril

- La vie suit sont cours dans les années 1840 /1860
- Les affaires courantes de l'époque
- Edouard Corbière


DOCUMENTS SUR ROSCOFF


Le promoteur de la ligne maritime Morlaix - Le Havre est Édouard Corbière (1793-1875), le père du poète Tristan Corbière. La famille CORBIERE était originaire du Tarn ; la mère d'Edouard était une Dubois, de Morlaix. Né à Brest, Édouard entra dans la marine comme son père. Il s'y trouva assez vite mal à l'aise à cause de ses idées libérales. Il entreprit alors des voyages au long cours. Le démon de la littérature le saisissant il abandonne la marine pour écrire des romans et faire du journalisme. Il était rédacteur au "Journal du Havre" lorsque prit corps, sous son impulsion, l'idée idée de la "COMPAGNIE DU FINISTERE" pour assurer entre Le Havre et Morlaix un trafic régulier de voyageurs et de marchandises par bateaux à vapeur ou steamers.

L'acte de constitution de la Compagnie fut publié le 1er Mai 1839. La raison sociale de la Compagnie était CORBIERE, VACHER, TILLY et compagnie. Le siège en était au Havre. Les affaires étaient traitées à Morlaix chez VACHER et TILLY. Edouard CORBIERE qui signait “capitaine au long cours” ne quittera le "JOURNAL du HAVRE" qu'en 1842. Il viendra se fixer à Morlaix à cette date. En 1844 il épousera Marie Puyo, la fille de l'un de ses amis d'enfance, de, Morlaix. Il abandonnera la littérature en 1846 pour se consacrer à ses affaires et à celles de la Chambre de Commerce.

Le premier vapeur de la COMPAGNIE, le steamer "LE MORLAISIEN", capitaine Le Moal, arriva à Morlaix le 10 Juillet 1839. Le pont était couvert de passagers (50 à 60), dont "l'écrivain Édouard Corbière". Entre Lannuguy et St François le bateau toucha une fois ; grâce à ses machines et à 50 hâleurs il fut dégagé en quelques minutes. Quand il arriva au port l'eau lui manqua et il fallut attendre la marée suivante pour accoster.

La FEUILLE D'ANNONCES de MORLAIX, du 13 Juillet 1839 termine ainsi son récit de l'évènement - "Nous omettions de dire que, par un oubli sans doute involontaire, le steamer ne mit aucune embarcation à la mer pour venir chercher les musiciens. Aussi s'en retournèrent-ils comme ils étaient venus, plusieurs jurant ce que jurait si bien le renard de la Fable."Le journaliste, en veine d'érudition, n'a-t-il pas confondu tout bonnement le renard avec le corbeau ?

LE MORLAISIEN faisait 150 pieds de long, 8 pieds de tirant d'eau (1 pied = 0,324m) ; il jaugeait 137 tonneaux, Il accomplissait un aller et retour chaque semaine. Il chargeait des marchandises et des passagers dans les deux sens. Au départ de Morlaix il chargeait généralement du beurre, du tabac, des légumes, du bétail, du poisson. Les maraîchers roscovites empruntaient le bateau, préférant souvent vendre eux-mêmes leurs produits au Havre, puis à Rouen et à Paris qu'ils atteignaient par la Seine et, plus tard, par le train.

Le trafic devint si important que LE MORLAISIEN, fut doublé, à partir de 1842, par un autre steamer LE FINISTERE, de 177 tonneaux.

Roscoff a donné à l'une de ses rues le nom d'Edouard CORBIERE. On penserait assez naturellement qu'il s'agit là d'un hommage à l'organisateur du commerce maritime des légumes. Ne serait-ce pas plutôt en reconnaissance de ses interventions en faveur de la première adduction d'eau en ville de Roscoff en 1869 ? C'est du moins le mérite qu'on lui fit à sa mort dans sa biographie. Edouard Corbière était, en effet, très attaché à Roscoff ; il y passait l'été dans sa maison, rue Amiral Réveillère (n° 31).

En 1868, des capitaines de navires de commerce avaient adressé une pétition à la chambre de Commerce de Morlaix pour avoir de l'eau douce au voisinage du quai ; il s'agit naturellement du vieux port de Roscoff, le nouveau port n'ayant été commencé qu'à la veille de la guerre de 1914.

La mairie fut saisie de cette pétition ; le conseil se réunit le 3 mai 1868. Il commença par faire compliment à la chambre de commerce de Morlaix "elle ne laisse jamais échapper une occasion pour concourir à toutes les améliorations que réclament la navigation et le commerce."

La chambre de commerce avait voté un crédit de 500 fr pour l'érection d'une fontaine publique à Roscoff.


Les puits, sans doute, ne manquaient pas dans l'agglomération. On en voit encore quelques uns dans les cours des maisons anciennes, ils sont généralement de bonne maçonnerie, mais sans cachet artistique, Il devait y avoir des puits publics comme celui de Pen al leur, celui de Poul ar Foll (recouvert désormais). En faisant des travaux pour les égouts d'eau fluviale, il y a moins de deux ans, on en a mis à découvert un autre au milieu de la rue entre la porte de l'ancien hôtel de France et la boite postale de l'ossuaire; on l'a comblé" complètement. Ces puits étaient manifestement très suffisants. On remédiera souvent à la pénurie d’eau par la construction de citernes pour recueillir les eaux des toitures ; mais nous serons déjà arrivés aux temps très proches du 20ème siècle.

Roscoff disposait d'une très bonne source au sud de l'ancienne agglomération ; la fontaine alimentait un grand lavoir le “LEN VRAS” de l'actuelle rue Hoche. Le ruisseau qui s'en échappait se jette à trois cents mètres de là dans le port, tout contre le phare, après avoir suivi le tracé de l’actuelle rue Brizeux. Autrefois elle irriguait des prairies. Précieux à tant de titres à la ville de Roscoff ce ruisselet avait donné son nom a tout le quartier de la rue Brizeux : c'était le GOAS-PRAT, En breton GWAZ (gouas) veut dire ruisseau et PRAT veut dire prairie. C’était le Ruisseau de la prairie. Roscoff a été très ingrat à l'endroit de ce serviteur séculaire . Le poète Brizeux n'eût point accepté de supplanter le GOAS-PRAT.

Le conseil municipal de 1868 reconnaissait que "la population de l'agglomération se plaint depuis longtemps aussi bien que les navigateurs de la qualité de l'eau ainsi que de l'éloignement de la fontaine existante mais il n'était pas en son pouvoir de remédier à ce grave inconvénient." Cet aveu d'impuissance serait à comprendre plutôt comme une carence du Conseil ; il fallait seulement lui forcer la main.

"Ému de cet état de chose,.le conseil, éprouve le grand désir qu'il soit donné suite à la, bienfaisante impulsion de la chambre de Commerce de Morlaix". Le conseil vote donc un crédit de 200 fr "en faveur de cet objet de première nécessité". Ca n'était pas sérieux ; l'administration supérieure, comme nous l'allons voir, fera sentir au conseil le ridicule d’un tel vote. Les recettes ordinaires de la commune dépassaient alors, en effet, 10.000 fr, exactement 10.714 fr en 1869.

Le compte rendu de la séance du 3 mai 1868 s'achevait dans "l'espoir que l'administration départementale prenant en considération la pénurie de la commune, voudra bien aussi apporter son concours".

Le sous-préfet de Morlaix communiqua le 22 Mai 1668 l'avis de l'octroi par le Ministre du Commerce d'une subvention de 2.000 francs pour l'adduction d'eau au quai. Le sous-préfet ajoutait que la commune étant la première bénéficiaire de ces travaux il était inadmissible qu'elle n'y participât point de façon très notable.

Le conseil comprit la leçon. Dans la séance du 23 Août 1868, deux jours après l'arrivée de monsieur Morvan comme recteur de Roscoff, le conseil signale qu'une souscription volontaire en faveur de ces travaux avait rapporté un millier de francs, il sollicite du Préfet l'autorisation d'emprunter 3.000 fr. Le remboursement de cette somme se réaliserait sur 10 ans : on verrait à faire voter par les citoyens les plus imposés trois centimes extraordinaires, ce qui fera une rentrée de 442 fr en 1869, Et tout naturellement on sollicitait le Ministre de l'Intérieur de bien vouloir y concourir lui aussi.

A cette séance il fut encore décidé de proposer la candidature de Roscoff pour devenir tête d'une ligne de chemin de fer "Manche - Lorient" dont le projet était en l'air. A cette date la ligne PARIS-BREST venait de se terminer.

Le 30 Août 1868 le conseil récapitule l'état des subventions déjà acquises

- Ministre du commerce - 2.000 fr

-          Chambre de Commerce de Morlaix - 500 fr

-          Conseil général -   500 fr

-          Souscription volontaire (en réalité 961,45) - 1.000 fr

Il sollicite à nouveau l'autorisation d'emprunter 3.000 fr.

Les travaux furent exécutés en 1859. On capta donc la source du "GRAND LAVOIR" - le LENN-VRAS" dans un réservoir enterré sous l'actuelle rue des Capucins, à la hauteur du lavoir. Des canalisations en fonte conduisaient l'eau vers six bornes fontaines, que beaucoup de Roscovites ont vues en service. Cette installation, bientôt insuffisante, ne sera remplacée que par la toute récente distribution.

Partis à la dérive au fil des évènements, revenons en séance avec le conseil municipal le 14 Mai 1845, qui plaidait, il est bon de le rappeler, en faveur d'une route directe ROSCOFF - MORLAIX via Henvic et de la construction d'un pont à la CORDE,

Depuis l'établissement de la ligne MORLAIX - LE HAVRE, reprennent nos édiles, les légumes de Roscoff approvisionnent les marchés du Havre, de Rouen et de Paris. La pêche a pris de ce fait,aussi un nouvel essor ; le poisson qui abonde sur le littoral se trouve ainsi un débouché facile et lucratif,

Une autre industrie prend actuellement une extension considérable, celle des "choux à piquer", des "choux-vaches" semble-t-il. Ils sont vendus sur le marché de Morlaix, ils se répandent de là dans les communes avoisinantes et jusque dans toute la région de Guingamp et de Lannion. Ce commerce dure trois mois et exige un roulement de voitures de plus de 3.000. Ainsi la route de Roscoff à Morlaix est l'une des plus fréquentées du département.

La solution élégante à tous ces problèmes c'est le pont de la Corde. Et que l'on ne prétende pas que le parcours envisagé par ce pont porte préjudice gravement à la bourgade de Penzé, car les bateaux pourront passer sous le dit pont et continuer à ravitailler son commerce Ce grains et d'engrais de mer.

Cette argumentation ne fut pas retenue. La municipalité reviendra à la charge le 27 Mai 1849. Ce fut en vain. Le pont ne sera construit que 80 ans plus tard.

L'audace financière des Roscovites ne doit pas trop nous faire illusion, car elle était tempérée, secrètement par l'espoir de voir attribuer quelques 46 èmes de contribution à toutes les communes du littoral, depuis Tréflez, Plounévez-Lochrist jusqu’à Henvic et Carantec pour construire une route "spécialement utile" aux Roscovites. C’est ce qu’on appelle chercher à se sucrer sur le dos des copains. En somme une morale de maquignons.

Il n'empêche que l'idée était bonne. Depuis, 1845 certes, Morlaix a perdu sa fonction de petite métropole du commerce agricole. Ce rôle est dévolu, aujourd’hui à Saint Pol de Léon. Le problème n'est plus, pour le moment, de réaliser le plus court chemin de Saint Pol à Morlaix en vue d’y charger des bateaux. Il serait plutôt de doter la métropole léonarde d'axes routiers modernes qui permettent d° écouler une production légumière sans commune mesure avec la production artisanale de 1845.

Le premier pont de la. Corde nous l'avons vu construire entre 1925-1930. C'était, à l'époque, la promenade épuisante à laquelle les surveillants soumettaient les collégiens du Kreïsker les veilles de vacances pour leur ôter toute envie de chahuter au dortoir. Nous y allions plus volontiers les jeudis d'octobre dans l’espoir d’y cueillir quelques châtaignes. Le pont était alors encadré, côté Plouénan, par un grand bois ; à son emplacement s'étalent maintenant de mornes cultures. Le bois est mort, le petit pont va mourir...

Il avait été construit pour favoriser les transactions de la presqu'île de Carantec avec le marché agricole de Saint Pol. A cette raison économique s'ajoutait déjà la raison touristique.

Le deuxième pont, qui se construit aujourd'hui, vise ces deux objectifs. Un jour, peut-être, le vieux projet qui faisait baver d'envie nos municipaux de 1845 prendra corps une route d’intérêt économique, large, qui enjambera la Penzé au nouveau pont de la Corde et mènera voitures et camions en droite ligne par Henvic Taulé quelque part entre Sainte Sève et Saint Martin sur le grand axe routier Paris - Brest, encore à venir. On ne pourra pas continuer indéfiniment, en effet, à imposer à un trafic routier chaque jour grossissant le funeste étranglement de la traversée de Morlaix. Il arrive que le rêve impose ses lois à la réalité.


ET L'ON REVIENT A LA DIGUE.

A lire notre récit, qui foisonne dans tous les sens, le lecteur a le sentiment, sans doute, de se faire voiturer par un marchand de Roscoff au pas pesant de son cheval le long des méandres abominés de la Penzé. AMZER ZO ! "On a le temps !". Du moins quand la mer est haute et voile la vase lustrée de l'estuaire.

AMZER ZO ! Ce dut être la tactique de messieurs Dubois et Gauthier dans cette affaire de la digue -. avoir le conseil municipal à l'usure. Comme l'on dit "le temps arrange tout", ce qui signifie en réalité qu'il n'arrange rien du tout. Nous l'allons voir.

Nos deux Brestois émettaient la prétention à la propriété de plus de 50 hectares de terres marécageuses; en dressant des clôtures et en édifiant la digue ils faisaient un acte de propriété. La municipalité s'y opposait et ramenait leurs prétentions, nous l'ayons vu en janvier, à 5 hectares - encore réclamait-elle de prendre connaissance des titres de propriété. Ces messieurs s'y refusaient. Nous étions en mars 1834.

Au mois de juin la municipalité, qui souhaite de parvenir à un arrangement favorable aux finances communales, réclame outre une somme de 3.000 fr, dont 1.000 fr. à verser immédiatement, la construction d'une route transversale à environ 200 pas de la digue (cette route sera faite et après guerre de 1914 elle sera refaite suivant le même tracé et prolongée jusqu'au sanatorium).

Messieurs Gauthier et Dubois n'étaient point trop rassurés. En novembre 1833 Mr Gauthier avait rendu visite au Préfet. Celui-ci avait fait part à la municipalité de cette démarche dans une lettre du 14 Novembre.


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